"Voici le début d'un texte, vos retours sont les bienvenus"
Accoudé au zinc Jacques est un Empereur, un Seigneur du troquet. Les troquets Jacques il les connait. Il les fréquentent, parce que c 'est chaud les rades, parce qu'il y a toujours moyen de pallasser, et puis de tant en tant il peut taper le carton.
Alors, il prend racine, puis un changement de propriétaire survient et il migre autre part, ailleurs.
Cette fois son bistrot fait le carrefour, il a pignon sur le boulevard. Boulevard sur lequel il traînait ses grolles quand il était minot.
Son école était a deux pas. L'école c’était pas son for. C'était plus le genre mauvaise graine, un brin gringalet, les sourcils froncés, plutôt solitaire.
Il cherchait pas la castagne fallait pas non plus le toiser trop longtemps du regard.
Son frangin était dans les parages en cas de baston. Il le défendait pour sûre. Son grand frère, c’était le poto...Le genre de type qui va lâcher sa gonzesse pour envoyer un ou deux bourres pifs si son petit frère doit en découdre.
Les autres, ils aimaient pas bien Jacques. Jacques il était mystérieux. Ce mystère qui dérange dans une cours d'école.
Ce mystère, une faille invisible mais ouverte par l’absence d'une mère. Son frère à s'en doute décidé ce jour là, sans le savoir, de le protéger contre vents et marée.
Mais un jour du haut de ses onze ans un lascar lui a demandé ou était sa mère. Le minot a vu rouge le lascar n'a eu qu'a se rhabiller. Jacques a été renvoyé, son père l'a expédié chez les tantes, pour qu'il travail à la ferme.
Accoudé au zinc Jacques a son avis sur tout, politiquement nul part, personne ne l'a jamais aidé. Jacques c'est le gars qui s'est construit tout seul. Le genre de bourlingueur issu d'une génération ou il fallait se démerder. Génération qui croyait au mérite, qui croyait au travail et qui dit maintenant : "Avant y avait du respect, avant c'était mieux ! Alors ouais on n'a pas beaucoup été à l'école ! Mais on savait se lever d'bon heure s'il fallait". Le verbe aussi haut que son verre est plein. Faut dire que chez les tantes il a trimé. "L'école de la vie" comme elle disait. Le coq pour réveil puis les bêtes pour travail. L'échine courbée, il ne s'est jamais plein pendant ces trois années.
Jacques il a été ferrailleur, plombier, maçon...Il a les paluches du travail, endurci par le froid, les coups, le labeur manuel.