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Auteur Sujet: EFFET DOMINO  (Lu 1392 fois)

Hors ligne arnaudsis

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EFFET DOMINO
« le: 16 Octobre 2020 à 19:30:38 »
 
Diplômé de Yale et Professeur titulaire à l’université de Columbia, le Docteur William Sextable enseignait l’économie et la finance dans les plus prestigieuses facultés de la Côte Est des États-Unis...
Sir William Sextable était le descendant d’une riche famille d’armateurs qui avait immigré aux États-Unis à la fin du XIXème siècle. Cette lignée de riches commerçants maritimes et écossais avait fait faillite pendant la grande dépression, à l’époque où le Président Roosevelt et son épouse Éléonore se démenaient corps et âme pour sortir cette Amérique blanche et puritaine de la crise.....
 Son père, William Sénior s’était longtemps tué à la tâche pour sauver l’honneur de cette famille déchue.
Les Sextables croulaient sous les dettes depuis la mort de leur patriarche, le feu grand père Richard Sextable….
Le vieil homme aux cheveux grisonnants et à la barbe soigneusement taillée et bien entretenue était un sexagénaire dans la fleur de l’âge qui ne mâchait plus ses mots. Il ne manquait jamais de donner son avis à l’occasion. Que ce fusse à l’aune d’une conversation ou lors d’un débat, en plein colloque ou dans une émission télévisée, il lui suffisait d’un simple échange de civilité pour vous entraîner dans une de ces joutes oratoires dont lui seul avait le secret…
Comme tout bon enseignant qui se respecte, il aimait s’ériger en donneur de leçons, ce qui avait le don d’exaspérer son entourage....
Le professeur je-sais-tout était un activiste de la première heure qui a fait ses premiers pas en politique du temps où les mouvements hippies et le disco étaient encore à la mode….
Christopher et lui se fréquentaient depuis peu...
Entre le sophiste révolté et le journaliste engagé, l'ambiance était toujours au beau fixe. Malgré quelques divergences d'ordres politique et idéologique, William et Christopher entretenaient de très bonnes relations. Ils échangeaient souvent des informations et des contacts lors de soirées privées qu'il organisait dans sa résidence secondaire, dans les Hamptons.
 La villa Sextable était le lieu où se retrouvait les gros bonnets de Wall Street et quelques élus du gouvernement local pour s'adonner à toutes sortes de loisirs et de divertissements nocturnes, allant des tournois de poker aux parties de jambes en l'air, dans les couloirs et les pièces secrètes de ce vieux manoir victorien datant du XVIIIe siècle...
Ces soirées festives à l'ambiance débridée, n'étaient ni plus ni moins qu'une mascarade pour attirer du beau monde dans sa garçonnière...
 Tous ces politiciens et hommes d'affaires véreux, Will les appâtait à l'aide de sublimes et magnifiques créatures, toutes aussi exotiques les unes que les autres, des courtisanes pour la plupart prêtes à tout pour assouvir les désirs et les fantasmes de ces boursicoteurs plein aux as ; au grand bonheur de ces dames, ces affairistes ne lésinaient manifestement pas sur les pourboires; alors qu'elles devenaient leurs esclaves sexuelles le temps d'une escapade....
La tenue de ces réjouissances et jeux interdits était un moyen pour le maître des lieux de s'assurer du soutien des élus locaux aux prochaines élections régionales. L'idée au départ était de mettre à profit ses relations et de consolider le vaste réseau de personnalités influentes qu'il comptait parmi ses amis à travers tout l'État de New York et du Massachusetts dont il était originaire....
Visionnaire quelque peu excentrique, ce bon vieux William voyait en Christopher, un moyen inespéré de se positionner pour le prochain prix Nobel.
Économiste résolumment tourné vers la condition humaine, il avait été primé pour ses recherches sur le vieillissement démographique et son impact sur les économies libérales. Son acharnement et sa propension à défendre la cause humaine lui avaient valu, il y a quelques temps déjà, le célèbre prix des sciences économiques que décernait chaque année la Banque de Suède en mémoire d'Alfred Nobel ; depuis 1968. N'en déplaise aux inconditionnels de la théorie classique, il avait démontré dans l'une de ses fameuses thèses de recherche que si le vieillissement démographique avait une quelconque incidence sur la croissance économique, il y avait de fortes chances que cette croissance ait un impact sur le vieillissement des populations en retour, en ce sens qu'il existe une certaine réciprocité entre ces deux phénomènes liés. En effet, les études du Professeur avaient prouvé en son temps que la croissance des pays dévéloppés avait un effet-accélérateur sur le vieillissement des populations actives....
 Cette année–là, il avait pour ambition de remporter le prix Nobel d'économie pour la seconde fois...
