Une brume épaisse enveloppais les longs arbres sinueux de la forêt du bois maudit. Dispersés a travers les arbres, une vingtaine d'hommes fouillaient les lieux.
« Toujours rien ? » demanda l'un d'entre eux à la seule femme du groupe.
Elle lui répondit par la négative avant de soupirer. L'homme lui frappa l'épaule en signe d'encouragement.
- On va y arriver Princesse.
Comme pour leur répondre, un appel perça le silence de la forêt. La princesse et son général se précipitèrent vers l'origine du bruit, bientôt rejoint par le reste de la garnison. Bëor, l'un des gardes se tenait devant l'entrée d'une grotte. Elle avait été habilement camouflée par une verdure abondante qui jonchait désormais le sol de la forêt. Ghalia, tel était le nom de la princesse, passa sa main sur les sigles gravés sur la roche. Une bouffée de bonheur l'envahis. Les larmes aux yeux, elle se tourna vers ses compagnons.
- C'est ici !
Un hurlement de joie retentit a travers la forêt. Euphoriques, les hommes se bousculaient, se prenaient dans les bras les uns des autres, sautaient sur place et chantaient leur gaieté.
- Doucement camarades, notifia le Général, nous ne sommes pas encore au bout de nos peines.
La princesse hocha la tête d'un air grave.
- Vous avez raison, entrons voir.
Les uns derrière les autres, ils se mirent en marche. L’intérieur de la grotte était parsemé de stalagmites plus ou moins volumineuses et encombrantes. Ils se frayèrent péniblement un chemin a travers les roches, faiblement éclairées par les lueurs de leurs torches. La princesse, qui était en tête de file, fut la première a atteindre la lourde porte en pierre qui marquait l'entrée du lieux sacré.
D'une main tremblante, elle attrapa la poignée qui donnait sur la chambre de l'oracle du puits.
Derrière la porte, se trouvait une petite salle creusée dans la roche qui avait l'air de tout sauf d'un lieux saint. Mais les inscription et sigles magiques gravés en elfique ancien sur chacune des parois ne laissaient aucun doute. Le général Tauron s'approcha du puits qui trônait au milieux de la pièce. Il fouilla sa sacoche et sorti un parchemin qu'il tendit a la princesse. Elle le pris, toujours tremblante, et s'accorda quelques instants avant de réciter les formules. Elle repensa à son royaume. A ce ciel gris, qui depuis plusieurs semaines crachait de la cendre. Au bétail, qui se laissait mourir de faim, et a la nourriture devenue insipide. La princesse pris une grande bouffée d'air. Elle avait besoin de réponses.
Alors, d'une voix vacillante, elle lut le parchemin. Elle lut de tout son cœur, de toute sa voix. En prenant soin de bien placer ses intonations, de sorte a ce que rien ne puisse échouer. Elle lut. Puis, un silence de mort s’abattit sur la pièce. Chacun comptait les secondes, espérait, doutait, craignait. Ils pensaient au sort qui s’abattrait sur eux et sur le pays s'ils ne réussissaient pas a contacter l'oracle. Enfin, après une attente qui parut interminable, le puits répondit ;
« Allo ? »
***
Quelque part sur terre, Hercule s’étrangla.
- Attends, Tu as fait QUOI ?
Le jeune homme était présentement de passage chez son incapable de sœur aînée. Il rehaussa ses lunettes d'un geste nerveux, il avait une migraine carabinée. Sous ses yeux, le salon s'était transformé en une caverne d’Ali baba.
Sur la table basse s’entremêlaient mégots de cigarettes, vieux journaux et rubis plus gros qu'un pouce. Le sol poussiéreux était jonché de vêtements sales et de pièces d'or. Même le canapé décousu était orné de perles d'ivoires et autres pierres précieuses. Assise sur ce même canapé, Blanche finit de rouler sa cigarette d'un air nonchalant. Cette légèreté rendait son frère dingue.
-Tu sais qu'ils finiront par se rendre compte que tu les mène par le bout du nez ? Rouspéta il en fusillant sa sœur du regard.
Elle haussa les épaules, pour une fois qu'un faux numéro, ou quoi que ce soit d'équivalent, lui était aussi bénéfique.
Hercule s’appétait a continuer quand le téléphone de Blanche se mit a vibrer. La jeune femme décrocha, clope au bec, en allouant un clin d’œil complice a son petit frère.
- Allo ?
