Le Monde de L'Écriture – Forum d'entraide littéraire

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Le Monde de L'Écriture » Coin écriture » Textes courts (Modérateur: Claudius) » La nourrice

Auteur Sujet: La nourrice  (Lu 1076 fois)

Hors ligne Poursuite

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La nourrice
« le: 02 Mai 2019 à 12:26:29 »
Bonjour, si je viens vers vous c’est pour vous demander votre avis concernant l’utilisation du passé simple et de l’imparfait dans ce texte. J’ai toujours été une bille en conjugaison et malgré mes efforts pour corriger cela, le tout me paraît plus obscur que jamais. Dans le texte ci-dessous (j’ai mis tout le texte pour les curieux, mais si je peux avoir votre avis sur le début au moins), j’alterne entre l’imparfait et le passé simple selon ce qui me semble le plus cohérent/fluide, mais je sais que je dois avoir tort. Dois-je mettre plutôt tout mon texte au passé simple quitte à alourdir le texte ? Ou à l’imparfait sachant que c’est une histoire racontée et écrite dans le présent par la fameuse nourrice ?
(Sinon je connais les règles d’utilisation de ces deux temps mais je n’arrive pas à le voir dans mon texte quand je dois utiliser l’un ou l’autre et donc je travaille plus au feeling).
Mes excuses pour mon incompétence et merci en avance pour votre précieuse aide,

La nourrice

Comme mère souffrait de graves rhumatismes, c’est moi, alors à peine âgé de 16 ans, qui eut la tâche de devenir la nourrice attitrée de la famille Woodenbrought. Mère raconta que c’était un rôle qui nous incombait depuis plusieurs décennies déjà et que c’était un honneur de servir cette famille aux ancêtres illustres ayant participé à une guerre fameuse et fort sombre. Je pensais à ce moment-là que sa dévotion naïve pour cette croyance et cette famille était très loin de mes considérations et le resterait. Aujourd’hui, j’avoue avoir eu tort, et ce malgré les nombreux déboires que j’ai pu subir tout au long de ma vie, mais je ne m’en suis jamais plainte, n’étant pas de nature chétive et ronchonne. Sa génitrice étant morte en couches et son géniteur trop occupé à certaines affaires "de haute importance" qu’il disait, ce fut moi qui en plus de tenir la petite Ophelia dans mes bras la première, m’occupai d’une grande partie de son éducation (le reste étant dispensé par la famille, l’école, les livres et son entourage). Du fait de mon jeune âge et inexpérience en la matière, je dus apprendre sur le tas et me rappeler des manières douces mais fermes de mère pour m’occuper d’un nouveau-né. Aujourd’hui encore, je me questionne sur les raisons d’avoir laissé à une jeune adolescente, bien que sérieuse et travailleuse que j’étais, la place et le rôle d’une mère pour une enfant qui m’était pourtant inconnue. Peut-être était-ce alors question de suivre à la lettre les traditions. Quoi qu’il en soit, je m’en sortis parfaitement bien, donc il n’est pas matière à s’interroger ainsi. La petite tête blonde au visage rosé, dès l’âge de 3 ans, courait partout dans les diverses pièces de la grande demeure familiale. J’eus peur dans les premiers temps, que de n’avoir pu lui donner le sein n’eut quelques retards sur son développement, mais à la voir ainsi gambader sur ses petites jambes potelées et manger en finissant toujours son repas me prouva le contraire. Dès le début, et ce fut toujours le cas par la suite, je mis directement un point d’honneur à ce que Ophelia ou ses suivantes ne m’appellent jamais « Maman », étant fortement attaché aux liens du sang. Elles m’appelaient alors Madame Baden, ce qui était parfois très comique, quand enfant et alors que nous jouions à la balle ou à la poupée, elles m’étreignaient dans leurs bras en me criant dans les oreilles « Je t’aime trop Madame Baden ». Je ne sais pas pourquoi par la suite, à l’âge adulte notamment, une certaine distance s’est installée. C’était comme si elles avaient finalement compris le sens réel des mots.

