Salomé
Elle avance ses pieds, ses petits pieds blancs à la pointe tendue, au talon retroussé ; les dépose en plume sur le marbre glacé.
Elle laisse tanguer son ventre de houle et le léger taffetas écume son corps de frissons.
Ses yeux se dessinent en dune de désert sous une bulle de brouillard, une tempête de sable.
Et ses cheveux lourds, noirs, étoilés de pistils, s’enroulent autour de ses hanches. Puis elle écarte ses bras pour embrasser le monde, pour embrasser la salle et offrir sa pudeur tandis qu’au loin s’élèvent la douceur d’une flûte, la puissance d’un tambour et les cris jaunes des violons.
Et quoi encore ! Sa langue d’oiseau vient piquer le palais d’une curiosité sifflante, et gangrène les cœurs au rythme des pampilles qui claquent à son iris. Puis la cambrure d’un voile s’échoue et dévoile la dorure d’un nombril et le galbe superbe d’un sein. Alors brille la malice encadrant quelque cuisse dans un coin de l’Esprit.
Les cœurs s’emballent et se déballent, palpitent parfois, meurent et revivent quand reviennent les veines d’un poignet, la torsion d’une cheville, le déchirement d’une gorge, le ronflement rauque de la glace bouillante.
Elle avance au bassin, d’abord droite et fière quand le sol soudain succombe à ses charmes. Il l’attrape aux mollets, elle avance toujours, il l’attrape aux genoux, elle avance encore, il l’enserre à la taille, lui broie les côtes de son étreinte ; elle, reste impassible.
Enfin le buste disparaît laissant le marbre d’un visage aux étoiles éteintes ; Ô Vénus démantibulée, charmant tableau de crépuscule, sourire tordu et figé…
Tête
Tranchée.