Le Monde de L'Écriture – Forum d'entraide littéraire

31 Mai 2026 à 18:54:42
Bienvenue, Invité. Merci de vous connecter ou de vous inscrire.


Le Monde de L'Écriture » Coin écriture » Textes courts (Modérateur: Claudius) » Madame P.

Auteur Sujet: Madame P.  (Lu 2216 fois)

Hors ligne Ocubrea

  • Modo
  • Calame Supersonique
  • Messages: 1 828
  • Corbeau au bec d'or
    • Pour plus d'informations
Madame P.
« le: 25 Juin 2019 à 22:59:04 »
Bonjour à tous !

J'étais en train de relire mes anciens textes, dont un que je pensais ne jamais publier parce très sensible pour moi, mais sur un coup de tête, le voici ! (Avant que je ne change d'avis, surtout…). Je ne sais pas s'il est à sa place ici, il n'est pas particulièrement littéraire… N'hésitez pas à me dire si vous trouvez que ça tient plus du journal intime que du récit, et je supprimerai ce post.

Pour les personnes lisant ceci qui n'auraient encore lu aucun de mes posts du genre (ils remontent tous pas mal, maintenant…), il s'agit de courts textes que j'écrivais essentiellement dans le cadre de mes stages de médecine. J'ai continué à en écrire depuis que j'ai commencé à pratiquer, mais j'attends d'avoir plus de recul par rapport à ces "nouveaux" textes pour les publier.

Bonne lecture !

Madame P.
7ème année de médecine - Juin
     
      À l’heure où j’écris ces lignes, je suis au terme de mes sept ans d’université et je viens de finir mon tout dernier stage en tant qu’étudiante en médecine. Le prochain patient que je verrai, ce sera en tant qu’assistante.*
      Et aujourd’hui, je voulais parler de Madame P.
     
      Ce stage était probablement l’un des plus difficiles sur le plan émotionnel, mais aussi des plus formateurs de ces dernières années. C’était un stage aux soins palliatifs : je faisais partie de l’équipe qui s’occupe de la liaison entre ce service et le reste de l’hôpital.
      Il y a de cela une ou deux semaines, nous sommes appelés par un spécialiste qui reçoit en consultation une patiente atteinte d’un cancer avancé. Elle a une très longue histoire médicale faite d’examens complémentaires, d’opérations, de chimiothérapies, de radiothérapies, et surtout d’échecs successifs. Les résultats du dernier examen réalisé sont d'ailleurs tombés le jour même : Madame P. vient d’apprendre qu’elle a des métastases partout. Dans le cerveau, dans la thyroïde, dans les poumons, dans le foie, dans la rate, dans le pancréas… Absolument partout. Et surtout, Madame P. a mal. On nous appelle parce qu’il faudrait l’hospitaliser afin de soulager ses douleurs et d’envisager « la suite ».
      Quand nous arrivons dans la salle de consultation, Madame P. est accompagnée de son mari, qui est au bord des larmes. Ses yeux sont rouges et humides, et ses lèvres tremblent, par moments. Seulement, il ne sait plus où les poser, ses larmes, je crois qu’il les a déjà trop déversées partout autour de lui. Alors il détourne le regard sitôt qu’il a croisé le vôtre, et il fixe le plafond. Comme pour refaire couler ces pleurs en lui-même, en attendant de trouver un nouvel endroit où s’en décharger.
      Oui, son mari est sur le point de craquer, à Madame P. Mais pas elle.
      Elle a été abîmée de partout, Madame P. Maigre, presque filiforme, elle utilise toute l'énergie que son cancer lui laisse encore pour rester bien droite dans sa chaise roulante – la marche lui est devenue impossible à cause d’une métastase à la hanche trop douloureuse. Elle a les joues creuses encadrées par des cheveux bruns secs et cassants, deux grands yeux bleus enfoncés dans leurs orbites, et une partie de son visage finement ridé ne peut plus bouger aussi bien que l’autre à cause d’une atteinte du nerf facial.
      Mais moi, je le vois au premier regard : elle a été abîmée de partout, Madame P. Sauf dans son âme.
      Elle nous regarde sereinement, malgré la douleur, malgré la fatigue qui l’empêche presque de lever les bras, malgré sa paupière gauche qui ne se ferme plus tout à fait, et nous dit qu’elle est prête. Que la mort ne l'effraye pas, qu'elle a d’ailleurs déjà fait la plupart des démarches pour une demande d’euthanasie, au cas où... Tout ce qu’elle demande, c'est de ne plus avoir mal. Et oui, aussi, qu’on prenne en charge la souffrance de sa famille, surtout sa fille qui vient d’avoir un enfant il y a quelques mois et qui vit très difficilement cette situation.
      On l’a donc transférée aux soins palliatifs.

      Outre l’équipe de liaison, je travaillais aussi tous les jours au sein de ce service. Tous les jours, ou presque, sur la plus grande partie de deux semaines, j’ai vu Madame P., et sa famille qui ne quittait jamais son chevet. Parfois avec des médecins superviseurs, parfois seule, j’ai discuté des heures avec eux. De ce que Madame voulait. De ce que la famille voulait. De leurs peurs. De leurs interrogations. L'avantage des soins palliatifs, c’est qu’on peut consacrer beaucoup de temps à chaque patient.
      Peut-être que j’en ai trop fait, que je me suis trop attachée. Mais Madame P., avec ses yeux d’un azur serein dont un se fermait de moins en moins chaque jour et son demi-sourire qui ressurgissait quand on lui parlait, même quand elle avait l’air endormi, était quelqu’un qui donnait envie d’être là, de s’occuper d’elle. Un jour, elle m’a dit que ce qu’elle aimait bien chez moi, c’était ma sincérité. Elle savait que je ne lui mentirais pas sur son état, Madame P., et j’ai eu l’impression qu’on venait de passer un pacte. Qu’elle ne me demanderait pas si elle ne voulait pas savoir, mais que si elle demandait, je lui dirais. Tout.
     
