"Avertissement au lecteur : le texte qui suit porte la mention “contenu explicite” car il contient des éléments susceptibles de choquer la sensibilité des plus jeunes"
J’attends.
J’attends mon burger.
Enfin, mon Cheeseburger. Avec double tranche de steak et double dose de ketchup. J’ai envie que la sauce coule le long de mon menton dès la première bouchée. J’ai envie d’en mettre partout puis de rincer mon gosier avec un bon Coca bien frais.
Et avec ça, triple dose de frites. Des « French fries » bien croustillantes. Bien fumantes. Dorées à souhait. Hummm.
Je ferme les yeux et imagine déjà l’odeur qui me caresse les narines. Quelle extase. Quel pied !
Mes doigts ne peuvent s’empêcher de pianoter impatiemment la table.
Qu’est-ce qu’ils font ? C’est long.
Et en même temps, j’ai envie de faire durer le plaisir. Je veux savourer ce moment unique.
De quand date mon dernier burger déjà ?
C’était il y a des années ça c’est sûr. 10 ans ? 15 ans ? Je ne sais plus… Ah oui! C’était avec une fille, chez Wendy’s ! Elle avait voulu aller là-bas car ils faisaient soi-disant des burgers « Healthy ». « Healthy » mon cul oui ! J’avais demandé du fromage et ils avaient finalement accepté de le faire alors que ce n’était pas sur la carte. Je m’en souviens très bien maintenant. Quelle bande d’hypocrites. Elle avait fait la gueule la fille.
Comment elle s’appelait déjà… ? J’en ai eu tellement en même temps.
Megan ? Madeline ? Non. Madison ! Oui c’est ça, Madison. Qu’elle était jolie Madison ! Une vraie blonde. Joyeuse, pleine de charme, un sourire de dingue. Toujours le mot pour rire et pour s’éclater. Sauf quand j’ai pris le fromage. Quelle tête elle a tirée quand elle a compris que je n’étais pas vraiment vegan ! C’était hilarant. En même temps je ne pouvais pas continuer cette mascarade plus longtemps. Qu’est-ce qu’il ne faut pas faire pour séduire ces dames je vous jure !
Elle l’avait mal pris, et à partir de là, la conversation avait été plus sérieuse. Elle m’avait posé beaucoup de questions. Trop de questions. Probablement pour vérifier que je ne lui avais pas menti sur autre chose.
Bon ils font quoi là ? J’ai faim ! Rien qu’à sentir le goût de l’oignon grillé sur mon palais, j’en salive d’avance. Il faut que je pense à autre chose si je ne veux pas me baver dessus…
« Et tu as quel âge ? Et tu travailles vraiment dans l’immobilier ? Et blablabli, et blablabla ». Comme si son esprit s’était soudainement réveillé, qu’elle était sortie d’un rêve et qu’elle ne savait plus vraiment s’il avait existé. Elle cherchait clairement à se rassurer. Mais quand elle a compris que j’avais menti sur toute la ligne, elle est devenue toute rouge. C’était comique.
Sauf quand elle a commencé à m’insulter.
J’entends encore ses paroles : « Enfoiré, va te faire mettre, tu es un putain de menteur, gros loser ! ». Elles me font encore le même effet, même après tout ce temps. Je ne suis pas un menteur, je suis juste quelqu’un qui omet de dire la vérité. Ce n’est pas la même chose. Et je déteste quand on exagère tout. C’est normal que je me sois énervé au final. N’importe qui se serait énervé d’ailleurs.
Il arrive mon burger ou merde ! Je vais faire un scandale là ! Je suis à deux doigts de me lever pour aller leur dire de se bouger !
Calme-toi Dany. Allez calme-toi… Détends-toi. Ne serre pas la table si fort.
J’ai été obligé de la suivre quand elle est sortie en furie du Wendy’s. Il fallait que je lui explique. Que je lui fasse comprendre qu’il n’était pas nécessaire de m’insulter.
C’est ce que j’ai fait. Au bout d’un moment, elle a compris. Enfin je crois, car je n’ai pas entendu tout ce qu’elle disait. A la fin elle ne disait plus rien d’ailleurs. Connasse.
Une odeur…C’est quoi cette odeur ? C’est mon burger ? Hummm. Il était temps !
Ah c’est Joe qui me l’apporte ! Je l’aime bien Joe. Son uniforme est toujours impeccable. Et il n’est pas violent. Les autres gardiens ont la matraque facile.
Par contre, il faudrait qu’il m’enlève au moins les menottes aux poignets, sinon ça va être une galère pour manger.
«- Salut Joe !
- Salut Dany. Tiens, ton dernier repas. Profites-en bien. Dans une heure, ta famille viendra te rendre visite. Puis tu verras ton conseiller spirituel dans ta cellule. Bon appétit. »