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Le Monde de L'Écriture » Coin écriture » Textes courts (Modérateur: Claudius) » In girum imus nocte etc. [1700 mots, psychiatrie]

Auteur Sujet: In girum imus nocte etc. [1700 mots, psychiatrie]  (Lu 1910 fois)

Aube

  • Invité
In girum imus nocte etc. [1700 mots, psychiatrie]
« le: 23 Mai 2019 à 22:15:38 »

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V2 suite aux coms de Ben.G, Ariane, Marcel Dorcel & O.de.Javel

Le goudron du parking de la clinique était étrange d’aspect. Peut-être avait-il éclaté sous le soleil à un moment critique du processus de séchage. Peut-être que les benzodiazépines qui saturaient le sang de Maxence altéraient sa perception des détails. Quoiqu’il en soit, les étranges ridules et les torsades qui déformaient le macadam sous le soleil fascinaient le jeune homme depuis son arrivée.  Sylvie, l’aide-soignante tout sourire qui l’avait accueillie, dût attendre qu’il s’arrache à ce spectacle surréaliste – style Dali – avant de pouvoir le guider jusqu’à sa chambre.

Après l’inventaire et le premier entretien, Maxence dormit pendant toute la journée. Cela faillit causer quelques problèmes avec sa mère, inquiète que l’on abrutisse son fils de psychotropes. Elle vint demander des comptes au bureau d’infirmerie vers la fin d’après-midi. On lui assura qu’aucun traitement n’avait encore été mis en place.
« C’est seulement un garçon qui a besoin de repos, » l’avait-on rassurée.

Ceux qui l’ont connu souriront en lisant cette phrase ; Maxence était de ceux qui assimilaient le repos à une période de latence incompressible et ennuyeuse entre deux dépassements de soi.
 
En effet, après avoir rendu ses rasoirs aux infirmiers « juste au cas où », après avoir négocié âprement le contenu exact de son ordonnance journalière, après s’être familiarisé au tempo solide et régulier du quotidien hospitalier... il se mit à écrire. Écrire. Avec fièvre. Chaque jour. Dos à la porte, assis au petit bureau, pianotant sur son minuscule ordinateur, le casque rivé au crâne. Toujours l’après-midi, de treize à dix-sept heures, seule parenthèse de répit entre les pilules et les angoisses débilitantes. On apprit vite à le laisser en paix.
Après le dîner, il était le premier à venir chercher son traitement à l’infirmerie – même si cela le condamnait à se coucher avant tout le monde. Apparemment, les premières heures du soir étaient pour lui les plus difficiles : sur son visage, la tension incroyable de ses luttes internes devenait visible. Une fois les cachets bleus de cyamémazine avalés, il allait au lit et écoutait de la musique, se roulant en boule lorsque le shrapnel glacial de l’angoisse lui vrillait les tripes. En attendant que le sédatif lui émousse la conscience, couché sur le côté, il regardait par la fenêtre le ballet perpétuel des lucioles.

Elles tournoyaient en spirales frénétiques autour du spot lumineux qui éclairait le parc.
Un gros projecteur à la lumière orange.
Qui surplombait la terrasse de sa chambre.
Sa chambre au rez-de-chaussée.
Il ne se souvenait plus que les lucioles étaient si petites et frénétiques. Il ne se souvenait pas non plus que leur lueur avait l’allure des flammes. Celles de sa mémoire d’enfance étaient rondes, sereines.
Luisaient de lune plutôt que de feu.
Chaque soir, avant de s’endormir, il tentait de comprendre le sens de leur danse bizarre, si peu naturelle.
Il ne se retournait que pour sourire à la veilleuse de nuit lorsqu’elle ouvrait la porte et tranchait, dans les ombres douces de la chambre, une raie de lumière crue.

La présence d’un écrivain en herbe dans le service plaisait beaucoup aux camarades de couloir du jeune patient. Les liens qu’ils nouèrent avec lui eurent ce naturel particulier qu’on ne trouve qu’en ces lieux coupés du monde : au fond du gouffre, au pied du mur, plus personne n’est occupé à juger personne. Ils formèrent une famille d’adoption, dans laquelle on lui fit endosser le rôle du petit prodige troublé. D’un ordinaire calme et serein, il avait plusieurs fois suscité un étonnement inquiet en faisant irruption dans la salle commune avec partout en lui une grande agitation. Il répondait alors avec une agressivité contenue aux questions qu’on lui posait, s’épuisait à enchaîner des pompes en plein milieu du couloir ou se murait encore dans un silence obstiné, assis sur une chaise, tandis qu’il se tordait les mains avec une grande violence.
Sa psychiatre seule savait avec précision les raisons de sa présence dans la chambre 62. Les infirmiers, eux, n’avaient que quelques mots écrits sur un dossier ; « état suicidaire » et « trouble schizo-affectif » ; pour décrypter les réactions du jeune homme. Des mots vides de toute réalité. Les autres patients n’avaient deviné qu’une toile-puzzle illisible où s’entremêlaient trop de couleurs.
L’aquarelle migraineuse des drogues.
L’huile opaque des peines de cœur dont on ne se relève pas.
Les blancs grattés au couteau laissés par les traumas.
Chacun avait essayé de l’aider à sa manière pendant les crises. Romain lui avait proposé d’arracher les mauvaises herbes du potager ; il accepta poliment et accomplit sa tâche, le crâne plein de ses pensées silencieuses. Michel lui avait refilé en douce des dizaines de cigarettes ; Maxence avait souri, remercié, puis les avait presque toutes jetées. Les crises prenaient de l’ampleur et, finalement, Marie l’accueillit à l’infirmerie pour l’aider à attendre la fin de son transport. Alors qu’il regardait de tous côtés avec de brusques mouvements de nuque, sur le qui-vive tandis que rien, pourtant, ne troublait le silence du couloir, elle lui parla d’une voix douce en lorgnant sur son dossier :

« La personne qui vous visite souvent… C’est votre petite-amie ? »
Après un effort de concentration qui lui plissa le front, il acquiesça d’un « oui » assez chaleureux.
« Vous vivez avec elle ? »
Il sourit et répondit par l’affirmative.
« Et ça se passe bien ? »
Nouveau sourire. « Oui ». Cependant, à chaque pause dans l’interrogatoire bienveillant, il s’agitait de nouveau.
Alors Marie a hésité, puis a demandé :
« Et… Je crois avoir compris qu’il y avait une autre copine ? »
...
Maxence a braqué sur elle deux yeux assassins, tout son corps soudain tendu, traversé d’une foudre invisible. Il hocha la tête deux fois, avec lenteur, lèvres et poings serrés, en la poignardant du regard. Et Marie s’était tue.

Il se mit d’accord avec sa psychiatre pour ajuster son traitement. Effet radical sur les crises. Il en fut quitte pour un rythme de vie beaucoup plus alangui et distordu, entrecoupé de siestes. Le peu d’énergie qu’il lui resta fut entièrement consacré à ses travaux de lettres, qui ralentirent.
Maxence connaissait suffisamment l’univers blanc et vicieux de la santé mentale pour ne faire confiance qu’à des médecins d’une transparence exemplaire. Il savait en cela qu’il était privilégié par rapport aux autres malades, à la merci des rébus opaques des médecins ou au contraire, aveugles aux ellipses et aux incohérences diagnostiques.
Aussi, lors d’un rendez-vous ultérieur, le jeune homme demanda de but en blanc à la docteur si l’observation quotidienne permise par son hospitalisation venait confirmer sa schizophrénie.

« Vos réactions au traitement et les observations que j’ai pu réaliser sont en effet en faveur d’une psychose assortie de troubles thymiques. »

Il avait hoché la tête, mais une fulgurance lucide avait traversé ses yeux clairs. Avec une certaine tranquillité, si l’on prenait en compte le caractère dégénératif, chronique et cauchemardesque du trouble qu’on venait de lui « confirmer », il rétorqua :

« Les symptômes d’humeur sont indéniables mais… à quoi faites-vous référence pour la psychose ? Je n’ai ni hallucinations, ni délires. »

La réponse lui tira un sourire plus franc, quoique mangé de barbe :

« Vous avez plutôt tendance à extrapoler des narrations entières à partir de détails anodins… Pour moi ce sont les prémices de symptômes délirants qui sont amoindris par les médicaments. »

Maxence fit mine de comprendre. Afficha une acceptation contrite. Néanmoins, les épaules du jeune homme s’étaient redressées, toute trace d’angoisse avait disparu de sa figure.
Il salua poliment sa psychiatre tout en réprimant un rire féroce.

Cette femme avait une vision bien étrange de la profession d’écrivain.

