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Le Monde de L'Écriture » Coin écriture » Poésie (Modérateur: Claudius) » Conversation mortelle

Auteur Sujet: Conversation mortelle  (Lu 5391 fois)

Hors ligne Lavekrep codaraque

  • Calliopéen
  • Messages: 416
Conversation mortelle
« le: 16 Mars 2019 à 21:44:23 »
Te voilà revenu sur le lieu de tes crimes.
Dans cette ville ouverte au pire souvenir.
En prenant des chemins sans aucun avenir,
Te voilà revenu sur le lieu de tes crimes.

Tu pensais en partant conquérir un empire,
Croyant être au retour cousu d'argent et d’or,
Mais tu es devant moi, là dans la chaux, tu dors.
Je ne sais toujours pas quel sentiment m'inspire.

Jamais je n’ai pensé conquérir un empire,
Que je pourrais t'offrir ma reine, mon amour.
Je voulais pour ton cœur des mots faits de velours,
Et te dire par toi quel sentiment m'inspire


J’admets ma lâcheté, je reconnais mes torts.
Cent fois, j’aurais voulu sur mes pas revenir.
Cent fois, j’aurais voulu une lettre t’écrire.
Mais je suis devant toi, là, dans la chaux, je dors.


Longtemps, j’ai cru en nous en ma prime jeunesse,
Quand nous jouions ensemble aux portes du temps doux,
J’avais les sentiments envers toi les plus doux.
Longtemps, j’ai cru en nous en ma prime jeunesse.

Dans les bois de genêt, au milieu des prairie,
Quand nous jouions ensemble aux portes du temps doux,
Quand nous égratignions ensemble nos genoux.
Le soir, je nous voyais au pied de la mairie.

Je n’ai été qu’un fou, voulant se faire la belle.
J’aurais dû nous garder, dû nous revoir quand nous,
Quand nous égratignions ensemble nos genoux
En voulant attraper les roses les plus belles.

En voulant attraper la rose la plus belle,
Il nous arriva de trébucher tous les deux
Dans les bras l’un de l’autre et mes yeux dans tes yeux
Pareils à la lionne accompagnant Cybèle.

Un jour, tu es partie, la rose s'est flétrie.
Les rosiers sont coupés. Passe le temps du faon,
Des baisers innocents, quand, belle illusion,
Je nous voyais heureux au pied de la mairie.

Toi, vêtu de draps bleus et moi, en traîne blanche.
Les rosiers sont coupés. Passé le temps du faon,
Vient l'heure de l'adulte et du cœur qui se fend
Sur le spleen acéré qui tombe en avalanche

Le soir, je nous voyais au pied de la mairie,
Mais ton père est venu et il m’a ordonné
De m’en aller au loin et de t’abandonner.
Alors je suis parti mourir pour la patrie.

Moi, vêtu de drap bleu prisonnier des nuits blanches
Où le sang coule à flots jusqu’au fond des ruisseaux,
Où nous étions tremblant à l’abri des boisseaux.
À attendre l’enfer, massacre en avalanche...

Tu as tout emporté, mon amour, ma jeunesse
Mon cœur est asséché, mes yeux ne pleuvent plus
Sur le toit des mes rêves. Non ! Je ne t’aime plus.
Tu as tout emporté, mon amour, ma jeunesse

Je suis mort-vivante, un fantôme qui se grime.
Le jour où tu as fui, tu m’as assassinée
À coups de peine au cœur que tu m’as assénée
Te voilà revenu sur le lieu de tes crimes

Il a tout emporté, mon amour, ma jeunesse.
Je l'ai frappé là, oui ! Juste là, en plein cœur.
À grands coups de couteau sans pitié et sans peur.
C'est dans le désespoir que le soir, les fous naissent.

Moi, j'étais revenu pour tenir ma promesse.
Il m'a fait arrêter et jeté en prison.
Il m'a fait torturer, passer à la question.
C'est dans le désespoir que le soir les fous naissent.

