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Le Monde de L'Écriture » Coin écriture » Textes courts (Modérateur: Claudius) » L'Enfer..

Auteur Sujet: L'Enfer..  (Lu 2415 fois)

Hors ligne Xaba

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L'Enfer..
« le: 05 Avril 2019 à 01:10:05 »
L’Enfer est une goutte de sang ou d’encre qui pointe, cruelle, en apparence indolente à la plume d’un stylo Parker!

Menaçante et sombre, elle est compacte cette goutte, arqueboutée sur elle-même, à l’affût de l'instant précis quand elle se laissera tomber et que tout pourra enfin peut-être être expliqué.
Elle se lancera alors de sa tour de guet, à l’assaut d’une page vierge, d’un torchon sale, d’une lettre de cachet, d’une histoire que l’on imaginait devoir  écrire mais à laquelle on se refusait, à trop croire, à trop lire, et à réaliser, au dernier instant, en cette seconde ultime quand tout se fait évidence, cette nano seconde fatidique,  que l’Enfer nous est, depuis toujours, si famillier...

L’Enfer est proche. Nous le portons en nous. Il est tapi, ourdi, silencieux, secret, telle une pesante confidence ou tel cet autre remord enfoui au bazar de notre honte, fruit vert et acide de nos intimes confessions, bourgeon suppurant avant même d'éclore...

Il est cette humeur qui suinte, dégouline puis tache notre conscience blanche...

Il est cette inconsistance, cette nausée abjecte, il est palpable, il remplit l’espace et à la fois le renferme, de telle façon que rien ne lui échappe et qu’à lui seul, de par sa molle et visqueuse texture, il pénètre tout, il s’y immisce, sans que nul ne le contienne ou ne puisse s’y refuser...

Qui lui résistera ? Qui jurera ne pas entendre sa plainte muette, cette clameur assourdissante, jaillissante de l’intérieur, un long cri d’effroi, d’intense douleur,  des entrailles de l’innommable, de couloirs obscurs,  de cachots, d'oubliettes du temps où l’on perds jusqu’à l’espoir de l'immédiateté, où s'efface jusqu'à la moindre trace d'oubli...

L‘Enfer du reclus, celui du condamné, de celui qui devra vivre un jour de plus...

L’Enfer est aussi absence. Il est ce vide meurtrier, cette certitude que plus rien n’est possible et jamais ne sera. Il vit dans l’ombre du salon, dans le coin de la salle, sous les combles ou la cage d'escalier, pendu au lustre de la chambre, s'y balançant tel un malheureux exibe sa vulgarité suicidaire, et grince encore des dents, les yeux revulsés, exorbités, bandant, pissant, pétant encore, lorsque la corde lui broie l'échine...

Il grouille. Il empeste. Il rampe dans l’obscurité. La nuit, les yeux rivés sur le plafond de nos insomnies, on l’entend encore ronger le frein qui nous préserve un peu, quel maigre fil, de céder à son emprise cannibale.

L’Enfer est partout, l’Enfer est ici, il  nous survit quand nous l’alimentons… quand il voile peu à peu le regard las et résigné d’un enfant,au sortir d’un champ de mines, qu’on a abandonné là,  à sa faim, et qu’on a livré aux mouches…
Il est dans  ces yeux qui se détournent, qui ne voient pas ou ne veulent plus voir,  qui ignorent les larves grouillantes  dans les orbites d'un petit tas d’os fragiles alors même qu’un léger souffle glaireux siffle, presque imperceptible, de ses poumons aussi rongés par les vers...

Et l'on vomit sur le bras du fauteuil, usé jusqu'à la corne. On vomit de comprendre que cette goutte d'encre est celle qui peut être coule aussi dans nos veines...

Xaba


[Lien supprimé. Pas de publicité dans les textes. Un modo insomniaque]

« Modifié: 05 Avril 2019 à 14:33:42 par Xaba »

J.