***

Maxence aimait profondément ses compagnons d’infortune. Une bonne moitié était toxicomane, l’autre était anxieuse à se tuer. Les plus intimes d’entre eux lui demandaient des nouvelles « du roman » chaque fois qu’ils le croisaient. Il souriait alors et, inhabituellement gêné, se faisait évasif… aggravant sans le vouloir cette aura de mystère romantique qu’on lui prêtait. Tous brûlaient de l’entendre parler de ce que ça faisait, d’écrire. Eux étaient bloqués dans les ateliers d’art-thérapie soporifiques, où on les exhortait à exprimer leur mal-être sur une toile gouachée ou dans une glaise pâlotte… Maxence, lui, n’en avait pas besoin, lui, il écrivait pour guérir, pour de vrai, la preuve : jamais les infirmiers ne venaient le chercher pour qu’il s’inscrive aux ateliers ! Lui n’avait pas à subir la frustration des empâtements de couleurs puérils et des sculptures fragiles et informes censées figurer la douleur d’une vie entière. Une douleur si vive, si noire qu’elle en devenait indicible, réduite et insultée, contrainte de s’incarner dans des travaux, rendus si brouillons par les tremblements causés par les traitements, que l’on n’aurait su dire s’ils étaient ou non l’œuvre d’enfants. Oui, en cela, Maxence était une sorte de braise pour eux tous. Une braise qui ravivait leur rage à exister, à s’en sortir, à être meilleurs que ce à quoi on les assignait. Tout en lui le disait : il était là où il voulait être et il s’en irait quand il aurait repris des forces.

La veille de son vingt-neuvième jour, en proie à un doute affreux, il plaça une chaise de jardin sous le projecteur.

Le lendemain, un millier de phalènes calcinées gisaient sur le plastique blanc.
Il n’y avait jamais eu de ballet féerique, jamais eu de lucioles qui dansaient.

Chaque nuit, les phalènes venaient se brûler les ailes et s’embrasaient dans le noir, tournoyaient dans les affres du bûcher collectif, plongeaient en une spirale sans espoir pour échapper à la morsure agonique des flammes, puis s’éteignaient en mourant.
Chaque nuit.
Un millier.
Chaque nuit.
Un millier.
Devant ses yeux.
Le trentième jour après son admission, Maxence est parti. Certains en ont pleuré, lui faisant promettre de leur envoyer « son livre » quand il paraîtrait en librairie.

Il avait souri en tentant de changer sa pitié en tendresse.




***
V1

Lorsque Sylvie, l’aide-soignante toute sourire, avait accueilli Maxence à la clinique, il était déjà sous benzodiazépine. Les anxiolytiques avaient levé la plupart de ses inhibitions. Alors qu’elle le guidait à travers le parc de l’établissement, il ne se privait pas de se laisser aller à ses fantaisies. Tantôt il marchait d’un pas trop lent en observant les étrange ridules que le soleil avaient laissées sur le goudron – donnant à celui-ci un cachet surréaliste assez hypnotique qui rappelait certaines œuvres de Dali – tantôt il se moquait des fautes typographiques qui émaillaient les panneaux indicateurs des différents services.

Après l’inventaire et le premier entretien, il dormit pendant toute la journée. Cela faillit causer quelques problèmes avec sa mère, visiblement inquiète que l’on abrutisse son fils de psychotropes. Elle vint demander des comptes au bureau d’infirmerie vers la fin d’après-midi. On lui assura qu’à l’exception des cachets que Maxence prenait depuis la période précédant son admission, aucun traitement n’avait encore été mis en place.
« C’est seulement un garçon qui a besoin de repos. » l’avait-on rassurée.

Ceux qui l’ont connu souriront volontiers en lisant cette phrase ; le jeune homme était de ceux qui assimilaient le repos à une période de latence incompressible et ennuyeuse entre deux dépassements de soi.
En effet, après s’être familiarisé au tempo solide et régulier du quotidien hospitalier, après avoir négocié âprement le contenu exact de son ordonnance journalière et avoir rendu ses rasoirs aux infirmiers « au cas où », il se mit à écrire. Écrire. Avec fièvre. Dos à la porte, assis au petit bureau, pianotant sur son minuscule ordinateur, le casque rivé au crâne, chaque après-midi. On apprit vite à le laisser en paix. De treize à dix-sept heures, tous les jour, seule parenthèse de répit entre les pilules et les angoisses débilitantes.
Le soir, il était parmi le premier à venir chercher son traitement à l’infirmerie – même si cela le condamnait à se coucher plus tôt que les autres. Apparemment, les heures qui suivaient le couchant étaient pour lui les plus difficiles : alors, sur son visage, la tension incroyable de ses luttes internes devenait visible. Une fois les cachets bleus de cyamémazine avalés, il allait au lit et écoutait de la musique, se roulant en boule lorsque le shrapnel glacial de l’angoisse lui vrillait les tripes. En attendant que l’effet somnifère l’emporte, couché sur le côté, il regardait par la fenêtre le ballet perpétuel des lucioles.

Elles tournoyaient en spirales frénétiques autour du spot lumineux qui éclairait le parc.
Un gros projecteur à la lumière orange.
Qui surplombait la terrasse de sa chambre.
Sa chambre qui était au rez-de-chaussée.
Il ne se souvenait plus que les lucioles étaient si petites et frénétiques. Il ne se souvenait pas non plus que leur lueur avait l’allure des flammes. Celles de sa mémoire d’enfance étaient rondes, sereines.
Luisaient de lune plutôt que de feu.
Chaque nuit, avant de s’endormir, il tentait de comprendre le sens de leur danse bizarre, si peu naturelle.
Il ne se retournait que pour sourire à la veilleuse qui ouvrait sa porte, tranchait d’une raie de lumière les ténèbres douces dans lesquelles baignait la chambre, pour s’assurer qu’il était bien dans son lit.

La présence d’un écrivain en herbe dans le service plaisait beaucoup aux camarades de couloir du jeune patient. La sympathie qu’il parvint à nouer avec eux eu d’ailleurs ce naturel particulier que l’on ne trouve qu’en ces lieux coupés du monde : au fond du gouffre, au pied du mur, plus personne n’est occupé à juger personne. Ils formèrent une sorte de famille d’adoption, dans laquelle on lui fit endosser le rôle du petit prodige duquel il fallait se soucier. D’un ordinaire calme et serein, il avait plusieurs fois suscité un étonnement inquiet, chez les infirmiers comme chez les patients, en faisant irruption dans la salle commune avec partout en lui une grande agitation. Il se comportait alors étrangement, répondait avec une agressivité contenue aux questions qu’on lui posait, s’épuisait à enchaîner des pompes en plein milieu du couloir ou se murait encore dans un silence obstiné, assis sur une chaise, tandis qu’il se tordait les mains avec une grande violence.
Sa psychiatre seule savait avec précision les raisons de sa présence dans la chambre 62 de la clinique. Les infirmiers n’avaient que quelques mots écrits sur un dossier ; « état suicidaire » et « trouble schizo-affectif » ; pour décrypter ce que le jeune homme traversait. Des mots vides de toute réalité. Les autres patients n’avaient deviné qu’une toile-puzzle illisible où s’entremêlaient trop de couleurs.
L’aquarelle migraineuse des drogues.
L’huile opaque des peines de cœur dont on ne se relève pas.
Les blancs grattés au couteau laissés par les traumas.
Chacun avait essayé de l’aider à sa manière pendant les crises. Romain lui avait proposé d’arracher les mauvaises herbes du potager entretenu par les membres du service – il accepta poliment et accomplit sa tâche plongé dans ses pensées. Michel lui avait refilé en douce un paquet de tabac et des feuilles de cigarette à profusion – Maxence avait souri et les avait presque toutes jetées. Les crises prenaient de l’ampleur et, finalement, Marie l’accueillit à l’infirmerie pour l’aider à attendre la fin de son transport. Alors qu’il regardait de tous côtés avec de brusques mouvements de nuque, sur le qui-vive tandis que rien, pourtant, ne troublait le silence du couloir, elle lui parla d’une voix douce en lorgnant sur son dossier :

« La personne qui vous visite souvent… C’est votre petite-amie ? »
Après un effort de concentration qui lui plissa le front, il acquiesça d’un « oui » assez chaleureux.
« Vous vivez avec elle ? »
Il sourit et répondit par l’affirmative.
« Et ça se passe bien ? »
Nouveau sourire. « Oui ». Cependant, à chaque pause dans l’interrogatoire bienveillant, il s’agitait de nouveau.
Alors Marie a hésité, puis a demandé :
« Et… Je crois avoir compris qu’il y avait une autre copine ? »
...
Maxence a braqué sur elle deux yeux assassins, tout son corps soudain tendu, traversé d’une foudre invisible. Il hocha la tête deux fois, avec lenteur, lèvres et poings serrés, en la poignardant du regard, et Marie s’était tue.
Le dossier indiquait en effet que Maxence était en relation avec sa compagne actuelle depuis six ans. Il était aussi inscrit que son état suicidaire avait été déclenché par une rupture amoureuse datant de trois semaines. Marie s’en voulut d’avoir cédé à sa curiosité.

