Le Monde de L'Écriture – Forum d'entraide littéraire

28 octobre 2020 à 03:12:36
Bienvenue, Invité. Merci de vous connecter ou de vous inscrire.


Le Monde de L'Écriture » Encore plus loin dans l'écriture ! » L'Aire de jeux » Défis Tic-Tac » Notre malformation [explicite violent]

Auteur Sujet: Notre malformation [explicite violent]  (Lu 1746 fois)

Hors ligne derrierelemiroir

  • Calame Supersonique
  • Messages: 1 869
  • orque magnifique et ténébreuse
Notre malformation [explicite violent]
« le: 01 octobre 2019 à 16:56:33 »
Désolé, vous n'êtes pas autorisé à afficher le contenu du spoiler.


Notre malformation



  Je t’aime.

  Il y a une part de moi qui t’adore absolument, qui aimerait déchirer ta peau, t’entrer dans le corps et refermer derrière.
Et puis aussi, je t’abhorre. En superposition de mon amour, ou en parallèle. Parfois, tu rentres après le travail, et je ne sais encore laquelle, entre ces deux maladies, prendra le dessus. Ça se joue probablement à un électron près, spin spin je t’embrasse, spin spin je t’attaque. Je ne sais prédire mes humeurs. L’autre fois, par exemple, tu rentrais et tu sentais la cigarette. Ça m’a rappelé ces vacances à Londres où on n’avait fait que fumer, par challenge et rébellion. Je suis venue tout près de toi, me suis frottée à ton cou, j’ai caressé tes cheveux, t’ai emmené dans le salon, t’ai assis, me suis assise sur toi, mon nid ma tanière. C’était doux. J’ai chuchoté, tu as murmuré, mélodieux ronronnements de chats lovés. Puis cette autre fois. Tu rentrais et tu sentais la cigarette aussi. Mais pas de ronrons. L’électron a bondi de l’autre côté de la barrière. Dans mon cœur, toute odeur de nid oblitérée, à la place, ma rage-ouragan. Je t’ai donné des coups de pieds.

  Dans ces moments-là, ma seule idée est de te corriger, comme si tu étais un dessin déformé, et qu’à force de coups, je pouvais en réaligner les traits. Tu n’es pas ce que tu es sensé être. Tu débordes de mon idéal, ça dégouline t’en fous partout. Il arrive, parfois, qu’en même temps que je te frappe, ma haine fasse volte-face, et alors mes coups se perdent, je m’arrête et je pleure. Toi, la peau rouge et gonflée, tu me prends dans tes bras comme si c’était moi la victime, ta malformée. Je sanglote, et terrifiée, essaie de te persuader de me dénoncer. Tu ris doucement – amèrement ?

  Je sais que j’aurais dû être différente aussi. Quelque chose comme une artiste, pour barbouiller des tableaux de toutes ces émotions qui sinon m'avalent. Ou chanteuse. Oh, j’aurais été divine. J’imagine les visages en pleurs d’adolescentes au bas de la scène, et toute ma haine, mon énergie, je la leur aurais jetée à la figure, et elles en auraient redemandé. Ou alors, j’aurais pu écrire un de ces grands livres qui ouvrent le cœur des lecteurs, y déversent toutes les blessures du monde, puis le referme, transformé pour toujours.

  Mais en fait je n’ai rien fait. Ma seule chance malchance a été de te rencontrer. Tu étais étudiant en psychologie, moi en littérature. Tu m’as sans doute trouvée intéressante, une sorte de patchwork de contradictions, de sensibilité et d’intuitions géniales. Tu m’as longuement écoutée parler de tout et taire mon enfance. Tu m’as fait l’amour comme si notre histoire importait, comme si quelqu’un la lisait. Tu as brodé de nuit en nuit un tissu de rêves qui dans les premiers mois m’ont fait planer. Nous étions tout ce que je n’avais jamais osé espérer.

  Et puis rien. Tu as fini tes études, commencé puis achevé ton doctorat – Summa cum laude
– et moi je t’ai regardé de loin en faisant du surplace. La littérature m’a écœurée, à quoi bon ? J’ai quitté l’uni, me suis enfermée chez nous, j’ai menti j’ai dit que j’allais faire des choses. Et alors j’ai commencé à te détester. À force de perfections je n’ai vu plus que tes défauts, j’ai tapé dessus, et toi tu n’as rien dit. Quel putain de comble quand même pour toi Dr. Psychologue !

  Tu devrais me dénoncer. Si j’avais ton sexe et toi le mien, peut-être l’aurais-tu fait, mais peut-être aussi que tu serais morte. Du haut de tes dix années de psychologie, tu espères comme un enfant ma guérison, mais on ne guérit pas de la violence. Elle s’est insinuée dans mon sang – j’avais cinq ans – et depuis étouffe à tout moment toutes mes cellules.

  Tu devais me quitter. Déployer ces ailes que je massacre et t’envoler. Te reposer ailleurs, reconstruire ton aire, et puis oublier tes ecchymoses, me sortir de ton corps. Tu dis que ça nous tuerait, que sans moi tu n’existes pas, qu’il y a pire que mes coups, tout ça tout ça. Et parfois tu oses parler de bébé, de l’idée de créer quelque chose en moi qui n’est pas que chaos et explosion. Tu ne comprends pas. Abruti sous mes baisers et mes gifles.

  Je t’aime je te hais, mais je t’en supplie ne t'en vas pas.


« Modifié: 01 octobre 2019 à 22:35:02 par derrierelemiroir »
"[...] alors le seul fait d'être au monde
  remplissait l'horizon jusqu'aux bords"
  Nicolas Bouvier

Hors ligne Rémi

  • ex RémiDeLille
  • Modo
  • Vortex Intertextuel
  • Messages: 7 361
Re : La violence d'une brune [explicite violent]
« Réponse #1 le: 01 octobre 2019 à 17:24:18 »
Yo !

