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28 octobre 2020 à 07:04:26
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Auteur Sujet: The Poetess [Stefanie Brockhaus, Andreas Wolff]  (Lu 833 fois)

Hors ligne Loup-Taciturne

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The Poetess [Stefanie Brockhaus, Andreas Wolff]
« le: 18 février 2020 à 00:42:29 »
« Et voici les huit chevaliers de votre deuxième rendez-vous du Poète du million. Je vous laisse accueillir comme il se doit les stars de la soirée ! ... : »



« La première fois que j'ai vu l'annonce, c'était dans le journal. D'abord je n'y ai pas prêté attention,  puis j'ai vu la bande-annonce, les préparatifs. Je ne comprenais pas très bien à quoi pouvait ressembler l'émission. Mais à la première diffusion, j'ai trouvé ça très beau. C'était un tout nouveau style, la réalisation et les moyens déployés, ça m'a beaucoup plu. J'ai vu les poètes et la qualité des poèmes qu'ils récitaient. J'ai compris ce qui était demandé. Je n'ai pas trouvé ça si compliqué. Des poétesses y ont déjà participé mais leurs poèmes, pour la plupart, n'avaient rien à voir avec la poésie nabati [poésie bédouine]. On considère que les femmes n'y connaissent rien, vous voyez ce que j'veux dire. Que les femmes ne savent pas ce qu'est la poésie. Mais en réalité c'était les participantes à l'émission qui étaient profanes en la matière. Alors je me suis dit que ce n'était pas normal et j'ai décidé de leur montrer qu'il y avait des femmes à la hauteur. Du même niveau que les poètes. Et peut-être même d'un niveau supérieur. »


The Poetess (ou lourdement : Hissa Hilal - Une voix derrière le voile, en français), Stefanie Brockhaus, Andreas Wolff, 2016



Plongée au cœur de l'Arabie contemporaine, où l'ancienne tradition de la poésie arabe bédouine, qui il y a encore quelques décennies se confondait avec le chant du désert, se glorifie aujourd'hui dans tout le monde arabe à travers les sirènes de la diffusion télévisuelle moderne et puissante !

Dans ce film de boxe à la sauce littéraire, une poétesse saoudienne déterminée et virtuose gravit peu à peu les marches d'un concours international, au milieu d'adversaires exclusivement masculins.
Si pour la plupart des concurrents, il s'agit de briller par l'assurance, l'éloquence, l'intelligence et l'élégance, pour Hissa Hilal, héroïne de ce documentaire, figure féminine sans visage et par là, incarnation allégorique, impersonnelle, irréprochable de la femme saoudienne, l'enjeu vient déborder sa propre destinée. Il s'agit pour elle de faire entendre la voix d'une poésie féminine – et peut-être féministe – à hauteur d'Homme, une poésie attachée avant tout à faire passer son message révolté, sinon subversif, grâce à la seule force de l'art poétique.
Le voile se fait alors ici de manière surprenante armure, gardien de l’âme anonyme de la poétesse et de sa parole libre. Libres toutes deux des menaces et jugements sur le corps et la personne, libres ainsi de s'exprimer envers et contres tous, avec le cœur comme un pur-sang, la voix comme unique étendard et l'esprit comme une épée.

La prouesse de la poétesse, peut-être malgré elle et au delà de ses intentions, c'est de parvenir non seulement à toucher les arabes du monde entier, mais également, là où les voix de ses camarades masculins n'ont plus porté, à s'adresser au monde entier lui-même. Elle incarne ainsi pour des arabes de là-bas et d'ailleurs une voix, sinon inédite, tant espérée à écouter et à faire entendre. Elle met en mots et en images la voie vers une modernité arabe pour les femmes arabes et leurs sociétés.

La prouesse du film, elle, est d'entrer à la fois par la grande porte de la glorieuse façade culturelle et à la fois par la petite porte d'un récit anodin, de coulisse, sur une participante de télé-crochet, pour accéder à l'intimité d'une société, d'un corps social féminin particulièrement inaccessible et contrôlé dans un pays qui l'est tout autant.
C'est aussi de montrer, à l'image de son personnage, que tout n'est pas noir derrière la burqa.

Pour ma part je retiens particulièrement les séquences de scansion en arabe (je les aurais aimées plus longues tellement elles sont fortes), laissant percevoir dans la voix à la fois la force du texte poétique mais peut-être plus encore l'émotion intense de la poétesse à la lecture de ses textes devant des millions de téléspectateurs.



« Si tu souffres de la chaleur et que tes émotions sèchent,
Je te désaltère avec mes mots telle une pluie diluvienne.
Combat la peur et conquiers toute grotte obscure en toi,
Ne vis pas ta vie avec un œil sur le passé. »


Hissa Hilal, 2010, poème déclamé durant le concours (extrait – tiré du sous-titrage)
« Modifié: 18 février 2020 à 11:44:43 par Loup-Taciturne »
« Suis-je moi ?
Suis-je là-bas, suis-je là ?
Dans tout "toi", il y a moi
Je suis toi. Point d'exil
Si je suis toi. Point d'exil
Si tu es mon moi. Et point
Si la mer et le désert sont
La chanson du voyageur au voyageur
Je ne reviendrai pas comme je suis parti
Ne reviendrai pas, même furtivement »

 


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