Il se mit d’accord avec sa psychiatre pour ajuster son traitement. Effet radical sur les crises. Il en fut quitte pour un rythme de vie beaucoup plus alangui et distordu, entrecoupé de siestes. Le peu d’énergie qu’il lui resta fut entièrement consacré à ses travaux de lettres, qui ralentirent. Maxence connaissait suffisamment l’univers blanc et vicieux de la santé mentale pour ne faire confiance qu’à des médecins d’une transparence exemplaire. Il savait en cela qu’il était privilégié par rapport aux autres malades, à la merci des rébus opaques des médecins ou au contraire, aveugles aux ellipses et aux incohérences diagnostiques.
Aussi, lors d’un rendez-vous ultérieur, le jeune homme demanda de but en blanc à la docteur si l’observation quotidienne permise par son hospitalisation était venue confirmé sa schizophrénie.

« Vos réactions au traitement et les observations que j’ai pu réalisées sont en effet en faveur d’une psychose assortie de troubles thymiques. »
Il avait hoché la tête, mais une fulgurance lucide avait traversé ses yeux clairs. Avec une certaine tranquillité, si l’on prenait en compte le caractère dégénératif, chronique et cauchemardesque du trouble qu’on venait de lui « confirmer », il rétorqua :

« Les symptômes d’humeur sont indéniables mais… à quoi faites vous référence pour la psychose ? Je n’ai ni hallucinations, ni délires. »

La réponse lui tira un sourire plus franc, quoi que mangé de barbe :

« Vous avez plutôt tendance à extrapoler des narrations entières à partir de détails anodins… Pour moi ce sont les prémices de symptômes délirants qui sont amoindris par les médicaments. »

Maxence fit mine de comprendre. Afficha une acceptation contrite. Néanmoins, les épaules du jeune homme s’étaient redressées, toute trace d’angoisse avait disparue de sa figure.
Il salua poliment sa psychiatre tout en réprimant un rire féroce.

Cette femme avait une vision bien étrange de la profession d’écrivain.
***
Maxence aimait profondément ses compagnons d’infortunes. Une bonne moitié était toxicomane, l’autre était anxieuse à se tuer. Les plus intimes d’entre-eux lui demandaient des nouvelles « du roman » chaque fois qu’ils le croisaient. Il souriait alors et, inhabituellement gêné, se faisait évasif… aggravant sans le vouloir cette aura de mystère romantique qu’on lui prêtait. Tous brûlaient de l’entendre parler de ce que ça faisait, d’écrire. Eux étaient bloqués dans les ateliers d’art-thérapie soporifiques, où on les exhortait à exprimer leur mal-être sur une toile gouachée ou dans une glaise pâlotte… Maxence, lui, n’en avait pas besoin, lui, il écrivait pour guérir, pour de vrai, la preuve : jamais les infirmiers ne venaient le chercher pour qu’il s’inscrive aux ateliers ! Lui n’avait pas à subir la frustration des empâtements de couleurs puérils et des sculptures fragiles et informes censées figurer la douleur d’une vie entière. Une douleur si vive, si noire qu’elle en devenait indicible, réduite et insultée, contrainte de s’incarner dans des travaux, rendus si brouillons par les tremblements provoqués par les traitements, que l’on n'aurait su dire s’ils étaient ou non l’œuvre d’enfants ! Oui, en cela, Maxence était une sorte de fanal pour eux tous. Un fanal qui ravivait leur rage à exister, à s’en sortir, à être meilleurs que ce à quoi on les assignait. Tout en lui le disait : il était là où il voulait être et il s’en irait quand il aurait repris des forces.

La veille de son vingt-neuvième jour, en proie à un doute affreux, il avait placé une chaise de jardin sous le projecteur.

Le lendemain, un millier de phalènes calcinées gisaient sur le plastique blanc.
Il n’y avait jamais eu de ballet féerique, jamais eu de lucioles qui dansaient.

Chaque nuit, les phalènes venaient se brûler les ailes et s’embrasaient dans le noir, tournoyaient dans les affres du bûcher collectif, plongeaient en une spirale sans espoir pour échapper à la morsure agonique des flammes, puis s’éteignaient en mourant.
Chaque nuit.
Un millier.
Chaque nuit.
Un millier.
Devant ses yeux.
Le trentième jour après son admission, Maxence est parti. Certains en ont pleuré, lui faisant promettre de leur envoyer « son livre » quand il paraîtrait en librairie.
Il avait souri en tentant de changer sa pitié en tendresse. Sûr que des mots à écrire, il en avait.
« Modifié: 03 Juin 2019 à 01:17:47 par Aube »

Hors ligne Aléa

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Re : In girum imus nocte etc. [1700 mots, psychiatrie]
« Réponse #1 le: 23 Mai 2019 à 23:00:12 »
yo

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il ne se privait pas de se laisser aller à ses fantaisies
un poil lourd ? y'a moyen de trouver une accroche plus simple je pense


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donnant à celui-ci un cachet surréaliste assez hypnotique qui rappelait certaines œuvres de Dali
virgule pour la respiration, après surréaliste, voir en plus après hypnotique

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typographiques qui émaillaient les panneaux indicateurs des différents services.
pareil, manque de respiration, typographique est vraiment utile ? (on comprend faute), émaillaient aussi même si c'est chouette

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« C’est seulement un garçon qui a besoin de repos. » l’avait-on rassurée.
bon ça c'est juste moi qui aime pas les didascalies dans les textes haha, pour moi quand le texte est assez clair, y'a zéro besoin de préciser, mais c'est rien de fautif et c'est un genre aussi



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le jeune homme était de ceux qui assimilaient le repos à une période de latence incompressible et ennuyeuse entre deux dépassements de soi.
tu vois je te parlais de tirets haha, typiquement j'aurais tenté un tirets sur le - et ennuyeuse - pour le mettre en apparté comique et donner du relief dans les phrases un peu longues, mais, lis Les Souterrains de Kerouac (ouioui)


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après s’être familiarisé au tempo solide et régulier du quotidien hospitalier
hm, je verrai ptet ce "familiarisé' après le reste que tu décris, parce que familiariser indique une habitude et c'est bizarre de le voir direct là (enfin, je sais pas, ça dépend si tu entends familiariser comme hm, prendre ses marques, faire un tour, repérer quoi, mais c'est ptet uste moi qui voit trop d'habitude dans familiariser)

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Écrire. Avec fièvre. Dos à la porte, assis au petit bureau, pianotant sur son minuscule ordinateur, le casque rivé aux au crâne, chaque après-midi. On apprit vite à le laisser en paix. De treize à dix-sept heures, tous les jour, seule parenthèse de répit entre les pilules et les angoisses débilitantes.
ah c'est ouf comme d'un coup y'a du rythme, on sort des longues phrases qui ont toutes des débuts et connecteurs logiques, pour dynamiter tout ça, et ça colle avec l'acte d'écrire, bien vu


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difficiles : alors,
t'as un deux points ici, la traduction de ce signe vaut un alors, du coup le alors est redondant (c'est ça qu'est beau et pratique dans les signes de ponctuations, ça permet d'éluder pas mal de connecteurs logiques qui alourdissent parfois le texte, après ça se parcimonise)


Citer
En attendant que l’effet somnifère l’emporte, couché sur le côté, il regardait par la fenêtre le ballet perpétuel des lucioles.
joli


Citer
Qui surplombait la terrasse de sa chambre.
Sa chambre qui était au rez-de-chaussée.
je trouve les deux qui pas très bien venus (surplonbant ça passerait ? j'ai l'impression que t'es pas trop participe présent du coup vu que t'es tout au passé)


Citer
La présence d’un écrivain en herbe dans le service plaisait beaucoup aux camarades de couloir du jeune patient. La sympathie qu’il parvint à nouer avec eux eu d’ailleurs ce naturel particulier que l’on ne trouve qu’en ces lieux coupés du monde : au fond du gouffre, au pied du mur, plus personne n’est occupé à juger personne.
j'aime bien ! mais tes phrases frisent quand même la limite de la longueur


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avec partout en lui une grande agitation
partout en lui je trouve ça bizarre comme formulation haha, avec une grand agitation juste non ?



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L’aquarelle migraineuse des drogues.
L’huile opaque des peines de cœur dont on ne se relève pas.
Les blancs grattés au couteau laissés par les traumas.
J'aime beaucoup



Citer
Chacun avait essayé de l’aider à sa manière pendant les crises.
ses crises ?