      Il y a quelques jours, j’ai eu un moment seule à seule avec elle pendant que sa famille était partie boire un café. Son état s’était encore dégradé. Son œil gauche était maintenant ouvert en permanence, sans que je sache vraiment si elle continuait à voir de ce côté. Je ne le lui ai jamais posé la question. L’autre œil, le valide, était presque toujours fermé. Elle était très somnolente, un peu confuse, et ne parvenait plus à avaler grand-chose, mais elle n’avait plus mal depuis plusieurs jours et ça, c’était notre grande victoire. Je me suis assise près d’elle, j’ai pris sa main, et je lui ai demandé comment ça allait.
      Elle n'a pas eu besoin de me répondre pour que je comprenne que quelque chose clochait. Les rides sur son front formaient un dessin différent de ce que je lui connaissais, ses bras étaient plus tendus, sa nuque plus raide. Pas comme quelqu’un qui a mal – après quelques semaines aux soins palliatifs, j’arrivais à faire la part des choses – mais comme quelqu’un de tourmenté. Je lui ai dit :
      —   Madame, je me trompe peut-être, mais j’ai l’impression que ça va moins bien aujourd’hui. Je vous ai toujours connue calme et sereine, et là ce n’est pas ce que je vois.
      La moitié de sa bouche qu’elle contrôlait encore s’est retroussée en un petit sourire, et elle a très légèrement hoché la tête. Il lui était devenu difficile de faire plus.
      —   Bon, je vais essayer de vous aider à me dire ce qui ne va pas.
      Elle a fait l’effort d’ouvrir son deuxième œil. Ça, ça voulait dire que c’était vraiment important pour elle, ce qui allait se passer maintenant.
      Depuis le moment où je m'étais assise à son chevet, je caressais doucement son avant-bras de ma main libre. Je ne m’en suis rendu compte qu'après plusieurs minutes, mais j’ai continué. Madame P. ne rechignait pas aux contacts. Tout en faisant cela, j’avançais une hypothèse après l’autre, et elle me répondait d’un petit souffle, ou d’un infime mouvement de tête.
      —   Est-ce que c’est la douleur ?
      —   Non…
      —   Les nausées ?
      —   Non…
      —   Quelque chose de physique ?
      —   Non…
      —   La peur de mourir ?
      —   Non…
      —   L’angoisse par rapport à votre famille ?
      —   … Non…
      —   Le bruit ?
      —   Non…
      —   Vous avez soif ?
      —   Oui…
      Je l’ai aidée à boire. Mais je savais que c’était loin d’être la vraie raison.
      —   Autre chose ?
      —   Oui…
      —   Je vois que vous êtes épuisée, vous voulez que je repasse plus tard ?
      —   Non…
      —   Vous êtes sûre ? Je peux appeler votre famille…
      —   Non… Restez…
      —   Je sèche…
      Il m’a fallu près de trois quarts d’heure pour déchiffrer ce qui était si important à ses yeux. Elle commençait une phrase, prononçant quelques mots dont les derniers se fondaient en un murmure inintelligible, puis s’interrompait durant de longues minutes, accablée, avant de reprendre. Encore et encore. Parfois, elle perdait le fil, et il fallait alors tout recommencer. Mais au fond, je le voyais, dans ses yeux, qu’elle savait exactement ce qu’elle voulait me dire, comme une lumière vive, un phare pour son esprit balloté dans des flots de fatigue et de désorientation. Finalement, elle a réussi à me dire une phrase, souffle par souffle.
      —   Hier… on m’a dit… qu’on allait… m’euthanasier…demain.
      —   Vous voulez dire, contre votre gré ?
      —   Oui…
      J’ai serré sa main, et je lui ai expliqué que bien sûr que non, on ne ferait jamais rien contre sa volonté, qu’on avait compris son désir de mourir sans douleur et de laisser la nature s’occuper du reste. J’ai monologué longtemps. Elle avait refermé son œil valide, mais je sentais qu’elle n’en perdait pas une miette. Elle savait que je lui dirais toujours la vérité. Ça l’a rassurée. Nous avons conclu qu’il s’agissait sûrement d’un des nombreux cauchemars qu’elle avait parfois du mal à distinguer de la réalité, ces derniers jours.
      Je connaissais très bien l’équipe et, sans la croire exempte de défauts, je savais pertinemment que jamais un de ses membres n’irait dire une chose d’une telle gravité à une patiente.

      Suite à cela, j’ai encore eu plusieurs longues discussions avec la famille sur la sédation, les protocoles de détresse, l’euthanasie. Ils avaient peur qu’elle ne meure en s’étouffant. N'avait-on oublié aucune option pour sa prise en charge ? Quelles étaient ses médications actuelles ? Dans quel but les donnait-on ? Est-ce que ça risquait « d’accélérer » les choses ? Pourquoi en donnait-on certaines en sous-cutané, d’autres par voie intraveineuse ? Elle ne pourrait vraiment plus rien avaler ? Combien de temps, avant la fin ? Comment pouvait-on être sûre, si elle était endormie, qu’elle ne souffre pas ?
      Moi, j’aimais bien prendre le temps avec cette famille. En tant que membre du personnel soignant, j’essaye de le faire avec toutes les familles, bien sûr, mais il y en a avec lesquelles c’est plus facile que d’autres. On n'y peut rien.
      Je ressortais souvent de ces conversations complètement lessivée. J’allais alors discrètement me réfugier dans le bureau des médecins (quand il était vide), l’esprit en ébullition, un peu tremblante. Je reprenais contenance après avoir donné tout ce que j’avais d’attention pour répondre à leurs questions, d’empathie pour les écouter épancher leur souffrance, d’énergie pour ne pas pleurer avec eux. Pour garder mon petit mur mental debout, celui que j’ai construit au cours de ma formation et qui me protège de vivre la même chose que les gens que j’ai en face de moi.
     
      Aujourd’hui, la fille de Madame P. m’a interceptée dans le couloir tandis que je me rendais à la cantine sur mon temps de midi. Cette fille qui souffrait tant, alors qu’elle devait s’occuper de son nourrisson de quelques mois, de voir sa propre mère s’en aller. Celle qui, la première fois que je l’avais rencontrée avec le reste de la famille, me tournait presque le dos tant ce que j’avais à dire était difficile à entendre.
      —   Je peux vous parler une minute ?
      —   Bien sûr.
      Je pensais qu’elle avait encore des questions à me poser. Je me suis efforcée de me souvenir si, finalement, on avait majoré les morphiniques de Madame P. durant la matinée ou pas. Ou ses benzodiazépines, peut-être ? Mais la tirade qui a suivi m’a prise de court :
      —   Je tenais à vous remercier, sincèrement. Merci pour tout, de nous avoir autant accompagnés, d’avoir été aussi présente, toujours claire avec nous, d’avoir pris le temps. Je sais que vous êtes encore officiellement stagiaire, mais pour moi, et pour toute notre famille, vous êtes déjà un très grand médecin. Je sais que ma mère vous apprécie beaucoup, vous avez été un soutien incroyable.
      Comme avec Monsieur I., j’ai failli pleurer.
      Peut-être, en fin de compte, que je ne m’étais pas trop attachée.

      Pour le moment, Madame P. est encore en vie. Elle a finalement été sédatée pour son propre confort, et selon ses volontés. Avant de quitter l’hôpital, je suis passée lui dire au revoir dans son sommeil, ainsi qu’à sa famille. Elle était détendue. Je sais que d’ici quelques jours, Madame P. ne sera plus de ce monde.
      J’espère que nous lui offrirons un départ paisible jusqu’au bout.

* En Belgique, un stagiaire est l'équivalent d'un externe, et l'assistant est l'équivalent d'un interne (à peu de choses près).
« Modifié: 30 Juin 2019 à 14:02:29 par Ocubrea »
"Il est plus facile de jouer au mikado avec des spaghettis crus qu'avec des spaghettis cuits.” - Philippe Geluck.

Ashka

  • Invité
Re : Madame P.
« Réponse #1 le: 26 Juin 2019 à 00:40:20 »
Hello Ocubrea ;)

 À l’heure où j’écris ces lignes, je suis au terme de mes sept ans d’université et je viens de finir mon tout dernier stage en tant qu’étudiante en médecine. Le prochain patient que je verrai, ce sera à mon tour (peut-être pour alléger un peu la phrase enlever "à mon tour ? ) en tant qu’assistante.*
      Et aujourd’hui, je voulais parler de Madame P.
     
