Le Monde de L'Écriture – Forum d'entraide littéraire

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Le Monde de L'Écriture » Coin écriture » Textes courts (Modérateur: Claudius) » L'ombre

Auteur Sujet: L'ombre  (Lu 2313 fois)

Hors ligne kymme_14

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L'ombre
« le: 04 Mars 2010 à 00:04:59 »
Une ombre passa par dessus mon épaule, je me retournai, rien. J’étais pourtant certaine d’avoir ressenti une présence, quelque chose traverser les murs à une vitesse alarmante. Je fermai les yeux. Je me rappelais cette petite fille aux cheveux blonds boudinés, très souvent tressés et aux joues colorées de roses, toujours avec cette douce exagération, qui amenait de la joie dans le cœur des gens du village. Oui, je me rappelais. Elle se nommait Roselyne, mais on la surnommait Rosy. Qu’elle mignonne petite fille elle était. Rosy était la fraîcheur de l’été, le soleil de l’hiver. Elle vivait dans un petit village, prénommé Sainte-Denise. Cela l’avait toujours fait rire. Denise, comme le nom de sa mère. Pendant ces vacances d’été qu’elle passait chez sa grand-mère, la petite fille cueillait toujours des mûres et les offrait avec une grande générosité aux voisins qui, avec une fausse, mais heureuse surprise, la remerciait en lui offrant à leur tour une pomme toute ronde, rouge et juteuse, comme elle les aimait tant.
Je sursautai, certaine cette fois-ci de la véracité de l’ombre courant sur la tapisserie. Mais je n’étais pas assez rapide pour la suivre des yeux. Je la ressentais. Cette présence. Une angoisse sourde jaillissant de nulle part, mais de partout en même temps. Je marquai un silence, arrêtant systématiquement le tintement des cennes noires que je tripotais anxieusement dans ma poche de jeans. La maison était sombre d’avance. Je me rassurai en rallumant les lumières, mais je fus surprise de constater que celle de la cuisine ne fonctionnait pas, alors que quelques minutes à peine, elle éclatait en une chaude lumière dorée. L’image de la douce fillette me remonta en tête, comme une tempête de souvenirs. Puis, avec horreur, je m’étranglai avec ma langue. Je me trompais sur toute la ligne. Je faisais erreur avec cette enfant. Elle n’était pas du tout celle que je me rappelais.
Un éclair éclata dans le ciel épais, alors que la nuit tombait sur le village de Sainte-Denise.
Je poussai un petit cri lorsque l’électricité coupa entièrement. Plus de lumière. Panique. Panique. Panique… Larmes de terreur déferlant sur ma peau sèche et blême. Une angoisse au creux de mon crâne, comme une lame sur la gorge. Panique… Je panique ! Lumière… Vite. Vite. Vite ! Mes doigts couraient sur la table, se heurtant à des mégots de cigarettes, ou encore à de vieilles paperasses. Je devais garder mon calme. Je le devais ! Les images défilaient sans enchaînement dans mon esprit, le privant d’une conscience tranquille. Non ! Non !
Rapidement, je me retournai vers le salon, fixant le sofa dans le coin le plus sombre de la pièce. Il me semblait, et j’en étais profondément certaine, que l’ombre qui m’étouffait tout à l’heure était entassée, là, au fond de la pièce. Colère… larmes… du sang… partout… poing… blessée… encore du sang… pleurs…
C’en était trop ! Trop ! Trop ! Je me sentais chavirer, basculer sous la terre.
Je me pris la tête entre les mains et criai de me laisser tranquille, que je ne voulais plus revivre ce cauchemar.
Peu à peu, avec une lenteur presque consolante, je vis l’ombre tant redoutée, sortir de sa cachette et je remarquai les contours se former, au gré qu’elle avançait. J’aurais voulu partir à la course, mais je ne pouvais pas, ne pouvais plus continuer à fuir. Je me devais d’y faire face. Faire face à mon passé. À ma propre détresse.
L’obscurité était moins dense, elle dessinait maintenant la forme qui marchait vers moi.
Je vis. Et je sais que je le reverrai durant le reste de mes jours. Je fermai les yeux, et me promis de les garder clos à jamais, ne plus voir ce à quoi mes yeux pleuraient. Pleuraient tant de peine que de peur. Une peur qui se nourrit de mes entrailles, depuis toujours. Une peine qui se gorge de haine, depuis des années. Lorsque je sentis ses mains glacées m’enlacer avec une grande douceur, je fus contrainte de les rouvrir. Une petite fille aux cheveux tressés blonds tâchés de sang et aux joues roses, fraîchement maquillées, me serrait si fort, si fort dans ses minuscules bras pansés. J’éclatai en sanglot, et tombai sur les genoux, la tenant à mon tour si fort, si fort…
La tête de Roselyne était posée au creux de mon cou, son petit corps tout contre moi…
Les lumières se rallumèrent soudainement, et Rosy se fanai dans la lumière, sa tristesse laissé dans mon âme blessé. Je ne voulais pas, ne voulais plus la laisser partir… Avec une tentative impossible, désespérée, je tentai de la retenir, mais lorsque je filtrai de nouveau la lumière, seul un vieux coussin était calé contre mon cœur.

