Comme chaque soir, après avoir vécu une journée de travail se rapprochant d’une forme assez exacte du paroxysme lorsque l’on parle d’improductivité, je me réfugiais dans une drogue dont on sous-estime les risques et la nocuité. Elle est appelé communément « les réseaux sociaux », qui au-delà de son pouvoir aphrodisiaque émanant des images qu’elle vous suggère, vous fore un tunnel rapidement franchissable vous menant à une forme de narcissisme non contenu vous incitant à partager vos belles formes ainsi le beau masque que vous arborez ayant la vertu de vous donner l’impression que vous ne manquez pas de confiance en vous, car vous êtes beau.
La mesure de beauté est prise par un conteur de likes, vous permettant de voir à quel point votre beauté éblouie quiconque à l’occasion de la croiser, en fonction du nombre de likes récolté, plus le nombre est élevé, mieux vous pouvez vous faire croire que votre beauté est lumineuse et universelle.
Votre charme est naturellement très supérieur à la moyenne car il est de toute manière impossible de dire que l’on ne vous aime pas, nous en revenons aux vertus aphrodisiaques de cette drogue, assez comparable aux ecstasys finalement.
J’avais accès grâce à cette drogue, à des photos de jambes interminables et luisantes, de fesses musclées et rebondies et de seins dont les tétons étaient chaque fois camouflés par un flou approximatif ou par un smiley que je considère comme étant le symbole d’une provocation. Cette magnifique partie de poitrine ridiculisée par un smiley à la couleur hypocrite, était une manière de dire selon moi « non vous n’aurez pas ce que vous souhaitez » comme un rapport sexuel ne se terminant pas par un orgasme, une façon de frustrer le sujet, le rendant continuellement plus addict à la moindre parcelle supplémentaire de votre chair qu’il pourrait admirer, sachant pertinemment qu’il consommera de toute manière le même produit tout le long de son existence, laissant une place conséquente à son imaginaire pervers et malsain.
J’énonce là des propos quelques peu tendancieux mais je participe en réalité de manière active à l’approfondissement de l’omnipotence de cette drogue et pour une seule raison : admirer ces formes rondelettes est selon moi un acte fondamentalement humain. Ce partage de la chair permet la satisfaction de tous ces utilisateurs dont je fais parti, conditionnés à vivre frustrés et miséreux sexuellement parlant dans un monde entièrement pornographique.