Tu es réapparu, mais sans que je le sache.
Alors qu'il t'accueillait avec toute amitié
À grands coups de couteau sans peur et sans pitié
Tu as tué mon père, un vieillard, comme un lâche.

Tu es réapparu, mais sans que je le sache.
Moi, j'aurais préféré te voir te balancer
Sur la place pendu, jouant au balancier
Mais derrière la mort du lâche, tu te caches.

Cela m'a rendu fou d'être accusé sans preuves.
Il m'a fait torturer, passé à la question.
J'ai scié mes barreaux, couru vers ta maison
Pour aller le tuer et plonger dans le fleuve

Je n'ai pas eu besoin au cou mettre une corde.
L'eau froide m'a saisi, entraîné vers le fond.
Le filet d’un pêcheur m’a traîné sous le pont.
Ils n'ont pas eu besoin au cou me mettre corde

Ta mort fut sans saveur, je voulais ma vengeance.
Sur la place ton corps, jouant au balancier
Et puis regarder faire un corbeau supplicier
L’assassin de mon père et de mes espérances.

Toi, tu ne souffres pas, oubliée ma vengeance.
La chaux fait son travail, je sais mon devenir.
Je suis mort-vivante, je connais l’avenir
Du fantôme grimé mettant fin aux souffrances.

C’est au petit matin, quand la brume se lève,
Que vint le fossoyeur et son plus jeune élève.
Sans prêter attention à la terre première
Il ont couvert deux corps privés de mise en bière.
Ils ont fermé le trou, triste concession.
Ainsi, ils mirent fin, à la conversation.

Au lieu-dit de la rose et de l’âme perdue,
Où l’on jetait les corps des noyés, des pendus,
Il se dit aujourd’hui, qu'on entend des palabres
Parcourant les buissons et les branches des arbres.

Quand le soleil se pose, aux portes du temps doux
Un vieux couple d’enfants se fait la courte-échelle,
S’étire et s’égratigne un peu de leurs genoux
En voulant attraper les roses les plus belles
.
[/i][/b]


























« Modifié: 17 Mars 2019 à 12:14:40 par Lavekrep codaraque »
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Hors ligne Angieblue

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    • Easyzic
Re : Conversation mortelle
« Réponse #1 le: 17 Mars 2019 à 00:26:00 »
Et bien, c'est un travail d'orfèvre!
C'est brillamment construit au niveau de la métrique et de la reprise en écho de certains vers.
On sent qu'il y a eu beaucoup de travail et que tu as une bonne culture classique.
On se croirait dans une tragédie de Shakespeare ou de Corneille.
C'est une bonne idée cet échange poétique entre les deux protagonistes, le fait de faire s'entrecroiser leur monologue.

Les deux strophes finales qui clôturent l'histoire sont vraiment magnifiques, et j'aime beaucoup la construction en boucle, avec à la fin, le rappel de la scène de l'enfance heureuse et innocente.

Il y a beaucoup de vers que je trouve très fins, élégants et inspirés, comme ceux où il est question des roses en général, puis de la rose la plus belle (clin d'œil à Saint Exupéry "Le petit prince"), ou les suivants:
"Toi, vêtu de draps bleus et moi, en traîne blanche"
"C'est dans le désespoir que le soir, les fous naissent"
J'aime aussi l'expression "aux portes du temps doux"

Il y a juste deux vers où le strict respect de l'alexandrin dessert le sens:

La suppression du pronom réfléchi "se" dans "Je n’ai été qu’un fou, voulant faire la belle." (Tu aurais pu dire: Je n'étais qu'un fou voulant se faire la belle)

L'absence du COI "nous" dans: "Parfois, il arriva de tomber tous les deux" (Il faudrait supprimer le "Parfois" et dire quelque chose comme : Il nous arriva de trébucher tous les deux)

Les autres fois où tu as fait le même genre de suppressions pour ne pas trahir l'alexandrin, ça passe très bien.