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Romain lui avait proposé d’arracher les mauvaises herbes du potager entretenu par les membres du service – il accepta poliment et accomplit sa tâche plongé dans ses pensées.
remarque globale, je pense qu'il faudrait que tu poses plus tes phrases par moment, en fait tu sort des phrases où tout se connectes bien ensemble, du coup dur d'y placer des virgules, mais ça sort un peu trop d'un bloc expositionnel, genre tout est rattaché l'un à l'autre, pourtant il faudrait que cette info sur les membres du service soit un peu décalée, pour laisser repisrer aussi les infos, ça fait beaucoup d'info dans une seule préposition. Et le tiret est cool, tu pourrais même point virguler ici haha (en gros la différence c'est que le tiret tu mets une nuance, le point virgule une rupture mais avec une idée liée, ici t'as carrément une rupture puisque t'as la conclusion de la première phrase, mais avec une réserve de la part du perso)




J'avais oublié qu'il s'appelaot Maxence à ce stade ! Tu l'as dit qu'une fois au début, ptet le rappeler un coup à la place d'un il



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la fin de son transport.
c'est un terme utilisé ? je connaissais pas ^^


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tous côtés avec de brusques mouvements de nuque,
je fais chier encore hein, mais avec de brusques mouvements, je trouve ça très descriptif au final, si tu disais un truc du genre hm, tournant la tête à s'en faire mal à la nuque, ou sur le qui vive, enfin, un truc qui fasse plus ressentir une urgence ou une forme d'inquiétude (qui n'a pas lieu d'être), mais ouaip, faire ressentir le truc dans le mouvement plutôt que juste dire qu'il y a un mouvement
(et le reste de la phrase est exemplaire et super bien géré par exemple, t'auras compris que je tatillonne à donf du coup)



Citer
Maxence a braqué sur elle deux yeux assassins, tout son corps soudain tendu, traversé d’une foudre invisible. Il hocha la tête deux fois, avec lenteur, lèvres et poings serrés, en la poignardant du regard, et Marie s’était tue.
Ca marche super bien.
(je mettrai ptet juste le Et Marie derrière un point, histoire de marquer à fond la rupture) mais ouaip tout ce passage fonctionne à fond parce que y'a et l'intention et le ressenti derrière chaque geste sans pourtant rien dévoiler, juste suggérer par la lenteur ou la rapidité, c'cool


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des médecins ou au contraire
répétition encore



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Cette femme avait une vision bien étrange de la profession d’écrivain.
haha, ok, bien vu !

Citer
d’infortunes
au singulier non ?


Citer
Lui n’avait pas à subir la frustration des empâtements de couleurs puérils et des sculptures fragiles et informes censées figurer la douleur d’une vie entière.
c'est marrant cette phrase est ptet aussi longue que d'autres que j'ai relevé, et pourtant je la trouve parfaite comme ça, je sais pas à quoi ça se tient des fois



La fin avec les lucioles est magnifique. C'est parfait comme conclusion.







Yes, bah du coup globalement, j'ai trouvé peut-être le début un peu inégal avec le reste, un peu trop long/exposition avec des phrases trop cadrées, mais c'est sans doute un peu voulu qu'il y ait cet effet pour que ca rompe ensuite une fois qu'il est vraiment là-bas, je me suis laissé vachement plus emporter à partir de la moitié disons
Et sinon, juste mes remarques sur les phrases parfois un peu longues, parfois tu veux trop préciser les choses en donnant toutes les infos ou mots longs, mais je pense que c'est pas toujours nécessaire de donner toutes ces infos, si ça apporte pas tellement au fond (dans le sens, diversité du décor) et que c'est des infos osef, c'est pas forcément la peine d'allonger avec la précision quoi



Voil voilà, avec encore un ptit coup de poncage et retravail sur certains passages, y'a moyen d'avoir un truc vraiment chouette, parce que la veine de la fin, l'expressivité de certaines scènes (avec Marie par exemple) tient vraiment une puissance dans l'expression et l'image
Le style c'est comme le dribble. Quand je regarde Léo Messi, j'apprends à écrire.
- Alain Damasio

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Re : In girum imus nocte etc. [1700 mots, psychiatrie]
« Réponse #2 le: 24 Mai 2019 à 07:13:49 »
Au fil de la lecture :

Citer
Lorsque Sylvie, l’aide-soignante toute sourire
tout
Citer
il était déjà sous benzodiazépine.
J'aurais mis au pluriel mais je ne saurais pas dire pourquoi.
Citer
il ne se privait pas de se laisser aller à ses fantaisies
Je trouve la formule un peu lourde, un peu redondante. (Mais je n'ai pas de suggestion là tout de suite :/ ).
Citer
en observant les étrange ridules que le soleil avaient laissées sur le goudron
étranges ; avait
Citer
donnant à celui-ci un cachet surréaliste assez hypnotique qui rappelait certaines œuvres de Dali
J'aime bien :) par contre je trouve que surréaliste et hypnotique donne aussi une impression un peu redondante à la lecture, alors que je suis d'accord c'est pas la même chose mais je préférerais soit l'un soit l'autre.
Edit : La solution des deux virgules, proposée par Ben.G, me semble très bien :) en plus je trouve que ça sonne en rythme avec ses enjambées.
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tantôt il se moquait des fautes typographiques qui émaillaient les panneaux indicateurs des différents services.
Haha oui c'est con ça ^^ .
Edit : D'accord avec Ben.G que le "typographiques" pourrait être enlevé, mais il me gêne pas réellement non plus.
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Elle vint demander des comptes au bureau d’infirmerie vers la fin d’après-midi.
Ca fait bizarre "bureau d'infirmerie" => bureau de l'infirmerie ? bureau infirmier ?
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à l’exception des cachets que Maxence prenait depuis la période précédant son admission
La formule pourrait être fluidifiée : "prenait déjà avant avant son admission" ?
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« C’est seulement un garçon qui a besoin de repos. » l’avait-on rassurée.
Pour la ponctuation du dialogue, ici tu dois mettre une virgule au lieu du point après repos :
« C’est seulement un garçon qui a besoin de repos, » l’avait-on rassurée.
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Ceux qui l’ont connu souriront volontiers en lisant cette phrase ; le jeune homme était de ceux qui assimilaient le repos à une période de latence incompressible et ennuyeuse entre deux dépassements de soi.
Je ne connais pas de Maxence, mais j'ai souri quand même ;) .
(Et j'adore cette phrase).
Edit :
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tu vois je te parlais de tirets haha, typiquement j'aurais tenté un tirets sur le - et ennuyeuse - pour le mettre en apparté comique et donner du relief dans les phrases un peu longues, mais, lis Les Souterrains de Kerouac (ouioui)
Toi aussi tu milites auprès de Aube pour les tirets ?  :D
(Mais ici je préfère sa formulation telle quelle).
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En effet, après s’être familiarisé au tempo solide et régulier du quotidien hospitalier, après avoir négocié âprement le contenu exact de son ordonnance journalière et avoir rendu ses rasoirs aux infirmiers « au cas où », il se mit à écrire.
J'enlèverais le "en effet". Il sous-entend que l'explication va être contenue dans la phrase qui arrive, or c'est plutôt une conséquence. Le formule la plus correcte pour moi serait "De fait" mais tu peux aussi ne rien mettre et commencer directement par "Après s'être familiarisé"...
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De treize à dix-sept heures, tous les jour
jours
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le casque rivé au crâne,
Ca aurait peut-être valu le coup de mettre un petit mot sur la musique, là on devine qu'il écoute qqch mais je sais pas, ça me semble froid comme seule indication.
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De treize à dix-sept heures, tous les jour, seule parenthèse de répit entre les pilules et les angoisses débilitantes.
Je suis pas 100% convaincue par la phrase nominale à cet endroit-là, mais je pense que ça passe, mais je le mets juste pour être 100% exhaustive dans mon relevé.
Édit : en fait pour moi il faudrait intervertir avec la phrase précédente, on serait dans la continuité de la description de l'action d'écrire et la phrase nominale passerait impeccablement.
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Le soir, il était parmi le premier à venir chercher son traitement à l’infirmerie
Soit il est "le premier" soit il est "parmi les premiers" ;) .
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Apparemment, les heures qui suivaient le couchant étaient pour lui les plus difficiles : alors, sur son visage, la tension incroyable de ses luttes internes devenait visible.
J'enlèverais le "alors" :
Comme tu dis "apparemment", c'est qu'on se place d'un point de vue d'observateur, du coup la description du visage n'est pas une conséquence mais plutôt ce qui permet d'affirmer ça. Si tu n'avais pas mis "apparemment", on aurait d'abord décrit le mécanisme interne puis ce qui se voit donc ton "alors" était correct.
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En attendant que l’effet somnifère l’emporte
Pas fan de "l'effet somnifère", j'aurais écrit soit "le somnifère" soit "l'effet hypnotique" ou "l'effet sédatif".
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Il ne se souvenait plus que les lucioles étaient si petites et frénétiques. Il ne se souvenait pas non plus que leur lueur avait l’allure des flammes. Celles de sa mémoire d’enfance étaient rondes, sereines.
Luisaient de lune plutôt que de feu.
J'adore tout ce passage. Surtout l'avant-dernière phrase (et aussi la dernière).
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Chaque nuit, avant de s’endormir, il tentait de comprendre le sens de leur danse bizarre, si peu naturelle.
J'aurais bien imaginé "cette danse bizarre" (bizarre fait vraiment distant / critique / un peu oral, et le "ce" est utilisé pour mettre de la distance ; sinon j'aurais mis "leur danse étrange" ; mais là je rationalise alors que c'est juste une impression très floue  :-[ ).
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Il ne se retournait que pour sourire à la veilleuse qui ouvrait sa porte, tranchait d’une raie de lumière les ténèbres douces dans lesquelles baignait la chambre, pour s’assurer qu’il était bien dans son lit.
Je ne sais pas si c'est volontaire mais "la veilleuse" m'a perturbée, j'ai imaginé spontanément une petite lumière pour les enfants ^^ l'idée est cool cela dit mais peut-être préciser quand même "la veilleuse de nuit" ? J'aime beaucoup cette phrase surtout le "tranchait d’une raie de lumière les ténèbres douces dans lesquelles baignait la chambre".

