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Le Monde de L'Écriture » Coin écriture » Textes courts (Modérateur: Claudius) » Cocon

Auteur Sujet: Cocon  (Lu 1321 fois)

Hors ligne Helios117

  • Plumelette
  • Messages: 12
Cocon
« le: 08 Août 2019 à 18:50:09 »
"Encore trois arpents, ça nous en fera moins pour demain." me lança-t-elle entrent deux grosses respirations.

Elle était reconnaissante, elle le montrait juste pas. Ça aurait été une perte de temps de toute façon.
Ça faisait un moment qu'on était reconnaissant, l'un pour l'autre, pour tout, tout le temps.
Je n'avais pas défailli une seule fois aujourd'hui, pas un accro dans la trame de nos pas. J'étais puéril mais plus fier encore.
Le ciel s'empourprait délicieusement, ça se voyait aux reflets du sol devant moi, mais je pouvais pas regarder. Lever la tête, déployer mon corps comme une fleur face au vent, impossible, c'était un coup à se dissoudre une fois pour toutes. J'avançais, voûté, sans fantaisies, le strict minimum.
   
 
Arrivé en haut j'osai un redressement, ça m'arracha un soupire. Ma mère me regardait, son visage dans l'assombri rougeoyant, elle désigna le creux de la dune d'un mouvement de tête. C'était la relâche, je tombai sur mes genoux, puis en avant. En poupée de chiffon je tournais, prenais de la vitesse, le sable éclaboussa et trop rapidement j'étais en bas, inerte, ahuri d'épuisement. Elle arriva quelques secondes plus tard, en glissade, regarda autour de nous et vint se caser à côté de moi. On resta là cinq minutes, communiant nos efforts dans le silence. 
 
Il enflait le silence, visqueux, bourdonnant. Ça affluait de nos bras, de nos jambes, du bruit blanc de chacune de nos fibres endolories. La tête déversait aussi ses rumeurs, chaque froissement de tissu, le moindre sifflet de vent, jusqu'au dernier des crissements de nos mille pas, ça pulsait aux tympans. Les échos du dehors emportaient ceux du dedans, les marottes absurdes, les mantras insensés, les ruminations démentes, ils voulaient sortir eux aussi, on avait tellement enduré. Ça suintait, trop épais pour couler, absorbé ni par le sable ni par le ciel, ça bullait lourdement autour de nos corps. 
 
Le point de rupture était proche, on étouffait de trop. Par fierté alors et malgré la fatigue je pris les devants. Je me redressai et vins ramper lourdement entre ses jambes, dans son contre. Elle mima un baiser sur mon crâne empêché par son foulard , se redressa à son tour, prit mes mains et calma peu à peu sa respiration. 
 
Deux minutes plus tard elle y était, les premiers grains frissonnaient, ses yeux sombres révulsaient sous leurs paupières. Encore un peu et ça bouillonnait, le dessin se faisait plus précis, un ovoïde long de quatre mètres, large de trois, tout autour de nous. Du tracé bourgeonnait une digue, ruisselante, instable. ça grandit encore. Mue de l'intérieur la silice crissait faiblement, ça marchait comme une fontaine à circuit semi-fermé. Le sable était puisé dans le sol et la matière qui tombait de la tranche en formation se faisait aspirer au pied de la paroi, réinjectée dans le flot. La digue se mue en un mur courbe d'au moins deux mètres. Lentement les parois se joignirent sur nous, à ce niveau on aurait dû se prendre du sable sur la tête mais il n'y avait plus de retombées, le processus se faisait plus délicat. La membrane pompait toutes juste la bonne quantité pour fermer le cocon. Deux lèvres se fermaient sur la nuit. On était dans l'œuf.

Sous ma mère était l'épicentre. D'ici le sable dégageait vers l'extérieur. La structure s'enfonçait paisiblement dans le vide laissé, nous avec. Dedans, le noir était complet. Je me dépiautais comme convenu. Le sol en mouvement ponçait légèrement mes pieds puis le flux s'adaptait, contournait mes appuis. Je débarrassai ma mère encore en transe, les chaussures puis le châle que je secouai légèrement. C'était presque finis, en haut, de chaque côté, deux gouttières se dégagèrent dans le sens du vent. Elles étaient courtes et aplaties et se terminaient par un fin maillage de silice en suspension, une dentelle protéiforme qui nous protégeait des scorpions et du reste. Grâce à elles l'air passait enfin. Il évacuait le trop de chaleur que nos corps avaient exhalée, surtout le sien, brûlant. On y voyait toujours rien, aucune lumière ne filtrait ici. Presque entièrement sous terre, seul le sommet de l'œuf effleurait le dehors. 
 
J'attendais, je défiais les ténèbres en avançant les yeux grands ouverts. Il y faisait tellement sombre qu'à chaque pas je m'emballais un peu, "où est le mur !?". Des moments nécessaires, je pouvais y apprivoiser l'obscure, jouer avec la petite angoisse de l'inconnu dans sa cage de familiarité. Mes mains rasaient les bords jusqu'à arriver au bout de la pièce, un peu plus étroit. Je me laissais tomber et plaquait mon oreille contre le mur. On y entendait les finitions, comme une bête qui creuse, fallait que ce soit solide. 

Hors ligne Chaiquecestpire

  • Tabellion
  • Messages: 40
Re : Cocon
« Réponse #1 le: 08 Août 2019 à 18:59:24 »
Je trouve que la surabondance du mot "ça" dans ton texte n'est pas très heureuse, même si, à certains moments, cela participe de l'ambiance.