Donc, hormis ces deux petites faiblesses dans le texte, que tu peux facilement corriger, c'est EXCELLENTISSIME!!!
 :roidumonde:









« Modifié: 17 Mars 2019 à 00:34:40 par Angieblue »
Angie

Hors ligne B.Didault

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    • Bernard Didault
Re : Conversation mortelle
« Réponse #2 le: 17 Mars 2019 à 08:19:45 »
Bonjour Lavekrep,

Ton travail titanesque mérite plusieurs lectures, une pour les émotions, une pour les sensations, une pour la construction.
Pour ce qui est des émotions et des sensations, je me permettrais de rallier l'avis d'Angieblue, qui l'exprime mieux que je ne pourrais le faire (allongés dans une excavation, cela va de soi).

En revanche, à la première lecture, j'ai eu comme un flash (bien que je fus ébloui à toutes les lectures) : J'imaginais un duo chantant ce texte.

Pour ce qui est de la construction, je dirais qu'elle frise la perfection - qui théoriquement n'existe pas -
En effet si l'on considère cinq synérèses, ce qui est ton choix (questi-on x 2, supplici-er, attenti-on et conversati-on), tu conserve la diérèse de concessi-on. Personnellement je n'y vois aucun inconvénient parceque je ne suis pas un maître de la prosodie?

Dernier point, si je compte bien sur mes douze doigts !
Citer
Sur / le / toit / des / mes / rê / ves. / Non ! / Je / ne / t’ai / me / plus.
Je compte treize syllabes !
... et un "S" intempestif.

Mais proportionnellement au travail effectué, ce ne sont que d'infimes détails, relevés par un puriste incapable d'en faire autant.

Un grand merci pour ce magnifique partage.
(Pour les douleurs articulaires des chevilles, j'ai un bon gel !)
Bernard
- La poésie est un art, une belle aventure, la dentelle de l’écriture.
- La haine est le venin de l’amour,
  Le sarcasme est celui de l’humour.
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Hors ligne Lavekrep codaraque

  • Calliopéen
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Re : Conversation mortelle
« Réponse #3 le: 17 Mars 2019 à 11:10:06 »
Bonjour Angieblue et bonjour Bernard,
Je vous remercie pour vos beaux compliments qui(j arrête d'être faux- cul) me flattent énormément.
Merci aussi pour votre aide, dont je vais tenir compte.
Je vais utiliser un peu de ma mauvaise foi(car tout utiliser ferait que ça deborde).
Puisque Bernard me dit qu'on pourrait en faire une chanson (et je suis sûr qu'Angie sera d'accord avec moi) adieu toutes les régles, les trucs et les machins adieu tout ces bidules qui font dis/cu/ssi/on.  "Sur le toit de mes rêves" du coup, :ned:  deviennent six ce qui fait qu'à la fin il ne sont plus que douze :aah: :banane: :pompom:.
 :viviane: :ned: Tes douze doigts me font bien rigoler car il faut dire que là tu joues petits doigts.
Car moi, quand je suis né on en comptait quatorze( une petite imperfection qui a été corrigée, héritage de famille que je n'ai pas manqué de transmettre)
Bonne journée.
« Modifié: 17 Mars 2019 à 11:24:07 par Lavekrep codaraque »
Mourir est un manque de savoir vivre (Dac)
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Hors ligne Angieblue

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    • Easyzic
Re : Conversation mortelle
« Réponse #4 le: 17 Mars 2019 à 11:33:18 »
Ah oui, c'est vrai, mes propositions, ça fait 12 syllabes, mais il n'y a plus le rythme 6/6. Est-ce vraiment grave?

Et pour le vers cité par Bernard, il y a une solution qui est:

Du toit de mes rêves/Non! je ne t'aime plus

Je pense qu'il faut être infidèle au mètre classique, seulement si son strict respect fait perdre de la puissance aux images que tu veux transmettre. Dans ce cas, tu peux déborder d'une ou deux syllabes comme en chanson.