Pour l'instant j'aime bien la description qui se profile, mes passages préférés sont la "phrase qui fait sourire" ^^, l'écriture, les angoisses au moment de s'endormir, et tout ce passage sur les lucioles.

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La sympathie qu’il parvint à nouer avec eux eu d’ailleurs ce naturel particulier que l’on ne trouve qu’en ces lieux coupés du monde : au fond du gouffre, au pied du mur, plus personne n’est occupé à juger personne.
J'aime beaucoup cette phrase (plutôt pour l'idée de fond cette fois-ci, elle est vraiment chouette).
"eut" avec un -t.
Mais en fait je trouve que l'imparfait coulerait mieux pour cette phrase un peu tortueuse.
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Ils formèrent une sorte de famille d’adoption, dans laquelle on lui fit endosser le rôle du petit prodige duquel il fallait se soucier
:)
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Sa psychiatre seule savait avec précision les raisons de sa présence dans la chambre 62 de la clinique. Les infirmiers n’avaient que quelques mots écrits sur un dossier ; « état suicidaire » et « trouble schizo-affectif » ; pour décrypter ce que le jeune homme traversait. Des mots vides de toute réalité. Les autres patients n’avaient deviné qu’une toile-puzzle illisible où s’entremêlaient trop de couleurs.
Ouiiiiii des couleurs ^^
Plus sérieusement j'aime beaucoup ce passage :) . Très réaliste.
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Les autres patients n’avaient deviné qu’une toile-puzzle illisible où s’entremêlaient trop de couleurs.
L’aquarelle migraineuse des drogues.
L’huile opaque des peines de cœur dont on ne se relève pas.
Les blancs grattés au couteau laissés par les traumas.
Euh... J'ai l'impression de me lire (mais en mieux  :-[ ). C'est... étrange.
J'adore ce type de métaphore, et je trouve qu'elle rend très bien ici.
En plus les traumas blancs c'est parfait. (Les deux autres aussi mais celui-là me surprend particulièrement dans la manière dont il résonne pour moi).
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« La personne qui vous visite souvent… C’est votre petite-amie ? »
Après un effort de concentration qui lui plissa le front, il acquiesça d’un « oui » assez chaleureux.
« Vous vivez avec elle ? »
Il sourit et répondit par l’affirmative.
« Et ça se passe bien ? »
Nouveau sourire. « Oui ». Cependant, à chaque pause dans l’interrogatoire bienveillant, il s’agitait de nouveau.
Alors Marie a hésité, puis a demandé :
« Et… Je crois avoir compris qu’il y avait une autre copine ? »
...
Maxence a braqué sur elle deux yeux assassins, tout son corps soudain tendu, traversé d’une foudre invisible. Il hocha la tête deux fois, avec lenteur, lèvres et poings serrés, en la poignardant du regard, et Marie s’était tue.
Le dossier indiquait en effet que Maxence était en relation avec sa compagne actuelle depuis six ans. Il était aussi inscrit que son état suicidaire avait été déclenché par une rupture amoureuse datant de trois semaines. Marie s’en voulut d’avoir cédé à sa curiosité.
J'aime bien ce passage (je trouve que l'intensité des yeux assassins est très bien rendue).
Edit : Pour moi la description des "brusques mouvements" colle très bien, j'aime bien ce regard très extérieur, à cet endroit, et ça colle bien avec le fait que ses confidences, là, sont verrouillées.

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Maxence connaissait suffisamment l’univers blanc et vicieux de la santé mentale pour ne faire confiance qu’à des médecins d’une transparence exemplaire. Il savait en cela qu’il était privilégié par rapport aux autres malades, à la merci des rébus opaques des médecins ou au contraire, aveugles aux ellipses et aux incohérences diagnostiques.
Mmmh... Je suis pas fan de "à la merci des rébus opaques" qui induit trop de volonté de nuire à mes yeux. Je vois l'opposition que tu as voulu faire avec la suite, je vois très bien l'idée, mais soit on diffère d'une nuance sur le fond (seulement d'une nuance), soit ta phrase pourrait être encore un petit peu travaillée même si c'est super dur de trouver l'exact dosage. Pour le reste du passage j'ai rien à redire. Le côté "privilégié" par ses connaissances sonne malheureusement très juste pour moi.
Edit : idem pour "vicieux" en fait, j'aurais plutôt mis "tortueux" ou un truc comme ça, je sais bien qu'on perd tout le côté "incisif", je sais bien que tu ne penseras peut-être pas pareil que moi là-dessus, mais voilà, je le précise.
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Il se mit d’accord avec sa psychiatre pour ajuster son traitement. Effet radical sur les crises. Il en fut quitte pour un rythme de vie beaucoup plus alangui et distordu, entrecoupé de siestes. Le peu d’énergie qu’il lui resta fut entièrement consacré à ses travaux de lettres, qui ralentirent. Maxence connaissait suffisamment l’univers blanc et vicieux de la santé mentale pour ne faire confiance qu’à des médecins d’une transparence exemplaire. Il savait en cela qu’il était privilégié par rapport aux autres malades, à la merci des rébus opaques des médecins ou au contraire, aveugles aux ellipses et aux incohérences diagnostiques.
Aussi, lors d’un rendez-vous ultérieur, le jeune homme demanda de but en blanc à la docteur si l’observation quotidienne permise par son hospitalisation était venue confirmé sa schizophrénie.
J'aurais redécoupé les deux paragraphes comme ça :
"Il se mit d’accord avec sa psychiatre pour ajuster son traitement. Effet radical sur les crises. Il en fut quitte pour un rythme de vie beaucoup plus alangui et distordu, entrecoupé de siestes. Le peu d’énergie qu’il lui resta fut entièrement consacré à ses travaux de lettres, qui ralentirent.
Maxence connaissait suffisamment l’univers blanc et vicieux de la santé mentale pour ne faire confiance qu’à des médecins d’une transparence exemplaire. Il savait en cela qu’il était privilégié par rapport aux autres malades, à la merci des rébus opaques des médecins ou au contraire, aveugles aux ellipses et aux incohérences diagnostiques. Aussi, lors d’un rendez-vous ultérieur, le jeune homme demanda de but en blanc à la docteur si l’observation quotidienne permise par son hospitalisation était venue confirmé sa schizophrénie."
Car la connaissance est reliée à la question qu'il va poser, pas à son acceptation d'être sédaté.
Citer
était venue confirmé sa schizophrénie.
Pour moi le plus que parfait n'a pas trop lieu d'être vu qu'il est encore hospitalisé (ou alors mettre un "jusque-là" ?), j'aurais mis "venait confirmer".
Citer
« Vos réactions au traitement et les observations que j’ai pu réalisées sont en effet en faveur d’une psychose assortie de troubles thymiques. »
réaliser
(Ca me semble très ampoulé comme formulation mais why not il y a sans doute des psychiatres qui s'expriment comme ça).
Citer
« Les symptômes d’humeur sont indéniables mais… à quoi faites vous référence pour la psychose ? Je n’ai ni hallucinations, ni délires. »
faites-vous
J'aurais écrit "Les troubles de l'humeur" ou "Le trouble de l'humeur".
Citer
quoi que mangé de barbe :
quoique
Citer
« Vous avez plutôt tendance à extrapoler des narrations entières à partir de détails anodins…
:o
Hum...
Désolé, vous n'êtes pas autorisé à afficher le contenu du spoiler.

Citer
Néanmoins, les épaules du jeune homme s’étaient redressées, toute trace d’angoisse avait disparue de sa figure.
C'est très chouette ça :) .
disparu sans -e
Citer
Cette femme avait une vision bien étrange de la profession d’écrivain.
Oui ^^ .

Pour la présentation (oui je vais vraiment pinailler jusqu'au bout désolée  :-[ c'est à cause du contexte) j'aurais passé une ligne avant et après les astérisques.

Citer
Une bonne moitié était toxicomane, l’autre était anxieuse à se tuer.
J'aime bien (euh façon de parler désolée  :-[ ) "anxieuse à se tuer".
Citer
Les plus intimes d’entre-eux lui demandaient des nouvelles « du roman » chaque fois qu’ils le croisaient.
entre eux (sans tiret).
Je pense que syntaxiquement c'est incorrect :/ . Il faudrait écrire qqch comme : "ceux qui lui étaient le plus intimes". (ou "les plus intimes" je crois que les deux vont).
Citer
aggravant sans le vouloir cette aura de mystère romantique qu’on lui prêtait.
:)
Citer
Tous brûlaient de l’entendre parler de ce que ça faisait, d’écrire.
C'est marrant ça, je n'ai jamais vu personne se poser cette question (mais je la comprends).
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Lui n’avait pas à subir la frustration des empâtements de couleurs puérils et des sculptures fragiles et informes censées figurer la douleur d’une vie entière. Une douleur si vive, si noire qu’elle en devenait indicible, réduite et insultée, contrainte de s’incarner dans des travaux, rendus si brouillons par les tremblements provoqués par les traitements, que l’on n'aurait su dire s’ils étaient ou non l’œuvre d’enfants !
Waouh t'es hyper dur avec l'art-thérapie  :o .
Citer
Un fanal qui ravivait leur rage à exister, à s’en sortir, à être meilleurs que ce à quoi on les assignait.
D'habitude on dit rage "de"...
J'aime bien cette phrase.

