Hello Clémoushka,
Te lire, c'est un peu comme allumer la lumière de la chambre le matin aux tout premiers tressaillements du réveil, ou plonger dans un bain d'eau froide : ça dépote ! Tu as une magnifique créativité, un enthousiasme des mots qui fait plaisir, me rappelle un peu certains passages de Damasio dans le plaisir des mots, Claude Simon dans l'enchainement des phrases, René Char dans l'indifférence de l'incompréhension d'autrui, ou encore Rimbaud dans son désir de déposséder les mots de leur sens pour retrouver le plaisir pur de leur matérialité.
Cependant, tout comme je suppose un certain nombre de personnes, j'avoue avoir eu du mal à te lire en entier sans faire de diagonale. Je me permets d'identifier trois possibilités :
- une mise en page plus aérée pour que le lecteur puisse respirer, et mieux identifier les "rythmes" du texte
- une trame épurée, ne serait-ce que pour mieux mettre en avant les images les plus fortes
-... ou tout simplement rester tel quel et laisser le lecteur juge de l'effort qu'il doit mettre dans la lecture. Après tout, combien d'écrivains jugés incompréhensibles de leur temps ne sont-ils pas considérés ensuite comme des génies... Tu as l'air d'être sûr de ce que tu veux et de ton style, donc pourquoi pas
Au sujet de ton manifeste poétique : j'ai tout de même l'impression que la littérature n'est pas qu'une question de jeux de mots et de sonorité. Elle est toujours un équilibre entre fond et forme, entre esprit et matière. Et il me semble que voir ton texte comme un jeu de sonorité et de matière pur serait réducteur. Il y a des idées, il y a des émotions, qui ont droit au même soin que celui sur les images. J'ai peut-être mal compris ta pensée, donc j'espère que tu ne t'offusqueras pas de cette interprétation, qui naît avant tout dans le souci de te comprendre.
Et puis, même si une étape de simplification te semble trahir ton propos et/ou désagréable, n'aurait-elle pas un intérêt en soi, pour elle-même, à titre d'exercice, pour faire apparaître le fil rouge, et revenir ensuite à cette sorte de "corne d'abondance" des mots ?
Dernier point : tu n'es peut-être pas obligé de commencer par un préambule sur ton style. Cela atténue un petit peu l'effet de surprise. Et, après tout est question de sensibilité, mais j'ai tendance à rejoindre Valéry sur le texte comme objet autonome que chacun peut interpréter, au même titre que l'auteur.
Au plaisir de continuer à te lire,
Rebecca