      Ce stage que je termine (ici, idem, enlever pour alléger ? On comprend sans cela. était probablement l’un des plus difficiles sur le plan émotionnel, mais aussi des plus formateurs, que j’aie eus (eu)ces dernières années. C’était un stage aux soins palliatifs : je faisais partie de l’équipe qui s’occupe de la liaison entre le service de soins palliatifs et le reste de l’hôpital. (peut-être condenser ici pour éviter les répétitions ?)
      Il y a de cela une ou deux semaines, nous sommes appelés (ici il y a pour moi un petit souci de concordance de temps (peut-être : nous avions été appelés )par un spécialiste qui a devant lui (peut-être un peu gauche comme formulation, "qui a", le verbe avoir est un verbe faible, le remplacer ? ), en consultation, une patiente atteinte d’un cancer avancé. Elle a une très longue histoire médicale faite d’examens complémentaires, d’opérations, de chimiothérapies, de radiothérapies, et surtout d’échecs successifs. On vient d’ailleurs de recevoir les résultats du dernier examen réalisé : Madame P. vient d’apprendre qu’elle a des métastases partout. Dans le cerveau, dans la thyroïde, dans les poumons, dans le foie, dans la rate, dans le pancréas,… (pas de virgule avant les trois petis points) Absolument partout. Et surtout, Madame P. a mal. (ici par contre, le verbe avoir est efficace
 et reflète bien la douleur de la situation, je n'en vois pas d'autre qui pourrait être aussi bien utilisé à cet endroit.  ;)
On nous appelle parce qu’il faudrait l’hospitaliser afin de soulager ses douleurs et d’envisager « la suite ».
      Quand nous arrivons dans la salle de consultation, Madame P. est accompagnée de son mari, qui est au bord des larmes. Ses yeux sont rouges et humides, et ses lèvres tremblent, par moments. Seulement, il ne sait plus où les poser, ses larmes, je crois qu’il les a déjà trop déversées partout autour de lui. Alors il détourne les yeux sitôt qu’il a croisé votre regard, et il regarde le plafond. Comme pour refaire couler ces pleurs en lui-même, en attendant de trouver un nouvel endroit où s’en décharger. (il y a pas mal de répétitons ici, regarde regard, larmes, yeux, mais je ne pourrais pas toucher quelquechose, parce que pour moi c'est un passage très parlant et qui me touche dans la simplicité de ce qui est, alors, je dis bravo pour ça, de savoir faire naitre ici l'émotion, dans la description de ce désarroi.)
      Oui, son mari est sur le point de craquer, à Madame P. (peut-être j'enlèverais le "oui" du début de phrase qui me met extérieure à la scène d'un seul coup, mais c'est personnel  ;) )Mais pas elle.
      Elle a été abîmée de partout, Madame P. Elle est maigre, presque filiforme. Elle utilise toute l'énergie que son cancer lui laisse encore (peut-être le "encore" est en trop pour moi, mais c'est très personnel, je resterai plus "sobre", mais c'est un détail )pour rester bien droite dans sa chaise roulante - elle ne sait plus marcher à cause d’une métastase à la hanche trop douloureuse. Elle a des (peut-être ici plutôt "les" parce que après tu utilises "des", pour varier ) joues creuses encadrées par des cheveux bruns secs et cassants, deux grands yeux bleus enfoncés dans leurs orbites, et une partie de son visage finement ridé ne peut plus bouger aussi bien que l’autre à cause d’une atteinte du nerf facial. Mais moi, je le vois au premier regard. (Ha, ici je me suis demandée ce que la narratrice voyait au premier regard, éclaircir un peu ? )
      Elle a été abîmée de partout, Madame P. Sauf dans son âme.
      Elle nous regarde sereinement, malgré la douleur, malgré la fatigue qui l’empêche presque de bouger les bras, malgré sa paupière gauche qui ne se ferme plus tout à fait. Elle nous dit qu’elle est prête. Qu’elle n’a pas peur de la mort, d’ailleurs elle a déjà fait la plupart des démarches pour une demande d’euthanasie si ça n’allait plus, à un moment donné (je trouve que ce bout de phrase alourdi la phrase, peut-être pas utile ? Mais c'est à toi de voir) . Qu’elle veut juste ne plus avoir mal, c’est tout ce qu’elle demande. Et oui, (Le "oui", je le trouve en trop aussi, ça ralentit ma lecture, mais c'est très personnel ) aussi, qu’on prenne en charge la souffrance de sa famille, surtout sa fille qui vient d’avoir un enfant il y a quelques mois et pour laquelle la situation est très difficile (apporter une précision ? difficile à vivre, c'est ça ? ).
      On l’a donc transférée aux soins palliatifs.

      Outre l’équipe de liaison, je travaillais aussi tous les jours au sein de ce service. Tous les jours, ou presque, sur la plus grande partie de deux semaines, j’ai vu Madame P. et sa famille (ici j'aurai mis une virgule pour bien
 marqué que c'est sa famille qui ne quitte pas son chevet )
qui ne quittait jamais son chevet. Parfois avec des médecins superviseurs, parfois seule, j’ai discuté des heures avec eux. De ce que Madame voulait. De ce que la famille voulait. De leurs peurs. De leurs interrogations. Le grand avantage (peut-être ici, j'aurai enlever le "grand" pour éviter la répétition des soins palliatifs, c’est qu’on peut consacrer beaucoup de temps à chaque patient.
      Peut-être que j’en ai trop fait, que je me suis trop attachée. Mais (peut-être ici, ne faite qu'une seule phrase avec la phrase précédente pour éviter ce "mais en dé but de phrase ? Du coup ça va faire une longue phrase, mais c'est pas mal pour varier le rythme et en plus je trouve qu'elle serait très compréhensible ) Madame P., avec ses yeux d’un azur serein dont un se fermait de moins en moins chaque jour, (ici j'enlèverai la virgule, le "et" coupe assez je trouve ) et son demi-sourire qui ressurgissait quand on lui parlait, même quand elle avait l’air endormi, était quelqu’un qui donnait envie d’être là, de s’occuper d’elle. Un jour, elle m’a dit que ce qu’elle aimait bien chez moi, c’était ma sincérité. Elle savait que je ne lui mentirais pas sur son état, Madame P., et j’ai eu l’impression qu’on venait de passer un pacte. Qu’elle ne me demanderait pas si elle ne voulait pas savoir, mais que si elle demandait, je lui dirais. Tout. (techniquement pas mal de "elle" dans ce qui précède, mais c'est tellement touchant que je ne changerais rien )
     
      Il y a quelques jours, j’ai eu un moment seule à seule avec elle, (ici j'enlèverais la virgule pour que ça coule tout seul )pendant que sa famille était partie boire un café. Son état s’était encore dégradé. Son œil gauche était maintenant ouvert en permanence, sans que je sache vraiment si elle continuait à voir de ce côté. Je ne lui ai jamais demandé. (je ne "le" lui ? ) L’autre œil, le valide, était presque toujours fermé. Elle était très somnolente, un peu confuse, et ne parvenait plus à avaler grand-chose. Mais (lier les deux phrases (enlever le point ) pour éviter le "mais" en début de phrase ? ) elle n’avait plus mal depuis plusieurs jours et ça, c’était notre grande victoire. Je me suis assise près d’elle, j’ai pris sa main, et je lui ai demandé comment ça allait.
      Elle n’a pas dû me répondre pour que je comprenne que quelque chose clochait. Les rides sur son front formaient un dessin différent de ce que je lui connaissais, ses bras étaient plus tendus, sa nuque plus raide. Pas comme quelqu’un qui a mal – après quelques semaines aux soins palliatifs, j’arrivais à faire la part des choses – mais comme quelqu’un de tourmenté. Je lui ai dit :
      —   Madame, je me trompe peut-être, mais j’ai l’impression que ça va moins bien aujourd’hui. Je vous ai toujours connue calme et sereine, et là ce n’est pas ce que je vois.
      La moitié de sa bouche qu’elle contrôlait encore s’est retroussée en un petit sourire, et elle a très légèrement hoché la tête. Il lui était devenu difficile de faire plus.
      —   Bon, j’ai continué, je vais essayer de vous aider à me dire ce qui ne va pas.
      Elle a fait l’effort d’ouvrir son deuxième œil. Ça, ça voulait dire que c’était vraiment important pour elle, ce qui allait se passer maintenant.
      Depuis le moment où je m‘étais assise à son chevet, je passais doucement la main sur son avant-bras. (ici j'essaierais de remplacer le "passais" pour éviter la répétition, je pense que tu peux trouver mieux ;) )Je ne m’en suis rendue compte que tard, ( rendu (pas de "e") et je me suis perdue
 dans le sens, "se rendre compte que tard", ce n'est pas clair pour moi)
mais j’ai continué. Madame P. ne rechignait pas aux contacts. Tout en faisant cela, j’avançais une hypothèse après l’autre, et elle me répondait d’un petit souffle, ou d’un infime mouvement de tête.
      —   Est-ce que c’est la douleur ?
      —   Non…
      —   Les nausées ?
      —   Non…
      —   Quelque chose de physique ?
      —   Non…
      —   La peur de mourir ?
      —   Non…
      —   L’angoisse par rapport à votre famille ?
      —   … Non…
      —   Le bruit ?
      —   Non…
      —   Vous avez soif ?
      —   Oui…
      Je l’ai aidée à boire. Mais je savais que c’était loin d’être la vraie raison.
      —   Autre chose ?
      —   Oui…
      —   Je vois que vous êtes épuisée, vous voulez que je repasse plus tard ?
      —   Non…
      —   Vous êtes sûre ? Je peux appeler votre famille…
      —   Non… Restez…
      —   Je sèche…
      Il m’a fallu près de trois quarts d’heure pour déchiffrer ce qui était si important à ses yeux. Elle commençait une phrase, prononçant quelques mots dont les derniers se fondaient en un murmure inintelligible, puis s’interrompait durant de longues minutes, accablée, avant de reprendre. Encore et encore. Parfois, elle perdait le fil, et il fallait alors tout recommencer. Mais au fond, je le voyais, dans ses yeux, qu’elle savait exactement ce qu’elle voulait me dire, comme une lumière vive, un phare pour son esprit balloté dans des flots de fatigue et de désorientation. Finalement, elle a réussi à me dire une phrase, souffle par souffle.
      —   Hier… on m’a dit… qu’on allait… m’euthanasier…demain.
      —   Vous voulez dire, contre votre gré ?
      —   Oui… (passage extrêmement fort, je trouve, c'est bien fait )
      J’ai serré sa main, et je lui ai expliqué que bien sûr que non, on ne ferait jamais rien contre sa volonté, qu’on avait compris ses désirs qui étaient de mourir sans douleur et de laisser la nature s’occuper du reste. J’ai monologué longtemps. Elle avait refermé son œil valide, mais je sentais qu’elle n’en perdait pas une miette. Elle savait que je lui dirais toujours la vérité. Ça l’a rassurée. Nous avons conclu qu’il s’agissait sûrement d’un des nombreux cauchemars qu’elle avait parfois du mal à distinguer de la réalité, ces derniers jours.
      Je connais (j'ai du mal ici avec la concordance des temps : l'irruption soudaine du présent )très bien l’équipe et, sans la croire exempte de défauts, je sais pertinemment que jamais un de ses membres n’irait dire une chose d’une telle gravité à une patiente.

