Bonjour tout le monde,
Je me lance, voilà voilà. Premier texte. Ne vous attendez pas à un truc merveilleux. En recherche d'avis, d'idées...
Merci d'avance.
Habitudes. Rituels. Deux petits mots qui ont bercés l’histoire de l’Humanité.
Eva. 29 ans. Fraîchement divorcée. Un chien. Sans enfant. Studio avec jardinet. Un boulot de merde.
Voila comment on peut résumer sa vie.
Chignon sur la tête tenu par un simple crayon, lunette rectangulaire elle venait de se réveiller. Tête embuée, elle va ouvrir la porte pour que son chien puisse se soulager. Jogging, basket et polaire pour se protéger du froid matinal, elle prend harnais et laisse afin de promener Giant. Un des seuls moments de sa journée où elle est heureuse, c’est en présence de son chien.
Après 15 minutes de promenade dans la campagne, ils rentrent. Gamelles vidées, lavées et remplies ; Eva se prépare. Pas besoin de grand-chose. Elle ne se maquille pas. Restera en jogging. Juste déodorant, parfum et gant sur le visage fera l’affaire. Un bon petit-déjeuner néanmoins car un de ses plaisirs est de manger.
« 9h15. Pffff. Déjà ? » se dit-elle.
Un coup de brosse à dent rapide. Elle sort tous les jouets possibles. Prend son sac et ses clés. Et s’en va, le cœur serré de laisser son chien seul jusqu’à 18h. Les pignements de Giant ne font qu’amplifier son sentiment de culpabilité.
« Tu pars, tu le laisses, pour un travail de merde. Vivement se soir ».
18h00. La libération. Elle quitte son travail, le cœur léger de retrouver celui qui maintenant est le seul partenaire de sa vie.
18h10. La clé tourne dans la serrure et là c’est le déluge de joie, de bonheur et de retrouvailles autant pour la bête que pour l’humain. La pression, la tristesse de la journée passée retombe pour laisser place au bonheur. Celui d’être ensemble à nouveau. Même rituel que le matin. Harnais, laisse et ils sortent pour se promener. Sortir de ce studio le plus possible.
La promenade du soir est plus longue que celle du matin. Promenade en voiture tout d’abord de dix minutes pour avoir accès au parc et à la forêt. Puis dix minutes de laisse afin de s’enfoncer dans les bois. Libération de Giant. Course, jeux, marche, repos… jusqu’à ce que le jour commence insidieusement à baisser. L’hiver les promenades sont plus courtes et plus incertaines car Giant n’aime pas la pluie ni le froid malgré le gros manteau qu’il porte à cette saison.
Une fois rentrée chez soi, croquettes dans la gamelle et préparation du dîner. Douche. Pyjama.
Et enfin le moment de détente et de tendresse. Havre de paix dans une journée bien rythmée. Eva a ses habitudes. Chaque soirée à son programme. Une série, un film, une émission, un reportage, un jeu … Son programme est effectué tous les dimanches pour la semaine suivante.
Voici comment se déroule quatre journées sur sept de la semaine d’Eva. Les journées qu’il lui reste, sont les jours de joies. On pourrait croire qu’elles sont anarchiques mais pas du tout. Tout est millimétré pour ne perdre aucun moment et profiter de tout sans rien regretter.
Le Mercredi commence par une grande promenade avec Giant pour ensuite aboutir à un énorme petit-déjeuner. Gaufres ou pancakes, œufs brouillés, jus de fruits frais, confitures, sirop d’érables, fromages… Un petit-déjeuner digne de la famille Van Der Woodsen.
Elle ne se prive de rien.
La journée ensuite continuera avec une visite d’un lieu, d’un monument, d’un village avec ou sans Giant selon la météo et la possibilité des lieux. Elle aime par-dessus tout pouvoir immortaliser ses découvertes avec son réflex.
Généralement la visite s’achève par un petit café branché ou salon de thé avant de rentrer chez elle. Petit plaisir malgré son budget restreint.
Enfin de retour chez elle, elle se fait un petit moment cocooning avant le goûter. Soin du visage, du corps etc… Elle ne se maquille pas mais cela ne l’empêche pas de prendre soin d’elle avec ce qu’elle trouve dans son placard, pas d’argent à dépenser dans une crème gommante ou un masque hydratant alors que du sucre et un yaourt font très bien l’affaire.
Quand l’heure du goûter approche, c’est un autre rituel qui se met en place. Café avec un peu de sucre, pain de mie grillé avec son beurre et son chocolat noir et quelques gourmandises comme les marshmallow ou les oursons à la guimauve qu’elle raffole. Mais ce qu’elle aime par-dessus tout, et qui n’est en rien la cause de son célibat, c’est le fait de regarder tous les mercredis après-midi un dessin animé Disney. Moment de régression total, de souvenirs d’enfance. Engloutie sous une immense couette et oreillers moelleux avec pour chauffage géant contre elle son chien. Moment de paix et de réconfort absolu. Le temps s’arrête et revêt ses plus beaux atouts.
Une fois cette pause magique terminée, petite promenade du soir. Croquettes, dîner, télé.
