Dans une Amérique ravagée par les pandémies, Moïra est « the only one », immunisée contre toutes les maladies mortelles… Pauvre, analphabète, elle survit sur les docks du Queens en vendant des bouts de son corps à ceux assez riches pour payer, qui espèrent ainsi se protéger des épidémies à leur tour…Un jour, elle donne naissance à un clone : terrifiée, n’ayant jamais vu d’enfant de sa vie, tout juste capable de s’occuper d’elle-même, elle va devoir protéger sa fille des dangers de ce monde. Après une vie entière passée seule, sans famille, sur les quais froids et humides du Queens, Moïra a beaucoup vécu… mais ignore beaucoup.La bio de l'auteure peut surement donner un éclairage intéressant aussi :
Carola Dibbell est l’une des précurseurs du journalisme rock et punk féminin. Elle a été activiste féministe, a publié dans
The New Yorker & The Village Voice. Ses essais ont été repris dans une anthologie de
Rolling Stones Magazine aux côtés de ceux de grandes voix du rock comme Patti Smith, Mary Gaitskill ou Marianne Faithfull.
(Je me sers de la
page dédiée au livre sur le site du Nouvel Attila)
> Ce qui m'a d'abord séduit dans ce livre, c'est le ton de la narratrice. C'est une langue très orale, un peu cabossée, qui après quelques pages commence à faire éclore des choses très touchantes, en partie parce qu'elles sont formulées cabossées. Ce mécanisme-là m'a beaucoup rappelé
Enig Marcheur, même si les deux langues sont incomparables.
Ensuite, l'histoire, bah elle est intrigante, l'univers post-apo est intéressant parce qu'il reste hyper terre à terre, je veux dire, globalement les soucis des personnages qu'on croise c'est de scolariser leurs enfants dans des bonnes écoles et de pas se taper trop de transports en commun. Tout nous parvient par le regard de la narratrice, donc doublé de ce filtre incroyable de l'habitude (elle est née dans ce monde déjà post-apo).
Esthétiquement, j'ai été très, très séduit par le parti pris "anti-esthétique" de l'auteure, je veux dire qu'on comprend très vite que son délire n'est pas de nous vendre des buildings enlisés dans le sable, ou quelque décor doucement pittoresque que ce soit en termes de post-apo. C'est 100 % contre une vision romantisée du post-apo, et en ça je trouve ça intéressant. On se tape des transports en commun, la boue autour des hangars en pleine cambrousse, les quais encombrés de navettes fluviales.
C'est aussi un tout petit peu dérangeant en tant que lecteur parce que vers la fin du livre, j'ai eu envie de dire à la narratrice "putain mais t'es vraiment teubé tu piges que dalle tu me fais chier tu parles comme une teubé t'agis comme une teubé, d'où tu nous racontes une histoire ?..." et j'étais là "euh waw euh calmons-nous", mais ça m'a interrogé aussi sur ça. Genre, ça ferait quoi, de choisir un narrateur mentalement déficient ? Réflexions en cours.
Super expérience de lecture.
Je l'ai lu dans un petit combi sur une lagune albanaise balayée par les averses de l'Adriatique, du café bosniaque souvent sur le feu, et une petite statuette de Ganesh veillant sur mon confort de lecture, ça me fait un petit feu tout doux dans le coeur d'en parler (: (et j'en parle
ici, je suis pas venu créer ce fil pour faire de la pub, mais en finissant ce post je me rends compte que ce livre est tellement pour moi lié à ces moments que ça me semble pas honnête de les dissocier... mais c'est tout facultatif et ça ne vous apportera rien de neuf sur le livre...)