C’est délicat, juste de quoi être agréable sans en faire trop. C’est doux, mélange de souffle et de caresse. Une brise de printemps qui vient vous effleurer la joue annonçant le retour des beaux jours. Une légère chaleur sur votre peau réchauffant votre visage, votre esprit et votre cœur.
Vous fermez les yeux. Vous inspirez...
Un sourire apparaît sur vos lèvres. Vous pouvez enfin respirer, juste respirer sans sentir un poids dans votre poitrine. L’air rentre et ressort avec fluidité de votre bouche, en passant par votre gorge jusqu’aux poumons puis dans l’autre sens, sans obstacle, c’est facile, limpide. C’est incroyable. Cette sensation que vous découvrez ou redécouvrez, que vous aviez oubliée, laissée dans une infime partie de votre inconscient vous permettant tout de même de tenir. Cette sensation réconfortante, vous êtes rassuré, en sécurité. Vos pieds sont ancrés dans le sol mais vous vous sentez flotter, planer. Le monde vous appartient, vous le survolez, contemplant la nature qui vous entoure. Vous vous allongez dans l’herbe fraîche et vous fermez les yeux quelques secondes, vous mettez tous vos sens en exergue. Le chant des oiseaux vient égayer vos oreilles. L’odeur de l’herbe coupée vous replonge dans vos souvenirs d’enfance. Rien ne peut se confronter à cette sérénité, à ce lâcher prise.
Vous ouvrez les yeux en prenant une grande inspiration. L’air bloque, vous sentez une boule dans votre gorge. Votre respiration est douloureuse. Vous cherchez l’herbe dans laquelle vous vous êtes endormi, vous ne sentez plus cette chaleur, seulement l’humidité de votre peau transpirante. Le silence est pesant. Vous suffoquez. Que se passe-t-il ? Tout est noir autour, tout est inquiétant. Votre respiration s’accélère, vous entendez votre pouls à travers votre poitrine. Vous avez peur, vous ne savez pas de quoi.
Vous tâtez autour de vous, à la recherche d’une solution, vous tombez sur quelque chose. Un bouton. Vous hésitez. Comme si appuyer dessus pouvait activer une bombe nucléaire. Vous inspirez, vous bloquez et vous pressez la touche. Vous vous recroquevillez, fermez les yeux très fort et mettez vos bras sur votre tête. Pas de bruit, pas d’explosion. Vous soulevez vos paupières délicatement. Vous n’êtes plus dans le noir, la lumière s’est allumée et vous brûle les yeux. Vous mettez un petit temps à vous adapter et puis vous comprenez. Vous êtes dans votre chambre, dans votre lit. Vous réalisez. Ce n’était qu’un rêve à la fois magnifique et abominable.
Magnifique car vous avez ressenti cette chose qu’on appelle le bonheur, vous l’avez touché, aimé, adoré.
Abominable car rien n’était vrai. Il ne laissera rien derrière lui, pas même un souvenir ou alors seulement l’ombre d’une pensée amère qui vous rappellera que le bonheur n’est pas à votre portée, qu’il s’agit en réalité d’une ambition inconsciente de votre vie angoissante.
Vous vous sentez bête, stupide d’avoir cru un instant mériter d’être heureux, d’avoir cru pouvoir accéder à une utopie inaccessible. Qui êtes-vous pour avoir cette chance ? Personne. Vous n’êtes qu’un pion qui doit survivre parce qu’il a la chance de vivre. Ce n’est pas un choix mais une obligation, parce que comme on ne choisit pas de vivre, on ne choisit pas de mourir, c’est comme ça que ça marche.
Le temps est votre ennemi, vous le combattez jour après jour, année après année jusqu’à ce qu’il soit las de vous. Et parfois vous replongez dans cet endroit paisible où tout semble logique. Peut-être que c’est ce qui vous fait tenir ou peut-être que c’est ce qui vous enfonce. Mais appréciez-le, permettez vous d’y retourner, donnez-vous ce répit, ce plein d’énergie et surtout ne l’oubliez pas.