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06 novembre 2026 à 10:46:56
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Le Monde de L'Écriture » Coin écriture » Textes courts (Modérateur: Claudius) » Pilule bleue (conte immoral)

Auteur Sujet: Pilule bleue (conte immoral)  (Lu 2234 fois)

Hors ligne gage

  • Calame Supersonique
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Pilule bleue (conte immoral)
« le: 27 décembre 2020 à 17:41:12 »
Un éternuement.

Un simple éternuement, irrépressible, avait suffi pour que mon existence se transforme en une succession de journées d'angoisse fiévreuse. Certains jours j'arrivais presque, cependant, à une coupable insouciance, d'autres j'étais rongé par un tel stress que je ne pouvais rien avaler de la journée. Et ça a duré quatre mois. Quand août arriva, j'avais perdu dix kilos, Marc se faisait un sang d'encre, et moi je lui disais que c'était les soucis au boulot.





C'était le lundi quinze avril.
Je déjeunais à la maison parce que je ne me remettais pas d'un lumbago qui m'avait torturé tout le week-end.  Je me vois encore me dirigeant vers l'évier, mon verre dans la main droite, ayant besoin d'un supplément d'eau pour avaler ma putain de pilule bleue, énorme dans ma bouche. De la main gauche, je m'accrochais à un dossier de chaise pour me soutenir dans cette douloureuse équipée.
L'éternuement.
Sans signe avant-coureur. Monumental. Il me laissa poignardé, haletant, les yeux plein de larmes, agrippé au dossier comme à un bastingage. Je reprenais mon souffle en me demandant si j'oserais me rasseoir, au risque de ne pas pouvoir me relever, quand, à travers les brumes de la douleur, se fit jour une terrible révélation : j'avais perdu ma pilule bleue.
À bien y réfléchir, il me semblait me rappeler l'avoir entendue claquer quelque part au moment de son expulsion brutale, mais comme j'avais les yeux fermés... J'en ai encore des sueurs froides, à m'en souvenir. Il ne fallait pas que Marc la trouve avant moi, et je n'avais guère que trois heures avant qu'il rentre. Je terminai rapidement mon repas, avalai une autre pilule sans y prêter attention, et me mis en chasse. Faire du quatre pattes avec un lumbago n'est pas mince affaire, mais le plus dur c'est de se remettre debout. Ce furent les trois heures les plus douloureuses de ma vie. Ayant exploré le carrelage en vain, je ratissai la moitié de la pièce qui se trouvait dans la trajectoire potentielle, montant même sur une chaise, des fois que le comprimé ait sauté jusque dessus le vaisselier. Rien. Inexplicable.
Quand Marc rentra, il me découvrit  épuisé, en chien de fusil sur le lit, mais attribua heureusement ma détresse à la douleur.
Je n'avais rien trouvé. Même dans la seconde moitié de la pièce, ayant jugé qu'un rebond était possible.


Les jours passèrent. J'insistais toujours pour m'occuper du ménage de la cuisine, considérant que c'était l'un des points les plus risqués ; et que si l'objet devait ressurgir, il valait mieux que ce soit par mes soins. Mais il ne resurgissait pas, et il hantait mon sommeil. Dans mes rêves, j'étais une Lady Macbeth dont la main, tachée d'un bleu indélébile, révélait à tous le forfait. Le remords. L'angoisse. Je perdais du poids et devenais plus séduisant. Mais rongé du dedans, les yeux un peu cernés, l'air un peu hagard. Irrésistible, apparemment.


L'été arriva, nous partîmes profiter du Lubéron comme chaque année. Vieilles pierres, siestes, soirées entre voisins. Et pour moi, galipettes clandestines avec le serveur d'un café de Bonnieux, avec le jeune potier d'à côté, avec un ou deux estivants, pendant que Marc s'adonnait aux joies si colorées du pastel, dans les villages alentours. Nous nous retrouvions avec plaisir en fin de journée, à se raconter notre après-midi, un verre de rosé local à la main, griffonnant quelques cartes postales. Je ne lui avais jamais autant menti.


