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Le Monde de L'Écriture » Coin écriture » Textes courts (Modérateur: Claudius) » Une histoire d'amour qui finit mal

Auteur Sujet: Une histoire d'amour qui finit mal  (Lu 887 fois)

Hors ligne dc85

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Une histoire d'amour qui finit mal
« le: 03 Décembre 2020 à 17:48:41 »
Voici une autre histoire inspirée des légendes rapportées pas Georges Dumézil. On retrouvera les personnages de la précédente historiette"une légende du Caucase"



Une histoire d'amour qui finit mal
Le village était en effervescence. Le chef du village étant trop vieux, et disons-le, complètement gâteux, il fallait en désigner un nouveau. Dans la région, on pratiquait une démocratie directe assez originale. Il n’y avait pas d’élection mais, au jour dit, tous les citoyens se réunissaient à la taverne. On y buvait, mangeait, chantait et dansait, puis lorsque tout le monde était rassasié, on discutait et prenait les décisions. Celles-ci étaient d’autant plus faciles à adopter que les villageois étaient alors de bonne humeur et enclins aux compromis.
J’entends déjà les féministes de ce siècle ironiser : « Démocratie tu parles ! C’est juste un moyen qu’ont inventé les hommes pour écarter les femmes des affaires publiques ». Mais, une fois n’est pas coutume, je me désolidarise de leur point de vue. Les femmes assistaient à ces réunions, et elles n’étaient ni les dernières à vider leur verre ou à danser sur le comptoir, ni les premières à rouler sous la table, et, lorsqu’une d’elles prenait la parole, on savait que c’était pour le bien de tous et on l’écoutait avec attention.
Ce jour-là, justement, on devait débattre d’une question qu’elles avaient soulevée et qui les concernait particulièrement. Tout le monde s’accordait sur un point : le chef du village ne pouvait qu’être un homme, parce que, en ces temps troublés, il serait sûrement amené à prendre les armes et à mener les hommes au combat. Il devait néanmoins se montrer respectueux envers les femmes et capable de garder son sang-froid et sa courtoisie quelles que soient les circonstances. On s’étonna donc lorsque Durt Damplon se leva et prit la parole. On le savait lubrique, grossier, brutal et menteur. Mais c’était son fils, nommé Grégori, qu’il proposa, et celui-ci était un jeune homme qui avait toutes les qualités d’un chef respecté : il avait déjà eu l’occasion de montrer son intelligence et sa bravoure, se montrait toujours poli, et, chose plus rare encore, était fidèle à sa femme Elena. L’idée fut donc adoptée, et, pour mettre Grégori à l’épreuve, on imagina le stratagème suivant : on lui confierait une mission qui l’éloignerait de son domicile pendant la nuit, et, lorsqu’il reviendrait au matin, il trouverait un homme dans le lit conjugal auprès de sa femme. On pourrait alors juger de sa réaction. Tous les mâles présents se proposèrent immédiatement pour le rôle de l’amant. Il faut dire qu’Elena était une piquante brunette aux yeux fripons et à la poitrine avantageuse. Quand on précisa qu’il était hors de question que comédie aille jusqu’à sa conclusion naturelle, que le soi-disant amant devait se comporter avec Elena comme un frère doit se comporter avec sa sœur et que de plus le jeu présentait un danger certain, puisqu’on ne savait pas quelle serait la réaction de Grégori, seul Anatole persista et c’est à lui que fut confié cette tâche ingrate.
Tout fut organisé et se passa comme prévu. Lorsque Grégori rentra de sa mission dans le matin glacial et qu’il vit un inconnu près de sa femme, sa première réaction fut la colère et il porta la main à son épée. Puis il se ravisa. Il aimait profondément sa femme, et il comprit que, s’il se laissait aller à son emportement, il la perdrait à jamais, qu’il tue seulement son amant ou qu’il les tue tous les deux. Il se retira discrètement, et avec son seul manteau pour lutter contre le froid, il alla dormir dans l’écurie. Plus tard dans la matinée, tout lui fut expliqué, tout rentra dans l’ordre et fut acclamé chef du village à l’unanimité. Pour se faire pardonner d’avoir douté d’elle, Grégori offrit à sa femme le plus beau cheval qu’il put trouver.
Tout est bien qui finit bien, excepté pour Anatole, peut-être. En effet, au plus froid de cette nuit, Elena vint s’offrir, humide et ouverte, et se coller contre lui en cherchant un peu de chaleur humaine. Il en oublia complètement les consignes et tomba éperdument amoureux. Ne supportant pas de la voir tous les jours, il quitta le pays et on ne le revit jamais.

Hors ligne JunGwen

  • Tabellion
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Re : Une histoire d'amour qui finit mal
« Réponse #1 le: 03 Décembre 2020 à 18:23:58 »
Très fan du passage sur la place des hommes et des femmes dans une société qui s'autogère, et le rôle d'un vrai chef (et qu'est-ce que ça me manque aujourd'hui).
Je m'attendais à quelque chose de plus déprimant pour le twist de fin (à cause du titre qui annonce du drama) mais finalement et d'une certaine manière, "tout est bien qui finit bien", excepté pour ce personnage auquel on ne s'attache pas vu qu'il arrive tardivement dans le récit. Pourquoi appeler ce texte "une histoire qui finit mal" alors ?
Super texte, à part ça, j'ai bien aimé l'idée de réussir à poser une intrigue et à la conclure aussi rapidement, personnellement j'ai toujours eu du mal !
Hâte de lire d'autres de tes textes.
Donc c'est moi le requin, mais c'est eux qui me tournent autour.

Hors ligne Cendres

  • Comète Versifiante
  • Messages: 5 028
Re : Une histoire d'amour qui finit mal
« Réponse #2 le: 03 Décembre 2020 à 18:48:37 »
Marrant ton petit conte. Il a des points communs avec l'autre: Les fêtes ou l'on mange et ou l'on boit , et ton expression, rouler sous les tables^^

Mais pour vérifier la nature de chef de Grégori, Elena accepte de jouer le jeu , alors que je la suppose aimant son mari. Elle aurait pu être contre?
De plus je trouve le test un peu bizarre. Je ne trouve pas que sa prouve sa qualité de chef.

Sinon un passage me semble  étrange, ou j'ai l'esprit mal placé?
"En effet, au plus froid de cette nuit, Elena vint s’offrir, humide et ouverte, et se coller contre lui en cherchant un peu de chaleur humaine."
"Celui qui désespère des événements est un lâche, mais celui qui espère en la condition humaine est un fou."
Albert Camus

Hors ligne dc85

  • Scribe
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Re : Une histoire d'amour qui finit mal
« Réponse #3 le: 03 Décembre 2020 à 23:27:44 »
Merci pour votre lecture et vos remarques.
@cendres : oui, le test est bizarre, mais je l'ai emprunté à une légende caucasienne ; en fait, dans cette légende, le chef doit passer 3 épreuves, mais celle ci est la plus rigolote. Effectivement, Elena aurait pu être contre. Mais, l’intérêt des légendes, c'est qu'on est pas obligé d'être logique. Pour la conclusion, elle n'est pas si étonnante, ce genre de chose peut arriver au milieu d'une nuit d'hiver ; j'en assume la responsabilité.
@JunGwen En fait, Anatole n'est pas tout à fait un inconnu. Il apparaît déjà dans le conte précédent intitulé Une légende du Caucase. Aussi, ma femme, qui est ma première lectrice me reproche souvent de ne pas assez développer.

 


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