Les cons samaritains
Pour éviter au fossoyeur
Un bien inutile labeur,
J'aurais aimé parmi les vents,
parmi les grands vents,
Virevolter en rouge tendre
Et éclairer de baisers cendres
Le départ vers ma fin des temps,
vers ma fin des temps.
En choisissant le feu de bois,
En refusant que sonn’ le glas,
Je pensais emmerder personne,
Emmerder personne,
Mais tous les cons samaritains
Ne vous laissent à l’abris de rien,
Ils m’en ont réservé un’ bonne,
Et même un’ bien bonne.
Enfumés par un goupillon,
Un espèc' de faux papillon,
Pour trois Pater et un Ave,
Pater, un Ave,
Ils m'ont imposé la grand-messe,
Confisqué mes jolies flammèches,
Puis conduit au champs de navets,
au champs de navets,
Arrivés au grand cimetière,
Ils m'ont jeté plus bas que terre,
Personne ne manquait à l’appel,
Manquait à l’appel.
ils ont tous pleuré tête basse,
La fêt’ finie, c'est dégueulasse,
M'ont recouvert à coups de pelle,
À grands coups de pelle.
Il se murmure avec le temps
Que ce fût un bel enterr’ment,
De ceux qu’on voit qu’un' fois par an
Une fois par an
Moi qui pensais que dans ma vie,
J'avais eu les meiĺeurs amis,
Il m'ont piqué les allumettes
La boît' d'alumettes
Maintenant qu'ils ont mis sur moi
Un marbr' surmonté d'une croix
Ils devront fair’ pélerinage
Froid pélerinage
Le zero-un du onzièm' mois
Comm' pour un vulgaire bourgeois
Y'm porteront des chrysanthèmes
Pots de chrysanthèmes
Comme les années passeront vite,
y’aura de moins en moins d’visites,
Des copains seront mes voisins
seront mes voisins
Les autres devenus trop vieux,
pens’ront que rien n’vaut un grand feu
Et diront que je les emmerde
que je les emmerde.