« Modifié: 04 Mars 2010 à 18:30:15 par kymme_14 »
«Doutez que les étoiles ne soient de flamme;
Doutez que le soleil n'accomplisse son tour;
Doutez que la vérité soit menteuse infâme;
Mais ne doutez jamais de mon amour.»
[ William Shakespeare ]

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Re : L'ombre
« Réponse #1 le: 04 Mars 2010 à 17:54:43 »
Je l'ai beaucoup aimé, l'ambiance, les tournures de phrases... Même si je ne comprends pas comment Rosy est morte et si la narratrice a quelque chose à se reprocher... Certaines fois, par exemple dans "Vite. Vite. Vite !" je trouve trop exagéré de mettre trois fois le même mot, ça en devient lourd. Sinon les descriptions sont très bien faites. Bref, j'aime bien le texte général.  ^^
Citer
d’avoir ressentit
ressenti
Citer
cheveux blonds boudinés
"Boudinés" pour des cheveux, ça fait bizarre... A vrai dire, je ne comprends pas le sens.
Citer
colorées de roses
De rose, non ? Ou alors c'est une métaphore (si c'en est une, c'est étrange) ?
Citer
Qu’elle
Quelle
Citer
dans un petit village, prénommé Sainte-Denise
Ca se dit "prénommé" pour un village ?  ???
Citer
des cennes noires
Qu'est-ce que c'est, des cennes ?
Citer
celle de la cuisine, ne fonctionnait pas,
Je n'aurais pas mis de virgule après cuisine.
Citer
l’ombre qui m’étouffait tout à l’heure était entassé
entassée
Citer
si fort, si fort
Je ne pense pas que le premier "si" soit nécessaire...
entassée
Citer
[ Colère… larmes
Pourquoi un crochet ?
Citer
S’en était trop
C'en
Citer
basculer sous la terre
J'avoue ne pas bien comprendre comment on peu basculer sous la terre... ><
Citer
l’ombre tant redouté
redoutée
Citer
au gré qu’il avançait
La tournure ne me plaît pas trop, et puisque tu parles de l'ombre c'est "elle".
"Le théâtre doit faire de la pensée le pain de la foule"
Victor Hugo

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"Quand je pense à tous les livres qu'il me reste à lire, j'ai la certitude d'être encore heureux."
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Re : L'ombre
« Réponse #2 le: 04 Mars 2010 à 18:38:15 »
Merci à toi d'avoir apporté quelques corrections  :)

Ha j'avais oubliée de dire (peut-être aussi l'avais-tu déjà compris ^^) La narratrice EST Rosy lol. Dans le fond c'est son passé qui la hante... Mais c'est vrai que c'est vague, MAIS on peut affirmer qu'elle aurait été battu ou du moins quelque chose comme ça.. C'est le choix du lecteur de voir ça comme il le veut ^_^.