Les vacances finies, nous reprîmes notre routine. Travail, complicité conjugale, amis. Et pour moi, pilule bleue et adultère. Et la disparue continuait à peser épisodiquement sur ma conscience, me privant de quiétude, comme une punition méritée.


Le destin frappa le 13 août, sous la forme anodine d'une carte-postale de vacances de mon neveu et filleul Geoffroy. Il était en Normandie, à Houlgate, et évoquait de son écriture serrée qui noircissait chaque surface libre de la carte, son séjour idyllique en bord de Manche, et ses journées rythmées par les baignades, les jeux de plage et les glaces caramel au beurre salé. La carte représentait les parasols si photogéniques de Deauville, quand ils sont noués. Marc, comme le voulait notre tradition annuelle, s'approcha donc du vaisselier de la cuisine, pour retirer la carte de l'an dernier coincée dans la vitre, et la remplacer par la nouvelle. Au moment où il ôta la jolie photo représentant le lac d'Annecy et ses petits bateaux à l'ancre, quelque chose tomba, dont le cliquetis sonore, lui faisant froncer un sourcil, me couvrit sur-le-champ de chair de poule jusqu'à la nuque. Logique balistique. Le projectile avait donc jailli tout simplement en ligne droite et, par un hasard non reproductible, était tombé pour se glisser derrière la carte postale à peine décollée de la vitre. Impossible, improbable, mais réel.




Marc se redresse, tenant entre deux doigts l'objet bleu. « Mais qu'est-ce... » et se rend compte de ma stupeur. « Mais... » Il ne parvient pas à aller plus loin. Un chevauchement de plaques tectoniques provoque en ce moment en lui une secousse qui s'intensifie au fur et à mesure que les implications de la découverte s'imposent l'une après l'autre. « Mais tu... » il n'arrive pas à formuler, et moi je suis en totale sidération. Devant les larmes qui commencent à couler en silence sur mon visage, larmes de culpabilité et de soulagement devant la révélation de plusieurs mois de mensonge, Marc se jette brutalement sur moi. Pour m'étreindre et se lancer dans un monologue théâtral et démodé dont il a le secret, tout en couvrant mon visage de baisers et de caresses.
« Mais ne pleure pas, je t'en prie, ne pleure pas ! Mais pourquoi tu ne m'as rien dit ! On ne peut pas avoir de secrets dans un couple mon chéri ! Tu me blesses tellement, mais j'aurais sans doute fait comme toi. On a notre fierté, je sais bien. Depuis combien de temps tu utilises ce truc ? Je sais qu'avec l'âge, et parfois assez tôt, la mécanique faiblit, il fallait tout me dire, on en aurait parlé, on aurait partagé l'aventure. Je ne suis pas vexé, je sais bien que ce n'est pas une question de désir, parce que même avec la pilule, s'il n'y a pas désir il ne se passe rien. Tu aurais dû me le dire, on aurait traversé cet écueil ensemble. Et toi trop fier, bien sûr, vexé de risquer de passer pour un vieux, tu as préféré te taire. Mais tu sais, ça fait partie de la vie. Nous aurons d'autres défaites, les années passent, on ne rajeunit pas. Quand on s'aime, ça ne compte pas, le reste est plus fort mon chat. À aucun moment je n'ai senti faiblir ta vigueur. Dis-moi, de quand ça date ? Tu m'as menti en ne disant rien, ça me fait mal quand même, mais ne pleure pas, je t'en prie... »
Et ça n'en finit pas, et moi je suis contrit d'être si soulagé par le quiproquo. Je sanglote autant de remords que d'être délivré de ce poids, et je laisse couler à flot cette logorrhée imprévisible. Puis quand il s'étonne de cette cachette stupide et incompréhensible, je lui raconte une version plausible, inspirée de la réalité, mais adaptée à sa méprise, de ma mésaventure d'avril. Et tout finit dans les rires et le pardon. En moi, cette unique pensée, clignotant comme un néon : « S'il savait »... Et j'ai honte. Et mon air penaud, sincère, renforce le mensonge.




