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Le Monde de L'Écriture » Coin écriture » Textes courts (Modérateur: Claudius) » Nuit au musée ou le calme après la tempête

Auteur Sujet: Nuit au musée ou le calme après la tempête  (Lu 1355 fois)

Hors ligne Caduma

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Nuit au musée ou le calme après la tempête
« le: 24 Juin 2019 à 20:32:40 »
Nuit au musée ou le calme après la tempête.


   La soirée battait son plein. Le musée était empli d'étudiants venus de toutes les écoles de la ville. Les amies avec lesquelles j'étais arrivée restaient maintenant introuvables. Je déambulais d'une salle à l'autre à leur recherche, évitant les étudiants arrêtés au milieu des allées. Certains contemplaient les tableaux sans dire mot, d'autres en parlaient simplement. On était là pour passer une bonne soirée. On discutait, on s'amusait, on riait. Le musée n'était plus silence, il était envahi par la vie bruyante et sonore de la jeunesse s'infiltrant au travers de l'ancien et d'époques révolues. Les esprits critiques diraient que leurs comportements étaient irrespectueux et n'avaient pas leurs places dans un musée, mais les accros au mouvement diraient au contraire que le silence “de mort" et "trop sérieux" avait laissé place à la vie joyeuse et pleine d'entrain.

Moi, je sillonnais les allées, seule, les yeux partout, à la recherche des visages familiers de mes amies égarées parmi la foule. A gauche, à droite, des salles partout. J'avançais, croisant les vierges à l'enfant, puis les natures-mortes et autres vanités; je rencontrai Monet devant lequel je m'arrêtai un instant. La cathédrale de Rouen apparaissait presque indistincte sous cette cascade de couleurs. Et je repartais, toujours en quête de mes amies. Traversant une salle, puis deux, je voyais les jeux installés pour l'occasion. J'entendais les joueurs guidés par la parole du maître du jeu. Je déambulai encore. Les salles s’enchaînaient, les tableaux aussi et je ne trouvais plus les escaliers. Le musée se transformait en labyrinthe dont la sortie m'échappait, me fuyait, se déguisait.

Cachée dans un recoin du premier étage, le moyen de mon ascension vers le deuxième s'offrit enfin à moi, et un nouveau labyrinthe apparût. Je me lançai à travers cette nouvelle foule. Mon périple reprenait. Les vagues de couleurs, des allées, des salles se succédaient mais parmi le brouhaha de voix, je distinguai soudain un nuage de notes, une mélodie dont j'ignorais la source. Tout aussi curieuse que captivée, je me laissais guidée jusqu'à une salle dont un attroupement d'autres curieux dissimulaient l'entrée. Impossible de m'y faufiler. En contournant la première entrée, j'en trouvai une seconde, plus accessible, par laquelle je me vis introduite dans la demeure normande du Caravage.

J'aperçu enfin le visage d'une amie. Je m'en approchai me retrouvant au premier rang, témoin d'une scène inédite. Trois grands tableaux me faisaient face, surplombant un piano noir dont découlait un flot de mélodie. Du sol au plafond, il inondait la salle. Le silence du musée n'était plus. La vie s’immisçait, alors qu'un tableau se dessinait. Le pianiste, habité par la mélodie, comblait le vide de l'espace par le mouvement de ses doigts, tandis que les spectateurs immobiles formaient un cercle devant le piano noir.

Alors au cours d'une envolée, les tableaux prirent vie. Trônant derrière le pianiste, les personnages de Michelangelo sortirent de l'oubli. Attiré par la mélodie, le Christ et ses deux bourreaux se tournaient vers la salle, tandis que plus loin les bergers de Rubens se détournaient de leur contemplation de la Vierge. L'antre des couleurs silencieuses étaient secouées par des vagues de mélodies.

Le vivant devenait personnages alors que la peinture se faisait spectatrice.

Devant ce spectacle, je ne savais plus qui de mon imagination ou de cette mélodie était la source de ce tableau vivant. Je voguais toujours parmi les notes. Je ne touchais plus terre et me laissais emporter, mais le pianiste levé me fit déjà reprendre pied. L'air avait pris fin et avec lui les notes envolées.