  • Invité
Re : L'Enfer..
« Réponse #1 le: 05 Avril 2019 à 10:55:21 »
Bonjour. J'ai lu, enfin parcouru ce texte. Déjà que je suis déprimé ! Alors, j'hésite, en cet instant précis, entre  vider une bouteille de rhum ambré ou  aller me pendre, d'un pas allègre, au gibet communal. À suivre...
« Modifié: 05 Avril 2019 à 10:56:54 par jonathan »

Hors ligne Chapart

  • Calame Supersonique
  • Messages: 1 639
Re : L'Enfer..
« Réponse #2 le: 05 Avril 2019 à 11:52:58 »
Salut salut,

Et bienvenue parmi nous !  :)

L’Enfer est une goutte de sang ou d’encre qui pointe, cruelle , en apparence indolente à la plume d’un stylo Parker!

il y a un espace en trop avant la virgule qui précède "en apparence": à plusieurs reprises dans le texte, il y a des espaces qui manquent ou sont en trop, je le signale juste une fois.

Menaçante et sombre, elle est compacte cette goutte, arqueboutée sur elle-même, à l’affût de l'instant précis quand elle se laissera tomber et que tout pourra enfin peut-être être expliqué.

L'instant précis "où" elle se laissera tomber sonne mieux, je trouve. / arc-boutée

Je crois que j'ajouterais une virgule avant "cette goutte"


Elle se lancera alors de sa tour de guet, à l’assaut d’une page vierge, d’un torchon sale, d’une lettre de cachet, d’une histoire que l’on imaginait devoir  écrire mais à laquelle on se refusait, à trop croire, à trop lire, et à réaliser, au dernier instant, en cette seconde ultime quand tout se fait évidence, cette nano seconde fatidique,  que l’Enfer nous est, depuis toujours, si famillier...

familier / la phrase est assez compliquée à comprendre. Je comprends le choix du rythme et les énumérations, mais j'ai pas trouvé ça entièrement maîtrisé: j'ai de la peine à comprendre à quoi "à trop croire, à trop lire" se rapporte: on se refusait à trop croire ? si oui, la virgule me semble de trop.

Je suis pas convaincu par les points de suspension à la fin de chaque paragraphe. Je trouve que le fait qu'ils apparaissent systématiquement casse un peu l'effet.

L’Enfer est proche. Nous le portons en nous. Il est tapi, ourdi, silencieux, secret, telle une pesante confidence ou tel cet autre remord enfoui au bazar de notre honte, fruit vert et acide de nos intimes confessions, bourgeon suppurant avant même d'éclore...

j'aime assez

Qui lui résistera ? Qui jurera ne pas entendre sa plainte muette, cette clameur assourdissante, jaillissante de l’intérieur, un long cri d’effroi, d’intense douleur,  des entrailles de l’innommable, de couloirs obscurs,  de cachots, d'oubliettes du temps où l’on perds jusqu’à l’espoir de l'immédiateté, où s'efface jusqu'à la moindre trace d'oubli...

jaillissant / perd / "espoir de l'immédiateté": un peu lourd, je trouve. / là aussi, j'ai de la peine à rattacher "des entrailles de l'innommable" au reste de la phrase

coin de la salle, sous les combles ou la cage d'escalier, pendu au lustre de la chambre, s'y balançant tel un malheureux exibe sa vulgarité suicidaire,

exhibe / il me semble que c'est grammaticalement incorrect; ça devrait être "tel un malheureux qui exhibe sa vulgarité suicidaire"

et grince encore des dents, les yeux revulsés, exorbités, bandant, pissant, pétant encore, lorsque la corde lui broie l'échine...

révulsés / le changement de ton (pissant, pétant) est un peu brutal. Mais pourquoi pas, en fait.

Il grouille. Il empeste. Il rampe dans l’obscurité.

C'est curieux subitement cette succession de points, alors qu'avant on avait des virgules. Du coup la répétition du "Il" me gêne un peu plus ici, je crois.