Marc avait trouvé tout seul mon unique issue de secours, échappatoire à laquelle je n'aurais jamais pensé. Pourtant... pilule bleue. Pendant qu'il me consolait et que je lui exprimais une tendresse et un élan spontané devant sa candeur bienveillante, je me rendais compte combien son erreur était prévisible.
Nous vivons notre vie gay hors des réseaux, hors même de toute actualité, nous sentant simplement un couple sans particularité. Marc ne lit pas les journaux, regarde à peine la télé, n'écoute que ses disques... ne sait du monde que ce que je lui en raconte, et reste particulièrement indifférent à ce qu'est l'homosexualité des autres. Il sait bien que la PrEP existe, et qu'elle est en quelque sorte le vaccin contre le HIV qui n'existe pas encore, mais sans plus. Sans surtout avoir la moindre idée de l'aspect qu'elle peut avoir.

Depuis que je le trompais assidûment, et pour ne pas prendre le moindre risque de nous contaminer tous les deux, j'avais décidé de prendre secrètement la PrEP, suivant l'un des protocoles. Une pilule par jour. Preuve concrète de mon infidélité.
Une grosse pilule oblongue.

Bleue pâle.




« Modifié: 01 janvier 2021 à 15:24:07 par gage »
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Amenaient un à un les morceaux de moi-même". Apollinaire

Hors ligne Cendres

  • Comète Versifiante
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Re : Pilule bleue (conte immoral)
« Réponse #1 le: 27 décembre 2020 à 19:24:22 »
Merci pour ton texte.
Au début je pensais que le héros était une femme. Je n'avais pas tout de suite compris que c'était un couple gay.

Je ne connaissais pas le PrEP. Honnêtement le héros n'est pas bien, il trompe son compagnon a tout de bras.
Certes il se protège du SIDA, mais il existe d'autre IST. Je le trouve vraiment pas bien dans sa démarche et fait courir des risques a son compagnon.

Pourquoi il reste avec si c'est pour coucher avec n'importe qui?

Son compagnon croit que c'est du VIAGRA, et lui offre une porte de sortie.
"Celui qui désespère des événements est un lâche, mais celui qui espère en la condition humaine est un fou."
Albert Camus

Hors ligne gage

  • Calame Supersonique
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  • Homme incertain.
Re : Pilule bleue (conte immoral)
« Réponse #2 le: 28 décembre 2020 à 20:39:14 »
Bonjour Cendres, et merci d'être passé.

Tu as tout à fait compris le "problème" de la PrEP : elle ne protège vraiment que du SIDA. C'est pourquoi, d'abord, sa prescription est très encadrée, et assortie d'un dépistage systématique et périodique des autres IST. Cela dit, prendre la PrEP ne signifie pas nécessairement d'arrêter de se protéger. Et je n'ai tien dit de tel au sujet de mon personnage. Elle sert par contre à se rassurer lorsque l'on pratique la fellation, par exemple, qui se fait rarement avec capote (mais qui n'est pas réputée non plus être une conduite trop risquée). Il arrive aussi qu'il y ait de petits écarts de sécurité, dans le feu de l'action, voir de la passion. Prendre la PrEP est une sorte d'assurance dans ces cas-là.
Accrocher sa ceinture de sécurité ne signifie pas qu'on puisse rouler comme un fou pour autant.

La personnalité du narrateur ne te plait pas trop, et je comprends ça.
"Pourquoi reste-t'il puisqu'il couche avec n'importe qui". Bah justement. Il est de ces individus qui cloisonnent un peu sexe et amour. Comme tu le dis, il couche avec n'importe qui, mais il vit avec celui qu'il aime.
On peut juger cela immoral, mais c'est question de conventions, sans doute.

Voilà, merci pour ton commentaire.
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Hors ligne Songe

  • Plumelette
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Re : Pilule bleue (conte immoral)
« Réponse #3 le: 28 décembre 2020 à 21:30:25 »
Hello !