      Suite à cela, j’ai encore eu plusieurs longues discussions avec la famille sur la sédation, les protocoles de détresse, l’euthanasie. Ils avaient peur qu’elle ne meure en s’étouffant. Y avait-il encore d’autres options ? Quelles étaient ses médications actuelles ? Dans quel but les donnait-on ? Est-ce que ça risquait « d’accélérer » les choses ? Pourquoi en donnait-on certaines en sous-cutané, d’autres par voie intraveineuse ? Elle ne pourrait vraiment plus rien avaler ? Combien de temps, avant la fin ? Comment pouvait-on être sûre, si elle était endormie, qu’elle ne souffre pas ? (j'aime bien ce passage, toutes ces questions, tu prends bien le temps de poser tout cela, c'est bien fait je trouve )
      Moi, j’aimais bien prendre le temps, (j'aurais enlevé la virgule ici, inutile pour moi )avec cette famille. J’essaye de le faire avec toutes les familles, bien sûr, mais il y en a (tournure un peu gauche, je trouve ) avec lesquelles c’est plus facile que d’autres. C’est la nature humaine. En tant que membre du personnel soignant, il faut être attentif à prodiguer la même attention à tous, mais on n’y peut rien, il y en a avec les lesquels c’est un plaisir et avec d’autres une corvée. ( ici je trouve ça un peu redondant, je condenserais ce passage )
      Je ressortais souvent de ces conversations complètement lessivée. J’allais alors discrètement me réfugier dans le bureau des médecins (quand il était vide), l’esprit en ébullition, un peu tremblante. Je reprenais contenance après avoir donné tout ce que j’avais d’attention pour répondre à leurs questions, d’empathie pour les écouter épancher leur souffrance, d’énergie pour ne pas pleurer avec eux. (ici, je trouve que c'est trop, c'est une accumulation et je trouve que ça enlève de la force au propos, quelques mots suffisent je pense pour faire passer cet état )Pour garder mon petit mur mental debout (très joli ! ) , celui que j’ai construit au cours de ma formation et qui me protège de vivre la même chose que les gens que j’ai en face de moi. (Peut-être un peu lourd, superflu ? Personnellement je comprend bien sans cette partie de phrase )
     
      Aujourd’hui, la fille (préciser ? "sa" fille ?  j'ai eu un doute, il a fallu que je lise la suite pour comprendre ) m’a, à un moment donné, interceptée dans le couloir. Cette fille qui souffrait tant, alors qu’elle devait s’occuper de son nourrisson de quelques mois, de voir sa propre mère s’en aller justement maintenant (je trouve ceci en trop, on comprend, sans, ça allégerait la phrase je trouve ) . Celle qui, la première fois que je l’avais rencontrée avec le reste de la famille, me tournait presque le dos tant ce que j’avais à dire était difficile à entendre pour elle (ça aussi pour moi c'est en trop ).
      —   Je peux vous parler une minute ?
      —   Bien sûr.
      Je pensais qu’elle avait encore des questions à me poser. Je me suis efforcée de me souvenir si, finalement, on avait majoré les morphiniques de Madame P. durant la matinée ou pas. Ou ses benzodiazépines, peut-être ? Mais la tirade qui a suivi m’a prise de court :
      —   Je tenais à vous remercier, sincèrement. Merci pour tout, de nous avoir autant accompagnés, d’avoir été aussi présente, toujours claire avec nous, d’avoir pris le temps. Je sais que vous êtes encore officiellement stagiaire, mais pour moi, et pour toute notre famille, vous êtes déjà un très grand médecin. Je sais que ma mère vous apprécie beaucoup, vous avez été un soutien incroyable.
      Comme avec Monsieur I., j’ai failli pleurer.
      Peut-être, finalement, que je ne m’étais pas trop attachée. (je n'ai pas compris ici, le sens, tu ne voulais pas plutôt dire qu'elle s'était trop attachée ? )

      À l’heure où j’écris ces lignes, Madame P. est encore en vie. Elle a finalement été sédatée pour son propre confort, et selon ses volontés. Avant de quitter l’hôpital, je suis passée lui dire au revoir dans son sommeil, ainsi qu’à sa famille. Elle était détendue. Je sais que d’ici quelques jours, Madame P. aura quitté ce monde.
      J’espère que nous lui offrirons un départ paisible jusqu’au bout.

* En Belgique, un stagiaire est l'équivalent d'un externe, et l'assistant est l'équivalent d'un interne (à peu de choses près).



Remarques générales :

J'ai trouvé des moments très fort dans ce texte : le mari qui pleure, la peur de la patiente de se faire euthanasier, le discours de la fille (parce qu'on ne sait pas ce qu'elle va dire, et j'ai bien ressenti ce moment d'incertitude) ils rythment et portent bien le texte jusqu'à la fin qui est inévitable. Alors, pour cette progression avec beaucoup d'émotions et de temps de tension bravo, c'est immersif.
J'ai relevé quelques répétitions qui je pense peuvent être amendées, il en reste, mais je ne les ai pas trouvées toutes gênantes.
Quelques petits aménagements en ce qui concerne la concordance des temps mais j'ai signalé où ainsi que des endroits où tu pouvais alléger selon moi, le propos, mais signalé aussi.