Ophelia grandissait vite et développait un corps vigoureux et souple notamment à travers les divers exercices physiques qu’elle se plaisait à exercer. Comme je fus peu porté sur le fait, ce fut surtout Monsieur Aguilar, le jardinier très bien bâti par son dur labeur quotidien et sa passion pour le sport qui l’entraîna. Dans ces moments-là, je me contentai de me poser sur le banc frais à l’ombre du grand chêne chevelu et de les regarder tantôt rire aux éclats, tantôt s’entraîner sérieusement avec sur leur visage une profonde détermination. Ophelia était très studieuse à l’école, ne manquant jamais une occasion de décrocher la première place de la classe, tout comme pour le sport où elle excellait dans tout ce qu’elle touchait. Elle était également très sociable, s’entendant avec tout le monde par une grâce qu’on aurait pu croire divine, et aussi était très polie avec tous les adultes qu’elle croisait, s’efforçant de mettre en application toutes les manières subtiles et raffinées que je m’étais acharnée à lui apprendre, ne les connaissant que peu moi-même. Mais loin s’en faut, Ophelia était loin d’être une enfant parfaite. Sans doute à cause d’un manque de repère parental, ma présence étant trop insignifiante pour une adolescente en pleine croissance à la recherche de son identité, elle piqua sans cesse des crises plutôt virulentes. N’ayant aucune autorité sur elle, je me résignai passivement et silencieusement à recevoir des insultes, des bousculades et parfois mais plus rarement, des gifles que je m’efforçai à croire juste pour réduire la douleur. Les raisons de sa colère étaient aussi soudaines que diverses, parfois un plat qu’elle n’aimait plus, parfois un objet que j’avais déplacé par mégarde en nettoyant sa chambre, parfois elle était juste de mauvaise humeur pour une raison quelconque et qu’elle me cachait de toute façon. À y repenser, j’aurais tout supporté pour cette petite, fusse cela capable de la rendre heureuse. Cependant, à ses 12 ans, elle me fit part, alors que je l’eus surprise à sangloter en silence sous le vieux chêne en plein milieu de la nuit frissonnante, de sa peine de cœur qui selon ses dires « avait brisé son petit cœur en mille morceaux ». Je l’écoutai pendant deux heures environ, ne l’ayant jamais vu autant bavarde, en l’enveloppant de mon large chandail et faisant rempart de mon corps contre la fraîcheur mordante de la nuit. Le petit monstre s’était mué en un frêle agneau qui tremblotait de tristesse et serrait de ses petites mimines mes doigts engourdis et secs. Ce fut durant cette nuit-ci que, voulant à tout prix la protéger de tous les dangers, je lui promis d’être toujours là pour elle et qu’elle ne devait pas hésiter à me demander quoi que ce soit. Cette promesse, elle me le rappela deux semaines plus tard lors du bal de fin d’année organisé par son école. Ayant développé une nouvelle amourette pour un petit garçon qui répondait au prénom de Georges, elle me demanda, sur le prétexte que ma présence la réconforterai (rien que de repenser à ces paroles, cela me remet du baume au cœur), de l’accompagner à ce bal, tant bien même que la veille, Monsieur Aguilar qui avait depuis quelque temps des vues sur moi, m’invita à dîner dans un restaurant très chic. Lui ayant déjà donné mon approbation et même si j’avais ressenti à cet instant un sentiment très agréable que je ne connaissais pas, je dus lui faire signaler mon refus inopiné en regardant son visage se décomposer comme celui d’un gamin à qui on avait cassé son jouet préféré. Sur le coup, cela me fit beaucoup de peine car j’appréciais la simplicité de cet homme. Heureusement, il se remit rapidement de ses émois et se maria l’année suivante avec la fille du boucher du village du coin.

Je ne sais quand Ophelia avait développé un goût aussi poussé en matière de garçons, peut-être aimait-elle être aimé comme la petite princesse qu’elle était, ou bien cherchait-elle dans ses nombreuses conquêtes l’image d’un père sans cesse absent. Dans tous les cas, elle tomba enceinte prématurément à l’âge de 16 ans avec un jeune homme fraîchement diplômé d’une école d’ingénieur, de 8 ans son cadet et répondant au nom de Darko. Sans doute parce qu’elle avait trop joué à la poupée étant jeune, elle se complaisait en avance à devenir mère avec toute la naïveté de la puberté, faisant fi des contraintes et de la rudesse de la tâche. J’avais bien sûr quelques réticences à ce qu’elle le garde. Cependant, je ne lui en fis part car c’était au final son choix qu’elle devrait par la suite assumer. De plus, je me disais que les remords d’un futur détruit valait mieux que les regrets d’un passé jamais construit. Mon appréhension venait surtout de sa grande immaturité et de sa volonté d’éviter toutes responsabilités, typique de cette période. Au même âge alors, elle était le contraire de moi m’occupant d’elle et je me disais que si Ophelia à qui j’avais tout donné fut quand même tombé enceinte si tôt et donc compromis son éducation et son avenir de femme indépendante, je ne pouvais imaginer ce que ce petit chérubin allait devenir si Ophelia l’élevait. Au final, mes appréhensions se retrouvèrent à la fois fondées et infondées : Ophelia se lassa très vite de son nouveau-né, ne pouvant plus se lever la nuit pour calmer les abois de sa chair, de s’occuper de cette petite chose gluante et mouillée qui était surtout très peu redevable à son égard, ce qui est somme toute, normal à cet âge. Ce fut donc moi qui, comme avec Ophelia, m’occupa de la petite et chétive fillette nommée Amalia.