Mais bon, vu le style de ton texte, ça serait bien de le conserver ce fameux alexandrin classique, sauf peut-être au niveau du rythme 6/6, comme dans les deux exemples que j'ai cités, et seulement s'il n'est pas possible de faire autrement...

Bon courage, pour ta décision finale. J'attends avec impatience la version définitive :).

Je viens de voir tes modifications, c'est parfait!!!

Et je t'annonce que ton texte est mon coup de cœur, car c'est du haut haut haut niveau! et que je suis très très très impressionnée!


« Modifié: 17 Mars 2019 à 11:48:37 par Angieblue »
Angie

Hors ligne B.Didault

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Re : Conversation mortelle
« Réponse #5 le: 17 Mars 2019 à 12:08:22 »
Citation de: AngieBlue
Je pense qu'il faut être infidèle au mètre classique, seulement si son strict respect fait perdre de la puissance aux images que tu veux transmettre. Dans ce cas, tu peux déborder d'une ou deux syllabes comme en chanson.
Merci AngieBlue ! Cette remarque me libère. Souvent les critiques (pas obligatoirement négatives) ramènent à la prosodie quand la beauté du texte nous la fait oublier.

Lavekrep, sans vouloir t'offenser, en parodiant un dicton, j'oserais :
"C'est une vielle huitre qui nous fait une belle perle"

Ton poème est em...bêtant, il rappelle les yeux !
Après une nième lecture :
Citer
Il nous arriva de, trébucher tous les deux
Mais que viens faire cette virgule dans cette galère !

Citer
L'eau froide m'a saisi, entraînée vers le fond.
ôtes-moi d'un doute. C'est bien un garçon qui parle ici ?

Désolé, je pense déguster ce poème au moins une fois par jour, pour apprécier d'être en vie et de pouvoir te lire !
Amicalement.
Bernard
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Hors ligne Alan Tréard

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Re : Conversation mortelle
« Réponse #6 le: 19 Mars 2019 à 14:12:52 »
Bonjour Lavekrep,

Bon, bah j'ai compris ce qui me troublait dans ta poésie, finalement, j'ai lu ce poème trois fois avant d'y voir un petit quelque chose.

En fait, tu abordes énormément le thème de la culpabilité, beaucoup de tes écrits tournent autour de ça (je pensais notamment à ton précédent poème sur le harcèlement). Et ce genre de thématique, on le retrouve souvent dans les œuvres idéologiques ou religieuse avec les jugement divin et ce genre de trucs ; or je ne vois jamais de traces de ce qui pourrait s'apparenter à une obédience ou à une doctrine dans tes écrits, plutôt une multitude d'émotions qui émergent au fil de l'inspiration, pas de sectarisme à proprement parler.

Donc en fait, je me demande pourquoi tes poèmes tournent autant autour du thème de la culpabilité, je me demande si ça a un rapport avec des choses plus intimes ou si tu es dans une recherche particulière, dans l'exercice de style ou ce genre de choses.

Hors ligne Lavekrep codaraque

  • Calliopéen
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Re : Conversation mortelle
« Réponse #7 le: 29 Mars 2019 à 23:32:54 »
bonsoir Alan,
excuse-moi pour le temps que j'ai mis à te répondre.
Je pense qu'on est tous coupable de petites choses, mais vraiment, ça ne me travaille pas du tout. Mon seul soucis dans la vie, c'est de la traverser sans faire de tort à quiconque.
J'essaie de raconter des histoires qui peuvent toucher celui ou celle qui la lit et le plus souvent elles me viennent spontanément sur le fond. Le travail étant de trouver la forme.
bonne soirée.
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Hors ligne Alan Tréard

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Re : Conversation mortelle
« Réponse #8 le: 30 Mars 2019 à 10:36:17 »
Merci pour tes explications, Lavekrep !

 ^^ Pas de soucis, je peux patienter.

 


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