C'est un texte qui est intéressant, je suis sortie touchée de cette lecture que j'ai ressentie extrêmement réaliste.
Merci pour ton partage  ;)

EDIT :
Peut-être, manque t-il dans ce texte de petites touches de descriptions par ci, par là, sur les lieux, les odeurs, etc,... bref tout l'environnement des personnages, ça permettrait d'ancrer le contexte davantage.

« Modifié: 26 Juin 2019 à 07:02:00 par Ashka »

Hors ligne BAGHOU

  • Prophète
  • Messages: 830
  • Reflet de l'humeur du moment
Re : Madame P.
« Réponse #2 le: 26 Juin 2019 à 09:03:24 »
Zut alors, pour ne pas dire un mot plus vulgaire.
Vos mots sont bouleversants. Les émotions tant les vôtres que celles de la patiente et de sa famille sont retranscrites avec justesse. En vous lisant, c'est comme si on était à vos côtés, sans le filtre professionnel, j'ai retenu mes larmes.
Prise dans le fil de l'histoire, je ne me suis pas attardée sur les imperfections du texte qui semblent moins essentielles que le contenu. Certainement écrit avec peu de recul sur les évènements de l'époque, je laisserais le texte dans son "jus" d'origine sans prendre le risque de le dénaturer.
Sortir ce texte-témoignage du "tiroir" est à mon sens un très bel hommage à Madame P. Dorénavant difficile de l'oublier grâce à vous.
"La critique, art aisé, se doit d'être constructive." Boris Vian dans "Les chroniques du menteur".

Hors ligne Ocubrea

  • Modo
  • Calame Supersonique
  • Messages: 1 828
  • Corbeau au bec d'or
    • Pour plus d'informations
Re : Madame P.
« Réponse #3 le: 27 Juin 2019 à 19:28:01 »
Hello !
 
@ Ashka :
Merci beaucoup d'avoir pris le temps de lire et de commenter ainsi mon texte de bout en bout, toutes tes remarques sont judicieuses et j'en ai intégré l'écrasante majorité.

Citer
Le prochain patient que je verrai, ce sera à mon tour (peut-être pour alléger un peu la phrase enlever "à mon tour ?) en tant qu’assistante.
Je l'ai fait :) Ici le "à mon tour" faisait en fait écho à un texte précédent qui parle d'un assistant qui m'a beaucoup aidée au début de ma formation.

Citer
Il y a de cela une ou deux semaines, nous sommes appelés  (ici il y a pour moi un petit souci de concordance de temps (peut-être : nous avions été appelés )par un spécialiste qui a devant lui (peut-être un peu gauche comme formulation, "qui a", le verbe avoir est un verbe faible, le remplacer ? )[…]
Tu parles d'un problème de concordance des temps plus loin également… Pour le passage suivant, je t'ai donné raison et l'ai changé, mais est-ce nécessaire ici ? Dans le sens où tout le paragraphe est au présent. Certes, la suite du texte est au passé, mais j'ai volontairement utilisé le présent ici pour sa capacité à plonger le lecteur dans la scène. Je ne pense pas que ce soit un procédé si inhabituel que ça, si ? (Je pose vraiment la question ce n'est pas rhétorique). Enfin si c'est vraiment gênant, je suis prête à changer tout ça ;)

Citer
(il y a pas mal de répétitons ici, regarde regard, larmes, yeux, mais je ne pourrais pas toucher quelquechose, parce que pour moi c'est un passage très parlant et qui me touche dans la simplicité de ce qui est, alors, je dis bravo pour ça, de savoir faire naitre ici l'émotion, dans la description de ce désarroi.)
Après avoir lu ton commentaire, moi, ça m'a embêtée ;D. Donc j'ai un peu modifié le passage, j'espère avoir pu enlevé l'une ou l'autre répétition sans casser l'émotion.

Citer
(peut-être j'enlèverais le "oui" du début de phrase qui me met extérieure à la scène d'un seul coup, mais c'est personnel  ;) )
J'aime bien mes "oui" en début de phrase :-[. Mais je comprends que ce ne soit pas du goût de tout le monde.

Citer
Mais moi, je le vois au premier regard.  (Ha, ici je me suis demandée ce que la narratrice voyait au premier regard, éclaircir un peu ? )
      Elle a été abîmée de partout, Madame P. Sauf dans son âme.
Done. J'espère que c'est plus clair.

Citer
Et oui,  (Le "oui", je le trouve en trop aussi, ça ralentit ma lecture, mais c'est très personnel ) aussi, qu’on prenne en charge la souffrance de sa famille, surtout sa fille qui vient d’avoir un enfant il y a quelques mois et pour laquelle la situation est très difficile  (apporter une précision ? difficile à vivre, c'est ça ? ).
Pour le "oui", c'était une manière de transmettre en discours indirect libre les propos de la patiente, comme si elle se souvenait de quelque chose d'important "Ah oui au fait, et je voudrais aussi…".
J'ai essayé de clarifier la fin :).

Citer
     Peut-être que j’en ai trop fait, que je me suis trop attachée. Mais  (peut-être ici, ne faite qu'une seule phrase avec la phrase précédente pour éviter ce "mais en dé but de phrase ? Du coup ça va faire une longue phrase, mais c'est pas mal pour varier le rythme et en plus je trouve qu'elle serait très compréhensible )
Dans ce cas précis, je le ferai pas, parce que la première phrase est très importante et je veux la mettre en avant, je ne veux pas qu'elle se fonde dans la phrase suivante. Elle fait écho à la fin, qui t'a d'ailleurs déjà désorientée comme cela : " Peut-être, finalement, que je ne m’étais pas trop attachée." Je vais essayer de rendre ça plus évident si j'y arrive.
Plus loin par contre, j'ai suivi ton conseil de fusionner des phrases pour plus de fluidité.

Citer
  Depuis le moment où je m‘étais assise à son chevet, je passais doucement la main sur son avant-bras.  (ici j'essaierais de remplacer le "passais" pour éviter la répétition, je pense que tu peux trouver mieux ;) )Je ne m’en suis rendue compte que tard, ( rendu (pas de "e") et je me suis perdue
 dans le sens, "se rendre compte que tard", ce n'est pas clair pour moi) mais j’ai continué.
Modifié ;)

Citer
      Je connais  (j'ai du mal ici avec la concordance des temps : l'irruption soudaine du présent )très bien l’équipe et, sans la croire exempte de défauts, je sais pertinemment que jamais un de ses membres n’irait dire une chose d’une telle gravité à une patiente.
Modifié.

Citer
Moi, j’aimais bien prendre le temps,  (j'aurais enlevé la virgule ici, inutile pour moi )avec cette famille. J’essaye de le faire avec toutes les familles, bien sûr, mais il y en a (tournure un peu gauche, je trouve ) avec lesquelles c’est plus facile que d’autres. C’est la nature humaine. En tant que membre du personnel soignant, il faut être attentif à prodiguer la même attention à tous, mais on n’y peut rien, il y en a avec les lesquels c’est un plaisir et avec d’autres une corvée. ( ici je trouve ça un peu redondant, je condenserais ce passage )
Idem.

Citer
Je ressortais souvent de ces conversations complètement lessivée. J’allais alors discrètement me réfugier dans le bureau des médecins (quand il était vide), l’esprit en ébullition, un peu tremblante. Je reprenais contenance après avoir donné tout ce que j’avais d’attention pour répondre à leurs questions, d’empathie pour les écouter épancher leur souffrance, d’énergie pour ne pas pleurer avec eux. (ici, je trouve que c'est trop, c'est une accumulation et je trouve que ça enlève de la force au propos, quelques mots suffisent je pense pour faire passer cet état )Pour garder mon petit mur mental debout (très joli ! ) , celui que j’ai construit au cours de ma formation et qui me protège de vivre la même chose que les gens que j’ai en face de moi. (Peut-être un peu lourd, superflu ? Personnellement je comprend bien sans cette partie de phrase )
Ici par contre, je vais garder les choses comme cela… Je n'ai pas vraiment d'argument objectif. Je crois simplement que j'en ai besoin, moi, quand je relis ce texte.

