Il y eut le jour, et puis plus rien. Seules les ombres dominaient et parsemaient de leurs silhouettes les chagrins devenus ternes. L’amour et l’inspiration n’étaient plus, Thanatos avait rempli de son charme funeste l’âme de Roméo, qui de son seul émoi trahissait sa passion pour l’écriture. C’est ainsi qu’en gravissant son rocher comme un être apeuré, il clamait de son cœur écorché toutes les émotions de son corps empourpré.
Un soir, après avoir gravi comme à son habitude le mont Orphée, il s’enhardit à reprendre son écrit pour extraire l’idée de sa vie : écrire son obsession de la mort. L’émotion était telle qu’elle grandissait comme un spectre lunaire dans un esprit dépité par l’essence de la crainte. Il s’était donné pour mission de raconter sa vie pleine de péripéties et d’envies.
Chaque ligne couchée sur le papier le trahissait dans sa plus profonde pensée. Ecrire le destin de ses turpitudes et capter l’aura de son être tout entier. Alors qu’il commençait, il s’écria et avec toute la ferveur du passionné, il fusionna d’un geste inspiré l’encre et le dactylographié. Tout devenait évident et sous-jacent à son humeur du moment. L’horreur surgissait comme une certitude dans l’acte incriminant que devenait la transgression du délit amoral. Le jet s’exécutait facilement, alors que la sueur glissait sur son front, les mains moites et le cœur battant, il tremblait, semi conscient, dans un état paralysant. La Chose s’était emprise de lui. Une espèce de frénésie palpitante l’accablant de peurs intérieures. Plus rien ne s’objectivait devant lui, tout se transmuait en une dyade invraisemblable. La dichotomie le tranchait en plein cœur, l’esprit et la raison ne faisaient plus leur rôle régulateur, les spasmes l’enveloppaient de leurs vibrations infernales, tout se délitait dans une euphorie qui le paniquait.
C’est en regardant autour de lui qu’il réalisa l’ampleur de son désarroi, le sujet qu’il tentait d’élaborer l’anéantissait dans toute sa chair. Il ne désirait plus parfaire l’extraction de son illusion, tant cela prenait des contournements fallacieux. C’est alors qu’il comprit toute l’aigreur de sa terreur et, en appliquant sous le joug de sa frayeur l’acte qui le trucida en plein cœur, il sombra dans une léthargie. Sa passion prit fin en l’espace d’une nuée d’angoisses thanatophobiques. Il était devenu cette ombre, ce spectre, la déliquescence de son être s’exprimait sous son regard hagard. Il n’était plus lui, il était cet autre, cette menace morbide et encrassée de pleurs insurmontables.
…et ce fût le silence parfait comme une évidence. Plus rien n’existait. Seul le vide, le néant de l’existence. Il était son incompris, il était son non-sens.