Boudinés" pour des cheveux, ça fait bizarre... A vrai dire, je ne comprends pas le sens.
-Dans le sens ''bouclé''. Enfin, peut-être aussi que ça ne marche pas comme mot  ><
De rose, non ? Ou alors c'est une métaphore (si c'en est une, c'est étrange) ?
-Ben du maquillage lol  :D
Ca se dit "prénommé" pour un village ?
-Je crois bien que oui, mais bon, je peux pas non plus l'affirmer lol
Qu'est-ce que c'est, des cennes ?
-Oh, j'ai peut-être oubliée une information importante ( ><) je suis Québécoise.. Cennes est purement Québécois lol (ça veut dire de la ''monnaie'', des ''sous'')  :huhu:
Pourquoi un crochet ?
-Oups XD C'était juste par accident lol.. Y'avait pas de crochet dans mon texte lol
J'avoue ne pas bien comprendre comment on peu basculer sous la terre...  ><
-Ben c'est une espèce de métaphore.. Enfin, je sais que ça se dit lol
« Modifié: 04 Mars 2010 à 19:42:04 par kymme_14 »
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Re : L'ombre
« Réponse #3 le: 04 Mars 2010 à 20:45:10 »
Citer
Ha j'avais oubliée de dire (peut-être aussi l'avais-tu déjà compris ) La narratrice EST Rosy lol. Dans le fond c'est son passé qui la hante... Mais c'est vrai que c'est vague, MAIS on peut affirmer qu'elle aurait été battu ou du moins quelque chose comme ça.. C'est le choix du lecteur de voir ça comme il le veut
Ah non je n'avais pas du tout compris ça...  >< Je pensais que la narratrice l'avait tuée par accident ou quelque chose comme ça... Et oui il faudrait peut-être le préciser.
Citer
Oh, j'ai peut-être oubliée une information importante ( ) je suis Québécoise.. Cennes est purement Québécois lol (ça veut dire de la ''monnaie'', des ''sous'')
Merci pour la traduction  :D
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Re : L'ombre
« Réponse #4 le: 09 Mars 2010 à 21:35:00 »
Citer
Une ombre passa par dessus mon épaule, je me retournai, rien.
J'ai été fâchée dès le départ avec cette phrase. J'en aurais fait plusieurs phrases, ou j'aurais mis un point-virgule à la rigueur.

Citer
J’étais pourtant certaine d’avoir ressenti une présence, quelque chose traverser les murs à une vitesse alarmante.
"avoir ressenti" ne s'enchaîne pas très bien avec "quelque chose traverser"...

Citer
Une angoisse au creux de mon crâne, comme une lame sur la gorge.
Détail mais "sur ma gorge" sonnerait mieux, de mon point de vue.

Citer
Et je sais que je le reverrai durant le reste de mes jours. Je fermai les yeux, et me promis de les garder clos à jamais, ne plus voir ce à quoi mes yeux pleuraient.
Si elle sait qu'elle le reverra toujours, c'est être masochiste que de se promettre de pas voir. J'ai pas accroché à la répétition de "voir", mais je suis pas sûr que "ce à quoi mes yeux pleuraient" se dise, on pleure pas "à quelque chose"...

Les choses sont trop floues pour que je m'attache au texte. Certes c'est appréciable de donner de la liberté au lecteur pour interpréter le texte, mais quelques pistes pour qu'on y voit plus clair n'auraient pas été de refus. J'aurais sûrement pas compris que la narratrice était Rosy sans lire les commentaires d'ailleurs. ^^

Bref, c'est pas mal écrit, mais il manque quelque chose, comme si le thème ou l'histoire ne s'affirmait pas assez, comme s'il manquait un truc pour que ça ait plus de force.

Détail sans importance, mais quelques paragraphes ne seraient pas de refus, car c'est plus facile de lire un texte aéré sur un écran...  ><
« Modifié: 18 Mars 2010 à 18:56:28 par Kathya »
"Je suis la serveuse du bar Chez Régis ! Ou un leprechaun maléfique barrant l'entrée d'un escalier imaginaire..."