Cet enfant eut le malheur d’être né sous une mauvaise étoile. Faible de constitution, Amalia passait plus de temps alitée au lit, les volets clos, qu’à gambader dans l’herbe fraîche sous le soleil tapageur comme sa maman. Je procurais les soins et attentions les plus délicates à la demoiselle toussotant et fiévreuse qui quémandait jour et nuit une attention de tout instant ainsi qu’une réponse immédiate à ses désirs les plus insolites sous peine de la voir rentrer dans une rage folle. Je m’obstinais silencieusement comme un automate non seulement à m’occuper d’elle, mais également à recevoir un intérêt semblable à celui qu’on porterait à un meuble de décoration. J’eus en réalité beaucoup de pitié pour Amalia. La petite devait souffrir énormément, ses occupations étaient réduites à un ennui lassant et moi, aux traits vieillissants et au teint déverni, j’étais sa seule compagnie. J’eus très peur alors que son avenir tourne mal, qu’elle meurt prématurément ou qu’elle reste enfermée toute sa vie ne pouvant affronter la dureté de la réalité avec une complexion comme la sienne. Je ne pus réprimer alors une joie secrète quand à l’âge de 16 ans, elle put finalement faire ses premiers pas dehors et mettre le monde sous sa coupe. Son intelligence n’avait d’égale que sa faculté d’adaptation à chaque situation. Elle était différente de la petite fille tremblante et malade comme si elle s’était transformée en un majestueux cygne, le côté impitoyable compris. Ces années de confinement avaient donné à sa peau une délicatesse précieuse couleur satin qu’on avait même peur de frôler sous peine de la briser. Jouant de sa grande beauté, elle effectua le même petit manège de tyran qu’elle avait appliqué avec moi auparavant, en se donnant à cœur joie d’avoir élargi le nombre de ses sujets dociles. Elle sembla également avoir oublié les sacrifices que je lui avais offerts de bon cœur durant toutes ses années, car comme sa mère Ophelia, que je voyais de temps en temps et qui me regardait toujours avec une certaine distance, elles ne m’avaient jamais réellement remerciée. Mon dos s’était voûté à force de me pencher sur le lit de la malade et mes doigts, jadis fins et élégants, étaient maintenant rêches et crevassée. Mon plaisir, peut-être vaniteux, fut de me réconforter en me disant que j’eus assez bien réussi l’éducation d’Amalia qui décrocha à seulement 24 ans, un doctorat en sociologique historique.

Quelques mois plus tard, alors que je me confinais à de simples tâches domestiques usantes, elle tomba enceinte. Sa grossesse lui fut très pénible. Elle sembla avoir retrouvé la constitution de sa jeunesse et ne cessa de tomber malade. Elle resta toute la journée passivement alitée tout en souffrant des affres d’une gestation mouvementée. Seulement, contrairement à l’époque où son attitude envers moi fut exécrable, elle se montra maintenant étonnamment douce. Je satisfis ses moindres désirs avec la plus grande efficience dans le but de lui éviter le moindre désagrément pouvant se rajouter à sa peine déjà grande. Durant ses quelques mois où nous passâmes le plus clair de notre temps ensemble, nous avions développé une amitié sincère l’une envers l’autre, parlant d’avenir avec un sourire radieux, rigolant franchement à des anecdotes banales et parlant du passé avec une nostalgie qui lui était propre et quelque peu déformée. Le soir, elle prit plaisir à masser mes épaules noueuses et à prendre mes mains frigides pour les réchauffer tout en murmurant à voix basse quelques confidences. J’eus dans ces moments, non pas retrouvée une seconde jeunesse, mais trouvée une jeunesse tout court. Je ne puis dire si ce fut la meilleure époque de ma vie, mais ce fut au moins celle où le poids des tracas tel une épée de Damoclès se fit le moins oppressant. Ces quelques mois de grâce prirent fin abruptement au gré d’une résolution que je sus pourtant absolue ; la naissance de son enfant, Angèle.

