Aux « Pâques » de Cendrars
C'est le jour de ma naissance
Seigneur
J'ai vu sur un calvaire
Un homme
Aux bras croisés de pierre
Les branches d'un tilleul
Léchaient son dos comme un linceul
Ballant, j'ai attendu
Le chant de tous ces dons
J'ai cru
Seigneur
Sans jamais un pardon
Distinguer quelques temps
Et j'ai voulu pleurer
Ma sœur
Pleurer sa voix d'argent
Mais j'ai vu
vos yeux
J'ai trop lu, dans ces yeux
Ici même, sur le repos du Christ
Vos longues pupilles de schistes
Ouvertes dans la pierre
Fermées à la lumière
Hier encore
J'ai attendu
Ce jour du monde entier
Où votre nom est prononcé
Je l'ai lu
relu encore
Comme jadis je l'aurait crié
Vos plaies fusaient de sang
Je les ai vues
Gravées dans un missel
Mais les nôtres
Quant à elles, étaient béantes
Et de vos yeux
Vous les frottiez de sel
Aujourd'hui l'on vous enterre
Ce calvaire est votre tombe
La mienne était hier
J'ai vu vos yeux
Et sous la pierre, plus loin que votre cœur
J'ai vu un Lazaret
Je les ai vu, tous, dans la grande salle d'attente
Exilés sous votre songe
Sous votre nom
Ils patientent et psalmodient
De biens étranges versets, que l'on ne connaît
Que des songes en oubli
Le lazaret
Seigneur
Est votre surdité
Et toute leur déchéance
Même à l'heure de votre jour
Vous bouclez sans défense
Tous ceux qui crèvent d'amour
J'ai tout perdu
À mon tour
Dans la brume du lazaret
Où l'on peinait à lire
Autre chose que votre nom
Que votre majuscule
Lettrée de poudre d'or
Elle était cadenassée sur un grand péristyle
Où figurait
Seigneur
Le temple de votre pardon
Jusqu'à hier
J'ai rusé d'arrogance
Pour atteindre vos mains
Qui jamais n'ont pansées
Ce matin même, j'ai quitté mon logis
Le lazaret n'est que celui d'hier
Je l'ai laissé, Seigneur
En ce jour de célébration
De votre enfance, de votre nom
Je l'ai laissé
En ce jour de ma naissance
En ce jour sans pardon
C'est le jour de ma naissance, Seigneur
Je ne veux plus ce nom.