- Alleauuuuh ! Ô oracle du puits. Nous te sommes infiniment reconnaissants de ton aide. Malheureusement, le mal règne toujours sur notre monde. Partout, les fleurs se fanent, les arbres dépérissent, même l'eau des rivières à un goût de poussière. Oracle, mon peuple a peur, j'ai peur. Toi qui est si sage, que devons nous faire ? »
La trentenaire pris quelques instants pour réfléchir avant de répondre.
- La peur est le chemin vers le côté obscur, Princesse. La peur mène à la colère, la colère mène à la haine, la haine mène a la souffrance.
Hercule secoua la tête, outré.
- Médite ses paroles princesse. Et n'oublie pas mon offrande.
Blanche raccrocha avant de pousser un long soupir de satisfaction. Son frère était tellement scandalisé qu'il en avait les larmes aux yeux. Sa malhonnête de sœur leva les siens au plafond.
« Trois, deux, un... »
Une nuée d’offrandes se mit a pleuvoir sur le salon. Rubis, perles, lingots et bijoux tombèrent les uns a la suite des autres partout à travers la pièce. Après plusieurs secondes, une fois que le flot se tarissait, une offrande finale déboula du plafond : Une chèvre albinos qui se mit très rapidement a brouter les emballages de pizzas et de kebab qui traînaient au sol. Devant le regard interrogateur d'Hercule, Blanche répondit :
- Ils font ça parfois. J'ai reçu deux poulets la semaine dernière.
La migraine du jeune homme avait grimpé en flèche. Il se massa les tempes pour essayer de se calmer. L'inconscience de sa sœur et sa légendaire malhonnêteté l'avaient toujours rendu fou. Fou et inquiet. Il entortilla une mèche de ses cheveux autour de son doigt. Toute cette histoire risquait de mal finir. TRES mal finir.
***
« Bandits, gredins, filous ! »
Ghalia était hors d'elle. Sa colère était telle, qu'elle avait entreprit de pourfendre d'un coup d'épée chacun des objets qui ornaient la salle du trône. A ses cotés, le général Tauron essayait de la calmer.
- Ils seront condamnés a la peine capitale, princesse.
Elle haussa les épaules avant de tailler une table basse en deux. Condamnés ou pas, son royaume était toujours entrain de dépérir et elle n'avait aucune idée de comment le sauver. A bout de nerfs, elle finit par s'asseoir sur ce qui restait du trône. Elle se mit a gémir, la tête entre les mains.
- On est fichus, fichus, le royaume va mourir ».
Tauron, qui avait été le mentor de la princesse depuis son plus jeune âge et son plus fidèle allié s'approcha d'elle pour la réconforter.
- Princesse, n'aviez vous pas dit la même chose quand le mage noir Regon avait transformé tout les habitants du royaume en courgettes.
Elle renifla.
- c'est vrai.
Et l'invasion des hamster vampires, qu'aviez vous dit à l'époque ? »
La princesse eut un petit hoquet avant de répondre.
- qu'on était plus que fichus.
- Et qui a réussi a chaque fois a nous débarrasser de nos tourments ?
Elle se moucha bruyamment.
- C'est moi .
Le visage de Tauron se fendit d'un sourire bienveillant.
- Et qui va encore réussir a nous sauver ?
Elle se leva et bomba le torse fièrement.
- c'est moi !
Ghalia rangea son épée dans son fourreau. Elle allait sauver son royaume, certes. Mais avant toute chose, elle allait régler son compte a ce faux oracle.
***
Attachée par une chaîne au mur du cachot, Blanche n'arrivait pas a dormir. Une question tournait en boucle dans sa tête. Elle invectiva son frère.
- Hercule, pssst, hercule »
Fers aux pieds, le jeune homme ouvris péniblement les yeux. Il était rongé par le sommeil, la faim, et la peur. Blanche, qui était bien plus insouciante, lui demanda ;
- A ton avis, pourquoi ils ont aussi fait prisonniers la chèvre ?
Allongée auprès de sa maîtresse, cette dernière poussa un bellement aigu. La fatigue d'hercule laissa rapidement place a de l'irritation.
- Sérieusement Blanche, c'est ça qui te préoccupe ?
Elle haussa les épaules. Hercule se redressa, il avait toujours cette maudite migraine qui lui tenaillait le crane. Le coup de massue qu'il avait reçu par un des gardes de la princesse, tout droit sorti du plafond de sa sœur n'avait pas aidé. Il repensa a la dizaine d'hommes encordés qui avaient traversé le puits pour les faire prisonniers et les jeter dans les geôles du palais. Une bouffée de colère l'envahi.
- Je t'avais dit que ça allait mal finir, mais évidemment tu n'as rien écouté.
