Il est des regrets que l’on traîne toute sa vie, des regrets pour des événements minimes que l’on aurait dû en bonne logique effacer de sa mémoire.
Tenez, c’était sur la côte Adriatique, aux environ de Rimini, je dînais avec ma compagne dans un restaurant du bord de mer quand s’approcha de nous une sorte de bohémienne, une mendiante qui avec un regard d’enfant battu nous proposa une rose, je restai indifférent, agacé, la pauvre enfant insistait, presque suppliante, elle me la tendait cette pauvre rose avec ses pauvres mains, et je la repoussai comme une chose sale et importune.
Pourquoi à cet instant ai-je agi de la sorte ? Quel démon m’a interdit de répondre à cet appel en lui donnant quelque argent, pourquoi mon regard froid, dépourvu de toute humanité ? Était-ce parce qu’elle avait été rabrouée aux tables voisines et que stupidement il m’avait semblé convenable de me comporter de la même façon ? … Une quinzaine d’années, une enfant que l’on forçait à mendier, et qui le faisait naïvement, sans artifice.
Sa rose ne s’est jamais fanée, ses mains parfois me la tendent lorsque je m’y attend le moins.