Un dernier applaudissement puis tous partaient dans un bruit de pas empressés jusqu'au silence complet. Là, le musée se rendormait. Sommeil léger, sommeil profond, sommeil mais sommeil vivant. Les bourreaux revenaient au Christ, les bergers saluaient la Vierge et le pianiste s'en allait.

Seul restait le piano silencieux vers lequel mon amie se tourna, s'avança et s'installa pour redonner vie encore au vide retrouvé. Je m’éclipsais alors vers la sortie pour continuer ma vie entre silence et mélodie.
« Modifié: 29 Juin 2019 à 09:58:41 par Caduma »

Hors ligne Julien-Gracq

  • Aède
  • Messages: 163
Re : Nuit au musée ou le calme après la tempête
« Réponse #1 le: 24 Juin 2019 à 21:48:12 »
Bonsoir,
J'ai apprécié ce texte, que j'ai trouvé notamment très bien rythmé.
J'ai aimé le thème d'un musée plongé dans le bruit estudiantin, qui part l'absence de dialogue et de contact physique avec le personnage perdu comme dans un labyrinthe, est presque semblable à une assemblée de spectre qui vient faire vivre par la musique les illustres figures du musée.
J'y ai vu des sons, des couleurs, une ambiance particulière.
Quant aux répétitions, "sommeil" par exemple, je trouve qu'elles n'ont rien de mauvais, elle ne font pas redondantes et sonnent très bien, aucun souci sur ce point-là.
Bref, bon boulot.  :)

Hors ligne Caduma

  • Plumelette
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Re : Nuit au musée ou le calme après la tempête
« Réponse #2 le: 29 Juin 2019 à 10:08:23 »
Merci beaucoup pour ces deux commentaires.  :)
J'écris souvent sur ce qui me fascine et ce que je vois dans ma vie de tous les jours. En l’occurrence, cette soirée au musée m'a beaucoup marqué et amené à écrire ce texte. Je comprends tout à fait qu'il puisse être en désaccord avec l'idée selon laquelle le tableau donne l'illusion d'une scène et engendre une fascination plutôt dans le silence et l'observation solitaire, idée que je partage également.

Le soupçon/nuage était bien un oubli, autant pour moi, j'hésite souvent entre plusieurs mots pour ces expressions qui sont parfois à nuancer.
Je n'ai pas trouvé d'expression plus fluide pour remplacer '”du sol au plafond” qui pour le coup ne me fait pas penser à une publicité mais c'est vrai que la télévision est absente de mon quotidien ^^
La demeure normande du Caravage renvoie à la salle dans laquelle entre le personnage. Dans le musée, c'est l'endroit où son exposé les tableaux que je cite qui font partie du mouvement désigné comme “le Caravage”.

Merci pour ces commentaires très enrichissant, j'ai essayé de corriger mon texte en fonction de vos remarques qui me sont d'une grande aide.

Une dernière question que je me pose :
Dans “Seul restait le piano silencieux vers lequel mon amie se tourna, s'avança et s'installa pour redonner vie encore au vide retrouvé.”, est-ce mieux de traiter les trois verbes “tourner, s’avancer, s'installer” au passé simple ou à l'imparfait ?

Hors ligne Manu

  • Calame Supersonique
  • Messages: 1 543
Re : Nuit au musée ou le calme après la tempête
« Réponse #3 le: 04 Juillet 2019 à 16:21:20 »
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« Modifié: 12 Juillet 2022 à 15:15:38 par Manu »

Hors ligne Caduma

  • Plumelette
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Re : Nuit au musée ou le calme après la tempête
« Réponse #4 le: 07 Juillet 2019 à 18:24:56 »
Bonjour Manu,

Merci pour cette réponse !

Ces remarques sont très pertinentes en effet, elles me sont très utiles :)

L'<<un peu plus de narratrice>> est en cours d'écriture. Je vais tenter de développer davantage l'effet de la musique sur la narratrice.
 Je ne sais pas si ce plus comblera ce manque durant ta lecture mais je l'espère un peu. J'aime beaucoup la contemplation, c'est très proche de la façon dont j'appréhende le monde autour de moi quand je trouve quelque chose qui attire mon attention dans la vie courante comme la musique d'un piano.

 


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