 En dépit du prestige et des privilèges qu'offrait le sacre de la bien-pensance intellectuelle, cette noble quête avait pour but de venir en aide aux populations vulnérables en proie à la guerre et à la famine. Cependant, il nourrissait secrètement l'espoir que cette entreprise des plus téméraires contribue un temps soit peu à redorer le blason de la famille Sextable auprès de la communauté scientifique, dont ils furent à une époque, les illustres représentants auprès de Sa Majesté....
Christopher et William s’appréciaient mutuellement malgré leur différence d’âges…
Les deux hommes s’étaient rencontrés au siège des Nations unies, quelques années plus tôt, lors d’un sommet international sur la paix et la sécurité dans le monde….
Le Professeur avait été convié à cette rencontre en tant que porte-parole et ambassadeur des Nations unies pour la paix. Un titre honorifique qu’il brandissait haut et fièrement devant ses camarades du prestigieux club de Yale, un des endroits prisés de l'élite new-yorkaise situé sur la 50ième de l'Avenue Vanderbilt, dans le quartier d'affaires de Midtown, au sud de l'arrondissement de Manhattan…..
La prise de parole en public était un exercice qu’il maîtrisait à la perfection. Il maniait la langue de Shakespeare avec aisance….
 Au moment de faire son plaidoyer, toute l’audience était suspendue à ses lèvres……
Son discours était d’autant plus mémorable qu’il eut été plébiscité de vive voix par toute la communauté internationale. Cependant, loin de faire l’unanimité, ces propositions et plans de paix empreints de sarcasme et d’utopie laissaient quelques dirigeants perplexes; ainsi que des hauts représentants de l’organisation, critiqués à bien des égards, pour leur passivité et leur manque de leadership dans la gestion des conflits…
La partie de son fameux speech sur la responsabilité des grandes puissances dans la résolution des conflits au Moyen-Orient avait fait tache d’huile ce jour-là……
Son approche sur le rôle prédominant de l’information et des services de renseignements dans la gestion des conflits avait marqué Christopher au point d’influencer ses méthodes d’investigations qui jusque là, s'étaient avérées inefficaces….
Le Professeur commençait à déteindre sur lui de manière fort déplaisante malgré la rigueur qu’il s’était imposée au fil des années pour préserver sa réputation de journaliste intègre, libre et indépendant. Néanmois les arguments du Professeur se tenaient d'autant plus que ses inquiétudes étaient fondées....
À l'issue de ce congrès international, ces paroles résonnaient encore en lui, comme une évidence, une sorte d’hymne à la paix à laquelle il se devait d’apporter une note subliminale afin susciter l’indignation des masses populaires….
Christopher avait déjà vu trop de morts pour rester insensible à l’appel du Professeur, qui d'ailleurs, ne ménagea aucun effort pour le convaincre de rallier les rangs de son organisation. C'était en réalité un petit groupe de réactionnaires et d'intellectuels idéalistes et un petit peu trop réveurs, qui s'efforçaient néanmoins, de garder les pieds sur terre, dans ce monde irrationnel et enclin à l'hypocrisie. Plus qu'une camaraderie, c'était une fratrie...
Cette confrerie aux allures de société secrète regorgeait en son sein les esprits les plus brillants et les moins conventionnels qui soient.....
 Le Professeur s’était attiré toute sa sympathie en l'invitant officiellement à rejoindre ce club privé des "libres penseurs" ; un cercle très fermé regroupant des intellectuels de tous bords, des personnalités politiques débâtant à longueur de journée sur des questions philosophiques et existentielles, parfois scientifiques, économiques et même géopolitiques ou stratégiques....
Depuis son discours à l’ONU devant les chefs d’États des plus grandes nations, Christopher tenait l'académicien en haute estime. Il appréciait davantage son charisme et sa personnalité.
Mais ce qu’il aimait par-dessus tout chez le Professeur, c’était sa manière d’édulcorer ses propos sans pour autant céder à l’autodérision, ni à la critique facile.
Tout comme Christopher, le Professeur Sextable avait une sainte horreur du compromis. Il n’hésitait jamais à défendre bec et ongles ses idées; quitte à y laisser des plumes…..
Consultant à la commission indépendante de régulation énergétique, il avait publié en automne 2002, contre l’avis de ses pairs, un article sulfureux qui mettait en rapport la gestion catastrophique des ressources énergétiques aux Etats-Unis et la recrudescence des conflits aux Moyen Orient. Ayant refusé de se rétracter au dernier moment nonobstant la pression qu'il subissait de la part de ses collaborateurs, il avait été remercié par le gouvernement et catalogué au même titre que ces fanatiques et adeptes de la théorie du complot; celle du 11 septembre en l’occurrence...
Bien qu’il n’eût jamais été un fervent adepte de la théorie de l’équilibre général au sens Walrasien du terme, le Professeur Sextable prônait toutefois, un équilibre des marchés reposant essentiellement sur la politique budgétaire en matière de taxation, notamment sur les industries dépendant des énergies fossiles, de sorte à éviter ce que les experts appelleraient un pic pétrolier prématuré. Cette doctrine qu’il véhiculait en tant que conseiller à la commission de régulation énergétique suggérait l’intervention de l’État dans tous les secteurs hautement dépendant de la production nationale de pétrole, que ce soit dans le secteur de l’automobile ou celui de l’immobilier, dans l’industrie lourde ou le transport aérien….