Oh la la j'ai adoré, pour être sincère le premier paragraphe ne m'a pas enchanté et j'étais prête à arrêter.

Néanmoins j'ai continué, et dès "l'éternuement" j'ai totalement été pris dans ton monde, et dans ce monde que tu as créé. Il y a forcément quelques petits mots pouvant être remplacés, quelques phrases à retravailler, mais très peu. 

Mis à part ça comme Cendres j'ai eu du mal à comprendre que c'était un couple gay et au début j'ai cru à une erreur de conjugaison, puis j'ai compris et je suis perplexe. Je dirais instinctivement que j'aurais préféré savoir dès le début que le couple était gay pour pouvoir imaginer les scènes dès les premières phrases en sachant que le personnage était un homme. Mais paradoxalement après avoir finit le texte je suis aussi convaincue que cela donne du pep's et du charme au texte étant donné que le lecteur doit donc réadapter ce qu'il pensait et s'imaginait...

Donc je pense que si c'est réellement ce que tu souhaitais de révéler en plein milieu du récit que le personnage principal était un homme c'est parfait et très intéressant, si on est censé comprendre dès le début cependant ce n'est pas le cas et à voir si finalement ce n'est pas mieux comme ça, qu'on ne sache pas dès le début que le personnage est un homme, c'est intriguant !

Le monologue est très bien écrit mais très cliché et beaucoup plus simple que le reste du récit, mais Marc n'est pas censé être aussi intellectuel que l'écrivain donc c'est aussi un choix totalement compréhensible ! Après j'avoue avec sincérité que j'ai longtemps été fan des récits avec dialogue puis j'ai évité ces derniers à un moment donné, je préfère le récit descriptif (comme la majorité de ton texte) donc je ne suis ni objective ni de bon conseil au sujet des dialogues !

En bref j'ai réellement accroché à ton texte, je l'ai même adoré, et si je l'avais lu dans un recueil de nouvelle cela ne m'aurait pas fait tilter car tu as réellement une plume très agréable et passionnante, j'espère lire d'autres textes de ta part dans le futur !

Bonne soirée.
« Modifié: 28 décembre 2020 à 21:32:30 par Songe »

Hors ligne Cendres

  • Comète Versifiante
  • Messages: 5 097
Re : Re : Pilule bleue (conte immoral)
« Réponse #4 le: 29 décembre 2020 à 14:29:30 »
(...)
Tu as tout à fait compris le "problème" de la PrEP : elle ne protège vraiment que du SIDA. C'est pourquoi, d'abord, sa prescription est très encadrée, et assortie d'un dépistage systématique et périodique des autres IST. Cela dit, prendre la PrEP ne signifie pas nécessairement d'arrêter de se protéger. Et je n'ai tien dit de tel au sujet de mon personnage. Elle sert par contre à se rassurer lorsque l'on pratique la fellation, par exemple, qui se fait rarement avec capote (mais qui n'est pas réputée non plus être une conduite trop risquée). Il arrive aussi qu'il y ait de petits écarts de sécurité, dans le feu de l'action, voir de la passion. Prendre la PrEP est une sorte d'assurance dans ces cas-là.
Accrocher sa ceinture de sécurité ne signifie pas qu'on puisse rouler comme un fou pour autant.
(...)
Je ne me connais pas dans ce "médicament" et j'ai lu , trop vite, ce que c'était. C'est moi qui ai mal compris et non toi. J'ai cherché l'explication sur internet. L'erreur vient de moi et non de ton texte.
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Albert Camus

Hors ligne gage

  • Calame Supersonique
  • Messages: 2 257
  • Homme incertain.
Re : Pilule bleue (conte immoral)
« Réponse #5 le: 29 décembre 2020 à 16:04:06 »
@ Bonjour Songe !

Merci pour ton passage et ton trop gentil commentaire.
J'ai tendance à vouloir faire des "surprises" au lecteur, et le fait que le narrateur soit gay pourrait en être une. Cela dit, je ne vois pas trop pourquoi, et comment, puisqu'il raconte à la première personne, il pourrait l'annoncer. Ça manquerait sans doute de naturel.

