« Séance du 15 décembre : Tom est toujours persuadé qu’il peut être heureux, toutes mes tentatives sont un échec. Je dois trouver autre chose avant qu’il n’y crois vraiment. Note à moi même : Penser à traitement médicamenteux. Fin »
« Moi j’ai décidé d’être heureux et de voir le verre à moitié plein » disait Tom.
Sans conteste son médecin pensait que c’était lui qui avait vidé la moitié du verre.
Le docteur Dumont avait face à lui son plus grand projet comme il l’appelait. Des années de thérapie ne suffiraient sans doute pas. Quelle folie de croire qu’on peut être heureux !
« Docteur, vous me comprenez ? J’ai envie d’être heureux »
« Humm …, et vous, vous en pensez quoi ? Pensez vous que c’est possible, je veux dire que c’est un état, qu’on décide d’être ou ne pas l’être ? »
« Je ne sais plus docteur, je… je… Je voudrais, je crois oui »
« Humm… , mais encore ? »
« je… »
« Tom la séance est terminée»
« Séance du 27 décembre : Tom est venu me voir aujourd’hui avec toujours cette même conviction. Il pense avoir le choix. Malgré ces deux ans de thérapie rien n’y fait, il ne comprend pas ou ne veux pas comprendre. Nous avons un autre rendez vous jeudi, il doit me montrer une chose qui le rend heureux peu être qu’à ce moment la j’arriverais à saisir l’occasion de lui faire comprendre en étant plus incisif. Lui parler des médicaments. Terminé »
En sortant du cabinet Tom avait l’air dubitatif, il ne savait plus trop quoi penser.
Il déambulât les rues de la ville, chevauchant son vélo tout rouillé, à la recherche de réponses.
Après chaque séance Tom partait faire le tour de la ville pour se vider l’esprit.
Je ne suis pas fou pensait Tom.
« Alors Tom, m’avez vous apporté un objet qui vous rend heureux ? »
« Oui, tenez c’est la photo de ma mère »
« Humm…Tom, votre mère est morte »
« Je sais oui mais son souvenir me rend heureux »
« Heureux ? Tom, il faut faire des efforts, nous travaillons depuis longtemps sur le sujet. Le bonheur n’existe pas. C’est un concept inventé par des fous pour fuir la réalité. Comment le souvenir de votre mère morte pourrait vous rendre heureux ?
Je pense que nous devrions tenter une nouvelle approche pour vous remettre sur le droit chemin. Connaissez vous le Mal-ax »
« Oui, j’en ai entendu parler. Vous croyez que c’est nécessaire dans mon cas ? »
« Ecoutez Tom, depuis deux ans j’essaie de vous faire comprendre que ce concept inventé par des faliénés utopistes n’existe pas. C’est de la folie de croire qu’on peut être heureux. Nous ne sommes pas disposés à être heureux. C’est impossible. Ouvrez les yeux et observez le monde. Vous n’êtes pas le premier patient que j’ai qui s’interroge sur cette idée, mais pour votre bien il va falloir oublier tout ca. Si vous vous obstinez je vais devoir vous recommander un confrère dans un établissement approprié. »
« Et vous docteur vous n’êtes donc pas heureux ? »
« Tom, j’ai perdu ma femme et ma fille, je travaille 19 heures par jour. Je n’ai pas le temps pour ces sottises. Ma femme pensait comme vous, que le bonheur existe qu’il est une chose qu’on acquière, qu’on choisit. J’ai dû la faire interner en clinique spécialisée, elle a finit par faire une dépression et a entrainé notre fille dans sa chute qui a mit fin à ses jours. A trop vouloir chercher quelque chose que l’on n’a pas on finit mal Tom. »
« ha.. Je ne savais pas je suis désolé.. »
« Tom, il faut vous résigner, on a la vie qu’on nous donne à la naissance, notre avenir est tracé choisit pour nous d’avance. Pas de superflu, pas d’imprévus. »
«Je comprends oui. Au revoir docteur »
« Séance du 3 janvier, j’ai parlé des médicaments à Tom, je pense que nous allons avancer, enfin. Il semble en doutes. Terminé »
« Finalement le docteur à peut être raison, puis après tout si je vois un psy c’est que je suis fou ! »
En regardant tout autour de lui Tom comprit pourquoi le docteur lui parlait de « rentrer dans le rang ».
Les cliniques spécialisées poussent comme des champignons aux quatre coins de la ville, remplies de ces utopistes en mal-vivre , comme dirait le docteur Dumont.
Les gens marchaient tête baissée dans la rue, les pas lourds. « Métro, boulot, dodo ».
Pas un seul n’arborait un sourire. Est ce que c’était ca la vie ? Travailler pour payer les factures, acheter une maison, se marier, faire des enfants, travailler encore plus dur pour subvenir aux besoins de la famille, payer les études des enfants…
Comme une fourmilière qui se dissipe au coin d’une rue, chacun rentrait chez lui retrouver sa famille, attendant que la nuit tombe et qu’une autre journée recommence.
Une vie rythmée de manière bien précise comme les battements d’un cœur.
Une vie tracée d’avance.
« Je dois me résigner, et faire comme les autres » se dit Tom
« Le docteur a surement raison, c’est de la folie de croire que je pourrait être heureux, je ne sais plus. »