C'est un voyage. Personne ne dira rien.
Arrivée dans le train. Ils n'ont plus parlé depuis qu'ils se sont embrassés.
Ils se sont assis loin derrière. Là, il sent son âme forte comme un roc, mais polie, coruscante, lumineuse. C'est ça ? Il se sent heureux ?
- On recommence ?
- Tais-toi.
Cette fois-ci, les lèvres ont bougé. Il y a eu de la passion. Elle a fermé les paupières de ses amandes azur pour profiter de l'instant.
- Je t'aime.
- Ne dis pas de bêtises, la magie y est, c'est bon. On est jeunes. Je te dirais si je t'aime dans longtemps, mais pour le moment, ça n'est pas vraiment important. Je suis
heureux, tu l'es ?
- Oui. Bien sûr que oui.
- Alors, c'est tout ce qui compte. Votre couple est un couple d'ado, avec ton copain. Son amour propre va souffrir, mais pas lui. Il n'est pas amoureux, rassure-moi ?
Elle ne lui avait même pas dis qu'elle était "en couple" comme c'est l'usage de l'énoncer chez les adolescents. Son visage s'est tout à coup blanchi. Tant de franchise l'avait terrassée d'un seul coup.
- Fais comme moi. Sois un peu claire. Je suis un romantique, je suis un passionné. J'ai su que tu mentais à l'instant où l'éventualité que tout ceci arrive s'est montrée.
Alors dis-moi tout maintenant, et ensuite, on en parlera plus.
- J'en sais rien. 4 mois environ qu'on est ensemble, mais je ne ressens plus rien. Il n'y a plus aucune magie, justement. Il l'a déjà compris, on est très distants en ce moment. Non, je ne crois pas qu'il va beaucoup souffrir. Peut-être déprimer un peu au début, mais ça ira.
- Bieeeen. Je n'aurais eu aucun remord, mais j'ai quand même une conscience morale. Sinon, tout ça n'est pas très professionnel, tu crois pas ?
Légers sourires. Ils s'embrassent une nouvelle fois.
Il ne laissait pas une seule seconde l'idée qu'il était follement amoureux d'elle traverser son esprit. Elle ne devait pas savoir, mais ils devaient profiter. Elle n'aurait pas compris, de toute manière.
- Qui vient te chercher à la gare ?
- Mes parents, pourquoi ?
- Et si c'était les miens ? Dis leur qu'une amie te ramène.
Sans répondre, elle s'exécute. Quelques minutes passent, elle hoche la tête d'un air malicieux.
Lui, son cœur bat à mille à l'heure.
Le train s'arrête enfin après une ou deux heures de trajet, ils n'ont pas compté.
En descendant, ils sont devant le reste du groupe. Il y a une foule grouillante autour d'eux. S'afficher devant les autres maintenant serait fondamentalement idiot,
des rumeurs circuleraient, de bêtes histoires de jeunes, mais tout de même.
Il pose sa main derrière son cou, en tremblant, une mèche de ses longs cheveux châtains glisse entre ses doigts.
Elle se sent invitée à poser une main sur son genou, qu'il rejoint avec sa deuxième.
Il referme sa paume derrière sa nuque, il ne ferme pas les yeux, elle non plus.
Deux garçons passent, des connaissances d'elle et de lui.
- Mais qu'est-ce qu'ils font ?
- T'es bigleux ? Un truc, que si t'essaie de me le faire, tu prends mon poing dans ta gueule.
- J'ai bien vu, oui, mais elle, elle a pas un mec ?
- Et alors ? Regarde-la. Elle a l'air de s'en soucier ? T'as pas 17 ans dans ta tête toi hein, c'est incroyable... Dépêche-toi, mon oncle attend sur le parking,
tu materas un porno si tu veux voir une gonzesse se faire bécoter.
19 heures 48. Il est 19 heures 48, et il a tout fait à la perfection. Ils sont rentrés dans le sud, et tout s'est passé non pas comme prévu, mais de façon millimétrée, exacte, afin que chaque goutte de leur bonheur ait été minutieusement savourée.
C'est le début d'une belle aventure, assurément. Parce qu'il a saisi l'instant. Le temps s'est posé sur son doigt comme un papillon qui d'ordinaire batifole de fleur en fleur, il a saisi son cœur, l'a enchanté, et l'a verrouillé.