Angèle portait très mal son nom. Elle ne ratait pas une occasion pour montrer son côté colérique et capricieux, comme si elle en était fière. Entre temps, Amalia m’avait confiée le soin de m’occuper de son enfant comme j’avais pu le faire auparavant, parce qu’elle devait passer tout son temps libre à se perdre dans les méandres de son travail exténuant. Ce fut peut-être dû au poids des années qui pesait sur mon corps alourdi et lent que j’eu autant de mal à gérer l’extrême dynamisme d’Angèle. Je devais sans cesse lui courir après, sachant qu’elle prenait, dès l’âge de 5 ans, un malin plaisir à me faire tourner en bourrique avec ses innombrables bêtises. Elle faillit même une fois mettre le feu à la penderie, en jouant avec le fer à repasser, si je n’étais pas arrivée à temps. Quand enfin je réussissais à l’attraper, son corps petit et souple se débattait énergiquement comme un félin pour se libérer de mon étreinte déjà faible mais encore plus molle et craquante à cause des rhumatismes hérédité de feue mère. Un des seuls moments de calme était quand elle me réclama, à grands renforts de cris aigus et de menaces, que je lui conte une histoire. Elle sembla les adorer et ses yeux s’émerveillèrent de mille étoiles dans un silence religieux à la lecture de celles-ci. Pour autant, il me fallut recourir à de plus en plus d’inventivité car Angèle, avec une mémoire précise, ne supporta pas que je lui narre deux fois les mêmes récits fantastiques. Pour elle, une fois l’histoire racontée, cette dernière existait en elle comme une réalité immuable, comme une œuvre intemporelle gravée sur ses pupilles et la peindre une deuxième fois casserait le mythe pour ne devenir plus qu’un conte banal et sans intérêt. C’est ainsi que par un concours de circonstances, je fus obligée de lui raconter la jeunesse de sa grand-mère et de sa mère. Elle sembla d’autant plus se passionner pour les aventures de ses aïeules comme si elles revêtaient un caractère miraculeux et merveilleux alors que c’étaient pourtant les histoires les plus réelles que j’ai pu lui dépeindre.

Au fil des années, mon corps était de plus en plus éreinté, et mon moral autrefois si inatteignable, commençait à flancher sérieusement. Je m’en voulus beaucoup car ce n’était pas dans ma nature, mais il semblerait que le fil du temps m’avait fait quelque peu dévier de ma nature avec une grande imperceptibilité. Je savais que je n’étais plus toute jeune. Cependant, un jour, je ne pus me lever du lit comme je l’eus pourtant toujours fait auparavant. Je m’étais alors dit que pour cette fois, je pouvais rester, que je ne manquerais à personne, et c’est ainsi que je restai toute la journée au lit à somnoler et grignoter. Le lendemain, Angèle, alors âgée de 8 ans, me fit une remontrance pour n’être pas venue hier. Seulement dans ses dires, son seul reproche fut que je n’étais pas venue le soir lui raconter une histoire. Mon air surpris suffit à ce qu’elle confie sa peine et pleurant sur ses joues roses, elle me révéla que mes histoires étaient le seul moyen d’éloigner les monstres qui hantaient ses nuits et l’empêchait de dormir. Cela peut paraître anecdotique, mais ces simples paroles furent pour moi le plus beau cadeau du monde. À partir de ce jour-là – peut-être avait-elle vu alors le profond abattement dans mes yeux – Angèle se montra particulièrement charmante à mon égard, ne cessant d’arborer son sourire innocent quand elle m’attrapait à la contempler, appliquée à s’en pincer la langue à dessiner ce qui l’entourait. Le contact de sa douce paume dans ma main ridée me procurait un plaisir inimaginable lorsque que nous allions nous promener sur le petit chemin de terre bordé de verdure menant à la forêt rempli de piaillements musicaux et du chuchotement du vent entre les branches épaisses. À chaque sortie, je la suivais autant que mon corps pouvait le supporter dans ses péripéties mouvementées, et même si parfois, elle me lâchait la main pour aller courir vers une de ses découvertes, je pouvais toujours voir au loin sa mignonne petite silhouette et entendre son rire enfantin se marier avec harmonie à l’écho des bois.

