Le Monde de L'Écriture – Forum d'entraide littéraire

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Le Monde de L'Écriture » Coin écriture » Textes courts (Modérateur: Claudius) » Une odeur de saucisse

Auteur Sujet: Une odeur de saucisse  (Lu 1709 fois)

Hors ligne Gramme

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Une odeur de saucisse
« le: 20 Août 2020 à 21:45:24 »
J'ai jamais trop aimé le premier degré. Ou plutôt, j'ai commencé à m'en méfier et je ne me suis jamais arrêté. C'est sympa au début, on glisse allègrement sur le premier degré, on lui fait bouffer le bitume en y allant d'un rire goguenard, et tout cela aide plutôt pas mal à former deux trois bouts de machins.

Au premier degré, je pourrais dire : je n'aime pas le réel. Mais il manque un truc. Que c'est sérieux, que c'est péremptoire, que c'est premier degré bordel. Gneu j'aime pas le réel. Gneu putain ! J'aime ni le réel, ni les merguez premier prix qui rendent trop de flotte quand on les fait cuire au cours d'un barbecue. J'aime pas prendre la fumée du barbec dans la gueule pendant que je touille les braises en pensant au fait que j'aime pas le réel. Bouh le réel ilépabo m'sieur, m'dame, le réel il m'a tapé et même il a voulu m'faire un croche pied cet enfoiré. Bon j'aime bien les barbecue, ce qui me cause quelques soucis dans le sens où je me trouve en difficulté pour chouiner sur le monde alors que je sens intégralement la saucisse grillée. Il y a comme une dissonance. Ce serait plus cohérent de ne pas aimer le réel en restant allongé dans mon lit.

Mais alors, il faudrait le faire de la bonne façon. Si j'étais cohérent jusqu'au bout, je disserterais avec lyrisme sur l'absurdité de l'existence, allongé dans mon lit, en m'urinant dessus sans remord, encore et encore, jusqu'à ce qu'on vienne m'enfermer. Ce ne serait pas terrible. Il vaut mieux la version où je suis allongé dans mon lit en fumant clope sur clope, avec des cendres un peu partout genre j'en ai rien à péter de viser à côté du cendrier tellement j'en ai rien à branler du réel. Ce serait moins cohérent peut-être, mais ça passe mieux je trouve.

De la même manière, il serait plus judicieux de ma part de sombrer dans l'abîme en gardant une allure joliment dépravée. Un peu de barbe, un regard désabusé, peu importe mais il serait fort inconvenant que je prenne vingt kilos et que j'arrête de me laver. Qui me prendrait au sérieux ? Je pourrais bien marmonner mon dégoût du monde au détour d'une soirée, si mon odeur corporelle se met à couvrir celle du barbecue, je risque d'être isolé contre mon gré. Au diable la cohérence, je n'aime pas le réel mais j'aime mes barbecues et j'aime prendre ma douche. On va faire ça à ma sauce.

Quand la soirée dégénère et que je me retrouve complètement bourré, allongé dans un champ, il est important de garder une certaine maîtrise là encore. Pas question de me vomir dessus comme le premier des sagouins en plein milieu d'une tirade déchirante sur la laideur ambiante. D'un point de vue rhétorique l'effet serait désastreux. On préférera sombrer lentement dans la nuit, la démarche chancelante et la diction rampante, se traîner vers l'obscurité, regarder les étoiles, s'allonger et se laisser envahir par un chaos intérieur décousu mais réconfortant. Un petit tas d'atomes ivres morts.

Je me dis alors, avec un premier degré rutilant, que je suis un point d'interrogation. Pourquoi ceci ? pourquoi cela ? comment ceci ? comment cela ? Un point d'interrogation qui sent la saucisse et qui se traîne sans enthousiasme dans la viscosité aigre de la réalité. Ou, plus simplement, une larve qui s'ignore et qui s'empêche d'achever la transformation, parce qu'un point d'interrogation aura toujours un peu plus de chances de trouver sa place qu'une larve, même s'il se traîne sans grand courage au milieu des mots quand il faudrait atterrir avec détermination à la fin d'une phrase.

Le fond dans tout ça ? On le gifle le fond, on lui casse les genoux. Rien à foutre du fond. On prendrait trop de risques de raconter n'importe quoi. Je m'en tiendrai au fond de veau, ça fera bien genre j'en ai tellement rien à foutre de rien que je me préoccupe plus de questions aussi basses que celles qui concernent le fond. Au niveau de cohérence supérieur, je me contenterai de lancer des crôaaa crôaaa quand je voudrai m'exprimer.
« Modifié: 21 Août 2020 à 13:28:11 par Gramme »

Hors ligne DeB 54

  • Calligraphe
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  • une terrienne dans les nuages
Re : Une odeur de saucisse
« Réponse #1 le: 20 Août 2020 à 22:29:11 »
Tout d'abord, j'aime le titre de ton texte. On se demande à quelle sauce on va être manger ?!  ;)

Je ne m'attendais pas du tout à ça. A ce que tu abordes ce sujet et je suis franchement conquise par l'ensemble de ton texte.