Ce qui lui a valu les critiques de l’aile conservatrice et libérale du parti républicain, mais aussi des inimitiés un peu partout dans le monde des affaires et de la finance, en commençant par Wall Street……
 Il avait prévenu en son temps les trois entités concernées que sont la FED, la SEC puis la commission fédérale de régulation énergétique, que le boom du marché immobilier constituerait un gouffre énergétique pour la production mondiale de pétrole et qu’à moins de réguler le secteur de l’immobilier, comme ce fut le cas pour le marché de l’automobile, les réserves énergétiques en pétrole ne suffiraient pas à compenser la demande de plus en plus croissante des ménages et des industries.….
Bien avant la crise de 2008, il avait prédit dans quelques tribunes du Wall Street Journal ainsi que dans une parution spéciale dans le Bloomberg bussinessweek magazine, que l’effondrement du marché de l’immobilier serait précédé d’un pic pétrolier assez critique car le marché immobilier était en partie adossé aux réserves énergétiques, et par conséquent, si l’un venait à s’effondrer, l’autre ne tiendrait pas assez longtemps. Ce qui arriva vraisemblablement en 2006, quelques mois juste avant l’effondrement du marché immobilier qui a précédé la crise financière internationale de 2007. Selon le Professeur, il existait une forte corrélation entre le marché du pétrole et celui de l’immobilier aux États–Unis et de toute évidence des mesures devaient être prises pour réguler ces deux secteurs interdépendants, mais le gouvernement faisait la sourde d’oreille, distrait par la verve mielleuse des lobbyistes et de leurs entreprises sans scrupule, en somme, des hommes prêts à tout pour préserver leur train de vie au détriment de l’intérêt général…
Aujourd’hui plus que jamais, le Professeur était convaincu de la nécessité de réglementer tous ces secteurs…….
William, le politicien, savait choisir ses collaborateurs. Mis à parts quelques sénateurs déjà acquis à sa cause, il avait trouvé en la personne du secrétaire adjoint à l’énergie, Peter Scully, un allié de choix pour présenter un projet de loi portant sur la régulation énergétique…
Un pan de cette proposition de loi dans la nouvelle réglementation, préconisait une taxe sur les crédits immobiliers et autres produits dérivés que proposaient les sociétés financières et banques spécialisées. Ce mécanisme d’imposition suggérerait une plus grande flexibilité des taux fixes généralement octroyés aux détenteurs de prêts immobiliers sur une longue période allant de 10 à 30 ans. Ces taux à long termes devaient être progressivement remplacés par des taux variables indexés à la courbe de production énergétique. Autrement dit, plus l’offre d’énergie est supérieure à la demande, moins vous payerez d’impôts, cependant si la demande venait à dépasser l’offre, par conséquent, vous payerez d’avantage de taxes à la surconsommation énergétique pour le remboursement de votre prêt immobilier, l’équilibre des marchés en dépendait.
 Ces impôts serviraient ainsi à développer à court terme aux États-Unis des techniques de plus en plus innovantes en matière d’exploitation du pétrole non conventionnel, beaucoup moins polluantes et peu onéreuses, et d’assurer à moyen terme, la transition énergétique pour un monde plus sûr, à l’abri des guerres et des intérêts néfastes de lobbies financiers et énergétiques…
Le Professeur n’était pas au bout de ses peines. Pour que ce projet voit le jour et trouve un écho particulier auprès des membres de la Chambre des Représentants et du Sénat, il lui fallait révéler au grand jour, les activités frauduleuses de certains opérateurs qui travaillent pour le compte du gouvernement. Il avait besoin de preuves solides et tangibles qui pourraient faire l’effet d’une bombe dans tout l’hémicycle, si toutefois, pour sauver sa peau, un des présumés coupables venait à vendre la mèche. Ce qui était d'autant peu probable car la loi du silence était l'une des premières règles que l'on vous apprenait lorsque vous mettiez les pieds à la Maison Blanche. L'omerta était le maître mot à Washington. Et le gouvernement Hightower ne faisait pas exception. On ne pouvait enfreindre cette règle sans en subir les conséquences, le Professeur Sextable en savait quelque chose…..
Quant aux conséquences de la gestion des ressources énergétiques sur les conflits aux Moyen Orient, une thèse longtemps réfutée par ses collègues soucieux de maintenir leurs subventions gracieusement octroyées par l’État et pour laquelle il fut déclaré persona non grata dans les couloirs de Washington, le professeur Sextable comptait bien la présenter au comité d’organisation du prix Nobel après son triomphe au Congrès...
« Modifié: 16 Octobre 2020 à 23:52:15 par arnaudsis »