Et puis la Nuit seule.
Et rien d'autre, et plus rien de plus.

Avant l'hiver, Léa Silhol

Hors ligne Elena

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Re : L'ombre
« Réponse #5 le: 10 Mars 2010 à 19:37:36 »
Après une petite (longue ?) absence, le titre de ton texte m'a interpelé et me voilà partie à lire.
J'ai eu un peu de mal...Déjà pour cette première phrase comme le dit Kathya qui aurait mérité au moins un point.
Et puis cette histoire de cheveux boudinés, je me suis mise à rire, je l'avoue honteusement  :-[

L'écriture est bonne, le style pas mal, mais il me manque quelque chose. Je n'aurais jamais compris que la narratrice était Rosy si je ne l'avais pas lu dans ton commentaire.  Et il manque une accroche, ce petit déclic qui donne envie de lire.
Je pense que tu aurais pu étoffer ce texte de deux voire trois paragraphes. Et conserver un ton assez "similaire" du premier au dernier mot....

Selon moi l'idée est à creuser, ton texte me parait ici plus comme une ébauche que comme un rendu totalement fini  ^^.

Hors ligne Mademoiselle-Joker

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Re : L'ombre
« Réponse #6 le: 11 Mars 2010 à 08:23:35 »
Bonjour Kymme_14

Mademoiselle-Joker revient sur ce forum qu'elle adore après une longue absence  :-[
Un peu comme pour Elena, le titre m'a tout de suite interpelée et je me suis plongée dedans.
En grande fan de littérature fantastique, de paranormal et surnaturel, j'ai adoré cette atmosphère oppressante. J'aime beaucoup cette sorte "fantôme" qui revient tourmenter le personnage.

J'ai beaucoup aimé la fin, quand la narratrice s'apperçoit que la petite fille a disparu et qu'elle ne tient qu'un coussin. Je me suis demandée si il s'était vraiment passé quelque chose ou si elle délirait. J'aime beaucoup ce flottement entre rêve et réalité  ;)

Mais effectivement, si tu n'avais pas précisé ensuite qu'il s'agissait de Rosy devenue adulte et hântée par son passé, je ne l'aurais pas deviné. Dans ce sens là, ton texte est difficile à saisir. Je l'ai relu plusieurs fois pour voir si un indice aurait pu m'échapper. Et il a fallut que tu le précises pour que je comprenne. Comme Minyu, je pensais que la narratrice était peut être à l'origine d'un accident, qu'elle avait tué la fillette sans le vouloir etc.

Le début aurait mérité d'être plus travaillé. Par exemple, tu aurais pu ajouter des détails sur la vie quotidienne de la narratrice, une vie à peu près normale jusqu'à ce fameux jour où les fantômes du passé refont surface. Après tout, le fantastique c'est l'intrusion du surnaturel dans le réel, non? Tout paraît normal, il n'y a qu'un petit détail apparemment insignifiant mais pourtant bizarre et peu à peu, l'étrange prend de plus en plus de place jusqu'à envahir complètement le récit et dépasser le personnage. A mon sens, ça doit être progressif. (Mademoiselle-Joker a bien retenu son cours à la fac sur la littérature fantastique ^^)

Ensuite, un peu comme tout le monde, j'ai tiqué avec cette histoire de "cheveux boudinés"  ??? Je me suis demandée à quoi ça pouvait bien ressembler.  :P

Mais sinon, dans l'ensemble, j'ai adoré ce texte!  :coeur: Je l'ai trouvé très convaincant et vivant. Les points d'exclamation, les points de suspension, les répétitions de certains mots. Bon, là-dessus les avis divergent, mais je trouve que celà rend bien compte de la détresse et du désarroi du personnage; celà rend le texte très crédible je trouve.
Avant de juger son frère, il faut avoir marché plusieurs lunes dans ses souliers.

Proverbe amérindien

 


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