Citer
La veille de son vingt-neuvième jour, en proie à un doute affreux, il avait placé une chaise de jardin sous le projecteur.
Je pense que pour laisser un récit plus vivant, et aussi c'est plus logique niveau concordance des temps, ce serait mieux de mettre du passé simple : il plaça.
Citer
Il n’y avait jamais eu de ballet féerique, jamais eu de lucioles qui dansaient.

Chaque nuit,
Je n'aurais pas passé de ligne ici.
C'est trop triste... J'adore comment tu l'as amené... (la première description où je ne me suis doutée de rien et où pourtant tous les éléments sont là, et la réponse dans un paragraphe un peu en miroir, plus loin).

Citer
Le trentième jour après son admission, Maxence est parti. Certains en ont pleuré, lui faisant promettre de leur envoyer « son livre » quand il paraîtrait en librairie.
J'aime bien le fait qu'il parte dès le lendemain.
Citer
Il avait souri en tentant de changer sa pitié en tendresse.
Cette phrase contient plein d'émotions différentes pour moi. C'est à la fois cruel et juste et sincère et tendre. Et vraiment dur.
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Sûr que des mots à écrire, il en avait.
Je suis un petit peu mitigée pour cette dernière phrase.
Je trouve ça trop simple, trop léger, presque comme un livre pour enfants. C'est peut-être volontaire.


L'impression générale :

Je pense que je suis devenue très très exigeante avec tes textes, il y a sûrement plein de très belles tournures que je ne relève même plus, c'est pas bien, une autre fois j'essaierai de changer ce biais de lecture, mais là je suis trop fatiguée pour relire / être plus exhaustive. En tout cas j'aime beaucoup beaucoup la qualité de ton écriture.
Pour ce qui est des impressions globales, j'aime les images qui me restent après lecture de ce texte. Je pense que le style plus simple que d'habitude (j'exagère mais c'est pour reprendre ce que tu annonces sous spoiler) fonctionne bien, avec des fulgurance de poésie soit dans les tournures soit dans les images - surtout dans les images.
L'histoire des phalènes fonctionne vraiment très très bien pour moi avec ces deux tableaux qui encadrent le texte et se répondent, les deux sont très très forts.
Les métaphores aquarelle / peinture à l'huile etc... et plus loin l'art-thérapie en miroir...  :coeur:
Le personnage de Maxence à lui seul, le côté "enfant prodige du service", ses moments de crise, son regard noir, son calme, etc, je le trouve parfait comme personnage, l'équilibre entre ces différents aspects et la place qu'ils prennent dans la narration, ça me plaît beaucoup.  :coeur:
J'aime bien les moments où tu esquisses des réflexions plus profondes, notamment sur la dureté d'une annonce diagnostique, ou l'importance désolante d'être lucide face aux explications des médecins dans ce domaine où les soins sont encore très hétérogènes. Ca me plaît, je pense que j'ai besoin de cette critique, après comme je le disais au fil de la lecture, c'est dur de doser cette critique avec l'exacte justesse des pensées, dans un texte aussi courts ; et peut-être aussi que fondamentalement ton avis serait moins nuancé que le mien.
Désolé, vous n'êtes pas autorisé à afficher le contenu du spoiler.



Le fond : (en mode pinachieuse également, tu t'en doutais).

A mes yeux, l'histoire du mélange "schizophrénie" / "je ne suis qu'un écrivain" fonctionne tout en restant plutôt légère, c'est un thème connu cette idée de la confusion art-folie, j'ai des réticences par rapport à ça habituellement, mais je pense que ça peut plaire pour un master de création littéraire. Je ressors du texte avec l'impression que Maxence n'était pas malade, c'était juste un artiste incompris. Je ressors du texte avec l'impression d'un gouffre profond par rapport aux autres patients. Je pense que c'est pour ça que je parle de légèreté.
Le côté "mascotte du service" me plaît beaucoup :) et il y a un côté "espoir" aussi... qui me plaît aussi, qui pourrait peut-être être mis un tout petit peu plus en avant, pas dans l'intensité de l'espoir ("fanal" c'est déjà très très fort ^^ ) mais dans le lien avec les autres patients, en quoi ça leur est agréable. Je ne sais pas si tu vois ce que je veux dire.

J'ai un doute sur la fin : faut-il voir un parallèle entre la mort des lucioles et l'avenir des patients ? (auquel cas oui ta critique est plus violente que je ne le pensais ^^ mais l'idée peut être très puissante pour ce texte).
Si oui je pense qu'il faudrait supprimer la dernière phrase, pour rester sur l'avant-dernière, qui est mille fois plus forte.
Edit : en fait je suis pas à l'aise pour commenter le fond plus en détails par écrit ; mais n'hésite pas à m'appeler si besoin.

Je pense que la phrase de fin me gêne un peu parce qu'elle met l'accent sur l'écriture, alors que pour moi l'écriture n'est pas beaucoup développée, c'est plutôt l'image de l'écrivain. Là, en connaissant le thème, on dirait que le personnage a eu une révélation sur son écriture alors que je ne vois pas trop ce que ce serait... Bon tu l'auras compris je ne suis pas fan de cette phrase ^^ ou du moins de sa tournure légère. Ou peut-être qu'il faudrait la connecter plus explicitement à des choses qui sont pour toi évidentes et que je n'aurais pas vues (il souhaite écrire sur son vécu ? sur les autres patients ? sur tout et n'importe quoi ?). J'ai l'impression que qqch m'échappe dans cette fin.


Au total :

Je pense que ton texte possède déjà beaucoup beaucoup de qualités, avec les quelques peaufinages liés aux relectures il sera vraiment top pour être envoyé. Si tu es motivé je pense que tu peux affiner le fond avec un message à la fois plus nuancé et plus intense, je pense que ton texte a besoin des zones d'ombre qu'il évoque, pour montrer toute la profondeur qu'il possède ; mais c'est difficile de les appuyer sans tomber dans l'excès. Je pense que si tu le souhaites tu as la possibilité de l'améliorer encore (j'ai l'impression d'avoir un ton super condescendant quand j'écris ça, je suis vraiment désolée, je sais pas comment formuler mon idée qui à la base est très élogieuse vis-à-vis de toi) ; mais je pense aussi que ce n'est pas nécessaire et que tu peux laisser comme ça.

J'ai l'impression que mon commentaire ne rend pas justice à ton texte  :-[ encore une fois je reste sur de très belles images.

Merci pour le partage.
 :-*
« Modifié: 24 Mai 2019 à 14:44:08 par Ariane »
~ Ari ~

Hors ligne Marcel Dorcel

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Re : In girum imus nocte etc. [1700 mots, psychiatrie]
« Réponse #3 le: 24 Mai 2019 à 18:22:23 »
Tout d'abord, mettons en exergue que tu es demandeuse de critiques qui viseraient à améliorer ton texte. Aussi, cela me soulage d'un poids, je n'ai, soyons clairs, pas comme désir premier de détruire ton intention, la réduire à néant. Sauf du je-m'en -foutisme -total ou une sorte de logorrhée adolescente, en tant que lecteur, ce n'est pas ma pas dans mon fonctionnement intérieur de chercher à détruire, la critique doit toujours chercher à prendre une distance, éloigner l'auteur de son texte.

Les critiques précédentes ont souligné les fautes, les mal à propos de la syntaxe ou de la grammaire. Ils l'ont fait mieux que moi et rajouter serait trop, je partage pour la plupart les remarques d'Ariane qui a fait une remarquable analyse. J'insiste avec véhémence là-dessus.

Sur un plan général, ton texte ne me convainc pas. Je le trouve emprunté, artificiel, " fabriqué ".
Fabriqué, pourquoi ?

Car en somme, tu es dans un rendu de copie. Le cadre dans lequel tu évolues te comprime. Franchement, le personnage principal ne m'inspire ni ne me dégoûte. Je le trouve falot, inexistant. Mis à part les pompes qu'il se met à exécuter au milieu de la salle face aux autres patients, rien de sa folie ne transparaît vraiment.

Il est dommage que tu n'aies pas plus travaillé le titre l'incluant dans le texte en le mettant en valeur au cours d'un paragraphe  ou tu aurais installé sa folie ( merci quand même de ce moment de culture-rapport à la locution latine-que je ne connaissais pas ), le feu et ceux qui se brûlent les ailes, etc...etc...

C'est dommage car par exemple quand tu te lâches , il y a de gros moments de poésie ou enfin..enfin...enfin...tu laisses ta plume s'égarer, la pudeur au placard et les mots s'envoler.