Citer
      Aujourd’hui, la fille  (préciser ? "sa" fille ?  j'ai eu un doute, il a fallu que je lise la suite pour comprendre ) m’a, à un moment donné, interceptée dans le couloir. Cette fille qui souffrait tant, alors qu’elle devait s’occuper de son nourrisson de quelques mois, de voir sa propre mère s’en aller justement maintenant (je trouve ceci en trop, on comprend, sans, ça allégerait la phrase je trouve ) . Celle qui, la première fois que je l’avais rencontrée avec le reste de la famille, me tournait presque le dos tant ce que j’avais à dire était difficile à entendre pour elle (ça aussi pour moi c'est en trop ).
Toujours aussi bien vu ;)

Citer
Peut-être, finalement, que je ne m’étais pas trop attachée. (je n'ai pas compris ici, le sens, tu ne voulais pas plutôt dire qu'elle s'était trop attachée ? )
J'ai déjà expliqué plus haut, je vais voir si j'arrive à modifier pour que ce soit plus clair !

Citer
EDIT :
Peut-être, manque t-il dans ce texte de petites touches de descriptions par ci, par là, sur les lieux, les odeurs, etc,... bref tout l'environnement des personnages, ça permettrait d'ancrer le contexte davantage.
Pas une mauvaise idée du tout, mais j'ai toujours du mal à doser, j'ai parfois tendance à aller trop loin dans la description et j'ai parfois peur aussi que ça détourne du sujet principal, du cœur de l'humain. J'y réfléchirai !

Merci encore pour tout le temps que tu y a consacré, tes conseils m'ont été très précieux :) Et mes remerciements également d'avoir mis en avant quelques passages qui t'ont touchée ! Je suis heureuse d'avoir pu rendre (au moins partiellement) l'intensité de ces moments.

@ BAGHOU :
Ouah, quel encensement !
Citer
Vos mots sont bouleversants. Les émotions tant les vôtres que celles de la patiente et de sa famille sont retranscrites avec justesse. En vous lisant, c'est comme si on était à vos côtés, sans le filtre professionnel, j'ai retenu mes larmes.
:-[

Citer
Sortir ce texte-témoignage du "tiroir" est à mon sens un très bel hommage à Madame P. Dorénavant difficile de l'oublier grâce à vous.
C'est amusant, ce n'est pas du tout la manière dont je voyais les choses en écrivant ce texte, mais je me rends compte grâce à ce commentaire que c'est exactement ce dont il s'agit !

Merci beaucoup pour ces très beaux compliments, mais il ne faut surtout jamais hésiter à pointer du doigt les choses qui peuvent être améliorées ;)

A plus !
« Modifié: 27 Juin 2019 à 22:01:19 par Ocubrea »
"Il est plus facile de jouer au mikado avec des spaghettis crus qu'avec des spaghettis cuits.” - Philippe Geluck.

Ashka

  • Invité
Re : Madame P.
« Réponse #4 le: 28 Juin 2019 à 11:42:10 »
 ;)

Je reviens pour un deuxième passage.

Citer
Ce stage était probablement l’un des plus difficiles sur le plan émotionnel, mais aussi des plus formateurs, que j’aie eu ces dernières années.
Ici je me demande si le "que j'aie eu", ne pourrait pas être remplacé par "de ces dernières années", ce qui allégerait la tournure un peu trop appuyée, ?
Citer
Tu parles d'un problème de concordance des temps plus loin également… Pour le passage suivant, je t'ai donné raison et l'ai changé, mais est-ce nécessaire ici ? Dans le sens où tout le paragraphe est au présent. Certes, la suite du texte est au passé, mais j'ai volontairement utilisé le présent ici pour sa capacité à plonger le lecteur dans la scène. Je ne pense pas que ce soit un procédé si inhabituel que ça, si ? (Je pose vraiment la question ce n'est pas rhétorique). Enfin si c'est vraiment gênant, je suis prête à changer tout ça ;) 
Du coup après ta modification : ""Il y a de cela une ou deux semaines, nous sommes appelés par un spécialiste qui reçoit en consultation une patiente atteinte d’un cancer avancé.", je trouve que ça passe crème, bravo. Effectivement ton parti pris était valable, mais je crois que j'ai un peu de mal avec le passé composé de plus en plus, mais c'est un truc personnel  ;)
Citer
Elle a été abîmée de partout, Madame P. Elle est maigre, presque filiforme. Elle utilise toute l'énergie que son cancer lui laisse encore pour rester bien droite dans sa chaise roulante - elle ne sait plus marcher à cause d’une métastase à la hanche trop douloureuse. Elle a les joues creuses encadrées par des cheveux bruns secs et cassants, deux grands yeux bleus enfoncés dans leurs orbites, et une partie de son visage finement ridé ne peut plus bouger aussi bien que l’autre à cause d’une atteinte du nerf facial.
Ici, je pense que tu peux en tournant autrement supprimer pas mal de "elle", c'est un procédé et un choix, certes, mais je pense que ça vaut le coup d'alléger à ce niveau. Notamment peut-être se passer du 2é et commencer directement la phrase  par : Maigre, presque filiforme, etc.. " mais ce n'est qu'un exemple de formulation, en enlever déjà un je trouve que ça n'enlèverait rien au procédé et fluidifierait le tout, mais c'est personnel. ;)
Citer
Citer
Mais moi, je le vois au premier regard.  (Ha, ici je me suis demandée ce que la narratrice voyait au premier regard, éclaircir un peu ? )
      Elle a été abîmée de partout, Madame P. Sauf dans son âme.
Done. J'espère que c'est plus clair.
Oui, c'est beaucoup mieux ! Peut-être les trois petits points sont superflus.
Citer
1ère version :surtout sa fille qui vient d’avoir un enfant il y a quelques mois et pour laquelle la situation est très difficile
2è version : surtout sa fille qui vient d’avoir un enfant il y a quelques mois et qui vit très difficilement la situation de sa mère.
En fait, dans mon esprit, oui, il me manquait le lien avec la situation, mais ce n'est qu'un ressenti pas forcément valable, cependant, j'aurai peut-être été plus légère et j'aime bien ce genre de procédé là (2 exemples ) :
"surtout celle de sa fille qui vient d’avoir un enfant"
"surtout sa fille qui vient d’avoir un enfant il y a quelques mois et pour laquelle "cette" situation est très difficile".
Il y a surement d'autres moyens, je me pose pas mal de questions en ce moment sur les échos par rapport aux phrases, condenser, fluidifier, dans ce cas précis, je trouve que ça allège en étant suggestif comme il faut, mais là je rentre vraiment dans le pinaillage et pas sûre du tout que ça te convienne. ;)
Citer
Elle nous regarde sereinement, malgré la douleur, malgré la fatigue qui l’empêche presque de lever les bras, malgré sa paupière gauche qui ne se ferme plus tout à fait. Elle nous dit qu’elle est prête. Qu’elle n’a pas peur de la mort, d’ailleurs elle a déjà fait la plupart des démarches pour une demande d’euthanasie, au cas où... Qu’elle veut juste ne plus avoir mal, c’est tout ce qu’elle demande. Et oui, aussi, qu’on prenne en charge la souffrance de sa famille, surtout sa fille qui vient d’avoir un enfant il y a quelques mois et qui vit très difficilement la situation de sa mère.
Ici aussi, peut-être trop de "elle", mais après c'est une question de dosage, l'équilibre est délicat. et ce n'est qu'un ressenti personnel encore une fois, à voir ce que pensent d'autres lecteurs.
Citer
Je ressortais souvent de ces conversations complètement lessivée. J’allais alors discrètement me réfugier dans le bureau des médecins (quand il était vide), l’esprit en ébullition, un peu tremblante. Je reprenais contenance après avoir donné tout ce que j’avais d’attention pour répondre à leurs questions, d’empathie pour les écouter épancher leur souffrance, d’énergie pour ne pas pleurer avec eux. Pour garder mon petit mur mental debout, celui que j’ai construit au cours de ma formation et qui me protège de vivre la même chose que les gens que j’ai en face de moi.
Oui, je comprends pourquoi tu tiens à ce passage. Peut-être alors, puisque c'est un moment de retour sur soi pour la narratrice, d'un moment où elle se ressource, comment est-il ce bureau ? Je suppose que c'est un lieu qui a son importance, puisqu'il permet de làcher un peu les vannes, peut-être là, une description, y a t-il des choses réconfortantes,(par ex.  des cartes postales des bricoles un peu douces et marrantes, etc... ), où est-ce un endroit fonctionnel avec des papiers partout, des tableaux d'affichages, bref glisser un truc ou deux c'est le moment dans un récit là où il y a une introspection, un arrêt où l'on peut habiter le lieu physique aussi, ça ne veut pas dire que ce soit utile dans ce texte forcément, c'est pour donner une éventualité de piste.