Hors ligne Manu

  • Calame Supersonique
  • Messages: 1 543
Re : EFFET DOMINO
« Réponse #1 le: 17 Octobre 2020 à 08:01:55 »
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« Modifié: 11 Juillet 2022 à 01:02:54 par Manu »

Hors ligne arnaudsis

  • Calligraphe
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Re : EFFET DOMINO
« Réponse #2 le: 17 Octobre 2020 à 08:55:44 »
Merci pour ton commentaire Manu. Tes remarques sont assez justes et ton analyse est pertinente. En effet, c'est plus une fiche descriptive que toute autre chose. Le manque de dialogue et de légèreté dans la narration rend le tout quelque peu insipide et difficile à digérer. Par ailleurs, il faut un certain bagage intellectuel, notamment dans le domaine de la finance pour apprécier certaine subtilité. Pas étonnant que tu aies décroché à la fin. J'essaie autant que faire se peut de faciliter la comprehension de certains concepts assez techniques sur lesquelles repose l'intrigue . Mais ce n'est guère une chose aisée. Là réside mon challenge...
Prends plutôt ce texte comme une ébauche d'un roman inachevé, un premier jet si tu veux....Quoi qu'il en soit merci pour ces critiques constructives ;)
« Modifié: 17 Octobre 2020 à 14:33:41 par arnaudsis »

Hors ligne Dieter

  • Palimpseste Astral
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  • Orthographe réformée = Histoire déformée
    • Dieter
Re : EFFET DOMINO
« Réponse #3 le: 21 Octobre 2020 à 12:28:13 »
Bonjour arnaudsis,

J'ai cru comprendre que ce texte était rattaché, par ses personnages, à La conspiration du zodiaque. J'ai peur que celui-ci, comme le fait remarquer Manu soit un peu lord à comprendre. Si les deux textes sont rattachés, je pense que tous les détails que tu fournis ici ne sont pas indispensables. Cela risque de perdre complètement les lecteurs, surtout s'il y a bien une douzaine d'autres personnages comme ce professeur qui vont entrer en jeu autour de Christopher.
On n'a rien inventé de mieux que la bêtise pour se croire intelligent.
Amélie Nothomb

 


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