Ce que tu dis sur mon style est très élogieux. C'est sans doute parce que tu apprécies les descriptions, que tu as bien aimé. J'ai de la chance. N'hésite pas à piocher dans mes textes, ils sont tous un peu comme ça. Et si tu veux, selon ce que tu aimes, je pourrai t'aiguiller sur celui-ci ou celui-là, j'ai mes chouchous.
Merci encore, à bientôt ! (Et je considère comme un réel honneur d'être le premier que tu commentes. Merci pour ça aussi !)

@ Cendres !

Il me semblait au contraire que tu avais très bien compris.  En tout cas, je t'aurai appris un truc. Les médias sont curieusement peu bavards sur ce traitement préventif révolutionnaire.
Au plaisir !
« Modifié: 29 décembre 2020 à 18:20:33 par gage »
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Hors ligne Rémi

  • ex RémiDeLille
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Re : Pilule bleue (conte immoral)
« Réponse #6 le: 29 décembre 2020 à 23:03:54 »
Salut gage :)

Détails (j'ai chipoté, pinaillé, tu gardes ce que tu veux ;) ) :
Citer
insouciance,
je verrais bien un point-virgule, ici

Citer
Et ça a duré quatre mois.
j'aurais mis un passé simple (pas le pc passe aussi)

Citer
, et Marc se faisait un sang d'encre, et
pourquoi deux fois ", et" ? la seconde occurence me semble suffisante

Citer
pour y remettre de l'eau
pour le remplir d'eau ? (tu as "remettre" deux lignes au dessus)
Tu peux même virer le "pour y remettre de l'eau", sachant que tu as "pour me soutenir" à la phrase suivante.

Citer
avec un lumbago n'est pas mince affaire,
une mince affaire ?

Citer
c'était l'une des phases les plus risquées.
pas fan de "phase", ça fait gestion de projet ^^

Citer
les glaces au caramel au beurre salé.
glaces caramel au beurre salé
ou
glaces au caramel beurre salé ?

Citer
Si je ne suis pas vexé, c'est parce que je sais que ce n'est pas une question de désir, parce que même avec la pilule, s'il n'y a pas désir il ne se passe rien.
j'enlèverais le "si", pour alléger (et plus fluide pour un dialogue) :
Ne t'inquiète pas, je ne suis pas vexé, je sais que...

Citer
Mais tu sais, ça fait partie de la vie. Nous aurons d'autres défaites, les années passent, on ne rajeunit pas. Mais quand on s'aime, ça ne compte pas, le reste est plus fort mon chat. Mais tu sais,
j'enlèverais le deuxième "mais" et le "mais tu sais" qui suis

Citer
que je lui exprimait une tendresse
exprimais

Citer
Et ça n'en finit pas, et moi je suis contrit d'être si soulagé par le quiproquo. Et je sanglote autant de remord que d'être délivré de ce poids. Et je laisse couler à flot cette logorrhée imprévisible. Puis quand il s'étonne de cette cachette stupide et incompréhensible, je lui raconte une version plausible, inspirée de la réalité, mais adaptée à sa méprise, de ma mésaventure d'avril. Et tout finit dans les rires et le pardon. Et en moi, cette unique pensée, clignotant comme un néon : « S'il savait »... Et j'ai honte. Et mon air penaud, sincère, renforce le mensonge.
peut-être trop de phrase commençant par "Et" ?



J'ai relevé pas mal de trucs, je suis en mode relecture de nano, alors forcément... tu prends ou tu jettes, y a plein de choses qui sont des choix que tu as surement réfléchis.

Très chouette texte, la tension est palpable du début à la fin ;  et on se demande ce que c'est que cette pilule. Peut-être aurais-tu pu en faire encore plus sur la douleur relative au lumbago (j'ai suffisamment donné, si tu veux des conseils...).
La chute est surprenante, comme il faut.

Merci pour la lecture, un plaisir, comme d'habitude.