La nuit, les yeux rivés sur le plafond de nos insomnies, on l’entend encore ronger le frein qui nous préserve un peu, quel maigre fil, de céder à son emprise cannibale.

'quel maigre fil' est pas super bien intégré au reste de la phrase, je trouve.

quand il voile peu à peu le regard las et résigné d’un enfant,au sortir d’un champ de mines, qu’on a abandonné là ,  à sa faim, et qu’on a livré aux mouches…

pas convaincu par la construction de la phrase, ici


Il y a des constructions de phrases assez audacieuses et on sent que ça a été travaillé. La construction de certaines phrases longues ne m'a pas encore paru entièrement maîtrisée par endroits. J'aime bien le clin d'oeil au début avec la goutte d'encre qui revient à la fin. Peut-être qu'il m'a manqué une montée en tension vers la fin.

Mais globalement j'ai plutôt bien aimé.

Merci du partage !  :)
Chapart

Hors ligne Skid

  • Tabellion
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  • Le futur
Re : L'Enfer..
« Réponse #3 le: 05 Avril 2019 à 12:10:20 »
Ah ça fait plaisir une réponse à "qu'est ce que l'enfer" qui ne soit pas "les autres". Bien que j'ai peur qu'il ne nous soit pas tout à fait concevable, puisqu'il est en attente, qu'on ne puisse pas en appréhender la justice, ton texte en évoque ces deux aspects avec l'emphase poétique qui y sied, "où s'efface jusqu'aux traces d'oubli"! Une description que j'ai eu, est une colonne de feu pour chacun et lorsqu'ils ont soif, on leur sert du métal en fusion...  :-X ça rejoint la molle et visqueuse texture, la solitude envahissante due à l'indifférence.
Ce que vous faites est génial

Hors ligne Xaba

  • Tabellion
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Re : Re : L'Enfer..
« Réponse #4 le: 05 Avril 2019 à 14:40:41 »
Bonjour. J'ai lu, enfin parcouru ce texte. Déjà que je suis déprimé ! Alors, j'hésite, en cet instant précis, entre  vider une bouteille de rhum ambré ou  aller me pendre, d'un pas allègre, au gibet communal. À suivre...
Je choisirai les deux...la pendaison n'est souhaitable que si elle est allègre...


Salut salut,

Et bienvenue parmi nous !  :)

L’Enfer est une goutte de sang ou d’encre qui pointe, cruelle , en apparence indolente à la plume d’un stylo Parker!

il y a un espace en trop avant la virgule qui précède "en apparence": à plusieurs reprises dans le texte, il y a des espaces qui manquent ou sont en trop, je le signale juste une fois.

Menaçante et sombre, elle est compacte cette goutte, arqueboutée sur elle-même, à l’affût de l'instant précis quand elle se laissera tomber et que tout pourra enfin peut-être être expliqué.

L'instant précis "où" elle se laissera tomber sonne mieux, je trouve. / arc-boutée

Je crois que j'ajouterais une virgule avant "cette goutte"


Elle se lancera alors de sa tour de guet, à l’assaut d’une page vierge, d’un torchon sale, d’une lettre de cachet, d’une histoire que l’on imaginait devoir  écrire mais à laquelle on se refusait, à trop croire, à trop lire, et à réaliser, au dernier instant, en cette seconde ultime quand tout se fait évidence, cette nano seconde fatidique,  que l’Enfer nous est, depuis toujours, si famillier...

familier / la phrase est assez compliquée à comprendre. Je comprends le choix du rythme et les énumérations, mais j'ai pas trouvé ça entièrement maîtrisé: j'ai de la peine à comprendre à quoi "à trop croire, à trop lire" se rapporte: on se refusait à trop croire ? si oui, la virgule me semble de trop.

Je suis pas convaincu par les points de suspension à la fin de chaque paragraphe. Je trouve que le fait qu'ils apparaissent systématiquement casse un peu l'effet.