Citer
Ça se joue probablement à un électron près spin spin je t’embrasse spin spin je t’attaque.
private joke de physicien ^^
(en vrai, je pense que pas mal de lecteurs vont passer à côté ; moi j'aime bien)

Citer
Mais pas de ronrons. L’électron a bondi de l’autre côté de la barrière.
du coup, c'est cool, tu explicites :)

Citer
Dans mon cœur, toute odeur de nid oblitérée, à la place, ma rage-ouragan. Je t’ai donné des coups de pieds.
j'aime bien ce rythme (et rage-ouragan)

Citer
Il arrive, parfois, qu’en même temps que je te frappe, ma haine fait volte-face,
fasse
(et c'est cool, ça fait "fasse / volte-face")

J'ai pas relevé les passages vraiment chouettes, y en a plusieurs, pas mal en fait :)
Tu as vraiment joliment mis en scène cette torture intérieure de ta narratrice et le crescendo est bien réussi. J'aime bien le passage "j'aurais pu être..." qui donne du recul et j'aime bien aussi comment tu as réussi à placer l'historique des deux amoureux sans que ça fasse artificiel, "plaqué dessus".
Bref, un très chouette (triste) texte, l'émotion passe bien sans faire dans le pathos. Pas évident, parce que la construction est au final assez classique et que bien sûr tu n'avais qu'une heure ^^

Merci pour la lecture,

Rémi

Hors ligne txuku

  • Calame Supersonique
  • Messages: 1 735
    • BEOCIEN
Re : La violence d'une brune [explicite violent]
« Réponse #2 le: 01 octobre 2019 à 19:24:06 »
Bonsoir

Un texte interessant ! :)

Quand j ai vu le pave sur mon ecran j ai hesite a me lancer et j ai eu du mal a ne pas perdre le fil...........

Tu devrais penser a aerer un peu ? ;D
Je ne crains pas d etre paranoiaque

"Le traducteur kleptomane : bijoux, candelabres et objets de valeur disparaissaient du texte qu il traduisait. " Jean Baudrillard

Hors ligne derrierelemiroir

  • Calame Supersonique
  • Messages: 1 869
  • orque magnifique et ténébreuse
Re : La violence d'une brune [explicite violent]
« Réponse #3 le: 01 octobre 2019 à 21:14:51 »
@Remi

Citer
private joke de physicien ^^
(en vrai, je pense que pas mal de lecteurs vont passer à côté ; moi j'aime bien)
à mon tour: je savais que t'allais aimer^^(pis ça me dérange pas si tout le monde ne comprends pas)

Citer
fasse
ah ben oui, merci!

Citer
J'ai pas relevé les passages vraiment chouettes, y en a plusieurs, pas mal en fait :)
:)

Citer
Tu as vraiment joliment mis en scène cette torture intérieure de ta narratrice et le crescendo est bien réussi. J'aime bien le passage "j'aurais pu être..." qui donne du recul et j'aime bien aussi comment tu as réussi à placer l'historique des deux amoureux sans que ça fasse artificiel, "plaqué dessus".
Bref, un très chouette (triste) texte, l'émotion passe bien sans faire dans le pathos. Pas évident, parce que la construction est au final assez classique et que bien sûr tu n'avais qu'une heure ^^
Merci!! En vrai, j'aimerais bien l'allonger et l'inclure dans mon recueil de nouvelles (qui prendra forme pendant le nano). Là j'ai essayé l'idée et les émotions, et je suis très contente de voir que tu trouves que c'est bien fait!

Merci pour ton passage et ce tic-tac!  :)

@txuku

Citer
Un texte interessant ! :)
merci  :)

Citer
Quand j ai vu le pave sur mon ecran j ai hesite a me lancer et j ai eu du mal a ne pas perdre le fil...........

Tu devrais penser a aerer un peu ? ;D
C'est fait!!

Merci pour ton passage :)
"[...] alors le seul fait d'être au monde
  remplissait l'horizon jusqu'aux bords"
  Nicolas Bouvier

Hors ligne txuku

  • Calame Supersonique
  • Messages: 1 735
    • BEOCIEN
Re : La violence d'une brune [explicite violent]
« Réponse #4 le: 01 octobre 2019 à 22:10:17 »
Merci

Petit coup d oeil : c est bien plus agreable ! ;D
Je ne crains pas d etre paranoiaque

"Le traducteur kleptomane : bijoux, candelabres et objets de valeur disparaissaient du texte qu il traduisait. " Jean Baudrillard

Hors ligne PetiteMine

  • Plumelette
  • Messages: 8
Re : Notre malformation [explicite violent]
« Réponse #5 le: 06 octobre 2019 à 08:37:14 »
Premier texte que j'ai lu en arrivant ici. Comme c'est beau et quelle qualité pour un texte écrit seulement en une heure ! Je trouve ton texte très poétique et j'apprécie beaucoup la manière dont le thème de la violence conjugale et de cet écartèlement intérieur est traité !

Est-ce qu'on peut avoir l'explication détaillée de la référence au spin de l'électron et du passage de la barrière ? Mes cours de mécanique quantique remontent un peu haha

 


Écrivez-nous :
Ou retrouvez-nous sur les réseaux sociaux :
Les textes postés sur le forum sont publiés sous licence Creative Commons BY-NC-ND. Merci de la respecter :)

SMF 2.0.17 | SMF © 2017, Simple Machines | Terms and Policies
Manuscript © Blocweb

Page générée en 0.038 secondes avec 23 requêtes.