A+
Rémi
Le paysage de mes jours semble se composer, comme les régions de montagne, de matériaux divers entassés pêle-mêle. J'y rencontre ma nature, déjà composite, formée en parties égales d'instinct et de culture. Çà et là, affleurent les granits de l'inévitable ; partout les éboulements du hasard. M.Your.

Hors ligne gage

  • Calame Supersonique
  • Messages: 2 257
  • Homme incertain.
Re : Pilule bleue (conte immoral)
« Réponse #7 le: 31 décembre 2020 à 17:05:43 »
Quel plaisir que ton passage, Rémi, comme toujours !!

J'aime bien quand tu chipotes. Je n'ai pas tout adopté, mais certaines remarques étaient plus que judicieuses. D'ailleurs, le monologue de Marc a énormément gagné à suivre tes conseils. Je ne le sentais pas, et tu as élucidé la chose.
Pareil : le mot "phase" me déplaisait autant qu'à toi, j'ai trouvé autre chose.

Merci encore, tes interventions sont toujours bienveillantes et constructives.

Toi qui connais le lumbago, tu sais bien que c'est ce détail-là le moins plausible de mon texte.  :)  Pour y être passé aussi, je sais que ce que je fais faire au narrateur est impossible. Disons que son instinct de survie le pousse à l"héroïsme par la force des choses... Mais si j'insiste trop sur sa grande et réelle douleur, ce ne sera plus crédible !   :D

Merci encore, et puisque c'est le jour, bisous de bonne année !!
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Hors ligne GeGinger

  • Troubadour
  • Messages: 284
Re : Pilule bleue (conte immoral)
« Réponse #8 le: 31 décembre 2020 à 18:20:57 »
Bonjour Gage,

Quoi de plus agréable pour finir l'année 2020 que de lire un bon texte comme le tien. Le titre m'a attiré et le style de ton écriture m'a gardé (je venais confiante, ce n'est pas la première fois que je lis un de tes textes, je sais que j'aime ton style). J'étais intriguée par le mystère de cette pilule bleue.

Pour ce dernier commentaire de l'année, j'ai bien envie de pinailler et je te propose qq corrections :
Citer
Quand août arriva, j'avais perdu dix kilos, Marc se faisait un sang d'encre, et moi je lui disais que c'était les soucis au boulot.
A mon avis, tu peux y gagner en raccourcissant cette phrase (un point après kilos) et en supprimant le "et".
Citer
des fois que le comprimé ait sauté jusque dessus le vaisselier
tu n'étais pas loin...  :D
Citer
Dans mes rêves, j'étais une Lady Macbeth dont la main, tachée d'un bleu indélébile, révélait à tous le forfait.
J'ai bien aimé cette image et la référence.
Citer
Les vacances finies nous reprîmes notre routine
une virgule après finies ?

...
Bon, j'ai beau vouloir pinailler, faire un commentaire détaillé (j'ai pr cela relu plusieurs fois ton texte)... je ne trouve pas gd chose à dire, ce qui pr moi est une preuve de plus de la qualité de ton texte.
Merci pour ce moment de lecture.


PS : Merci d'avoir facilité ma lecture en augmentant la police  ;)
J'ai besoin de vos avis !       
 Une souris aux épices

Hors ligne gage

  • Calame Supersonique
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Re : Pilule bleue (conte immoral)
« Réponse #9 le: 01 janvier 2021 à 13:01:07 »
@ GeGinger :

Bonjour ! Merci pour ce passage ! Ton gentil commentaire est bien trop flatteur. Je suis vraiment content que tu aies apprécié cette brève chronique.
Quant à la police, je t'avouerai que moi aussi j'y trouve du confort.
Merci et bonne année !

@ Keanu :

C'est toujours un plaisir quand tu passes me voir ! J'ai épluché le détail de ton commentaire. J'ai tenu compte, en fait, de la plupart de tes remarques formelles. Elles étaient judicieuses. Cela dit, après mes modifications j'ai toujours l'impression d'avoir alourdi le texte... bref, rien de plus difficile que d'avoir du recul.