Comme tu vois, peu de choses à dire, des détails. J'ai relu ta deuxième version, elle est pour moi encore plus touchante, par petites touches, on peut modifier un texte, l'affiner pour que l'émotion soit préservée, c'est tout ce qui compte finalement, que l'écriture reste au service de cette émotion en "s’effaçant" au maximum derrière elle.

C'est un texte très émouvant en tout cas. ;)

« Modifié: 28 Juin 2019 à 12:39:07 par Ashka »

Hors ligne Ari

  • Palimpseste Astral
  • Messages: 3 566
Re : Madame P.
« Réponse #5 le: 28 Juin 2019 à 19:11:49 »
Bonjour Ocubrea

Je passe te mettre un petit mot, je te ferai peut-être la version détaillée bientôt, mais j'ai peur, si je me fixe des objectifs trop hauts, de procrastiner.
J'ai beaucoup aimé ton texte. J'ai lu uniquement la première version pour l'instant (hier). Le style m'a paru encore un peu hésitant, alternant entre des moments très factuels et d'autres plus envolés, sans que cette hétérogénéité semble vraiment volontaire, vraiment contrôlée (mais peut-être que je me trompe).
Le fond m'a beaucoup touchée. (Les larmes ont failli venir mais je les ai ravalées). La patiente m'a fait penser à un membre de ma famille. Le dialogue m'a fait penser au souvenir d'un entretien tout aussi lourd et laborieux et empathique et compliqué. Et puis le temps passé, l'attachement, la complexité de trouver un petit rempart contre les émotions, l'esprit en ébullition... ton texte m'a fait revivre plein de choses. C'est étonnant de trouver un écho.
Merci beaucoup pour ce partage.

 :-[
~ Ari ~

Hors ligne Philippe47

  • Calligraphe
  • Messages: 122
Re : Madame P.
« Réponse #6 le: 28 Juin 2019 à 19:50:13 »
Il y a déjà eu beaucoup de commentaires "techniques". Je n'ai rien d'utile à ajouter.
.
Je suis très facilement entré dans le contexte, à la fois parce que l'écriture est précise et juste, et parce que ce sont des contextes que je connais bien.  :)
A chaque fois que quelqu'un fait ressortir de telles tranches de vie, et à fortiori lorsque la forme sert le fond, c'est toujours une petite pierre de plus sur l'autel dédié aux fidèles d'Hippocrate. Et chaque pierre compte, car nombreux sont ceux qui tiennent à faire perdre son âme à l'univers du soin.
 :soutien:
Lorsque les mots perdent leur sens, les gens perdent leur liberté (Confucius).

Hors ligne Ocubrea

  • Modo
  • Calame Supersonique
  • Messages: 1 828
  • Corbeau au bec d'or
    • Pour plus d'informations
Re : Madame P.
« Réponse #7 le: 30 Juin 2019 à 13:31:55 »
Bonjour !

Désolée pour le retour tardif, je suis à l'étranger (en France, en fait ;D). J'ai déjà profité d'un petit moment tranquille pour modifier le texte en tenant compte de vos commentaires, et voici maintenant mes réponses :)

@ Keanu :
Citer
C'est très personnel mais dans un texte, y compris dans des formes autobiographiques, de journal, souvent je n'aime pas beaucoup les renvois explicites à l'écriture ("A l'heure où j'écris ces lignes") et les annonces programmatiques ('Et aujourd'hui, je voulais parler de Madame P."), en fait tout ce qui constitue des retours de l'énonciation sur elle-même. Ici j'aurais préféré lire seulement : "Je suis au terme de mes sept ans d'université et je viens de finir mon tout dernier stage en tant qu'étudiante de médecine".
Je comprends tout à fait, et ce n'est pas la première fois qu'on me fait la remarque, je pense que tu n'es pas le seul à ne pas être fan. Pour être honnête, je me pose moi-même encore des questions par rapport à ce début. Le truc, c'est que dans cette situation-ci, il fait vraiment partie du texte : j'ai mis tout ce récit sur papier quelques heures seulement après avoir croisé la fille de Madame P. dans le couloir (en rentrant chez moi, le soir même). Cette introduction m'est donc venue naturellement sur le coup et j'ai du mal à l'arracher au texte, qui perdrait pour moi cette particularité d'avoir été écrit aussi "à chaud" que possible.

Citer
Spontanément j'aurais repris "l'un des plus difficiles [...] mais aussi l'un des plus formateurs", mais ça n'est pas important.
"que j'aie eus" avec un "s" + "avoir un stage" c'est un peu raide je trouve, je pense que tu peux trouver un meilleur verbe ("suivis", "réalisés", etc.)
Pour l'ajout de "l'un" dans la deuxième partie de la phrase, j'ai peur que ça l'alourdisse (c'est déjà un problème que j'ai tout a long du texte…).
Finalement j'ai carrément coupé toute une partie pour alléger le tout ;)

Citer
"le jour même" (sans tiret)
Corrigé :)

Citer
:s C'est bien décrit.
Merci :-[.

Citer
Si ça t'importe, tu peux coller à la norme typographique en utilisant un tiret cadratin ou demi-cadratin pour les incises.
Personnellement ça ne me gène en général pas, mais merci de m'avoir fait la remarque, j'ai modifié pour ceux qui seraient plus pointilleux sur la ponctuation que moi… ;)

Citer
Inutile, redondant à mon avis, "la situation" ou "sa situation" suffirait je pense.
Ah, Ashka trouvait que ce n'était pas assez clair alors j'avais modifié. Finalement, après réflexion, j'ai opté pour "cette situation".

Citer
"resurgissait", avec un seul premier "s".
J'ai vérifié, les deux orthographes sont permises ;).

Citer
Je trouve la formulation maladroite, confuse en l'état. "Elle n'a pas eu besoin de me répondre pour que je comprenne que quelque chose clochait" ?
Adopté !

Citer
"ballotté", avec deux "t". 
De nouveau, je pense que les deux sont permis :).

Citer
Ce n'est pas important mais pour moi tu pourrais supprimer ce "qui étaient" et laisser simplement "ses désirs" voire "son désir".
Bien vu !

Citer
Ça me semble superflu, et l'expression "nature humaine", à mon avis, n'a pas beaucoup de pertinence ni ici, ni ailleurs.
Tu confirmes une impression que j'avais.

Citer
Ce complément me semble inutile et alourdir la phrase.
Je l'ai modifié, je ne suis pas sûre que ça allège la phrase (au contraire), mais au moins ce n'est plus aussi inutile :D.

