Dieu avait oublié d’alimenter ses anges. Les hommes, c’était fait définitivement, Il leur avait donné la terre nourricière. Mais les anges ! Un ange, certes, ça ne mange pas beaucoup, mais tout de même ! Ils étaient là, voletant autour de lui, l’air de rien, histoire de lui rappeler discrètement leur existence.
— Quand même, disait l’un d’eux à son voisin, Il exagère, je n’ai plus que les plumes et les os.
— Tu sais bien comme Il est, toujours un peu absent, l’esprit ailleurs, et puis Il prend de l’âge…
— Oui, il serait grand temps d’en changer, ajouta un troisième, plus irrévérencieux.
Les anges, il convient de le préciser, ne se nourrissent pas comme nous autres de substances grossières, mais d’essences infiniment plus subtiles, impalpables, invisibles. Ils mangent et boivent, au sens littéral, les paroles de Dieu. Quand elles sont lourdes de sens, sentencieuses, ce sont pour eux des plats roboratifs, quelquefois un peu indigestes ; par contre, un mot léger, un compliment, est apprécié comme une friandise.
Mais depuis quelque temps Dieu n’était que silence et donc tintin pour les anges !
Pour dire l’exacte vérité, Il ne les avait pas oubliés, mais Il rêvait à un monde meilleur, le prochain bien sûr. Plus que de rêver, Il élaborait des plans en secret, silencieusement donc, en vue d’une création qui celle-là, espérait-Il, serait parfaite.
En attendant, les anges crevaient la dalle, bercés par la douce musique des sphères, mais qui était hélas non comestible.