Comme la vieille fille que j’étais, quand on me demandait si j’avais des enfants, je m’efforçais de répondre à la négative, bien que je considère maintenant Ophélia, Amalia et Angèle comme mes petites filles. Ophélia avait passé sa vie à voyager dans le monde entier en compagnie de son premier mari, ramenant des souvenirs à sa descendance et des moments d’intense bonheur qui se lisait sur son visage empreint d’une grande sagesse. Amalia était devenue une importante érudite et était pressentie pour être la première femme à entrer à l’Académie française. Enfin, Angèle rassemblait à elle seule le bonheur du monde entier. Peut-être en lisant ces lignes, vous vous dites que je ne suis qu’une pauvre fille qui a gâchée sa vie entière pour des ingrates, ce qui n’est pas forcément faux. Mais en réalité, j’en suis heureuse, car au final, il n’y a de plus beaux actes que de tout donner sans rien recevoir en retour. Enfin, je dis rien, veuillez pardonner mon ingratitude. Aujourd’hui, la petite Angèle est venue me rendre visite. Cela fait une semaine que je suis alitée et ma mignonne, âgée de tout juste 11 ans, vient me rendre visite tous les jours avec son sourire éternellement radiant, ne se préoccupant pas le moindre du monde, pour me remonter le moral, que je me trouve actuellement sur mon lit de mort. Ses petites manières de maman s’occupant de moi, tassant mon coussin, remontant ma couverture et me servant un thé au jasmin, se retrouvent, à mon grand désespoir, imprégnées d’une douce tristesse qu’elle s’efforce tant bien que mal de cacher.

Ce soir, elle est restée étonnamment tard. Je dus monter le ton de ma voix tremblante pour lui ordonner d’aller se coucher car elle devait aller à l’école demain. Elle aimait toujours me contredire gentiment pour me taquiner, mais aujourd’hui elle ne le fit pas. Silencieuse, la tête baissée, elle sauta sur le lit et agrippa ses petits bras autour de mon cou ridé. Elle avait enfoui son visage dans les épaisses couvertures. Je pouvais néanmoins ressentir les sursauts saccadés de ses pleurs qui atteignaient mon cœur. Cela dura tout au plus une minute, qui me parut une éternité pour moi, une éternité à laquelle j’aurais voulu m’accrocher davantage. En se relevant, les traits de sa bouille étaient anormalement entremêlés d’un visage d’adieu, déchirant et sans retour, à celui d’un visage optimiste qui savait que nos au revoir avaient un lendemain. En écrivant ces lignes, mon plus grand regret est de ne pas pouvoir lui raconter une dernière fois une histoire. En revanche, je sais au fond de moi qu’elle se rappelle de toutes celles que je lui avais racontées et qu’elle se les remémore en attendant avec une résignation mélancolique que la mienne prenne fin. En se dirigeant vers la porte de ma chambre et peut-être sous l’effet des médicaments que je devais prendre pour la douleur, je crus voir successivement Ophélia aux traits affermis par la vieillesse tirer la porte en bois par la poignée en métal courbée, puis Amalia toujours d’une grande beauté malgré les années qui passent, se retourner et me regarder d’un air reconnaissant, un fin sourire bordant ses lèvres et finalement Angèle qui le visage séché de larmes, me fit d’une petite voix fluette où résonna pourtant une grande conviction : « Merci pour tout, maman ».

« Modifié: 03 Mai 2019 à 13:44:40 par Poursuite »
« Je pense que la vie est faite pour devenir gentil. Je vis en espérant que la moi d’aujourd’hui est un peu plus gentille que la moi d’hier. » Seishun buta yaro

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Re : La nourrice
« Réponse #1 le: 03 Mai 2019 à 09:08:50 »
Je n'ai lu que le premier paragraphe. J'aime l'ambiance qui s'en dégage, et je pense que tu pourrais forcer un peu plus les descriptions pour ajouter au style victorien.