Citer
J'aurais bien remplacé "A l'heure où j'écris ces lignes" par un "Pour le moment".
J'aime bien :)

Merci beaucoup pour ton passage et tes commentaires, je suis très contentes que tu aies apprécié dans l'ensemble ! :) Je réfléchis encore pour ce qui est de l'incipit…

@ Ashka :
C'est super gentil de repasser par ici ! :)
Citer
Ici je me demande si le "que j'aie eu", ne pourrait pas être remplacé par "de ces dernières années", ce qui allégerait la tournure un peu trop appuyée, ?
Citer
"surtout sa fille qui vient d’avoir un enfant il y a quelques mois et pour laquelle "cette" situation est très difficile".
C'est marrant, pour ces deux passages-là, j'en suis spontanément arrivée aux mêmes conclusions que toi suite au commentaire de Keanu ;)

Citer
Du coup après ta modification : ""Il y a de cela une ou deux semaines, nous sommes appelés par un spécialiste qui reçoit en consultation une patiente atteinte d’un cancer avancé.", je trouve que ça passe crème, bravo.
Cool ! :D

Citer
Effectivement ton parti pris était valable, mais je crois que j'ai un peu de mal avec le passé composé de plus en plus, mais c'est un truc personnel  ;)
Bon pour le moment je laisse en l'état, je vais voir si ça en gène d'autres…

Citer
Ici, je pense que tu peux en tournant autrement supprimer pas mal de "elle", c'est un procédé et un choix, certes, mais je pense que ça vaut le coup d'alléger à ce niveau. Notamment peut-être se passer du 2é et commencer directement la phrase  par : Maigre, presque filiforme, etc.. " mais ce n'est qu'un exemple de formulation, en enlever déjà un je trouve que ça n'enlèverait rien au procédé et fluidifierait le tout, mais c'est personnel. ;)
Citer
Ici aussi, peut-être trop de "elle", mais après c'est une question de dosage, l'équilibre est délicat. et ce n'est qu'un ressenti personnel encore une fois, à voir ce que pensent d'autres lecteurs.
Pour les deux passages auxquels tu te réfères, j'ai essayé d'en couper un ou l'autre pour avoir un meilleur équilibre, mais j'en ai gardé pas mal…

Citer
Oui, c'est beaucoup mieux ! Peut-être les trois petits points sont superflus.
Pour les trois petits points j'ai beaucoup hésité. Je vais les enlever finalement, je crois.

Citer
Oui, je comprends pourquoi tu tiens à ce passage. Peut-être alors, puisque c'est un moment de retour sur soi pour la narratrice, d'un moment où elle se ressource, comment est-il ce bureau ? Je suppose que c'est un lieu qui a son importance, puisqu'il permet de làcher un peu les vannes, peut-être là, une description, y a t-il des choses réconfortantes,(par ex.  des cartes postales des bricoles un peu douces et marrantes, etc... ), où est-ce un endroit fonctionnel avec des papiers partout, des tableaux d'affichages, bref glisser un truc ou deux c'est le moment dans un récit là où il y a une introspection, un arrêt où l'on peut habiter le lieu physique aussi, ça ne veut pas dire que ce soit utile dans ce texte forcément, c'est pour donner une éventualité de piste.
Oui, je vais méditer un peu là-dessus…

Citer
Comme tu vois, peu de choses à dire, des détails. J'ai relu ta deuxième version, elle est pour moi encore plus touchante, par petites touches, on peut modifier un texte, l'affiner pour que l'émotion soit préservée, c'est tout ce qui compte finalement, que l'écriture reste au service de cette émotion en "s’effaçant" au maximum derrière elle.

C'est un texte très émouvant en tout cas. ;)
Merci encore, tes commentaires et le temps que tu as passé à lire et relire mon texte me touchent beaucoup :-[.

@ Ariane :
Un petit mot c'est déjà immense, merci ;).

Citer
Le style m'a paru encore un peu hésitant, alternant entre des moments très factuels et d'autres plus envolés, sans que cette hétérogénéité semble vraiment volontaire, vraiment contrôlée (mais peut-être que je me trompe).
C'est bien vu ! En fait, j'ai vraiment tout écrit d'une traite, comme ça me venait… Ce n'est pas contrôlé, mais j'ai conscience de cette alternance, je ne cherche pas à la gommer, parce que j'ai l'impression que dans ce genre de moments, je passe par des phases où je me sens comme une gamine (d'où les passages plus hésitants, plus simples voire enfantins) et par des moments où j'ai des réflexions plus profondes sur la vie, la mort etc., et où je réfléchis et agis de manière beaucoup plus mature (d'où les envolées) :).

Citer
Le fond m'a beaucoup touchée. (Les larmes ont failli venir mais je les ai ravalées). La patiente m'a fait penser à un membre de ma famille. Le dialogue m'a fait penser au souvenir d'un entretien tout aussi lourd et laborieux et empathique et compliqué. Et puis le temps passé, l'attachement, la complexité de trouver un petit rempart contre les émotions, l'esprit en ébullition... ton texte m'a fait revivre plein de choses. C'est étonnant de trouver un écho.
Ah bah non mais moi je ne veux faire pleurer personne hein ! ><
Mais d'un autre côté ça fait du bien de savoir que me mots trouvent un écho quelque part… J'espère ne pas avoir réveillé de choses trop douloureuses.

Citer
Merci beaucoup pour ce partage.
Merci à toi !
 :oxo:

@ Philippe47 :
Citer
Je suis très facilement entré dans le contexte, à la fois parce que l'écriture est précise et juste, et parce que ce sont des contextes que je connais bien.  :)
Ah, c'est chouette si on rentre vite dedans ! :) Tu es aussi dans le milieux des soins de santé ?

Citer
A chaque fois que quelqu'un fait ressortir de telles tranches de vie, et à fortiori lorsque la forme sert le fond, c'est toujours une petite pierre de plus sur l'autel dédié aux fidèles d'Hippocrate. Et chaque pierre compte, car nombreux sont ceux qui tiennent à faire perdre son âme à l'univers du soin.
 :soutien:
Tout juste, et plus j'avance plus je me rends compte que c'est un combat de tous les jours…

Merci pour ta lecture et ton commentaire ! A plus ;)
« Modifié: 30 Juin 2019 à 13:58:46 par Ocubrea »
"Il est plus facile de jouer au mikado avec des spaghettis crus qu'avec des spaghettis cuits.” - Philippe Geluck.

Hors ligne Philippe47

  • Calligraphe
  • Messages: 122
Re : Madame P.
« Réponse #8 le: 30 Juin 2019 à 14:38:05 »
Citer
Tu es aussi dans le milieux des soins de santé ?
Aujourd'hui plus vraiment, ou indirectement (ma fille).
Mais j'y ai passé pas mal d'années  :)
Lorsque les mots perdent leur sens, les gens perdent leur liberté (Confucius).

Hors ligne Tigrani

  • Calliopéen
  • Messages: 447
Re : Madame P.
« Réponse #9 le: 01 Juillet 2019 à 15:32:56 »
Un texte très touchant, très sobre et très juste.

Merci.

Hors ligne Ocubrea

  • Modo
  • Calame Supersonique
  • Messages: 1 828
  • Corbeau au bec d'or
    • Pour plus d'informations
Re : Madame P.
« Réponse #10 le: 02 Juillet 2019 à 22:57:17 »
Merci à toi Tigrani pour ton passage :)
Heureuse que ce récit t'ait plu !
"Il est plus facile de jouer au mikado avec des spaghettis crus qu'avec des spaghettis cuits.” - Philippe Geluck.

 


Écrivez-nous :
Ou retrouvez-nous sur les réseaux sociaux :
Les textes postés sur le forum sont publiés sous licence Creative Commons BY-NC-ND. Merci de la respecter :)

SMF 2.0.19 | SMF © 2017, Simple Machines | Terms and Policies
Manuscript © Blocweb

Page générée en 0.015 secondes avec 15 requêtes.