Quelques fautes:

 
Citer
ça m'arracha un soupire

"soupir"
 
Citer
C'était presque finis

"fini"


Sinon, j'aime beaucoup le rythme de ton phrasé, très dynamique, et qui a lui seul m'a tenu accroché au récit.
« Modifié: 08 Août 2019 à 19:06:18 par Chaiquecestpire »

Hors ligne Alan Tréard

  • Vortex Intertextuel
  • Messages: 7 774
  • Optimiste, je vais chaud devant.
    • Alan Tréard, c'est moi !
Re : Cocon
« Réponse #2 le: 08 Août 2019 à 23:29:51 »
Bonjour Helios,

Voici un texte bien mystérieux, le vocabulaire très riche et évocateur ne peut que stimuler l'imagination.

J'ai trouvé les éléments descriptifs suffisamment nourris pour alimenter la curiosité, il y a un certain suspens qui fait effet, un petit quelque chose d'intrigant.

Au-delà de ces remarques positives, il est vrai que l'ensemble du texte est assez limité en consistance, je crois que j'aurais aimé trouver un peu plus qu'un cocon pendant ma lecture, tu tiens un filon intéressant, à exploiter sans hésiter.

Merci à toi pour cette lecture. :bouquine:

Hors ligne Chapart

  • Calame Supersonique
  • Messages: 1 639
Re : Cocon
« Réponse #3 le: 10 Août 2019 à 07:26:15 »
Salut salut,

"Encore trois arpents, ça nous en fera moins pour demain." me lança-t-elle entrent deux grosses respirations.

entre

Elle était reconnaissante, elle le montrait juste pas. Ça aurait été une perte de temps de toute façon.
Ça faisait un moment qu'on était reconnaissant, l'un pour l'autre, pour tout, tout le temps.
Je n'avais pas défailli une seule fois aujourd'hui, pas un accro dans la trame de nos pas. J'étais puéril mais plus fier encore.
Le ciel s'empourprait délicieusement, ça se voyait aux reflets du sol devant moi, mais je pouvais pas regarder. Lever la tête, déployer mon corps comme une fleur face au vent, impossible, c'était un coup à se dissoudre une fois pour toutes. J'avançais, voûté, sans fantaisies, le strict minimum.

j'aime bien le mélange entre langage soutenu et tournures proches de l'oral ; je trouve que ça marche très bien dans ce paragraphe. Par contre, j'ai l'impression que ça se perd un peu au fil du texte.   

Je n'avais pas défailli une seule fois aujourd'hui, pas un accro dans la trame de nos pas.

accroc 

Arrivé en haut j'osai un redressement, ça m'arracha un soupire.

soupir

En poupée de chiffon je tournais,

j'aime beaucoup l'inversion

prenais de la vitesse, le sable éclaboussa et trop rapidement j'étais en bas, inerte, ahuri d'épuisement.

pas convaincu par "le sable éclaboussa"

 

  La digue se mue en un mur courbe d'au moins deux mètres.

se mua ?

La membrane pompait toutes juste la bonne quantité pour fermer le cocon. Deux lèvres se fermaient sur la nuit. On était dans l'œuf.

tout juste. Je trouve la phrase un peu en-dessous du reste. Par contre j'aime beaucoup "deux lèvres se fermaient sur la nuit".

Sous ma mère était l'épicentre.

là par contre je trouve l'inversion un peu plus forcée

D'ici le sable dégageait vers l'extérieur.

remarque générale (j'ai déjà relevé "éclabousser" plus haut): à plusieurs endroits, j'ai pas été entièrement convaincu par le choix des verbes. Ici "dégageait" ne me convainc pas entièrement non plus. Se dégageait ?

Le sol en mouvement ponçait légèrement mes pieds puis le flux s'adaptait, contournait mes appuis.

j'aime bien

Je débarrassai ma mère encore en transe, les chaussures puis le châle que je secouai légèrement. C'était presque finis,

fini

Des moments nécessaires, je pouvais y apprivoiser l'obscure, jouer avec la petite angoisse de l'inconnu dans sa cage de familiarité.

cette phrase m'a fait tiquer. je comprends pas bien le sens de "Des moments nécessaires", et l'"obscure" utilisé comme nom m'a un peu perturbé.

Mes mains rasaient les bords jusqu'à arriver au bout de la pièce, un peu plus étroit. Je me laissais tomber et plaquait mon oreille contre le mur. On y entendait les finitions, comme une bête qui creuse, fallait que ce soit solide.

plaquais

"fallait que ce soit solide" est de nouveau plus proche de l'oral: avant, mis à par les négations omises et certaines constructions en rupture, j'ai moins senti le jeu langage soutenu - oralité qu'on avait au début du texte.

J'ai beaucoup beaucoup aimé ce texte ! J'avais plein d'images en tête en le lisant ; il est mystérieux au début mais ça n'empêché pas d'imaginer ce qu'il se passe, et petit à petit on a l'impression de comprendre sans vraiment comprendre. Mis à part à quelques endroits, l'absence de négations, les tournures inversées et la ponctuation parfois omise (surtout les virgules) marchent très bien. J'ai pas relevé toutes les phrases qui m'ont plues.

Quelques fignolages, à mon avis, quelques éléments à "poncer" mais c'est déjà un texte magnifique.

Merci pour le partage  :)

 


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