Blanche bailla. Exaspéré, Hercule se mit a hurler.
- ON VA MOURIR A CAUSE DE TOI.
Des larmes de rage coulaient le long de ses joues. Ne sachant quoi dire d'autre, il finit par se rallonger.
- Vous êtes bien installés ?
Un sourire de satisfaction se dessinait sur le visage de la princesse Ghalia. Hercule observa l'homme qui l'accompagnait. Une aura étrange se dégageait de lui. Blanche répondit au tac au tac;
- Comme au Club Med
Son frère, perdu dans ses pensées se demanda depuis quand il avait le don de voir les auras des gens. Et cette migraine, qui lui cisaillait le crane. Il avait l'impression que des couteaux lui transperçaient le front. De son coté, Tauron qui n'avait aucune idée de ce qu'était le club med leur lança :
- On vous pendra demain, a la première heure.
C'est en entendant sa voix qu'Hercule eut sa première vision. La migraine avait atteint un pic tellement élevé que ses yeux se révulsèrent et qu'il perdit connaissance.
***
Hercule se trouvait dans ce qui ressemblait a une vieille échoppe. Les murs étaient couverts d'étagères sur lesquelles se côtoyaient vieux livres et toiles d'araignées. Un homme encagoulé entra dans la pièce et sonna le vendeur. Un vieil homme sortit de l'arrière boutique. En apercevant son client un sourire malhonnête se peint sur son visage.
- Monseigneur, que puis-je faire pour vous ?
Le visiteur fouilla dans l'une de ses poches et sorti un petit grimoire qu'il ouvrit sur le comptoir. Il posa son doigt sur un dessin représentant un médaillon.
- Oh je vois... C'est de la magie noire Monseigneur, très noire...
L'homme le coupa d'un geste de la main et jeta une bourse pleine de pièces d'or sur la table.
- Vous savez ou je peux le trouver ?
Le vieil homme eut un rictus.
-Ici même monseigneur.
Il ouvrit un tiroir duquel il sortit une petite boite en velours qu'il ouvrit avec la plus grande délicatesse.
- Le pendentif d'Ora. Exposé suffisamment longtemps a la lumière, il aspire toute essence de vie autour de lui et permets a son porteur de régner sur les ténèbres.
Le visiteur arracha le pendentif des mains du vendeur.
- C'est parfait, s'exclama il d'une voix fébrile, combien de temps ?
-Portez le pendant quelques mois, et son pouvoir sera a son maximum, répondit le vieil homme.
Il marqua une pause, laissant son invité contempler l'objet.
- Dois-je en conclure que nous aurons bientôt un nouveau Roi ? Demanda il poliment.
Tauron retira sa cagoule.
- Ta conclusion est exacte vieil homme. Et si ton médaillon fonctionne, tu auras une place privilégiée dans mon nouveau royaume.
***
Ghalia éclata de rire.
- Alors la vraiment c'est la meilleure histoire que j'ai entendue.
Derrière les barreaux, hercule s'évertuait a crier sa vérité.
- Princesse je vous en supplie, croyez moi.
Elle se tourna vers son général.
-Vous avez entendu ça Tauron ? … Tauron ?
Le général se tenait a quelques mètres d'elle, entourée d'une dizaine de gardes. Un sourire maléfique traversait ce visage qu'elle avait connu si bienveillant.
-Enfermez la avec les deux autres, ordonna il d'un ton sec.
Avant même qu'elle n'ait le temps de dégainer son épée, Ghalia se retrouva immobilisée par ses anciens compagnons.
- Bëor, Urthel... Mais qu'est-ce que vous faites ? Pourquoi vous lui obéissez ?
Mais les deux hommes, ensorcelés par le général n'étaient plus en possession de leurs moyens. Les yeux vitreux, ils jetèrent la princesse dans la geôle. Elle hurla de rage et de désespoir en se ruant sur les barreaux.
- Tauron vous êtes un homme mort.
Le général se mit a rire. Depuis le temps qu'il supportait cette idiote de princesse, il allait enfin pouvoir régner sur un royaume a son image. Il tourna les tallons, abandonnant les trois prisonniers a leur triste sort.