Parlons du fond.
Ta première remarque, je la comprends. Jouer de l'"effet papillon" était un peu putaclic, j'en ai été conscient dès le début. Je comprends donc sans problème ton impression. Tu utilises le terme "tragicomique" et c'est bien dans ce registre-là qu'il faut inscrire ce récit. Et c'est justement parce que l'on est dans ce registre que l'on peut peut-être le tolérer. L'aventure du lumbago est aussi de l'ordre du comique, pour peu que l'on visualise la scène, sans compter la stupeur du narrateur quand il prend conscience des conséquences de son éternuement. Si j'utilise le mot "conte" dans le sous-titre, ce n'est pas à la légère, je pense.
Je raconte juste une anecdote improbable, avec mes moyens habituels. Inspirée à la base de la simple ressemblance entre deux types de pilules. La resituant dans un contexte, et débouchant sur un soulagement coupable. Une chute immorale, ça fait parfois du bien.

Je pense que ce que tu préfères dans mes textes "authentiques", c'est l'émotion dont ils sont vecteurs. Ils me sont parfois plus faciles à écrire, parce que je me contente de retranscrire un vrai ressenti. C'est peut-être ça que tu perçois comme différence majeure, avec absence de procédé. Tu me diras quand même si tu pensais à un texte précis en disant cela. Cela pourrait être inquiétant, parce que cela pourrait sous-entendre que c'est quand j'invente que je suis le moins doué, ce qui est problématique quand on écrit...  :D

Merci en tout cas pour ton passage, et puis malgré tout, le texte t'a intéressé, et je n'en demande pas plus.

Bonne année, en supplément !
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Hors ligne Earth son

  • Calame Supersonique
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Re : Pilule bleue (conte immoral)
« Réponse #10 le: 05 février 2021 à 18:31:26 »
Hello gage,

Un peu en retard, comme souvent, mais j’ai beaucoup aimé ton texte.
Je me suis fait avoir, comme Marc  ;) Mais c’est le jeu ma pov’ Lucette.
Mes sentiments sont ambivalents car le narrateur cherche à se protéger et certainement son compagnon également mais en même temps, j’ai du mal à cautionner l’adultère.
Merci pour ce moment de lecture très agréable.
Et c’est dingue comme les petits machins se collent toujours dans des endroits imprévisibles   ;)

Je reviens.
Il n’y a que cette phrase que j’aime moyennement
Citer
Marc ne lit pas les journaux, regarde à peine la télé, n'écoute que ses disques... ne sait du monde que ce que je lui en raconte
Je trouve que ça fait un peu trop « mainmise » sur l’autre
A +
« Modifié: 05 février 2021 à 19:05:35 par Earth son »

Hors ligne gage

  • Calame Supersonique
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Re : Pilule bleue (conte immoral)
« Réponse #11 le: 06 février 2021 à 16:23:38 »
Salut Earth son !

Merci pour ton passage. Peu importe le retard quand le commentaire est gentil !

Je comprends qu'on puisse ne pas cautionner l'adultère. Pour moi c'est un mode de fonctionnement que j'ai pu observer. Parfois le conjoint n'est même pas dupe. Comme je le disais à Cendres, il est des gens qui cloisonnent sexe et amour. Les besoins sexuels sont des choses très dissemblables d'un homme à l'autre, d'une femme à l'autre.Parfois un tel fonctionnement peut empêcher une séparation. Le corps exulte à l'extérieur, mais on rentre dans son foyer, retrouver l'homme ou la femme de sa vie.

La où tu ressens une certaine main-mise du narrateur sur Marc, il faut plutôt que tu vois une certaine indifférence de Marc vis à vis de la société. C'est son choix à lui et son goût. Pas sûr, même, qu' il écoute la moitié des nouvelles extérieures que lui rapporte son homme. Je l'imagine plus âgé, et vraiment déconnecté. Peut-être parce que confit d'auto-satisfaction, ou simplement trop intellectuel et perché.

Bref, merci encore de ta visite ici, à la recherche de la pilule bleue.

À bientôt !


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