Finalement, la narration, c'est pour ma part le côté négatif du texte. L'aide-soignante, les autres patients, honnêtement je m'en branle, pour parler cru, ce qui m'aurait intéressé ç'aurait été que tu nous fasses entrer dans les fantasmes du personnage.

Je sens ton texte " potentiel ", toujours à la limite de dire mais qui ne le dit pas, le non-dit que tu ne parviens pas à t'autoriser me gêne un peu.

Bon, on va pas se mentir, j'ai eu du mal à entrer dedans. J'ai lu ça comme une sorte d'exercice " pour bien faire " et non comme quelque chose qui sortirait de ton ventre...

C'est ma lecture personnelle quoi qu'il en soit et je suis, qui plus est, un bien mauvais critique.

Bien à toi.

------------------------
Ayant été fort dispendieux d'éléments positifs qui te seraient fort agréables d'entendre et de lire:



Ceux qui l’ont connu souriront volontiers en lisant cette phrase ; le jeune homme était de ceux qui assimilaient le repos à une période de latence incompressible et ennuyeuse entre deux dépassements de soi.


Elles tournoyaient en spirales frénétiques autour du spot lumineux qui éclairait le parc.
Un gros projecteur à la lumière orange.
Qui surplombait la terrasse de sa chambre.
Sa chambre qui était au rez-de-chaussée.
Il ne se souvenait plus que les lucioles étaient si petites et frénétiques. Il ne se souvenait pas non plus que leur lueur avait l’allure des flammes. Celles de sa mémoire d’enfance étaient rondes, sereines.
Luisaient de lune plutôt que de feu.

 Les autres patients n’avaient deviné qu’une toile-puzzle illisible où s’entremêlaient trop de couleurs.
L’aquarelle migraineuse des drogues.
L’huile opaque des peines de cœur dont on ne se relève pas.
Les blancs grattés au couteau laissés par les traumas.

La veille de son vingt-neuvième jour, en proie à un doute affreux, il avait placé une chaise de jardin sous le projecteur.

Le lendemain, un millier de phalènes calcinées gisaient sur le plastique blanc.


Chaque nuit, les phalènes venaient se brûler les ailes et s’embrasaient dans le noir, tournoyaient dans les affres du bûcher collectif, plongeaient en une spirale sans espoir pour échapper à la morsure agonique des flammes, puis s’éteignaient en mourant.
Chaque nuit.
Un millier.
Chaque nuit.
Un millier.
Devant ses yeux.

« Modifié: 27 Mai 2019 à 15:01:23 par Aube »
Si ceux qui disent du mal de moi savaient exactement ce que je pense d'eux,  alors ils en diraient bien davantage
Sacha Guitry

Les miroirs ne conservent pas les souvenirs
Varlam Chalamov

On n'écrit pas parce qu'on a quelque chose à dire mais parce qu'on a envie de dire quelque chose.
Emil Cioran

Aube

  • Invité
Re : In girum imus nocte etc. [1700 mots, psychiatrie]
« Réponse #4 le: 27 Mai 2019 à 15:00:55 »
Merci beaucoup pour vos trois commentaires très détaillés ! Je suis sur une réécriture, je ne sais pas si j'aurais le temps de vous la soumettre avant l'envoi du dossier mais je finirai par la poster tout de même. Vos remarques me sont très utiles.

@Marcel prends pas le melon pour autant mais je trouve au contraire que tu es un critique assez pointu. Sans jamais m'avoir lu tu as su repérer cet aspect "emprunté" et artificiel que j'ai plaqué sur mon travail à cause du fait que ce soit un rendu. J'essaie de retravailler pour supprimer le phénomène et être plus sincère.

Par contre, pour la mise en spectacle de la souffrance psychique et du trouble mental (ce que tu appelles "folie" même si une fois vue de l'intérieur cette notion perd toute substance et réalité, la "folie" reste ce que les "non-fous" ne comprennent pas de problématiques de souffrance/médicales), ce n'est pas le sujet que je souhaite traiter dans ce texte. Je veille au contraire à éviter toute peinture romancée ou spectacularisée des malades mentaux et de leurs troubles, même si j'ai déjà traité et re-traité de la souffrance psychique avec force détails dans d'autres textes avec un grand lâcher-prise.

Time to rewrite

O.deJavel

  • Invité
Re : In girum imus nocte etc. [1700 mots, psychiatrie]
« Réponse #5 le: 29 Mai 2019 à 05:46:38 »
Un essai, sur un thème difficile.

Analyse :

Le thème ici est la rencontre ou la prise de conscience capitale.

Alors nous parlons ici de :
- Une rencontre capitale
OU
- Une prise de conscience capitale.
—————-
Je reviendrais à ceci après les quelques remarques suivantes :

- Il faut faire attention aux détails et aux nuances de sens en écriture.

Citer
  Les anxiolytiques avaient levé la plupart de ses inhibitions. Alors qu’elle le guidait à travers le parc de l’établissement, il ne se privait pas de se laisser aller à ses fantaisies.   

Il ne se privait pas ? Cette phrase implique qu’il choisissait de se laisser aller à ses fantaisies. Or ici on parle d’une levée d’inhibition involontaire... due à une médication.

Autres détails :
- L’infirmière est nommée et elle ne revient pas.
- Les lucioles deviennent des phalènes ?
- L’image des papillons de nuits qui se brûlent les ailes : on parle ici d’une allégorie généralement utilisée pour montrer l’inconséquence ou le manque de préparation (Icare) ou encore la domination de la passion qui met la vie en danger (La dryade d’Andersen) Je ne vois pas le lien... malheureusement.
- Quand il est question de Marie, il y a un changement de temps de verbe...
- Sur le plan clinique, les causes nous portent à croire à un problème d’adaptation mais la suite semble indiquer un épisode maniaco-dépressif avec schizophrénie. Cette confusion est elle volontaire ?
——————

Mais, de façon générale de qui parle-t-on ?
Qui a fait une rencontre importante ?
Qui a fait une prise de conscience ?

J’ai lu ton texte et je ne sais pas.

Maxence a-t-il été un exemple pour les autres patients ? Mmm...

Cela impliquerait que ce sont les patients qui ont rencontrés Maxence, qui, de par l’exemple de sa souffrance, a été un parangon d’acceptation ?

Si ce sont les patients qui ont fait la rencontre capitale alors il y a un problème : On ne connaît pas les protagonistes principaux et on ne sait pas ce qu’ils ont retiré de cette rencontre capitale.

Maxence a-t-il fait une prise de conscience ? On ne sait pas trop. Il a souffert, mais quoi ?  En quoi a-t-il été un fanal pour les autres pensionnaires ? Comment un type qui regarde mourrir les mouches peut-il créer un impact aussi fort ? Une bride de conversation aurait pu aider...

Donc pour moi ce texte est intéressant, il creuse une question, mais il n’atteint pas son objectif, qui est ici de présenter un Arc du changement.  Par exemple, lorsque le renard enseigne au Petit Prince comment apprivoiser quelqu’un, le PP retourne voir sa Rose, dans La Peste, les protagonistes apprennent que rompre le pain entre camarades  devant une tâche colossale, permet de mettre de côtés les jugements, dans Star War, euh... non Luke Skywalker ne change pas vraiment... mauvais exemple... enfin, l’idée c’est de voir la différence entre l’avant et l’après chez le personnage.

Mais je n’ai pas eu de difficulté à le lire (sauf quand les temps de verbes se sont emballés). Tu as su garder mon intérêt jusqu’à la fin, mais...
———

J’ai bien aimé, ton commentaire sur les commentaires. Tu a pris conscience que tu dois te relever les manches. Peut-être est-ce là la prise de conscience recherchée ? Lol

Bonne continuité et au plaisir de te lire à nouveau.

Une question : est-ce que c’est une analogie du Christ sur la croix  ? Maxence regarde les âmes mourrir... l’infirmière s’appelle Marie... Maxence est admis à l’hôpital parce qu’il se sent abandonné... si c’est  cela, alors il aurait fallu qu’il soit en relation avec les autres patients... une douzaine d’entre eux... car l’exemple de sa souffrance dans ce contexte n’est pas, en soit, curatif.., mais... si tu développes ton idée, tu pourrais y arriver...
« Modifié: 29 Mai 2019 à 13:58:35 par O.deJavel »

Aube

  • Invité
Re : In girum imus nocte etc. [1700 mots, psychiatrie]
« Réponse #6 le: 03 Juin 2019 à 01:16:05 »
Salut O de Javel, merci pour ton commentaire !

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- Il faut faire attention aux détails et aux nuances de sens en écriture.

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      Les anxiolytiques avaient levé la plupart de ses inhibitions. Alors qu’elle le guidait à travers le parc de l’établissement, il ne se privait pas de se laisser aller à ses fantaisies.   


Il ne se privait pas ? Cette phrase implique qu’il choisissait de se laisser aller à ses fantaisies. Or ici on parle d’une levée d’inhibition involontaire... due à une médication.

Vrai ! Même si c'est toute une question, le libre-arbitre haha. Perso, quand je suis sous desinhibant médical, j'ai quand même une certaine joie impertinente à me voir agir contre la norme, ce qui a pu orienter ma formule... le début est de toute façon différent, à présent.