***
Quelques heures plus tard, sur terre, le tenancier d'un PMU fut témoin du spectacle le plus étrange qui lui ait été donné de voir durant sa longue carrière. 3 personnes, dont l'une vêtue d'une armure étaient attablés dans son bar en compagnie d'une chèvre. Ils avaient commandé trois bières et un verre d'eau (Hercule ne buvant pas d'alcool) et parlaient a voix basse. S'il avait pu écouter leurs conversations, il aurait appris comment Hercule avait subtilisé a travers les barreaux de sa cellule le grimoire de Tauron, comment il s'en était servi pour ouvrir un portail a travers la terre, mais surtout, il aurait pu écouter Blanche utiliser sa légendaire malhonneteté pour mettre au point un plan qui éliminerait a coup sur le général Tauron. Au lieux de ça, le barman resta sagement derrière son comptoir et observa ces drôles de compagnons chuchoter des heures durant, jusqu'à la tombée de la nuit. Quand vint l'heure de quitter les lieux, ils étaient remontés a bloc, prêts a partir en guerre.
***
La salle du trône était pleine a craquer. Tout les nobles du royaume étaient venus assister au couronnement du roi Tauron premier. Assis sur le trône, ce dernier attendait la jeune femme qui devait lui apporter sa couronne sur un couffin. Il avait ordonné qu'on sélectionne pour lui la plus belle jeune femme de tout le pays. Les musiciens sonnèrent les trompettes, le public était fébrile. Le roi lui même trépignait d'impatience. Les portes s'ouvrirent, et soudain... Une muse apparut. Les yeux de Tauron s’écarquillèrent et son cœur se mit a tambouriner contre sa poitrine. Elle avança vers lui, lentement, d'un pas léger et envoûtant. Subjugué, Tauron sut a ce moment qu'il ne serait pas seulement couronné par cette femme, il en ferait sa reine.
Ce qu'il ignorait par contre c'est que la jeune muse était en réalité la chèvre vêtue d'une perruque, et que sa couronne avait été ensorcelée pour l'immobiliser et permettre a Ghalia, hercule et Blanche qui étaient cachés dans le public de lui arracher le médaillon. La chèvre arriva a hauteur du roi et lui tendit le couffin. Il pris la couronne, la leva au dessus de sa tête et... La reposa sur le couffin. A la place, il attrapa l'une des pattes de la chèvres sur laquelle il déposa un doux baiser.
-M'accorderez vous une danse ?
Aussitôt, il fit signe aux musiciens de lancer une balade et entraîna l’animal avec lui dans une valse endiablée. Tout le royaume assista perplexe a ce drôle de spectacle.
- Quel imbécile, chuchota Hercule.
- Je n'aurais jamais cru que le plan fonctionnerait, continua la princesse Ghalia.
A ce sujet, le jeune homme poussa un long soupir. Le genre de soupir que l'on pousse quand on s’apprête a faire un mea culpa.
- Blanche ?
- Oui ?
- ça me tue de le reconnaître, vraiment. Mais si on s'en sort, ce sera grâce à toi.
Sa sœur lui décrocha un clin d’œil. Son insouciance et sa malhonnêteté l'avaient toujours embarqué dans des épopées loufoques, mais elle s'en était toujours sortie et n'avait aucune raison de penser que cela pourrait changer.
Et tandis que sur la piste le roi s’apprêtait à d'embrasser la chèvre, un garde hurla.
- PRINCESSE ! LA PRINCESSE GHALIA EST DANS LE PUBLIC.
Un vent de panique agita la foule de spectateurs.
- ATTRAPEZ LA ! ATTRAPEZ LES TRAITES, hurla le roi.
Et alors que les gardes se jetaient sur la princesse et ses deux comparses, la chèvre profita du tumulte général pour arracher le pendentif qui se brisa sur le sol.
Pendant quelques secondes personne ne réagis. Puis un bourdonnement se mit a résonner, se transformant bientôt en un véritable rugissement. Toute la salle se mit a Huer Tauron. Le faux roi tenta en vain de s'enfuir mais les gardes du palais étaient déjà sur lui. Il eut beau crier, pester, maudire, s'en était fini de Tauron premier et ce, avant même son couronnement.
***
Il fallut de longs mois pour que le royaume ne retrouve pleinement sa joie de vivre. Mais petit a petit, le ciel regagna ses couleurs, l'eau des rivières se fit a nouveau fraîche et délicieuse et la nourriture redevint pleine de saveurs. Ghalia retrouva son trône et fut bientôt sacrée Reine. Blanche retourna sur terre couverte de joyaux, cette fois ci honnêtement remis par la couronne. Hercule lui, devint le nouvel Oracle du royaume et appris a maîtriser ses pouvoirs auprès des mages les plus puissants du pays. Quand a la chèvre albinos, elle passa le reste de sa vie dans les jardins du palais à brouter la meilleure herbe de tout le royaume.
Fin.