Concernant les temps : tu les emploies tel qu'il faut à mon sens. Tu jongles entre passé simple, passé composé et imparfait selon le temps bref marqué dans le temps, l'action qui se prolonge, la réflexion, etc. Tout le texte au passé simple ? Ce n'est pas possible, exemple avec ton premier verbe à l'imparfait "Mère raconta que c’était un rôle qui nous incombait". Idem pour le passé simple. Dans un cas comme dans l'autre, tu occultes toutes les riches possibilités que permet la concordance des temps, et tu es bon pour n'écrire que des phrases non composées. Pourquoi pas, c'est un exercice de style, mais je ne pense pas que ça s'accorde à ton projet. Donc bravo pour ton feeling qui est efficace, et continue ainsi :)

Quelques remarques sur ce premier paragraphe :

Citer
âgé de 16 ans qui eut la tâche
Je mettrais une virgule après "ans".

Citer
Je pensais à ce moment-là, que sa dévotion naïve
Ce coup-là, je ne mettrais pas de virgule après "là".

Citer
mais je ne m’en suis jamais plaint,
Je pense que la nourrice est une femme, et donc elle ne 'en est jamais "plainte".

Citer
certaines affaires de haute importance qu’il disait
J'aurais bien vu des guillemets pour citer "de haute importance".

Citer
ce fut moi qui en plus te tenir la petite Ophelia
En plus "de".

Citer
bras la première, s’occupa d’une grande partie de son éducation
Petite faute d'accord de la personne : "ce fut moi qui m'occupai". Le temps est bon toutefois :)

Citer
d’avoir laissé une jeune adolescente
D'avoir laissé "à" une jeune adolescente.

Citer
J’eus peur dans les premiers temps, que de n’avoir pu lui donner le sein n’eut quelques retards sur son développement
Je ne trouve pas l'emploi du verbe avoir très joli - "n'eut quelques retards sur son développement". Je verrais plutôt quelque chose comme "n'ait entraîné quelques..."

Citer
Dès le début, et ce fut toujours le cas par la suite, je mis directement un point d’honneur à ce qu’elles ne m’appellent jamais « Maman », étant fortement attaché aux liens du sang. Elles m’appelaient alors Madame Baden, ce qui était parfois très comique, quand enfant et alors que nous jouions à la balle ou à la poupée, Ophelia ou ses suivantes m’étreignait dans leurs bras en me criant dans les oreilles « Je t’aime trop Madame Baden ». Je ne sais pas pourquoi par la suite, à l’âge adulte notamment, une certaine distance s’est installée. C’était comme si elles avaient finalement compris le sens réel des mots.
Dans cette phrase apparait la première occurence de "elles" au pluriel, et vu que dans tout le texte précédent, tu ne parles que d'Ophelia, ça fait bizarre. Tu indiques dans la fin de ce paragraphe qu'il y a bien "Ophelia ou ses suivantes", mais jusqu'à présent on n'avait pas cette information. Peut-être l'introduire juste avant donc.
---
Le sommet n'est qu'un passage.

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Re : La nourrice
« Réponse #2 le: 03 Mai 2019 à 14:01:43 »
Bonjour LamEmm,

Merci pour tes remarques et conseils toujours aussi précieux !
Je suis déjà ravi que le temps soit à peu près pertinent dans le premier paragraphe, et pour les petites fautes, j 'ai corrigé cela.

Je vais voir pour détailler les descriptions, ce n'était pas mon intention première mais si cela peut donner de la crédibilité à mon texte, je vais me pencher dessus, et même si tout cela est bien loin de ce que je peux écrire et lire d'habitude.

Merci de ta lecture !

Poursuite,
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Re : La nourrice
« Réponse #3 le: 03 Mai 2019 à 15:36:30 »
J'ai tout lu, ce récit est empreint d'une grande tendresse, celle d'une mère qui n'a pourtant jamais enfanté.

J'ai aimé, malgré les longueurs parfois et quelques imperfections, il me faudra du temps pour y entrer en détail, je reviendrai donc dès que j'aurais un peu de répit.

En tout cas, beau texte ou l'abnégation est reine, mais l'amour très présent.

 :) :)
Usage de la fenêtre : inviter la beauté à entrer et laisser l'inspiration sortir. Sylvain Tesson

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Re : La nourrice
« Réponse #4 le: 06 Mai 2019 à 14:38:13 »
Bonjour Claudius,

Un grand merci d'avoir pris le temps de lire et de me faire un retour. Je suis heureux tu ai pu percevoir la beauté du sacrifice.
Si un jour tu auras le temps et l'envie, je serais ravi que tu me montre ces imperfections afin que je puisse m'améliorer.

A bientôt,

Poursuite,
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