Je te rejoins sur le "fond" (moi aussi j'aime pas le réel - mais j'adoooore les saucisses et les barbecue ;D)

Je retiens surtout ces passages :

On préférera sombrer lentement dans la nuit, la démarche chancelante et la diction rampante, se traîner vers l'obscurité, regarder les étoiles, s'allonger et se laisser envahir par un chaos intérieur décousu mais réconfortant. Un petit tas d'atomes ivres morts.

Je me dis alors, avec un premier degré rutilant, que je suis un point d'interrogation. Pourquoi ceci ? pourquoi cela ? comment ceci ?comment cela ? Un point d'interrogation qui sent la saucisse et qui se traîne sans enthousiasme dans la viscosité aigre de la réalité.

Le fond dans tout ça ? On le gifle le fond, on lui casse les genoux.


Merci pour cet instant "odorant" qui donne envie de faire une bouffe entre ami(e)s et d'avoir des discussions faussement sérieuses, voir carrément démentes

Hors ligne Gramme

  • Scribe
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Re : Une odeur de saucisse
« Réponse #2 le: 20 Août 2020 à 23:27:47 »
Salut DeB 54 ! merci d'avoir lu mon texte et merci pour ce retour  :) C'est vrai que c'est bon les saucisses, et c'est de saison, comme casser les genoux du fond d'ailleurs (quoique c'est intemporel ça  ^^ )


Hors ligne Koala

  • Tabellion
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Re : Une odeur de saucisse
« Réponse #3 le: 21 Août 2020 à 09:03:54 »
Pourquoi ceci ? pourquoi cela ? comment ceci ?comment cela ?

Il manque juste un petit espace entre l'avant-dernier point d'interrogation et le "comment" :)

C'est la seule chose qui m'a titillée. Après, je ne suis pas une grande correctrice. J'ai pu voir déjà pas mal de commentaires de textes par curiosité, et j'en vois qui sont pointus sur le sujet, c'est admirable.

Enfin bref, ton texte. Je me suis dis ce matin et tiens, si j'en lisais deux ou trois courts avant de partir au travail ? Je suis contente d'avoir cliqué sur celui-ci. Je trouve que le ton et le rythme passent tout seul, j'avais la voix dans la tête en te lisant.

Ce genre de réflexion, ça me fait penser un peu à du En Attendant Godot ou du Novarina, il y a quelque chose d'absurde dans ce que je lis mais le genre d'absurde que j'aime bien.

Je n'ai pas encore bu mon café alors je vais me servir de cette excuse pour justifier le niveau de mon commentaire de texte  :mrgreen: Tout ça pour dire que j'ai apprécié ma lecture :) A dire vrai, ça appelle à en lire plus. Il y a-t-il projet de continuer ce texte ou n'est-ce qu'un écrit isolé ?

Hors ligne Gramme

  • Scribe
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Re : Une odeur de saucisse
« Réponse #4 le: 21 Août 2020 à 13:27:58 »
Salut Koala, merci pour ton commentaire ! Je corrige la coquille  ^^ En écrivant il n'était pas prévu d'écrire quelque chose de plus long autour de ce petit truc mais une fois terminé, j'y ai pensé effectivement. J'aime bien l'idée de balader un personnage à moitié grotesque dans plein de pans du réel dans une sorte d'épopée banale et absurde. C'est un procédé qui me parle pas mal car il me permettrait (je crois) de pouvoir à la fois parler de choses "sombres" tout en déminant constamment le premier degré, le "trop sérieux".

Ah et ne t'inquiète pas pour le "niveau" des commentaires. Chacun apporte ce qu'il veut / peut / se sent de dire / remarque / etc. Il n'y a pas d'idéal du commentaire à atteindre, et on peut toujours apporter quelque chose.  ;)

A bientôt !

Hors ligne Koala

  • Tabellion
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Re : Re : Une odeur de saucisse
« Réponse #5 le: 21 Août 2020 à 13:30:28 »
Ah et ne t'inquiète pas pour le "niveau" des commentaires. Chacun apporte ce qu'il veut / peut / se sent de dire / remarque / etc. Il n'y a pas d'idéal du commentaire à atteindre, et on peut toujours apporter quelque chose.  ;)

Voilà qui me rassure :)

En tout cas, si tu écris encore là dessus, je m'abonne  ;D Sais-tu s'il y a un moyen de mettre en avant des fils, de se faire notifier de fils particuliers ?