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- L’infirmière est nommée et elle ne revient pas.
C'est vrai... je suis tiraillé entre la règle du pistolet de Tchekhov et ma volonté d'humaniser l'environnement social du protagoniste.

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- Les lucioles deviennent des phalènes ?
Non, ce que le personnage prenait pour des lucioles sont en fait des phalènes qui prennent feu au contact du projecteur.

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- L’image des papillons de nuits qui se brûlent les ailes : on parle ici d’une allégorie généralement utilisée pour montrer l’inconséquence ou le manque de préparation (Icare) ou encore la domination de la passion qui met la vie en danger (La dryade d’Andersen) Je ne vois pas le lien... malheureusement.
C'est vrai, cette allégorie n'a pas de logique narrative aussi évidente. Il y a bien cette notion de passion et d'hubris (je comprends Icarus plus par le prisme de l'hubris que par celui du manque de préparation), mais elles ne sont qu'évoquées par la métaphore. Je ne voulais pas appesantir sur le mélodrame tout en suggérant les clefs de l'histoire de Maxence. Mais elle peut très bien se rapporter à lui et à son histoire passée sous silence qu'aux autres patients, c'est également sur cette ambivalence et cet implicite que je voulais travailler.

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- Quand il est question de Marie, il y a un changement de temps de verbe..
Oui, c'est corrigé à relecture !

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- Sur le plan clinique, les causes nous portent à croire à un problème d’adaptation mais la suite semble indiquer un épisode maniaco-dépressif avec schizophrénie. Cette confusion est elle volontaire ?
Tout à fait, le diagnostic est celui d'une schizophrénie dysthymique (ou trouble schizo-affectif), tandis que le patient reste critique sur cet avis médical et se fait sa propre conclusion après la scène du rdv journalier.

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Mais, de façon générale de qui parle-t-on ?
Qui a fait une rencontre importante ?
Qui a fait une prise de conscience ?

J’ai lu ton texte et je ne sais pas.

Maxence a-t-il été un exemple pour les autres patients ? Mmm...

Cela impliquerait que ce sont les patients qui ont rencontrés Maxence, qui, de par l’exemple de sa souffrance, a été un parangon d’acceptation ?

Si ce sont les patients qui ont fait la rencontre capitale alors il y a un problème : On ne connaît pas les protagonistes principaux et on ne sait pas ce qu’ils ont retiré de cette rencontre capitale.

Maxence a-t-il fait une prise de conscience ? On ne sait pas trop. Il a souffert, mais quoi ?  En quoi a-t-il été un fanal pour les autres pensionnaires ? Comment un type qui regarde mourrir les mouches peut-il créer un impact aussi fort ? Une bride de conversation aurait pu aider...

Donc pour moi ce texte est intéressant, il creuse une question, mais il n’atteint pas son objectif, qui est ici de présenter un Arc du changement.  Par exemple, lorsque le renard enseigne au Petit Prince comment apprivoiser quelqu’un, le PP retourne voir sa Rose, dans La Peste, les protagonistes apprennent que rompre le pain entre camarades  devant une tâche colossale, permet de mettre de côtés les jugements, dans Star War, euh... non Luke Skywalker ne change pas vraiment... mauvais exemple... enfin, l’idée c’est de voir la différence entre l’avant et l’après chez le personnage.
Je comprends tes questions ! J'espère que cela ne me jouera pas de mauvais tours parce que mes réponses ce serait... que oui ! tu as listé tout ce dont je voulais parler ! Il y a le parcours de Maxence dans la clinique, dans la guérison, mais qu'on ne voit que de l'extérieur et dont l'intime nous est caché, il y a la rencontre des patients/ Maxence, des soignants/Maxence, et au nexus de tout cela : ces putains de fausses lucioles qui sont en fait des papillons qui brûlent ! Tout est implicite, mais la symbolique reste floue... Pourtant les enjeux sont dégagés, tu en as même fait la liste ! J'ignore si cela est un procédé efficace pour toucher le lecteur et lui transmettre quelque chose d'intéressant, mais j'ai voulu essayer...

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Une question : est-ce que c’est une analogie du Christ sur la croix  ? Maxence regarde les âmes mourrir... l’infirmière s’appelle Marie... Maxence est admis à l’hôpital parce qu’il se sent abandonné... si c’est  cela, alors il aurait fallu qu’il soit en relation avec les autres patients... une douzaine d’entre eux... car l’exemple de sa souffrance dans ce contexte n’est pas, en soit, curatif.., mais... si tu développes ton idée, tu pourrais y arriver...

Hahaha, vu la dimension autobiographique du texte (que je ne souhaitais nullement afficher pour ne pas orienter les critiques) je ne me serais pas permis une telle lecture... Mais tu touches quelque chose : j'étais contraint lourdement par le format (3 pages max) et mon regret est de ne pas avoir pu déployer les portraits des autres patients, juste esquissés alors qu'ils jouent un rôle important dans ce regard extérieur au personnage... très frustrant pour moi aussi, j'admets humblement ne pas avoir été suffisamment efficace sur un format si court pour être à la hauteur de mes intentions.

La dimension autobiographique explique aussi la tension entre absurde arbitraire de la vie et synchronicité symbolique... Ces phalènes sont là parce qu'elles sont attirées par la lumière, Maxence les a pris pour des lucioles... et pourtant, la révélation, les parallèles tracés spontanément avec son histoire intime juste esquissée, avec sa vision des autres patients, avec sa guérison... se font malgré la raison réelle ou narrative, dira t-on. ça paraît sûrement un peu prétentieux, j'en conviens, mais j'ai fait ce que j'ai pu ! J'espère qu'elle s'avèrera convainquante face au jury.

Merci beaucoup pour ton commentaire détaillé !

Je poste donc la deuxième version, pour vous montrer le travail, mais contentez-vous de critiques générales ou de relevés de fautes car je ne pense pas retravailler ce texte en profondeur maintenant qu'il a accompli son office.
« Modifié: 03 Juin 2019 à 01:20:02 par Aube »

Hors ligne Sixte

  • Troubadour
  • Messages: 362
Re : In girum imus nocte etc. [1700 mots, psychiatrie]
« Réponse #7 le: 03 Juin 2019 à 22:17:25 »
Salut Aube !

J'ai lu que la V2.

Quelques remarques de forme :
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Sa psychiatre seule savait avec précision les raisons de sa présence dans la chambre 62.
Soixante-deux
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Maxence a braqué sur elle deux yeux assassins, tout son corps soudain tendu, traversé d’une foudre invisible
Le passé composé plutôt que le passé simple m'a fait un peu bizarre ici, mais bon, c'est un parti pris
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en faisant irruption dans la salle commune avec partout en lui une grande agitation
une agitation partout en lui je trouve ça très étrange comme formulation  :???:

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Eux étaient bloqués dans les ateliers d’art-thérapie soporifiques, où on les exhortait à exprimer leur mal-être sur une toile gouachée ou dans une glaise pâlotte… Maxence, lui, n’en avait pas besoin, lui, il écrivait pour guérir, pour de vrai, la preuve : jamais les infirmiers ne venaient le chercher pour qu’il s’inscrive aux ateliers ! Lui n’avait pas à subir la frustration des empâtements de couleurs puérils et des sculptures fragiles et informes censées figurer la douleur d’une vie entière. Une douleur si vive, si noire qu’elle en devenait indicible, réduite et insultée, contrainte de s’incarner dans des travaux, rendus si brouillons par les tremblements causés par les traitements, que l’on n’aurait su dire s’ils étaient ou non l’œuvre d’enfants.

Ce passage est tellement bien décrit  :coeur:, on ressent vraiment le côté absurde et aliénant de ces activités, le fait de tourner en rond

Citer
Maxence était de ceux qui assimilaient le repos à une période de latence incompressible et ennuyeuse entre deux dépassements de soi.
:coeur:

Globalement, j'ai vraiment beaucoup aimé, il y a plusieurs passages où je me suis dit whaow. (Le coup de la profession d'écrivain aussi). Après j'ai pas trop compris le passage avec Marie qui lui parle de ses copines, je ne vois pas trop ce que ça apporte, et je trouve que comme c'est moins bien que le reste, ça affaiblit un peu le texte, ça le dilue.

Sinon, j'étais un peu mi-figue mi-raisin à la fin, j'avais trouvé ça joli mais je ne comprenais pas où tu voulais aller. Du coup j'ai lu la fin de la V1, et juste avec la dernière phrase "Sûr que des mots à écrire, il en avait." j'ai trouvé ça beaucoup plus clair, pour moi c'est une conclusion, et elle manque dans la V2. Avec la fin de la V1, je comprend le texte en me disant que tout ce qu'il a vécu à l'hopital ça a été une épreuve et en même temps ça l'a inspiré. Dans la V2, je comprends pas trop, je me suis dit que l'idée c'était qu'il était triste à cause des lucioles et ça me semblait pas être l'objet central du texte pour autant. Bref, je préfère avec cette phrase  :mrgreen:

Voilà, merci pour cette lecture !  ^^
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