Une fois par mois, le mercredi soir elle délaisse le temps de quelques heures, Giant pour voir quelques copines autour d’un dîner maison ou d’un restaurant qu’elle réussit à payer à force d’anticipation et de bons de réductions sur les courses des semaines antérieures. Personne ne voit que son quotidien s’est endurcie et qu’elle n’est plus vraiment celle qu’elles connaissaient avant.
Puis le sommeil arrive remplit de tristesse à l’annonce des deux journées de travail qui arrive. Heureusement le week-end est proche. Ritualisé comme son mercredi.
Samedi, jour de marché.
Elle prend Giant. Elle s’assoit dès 8h00 à la terrasse de son café ou en pleine salle. Elle est devenue une habituée et son chien n’est plus un problème pour le gérant du café. Toujours la même commande. Café noisette, croissant et jus d’orange. Son plaisir du Samedi matin qui consiste à sortir, voir du monde et manger loin de la solitude.
9h00 elle fait son tour de marché. Prend ses fruits et ses légumes, son pain et va ensuite dans son petit magasin bio pour prendre ces céréales et légumineuses, ses boissons végétales… Les économies qu’elle dépense en restaurants et cafés elle le fait sur la viande, le poisson et le fromage animal qu’elle ne consomme plus. Elle cuisine tout elle-même. Ca l’occupe et elle est fière au moins de réussir ça.
A 11h00 elle rentre chez elle, se prépare à manger. Elle se cale devant la télé. Le samedi après-midi est le moment où elle appelle toute la famille. D’abord sa mère, son père, sa sœur. Cela permet de remplir la journée. Le soir elle poste les photos de sa semaine, les textes de ses découvertes sur son blog qui au départ été privé mais qui est devenu public quand sa vie d’avant s’est effondrée.
A l’heure du film, elle se prépare un gigantesque saladier de pop-corn salée agrémenté selon son envie de beurre, d’huile de coco ou autre… En pyjama, emmaillotée dans sa grosse couette, son chien entièrement recroquevillé contre son ventre et entourée d’oreillers à gogo la soirée film peut commencer. Soirée qui se continuera par un des DVD qu’elle aura emprunté à la bibliothèque municipale. Elle se couchera aussi tard qu’elle le peut pour se lever aussi tôt qu’elle le pourra. Pas moyen de rater une seule minute de ses journées de repos.
Une fois par mois environ, elle retrouvera un autre cercle d’amies au restaurant. Quelques instants qui lui permettent d’échapper à sa solitude humaine.
Dimanche matin, elle se prépare un style de brunch pour ne pas avoir à manger deux fois. Gain de temps.
Elle prépare ses affaires pour sa semaine de travail, comme cela c’est fait on a plus à y penser. Petite balade avec Giant. C’est le jour où elle planifie tout. Ses menus, son programme du soir, ses courses, ses habits… Tout. Comme ça la semaine elle à juste à profiter du moment présent. Surtout avant, après son travail et pendant ses jours off.
L’après-midi, c’est le moment où elle se détend dans sa baignoire, prendre soin d’elle tout en écoutant sa musique du moment, son livre du moment. Elle feuillette ses e-magazines de la semaine.
Et arrive l’un de ses moments préférés et redoutés à la fois. Le temps du moment où elle se sert son verre et qu’elle se prépare son plateau télé en style apéro-dinatoire afin de rendre sa vie un peu plus luxueuse qu’elle ne l’est en réalité. C’est vrai, apéro-dinatoire sonne chic.
La nuit tombe, le film du dimanche se termine, le sommeil arrive et Eva est prête à recommencer le cycle de ses semaines. La seule chose qui la sauve c’est son chien, ses rituels et ses habitudes et le fait de savoir que même si elle a un boulot de merde, il a l’avantage de s’arrêter pour chaque vacance scolaire.
Parfois, Eva pense à ses rêves, à sa vie d’avant. A l’enfant qu’elle voulait avec son mari et la maison dans laquelle elle vivait.
Maintenant, elle ne sait plus. Elle n’aime pas son travail et n’est pas bien payé. Mais elle a trois jours plein avec son poilu contre deux dans la plupart des emplois. Elle a toutes les vacances scolaires pour être avec son poilu alors que les autres n’ont que cinq semaines.
Sa vie n’est pas merveilleuse, elle ne peut pas dire qu’elle est véritablement heureuse. Mais la vie pleine d’habitudes et de rituels lui permet de rester la tête hors de l’eau. La compagnie et l’amour réciproque de son chien la remplit de bonheur.
Son seul point de tristesse est de laisser seul son chien pour son travail de merde.
Alors Eva a décidé de déroger à ses habitudes pour une seule journée et régler l’un de ses points de tristesse.
Elle n’aime pas son travail, elle postule un peu partout mais personne ne lui répond pour le moment.
Alors à défaut de changer de travail, Mercredi dernier elle est allée avec Giant prendre un autre chien. Plus d’amour, plus de compagnie pour eux deux.
On dit bien « plus on est de fous plus on rit ». Et le rire n’est-il pas une des portes qui peut mener au bonheur ?