Hors ligne Gramme

  • Scribe
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Re : Une odeur de saucisse
« Réponse #6 le: 21 Août 2020 à 13:32:00 »
Hum non j'en ai aucune idée, j'ai une utilisation assez basique du forum  :mrgreen: d'autres plus actifs sauront sans doute mieux te répondre.

Hors ligne Cendres

  • Comète Versifiante
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Re : Une odeur de saucisse
« Réponse #7 le: 21 Août 2020 à 20:22:40 »
Je ne suis pas forte dans les seconds sens. Du moins, j'ai compris que le narrateur était lassé de sa vie et avait envie de se laisser vivre(rester toute la journée allonger dans ses cendres et ne bougeant même plus pour faire pipi.).
On dirait quelqu'un qui est atteint du syndrome de Diogène ton personnage, vu ses objectifs de vie.
"Celui qui désespère des événements est un lâche, mais celui qui espère en la condition humaine est un fou."
Albert Camus

Hors ligne Gramme

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Re : Une odeur de saucisse
« Réponse #8 le: 22 Août 2020 à 20:35:09 »
Salut Cendre, merci d'avoir lu. Le personnage n'est pas des plus équilibrés j'en conviens  :mrgreen: Après pour le syndrome de Diogène, je dirais non car il y a un tas d'autres trucs qui vont avec et dont le personnage ne semble pas souffrir. A plus !

Hors ligne Manu

  • Calame Supersonique
  • Messages: 1 547
Re : Une odeur de saucisse
« Réponse #9 le: 23 Août 2020 à 13:56:29 »
.
« Modifié: 11 Juillet 2022 à 01:04:54 par Manu »

Hors ligne sindu5673

  • Tabellion
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Re : Une odeur de saucisse
« Réponse #10 le: 25 Août 2020 à 04:24:57 »
Salut Gramme,

Le titre de ton œuvre a le mérite d'envoyer directement la couleur, ou plutôt l'odeur. On sent d'entrée de jeu qu'on aura affaire plus à du Patrick Sébastien qu'à du Baudelaire à proprement parler. Ça promet d'envoyer de la purée, et bien grasse.
La lecture m'a fait changer d'avis. Effectivement, le ton est (volontairement) un peu cavalier, mais il emprunte plus à l'ado jeune et fou(gueux) qu'à Patrick Sébastien. Baudelaire, toujours aussi peu.
Je trouve que tu manie le verbe aussi bien que Patrick Sébastien l'humour gaulois. Ce que je regrette, c'est le fond. Il est courant à l'adolescence de se retrouver face à un en sentiment d'inadéquation dû à un certain nombre de frustrations. "Putain, fuck my life, j'ai contrôle d'Anglais demain à 8 heure!". Le fort taux d'hormones et le manque cruel d'accès à l'autre sexe (La "saucisse", symbole phallique  :D) y comptent pour beaucoup. Alors on se révolte contre un projet de vie adulte bien rangée auquel on pense vouloir échapper. On joue au jeux de "faire semblant" version ado, on fait semblant d'être sur le fil du rasoir, fou ou original. 
J'aurai préféré que tu nous raconte avec la verve qui est la tienne ce qui te chagrine dans ce monde réel/adulte.

Au plaisir de te lire encore!  :)

Hors ligne Gramme

  • Scribe
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Re : Une odeur de saucisse
« Réponse #11 le: 25 Août 2020 à 16:21:23 »
Salut Manu, merci pour ton passage et ton commentaire. Content que tu aies aimé mon texte   ;D

Hello sindu5673, merci d'avoir lu et merci pour ton retour. Je suis d'accord avec toi sur le côté adolescent mais mon but était justement de balader un personnage un peu absurde, qui ne peut pas aller au bout de sa logique puisqu'elle est en partie puérile / bancale. Après j'admets que ça change pas forcément tout le regard sur le texte, mais ça me semblait utile de le préciser car tu me demandes d'écrire sur mes ressentis à propos du monde réel alors que mon personnage reste un personnage, il n'est pas du tout "moi", ce n'est pas un texte autobiographique ou une autofiction ou autre. Ce qui veut pas dire qu'il y a pas de "moi" dans le texte, mais je suis pas le personnage en tout cas.

En revanche je suis d'accord sur le côté un peu "limité" du procédé dans le sens où si je souhaite écrire quelque chose de plus consistant par la suite avec ce personnage, je devrai probablement trouver un autre équilibre sinon ça donnera vite quelque chose d'indigeste. A plus !

 


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