L’Enfer est proche. Nous le portons en nous. Il est tapi, ourdi, silencieux, secret, telle une pesante confidence ou tel cet autre remord enfoui au bazar de notre honte, fruit vert et acide de nos intimes confessions, bourgeon suppurant avant même d'éclore...

j'aime assez

Qui lui résistera ? Qui jurera ne pas entendre sa plainte muette, cette clameur assourdissante, jaillissante de l’intérieur, un long cri d’effroi, d’intense douleur,  des entrailles de l’innommable, de couloirs obscurs,  de cachots, d'oubliettes du temps où l’on perds jusqu’à l’espoir de l'immédiateté, où s'efface jusqu'à la moindre trace d'oubli...

jaillissant / perd / "espoir de l'immédiateté": un peu lourd, je trouve. / là aussi, j'ai de la peine à rattacher "des entrailles de l'innommable" au reste de la phrase

coin de la salle, sous les combles ou la cage d'escalier, pendu au lustre de la chambre, s'y balançant tel un malheureux exibe sa vulgarité suicidaire,

exhibe / il me semble que c'est grammaticalement incorrect; ça devrait être "tel un malheureux qui exhibe sa vulgarité suicidaire"

et grince encore des dents, les yeux revulsés, exorbités, bandant, pissant, pétant encore, lorsque la corde lui broie l'échine...

révulsés / le changement de ton (pissant, pétant) est un peu brutal. Mais pourquoi pas, en fait.

Il grouille. Il empeste. Il rampe dans l’obscurité.

C'est curieux subitement cette succession de points, alors qu'avant on avait des virgules. Du coup la répétition du "Il" me gêne un peu plus ici, je crois.

La nuit, les yeux rivés sur le plafond de nos insomnies, on l’entend encore ronger le frein qui nous préserve un peu, quel maigre fil, de céder à son emprise cannibale.

'quel maigre fil' est pas super bien intégré au reste de la phrase, je trouve.

quand il voile peu à peu le regard las et résigné d’un enfant,au sortir d’un champ de mines, qu’on a abandonné là ,  à sa faim, et qu’on a livré aux mouches…

pas convaincu par la construction de la phrase, ici


Il y a des constructions de phrases assez audacieuses et on sent que ça a été travaillé. La construction de certaines phrases longues ne m'a pas encore paru entièrement maîtrisée par endroits. J'aime bien le clin d'oeil au début avec la goutte d'encre qui revient à la fin. Peut-être qu'il m'a manqué une montée en tension vers la fin.

Mais globalement j'ai plutôt bien aimé.

Merci du partage !  :)
Chapart

Merci pour la lecture et les commentaires...j'ai immédiatement modifié la question des virgules...
Et justement sur ce point (virgule!), qu'ils soient de suspension ou finals, tout est une question de rythme et de respiration...Chacun appreciera selon ce qu'il respire, ou qu'il boite et lise en apnée..

Ah ça fait plaisir une réponse à "qu'est ce que l'enfer" qui ne soit pas "les autres". Bien que j'ai peur qu'il ne nous soit pas tout à fait concevable, puisqu'il est en attente, qu'on ne puisse pas en appréhender la justice, ton texte en évoque ces deux aspects avec l'emphase poétique qui y sied, "où s'efface jusqu'aux traces d'oubli"! Une description que j'ai eu, est une colonne de feu pour chacun et lorsqu'ils ont soif, on leur sert du métal en fusion...  :-X ça rejoint la molle et visqueuse texture, la solitude envahissante due à l'indifférence.
Amusant comme commentaire moi qui pensais justement hier, en ruminant ce texte, qu'au moment des fêtes, dans les épiceries de luxe, à la Madeleine, chez Fauchon ou Hediard, l'enfer c'est forcement Le Nôtre...
Merci pour le commentaire

[posts fusionnés. Merci d'éviter les double-posts]
« Modifié: 05 Avril 2019 à 15:02:07 par Chapart »

 


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