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17 Avril 2026 à 23:58:19
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Le Monde de L'Écriture » Coin écriture » Textes courts (Modérateur: Claudius) » La mousse du soir de l'aube

Auteur Sujet: La mousse du soir de l'aube  (Lu 2981 fois)

Hors ligne Nacas

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La mousse du soir de l'aube
« le: 15 Avril 2018 à 23:12:18 »
Désolé, vous n'êtes pas autorisé à afficher le contenu du spoiler.


Il est dix-huit heures trente. Je suis policier. Je regarde ma table, face à moi, mes mains, mon incapacité à les bouger, mon incapacité à effectuer aucun mouvement. Tout part de là. De mon bureau. C’est absurde, pourtant, j’ai toujours aspiré à devenir policier ; je suis allé à l’école, je me suis assis sur des bancs, et j’ai tant réfléchi. À l'époque, déjà, il n'y avait pas mon bureau. Assis profondément sur ce banc, qui n'était pas le mien, perdu confortablement dans des pensées, qui ne sont plus les miennes, je savais bouger. Mais Pourquoi, pourquoi ? Je ne parviens pas à me rappeler, pourquoi je ne le faisais pas. J'avais peur, peur des autres, peur de moi, peur d'être autre, j'avais peur que les autres aussi, ils aient peur de moi. Je voulais le retrouver, celui qui était là sur son banc, je voudrais le prendre dans mes bras, le câliner, l'aimer, de tout mon corps ; celui qui était moi sans pleurer, à l'écart, sur un banc qui n'avait jamais été le mien... C'est pour cela, je crois, que je suis policier. Cela ne pourrait guère être pour autre chose, parce que c'est tout ce que je suis.

Il est dix-huit heures trente. Les autres sont partis. Je me retrouve tout seul à mon bureau, affairé à un sentiment de malheureux, préoccupé par des affaires méchantes, des successions d’événements malheureux, qui auraient su être évités. Et la voix dans ma tête se reproduit et elle se répète, comme un mauvais livre. Je suis en proie à une sensation terrible qui me rend veule. Toute frémissante. Comme un filtrat de désolation, alors que je n'ai rien fait de mal. Je n'ai rien fait de mal. Je ne suis que policier.

Il est dix-huit heures trente, je refais une crise. Bien ancrée dans le siège de mon bureau, ma colonne vertébrale s'arque confortablement. Elle me soulève en courbure, si irrégulière, étrange, en porte-à-faux, tordue, et pourtant sans tension ; elle ne me fait plus mal. Elle me soupèse. Ma voix s'emmêle. C'était il y a quelques jours, une souffrance dorsale était apparue, je n'étais pas allé chez le médecin. Elle s'était installée. Elle s'était appliquée à me voûter. Mais maintenant ? Maintenant que je n'ai plus mal, dans cette position impossible, je ne bouge pas, je n'ose plus rien bouger, je donne l'impression de me délecter, alors que mes muscles sont crispés, et que je ne peux pas, alors que je ne peux pas, m'empêcher de penser à la petite fille à qui j'avais rendu son chat.

   Il était dix-huit heures dix, il ne faisait pas encore beau, dans le ciel en haut un nuage était passé, et voilà bien deux heures que son ombre ne finissait pas de s'étioler. Et il y avait bien deux heures, que son ombre n'avait pas à finir de s'effiler. Elle s'aspirait par morceaux, comme un voile, comme une âme ; elle s'éclaircissait. Elle s'infusait, ses formes confuses, vagues à l'envers, elle s'étirait, c'était évident ; et nous guettions sa mort, nous appréhendions, son effort, sa constance, comme du bétail, comme des cons(1). Alors qu'il nous volait le soleil. Le nuage. En-dessous il y avait la petite Barbara. En-dessous il y avait son chat, perché dans l'arbre, trop terrifié pour miauler, trop haut perché pour sauter. Déjà, une petite boule se déroulait ; la petite voix dans ma tête se réverbait.

Elle soupçonnait son frère, taciturne, renfermé, enfermé, de l'avoir placé là, à l'arrière de la maison. Elle avait appelé le commissariat, je n'avais rien à faire, je l'avais grondée ; j'étais allé grimper, et j'avais redescendu le chat.

Je ne l'avais pas remarqué, alors, parce que je n'y avais pas fait attention, mais il y avait une étrange mousse, sur l'arbre humide, prolifère, trop humide ; son odeur de mousse était restée sur mes veines après que je les eus rincées.


   Il est dix-huit heures trente-et-une. Ça me reprend, je le sens, ce sentiment de vague-à-l’âme, un sentiment qui tourne en boucle, d'incomplétude, d'infection oblitérante, le sentiment d'avoir perdu quelque chose ; de moi. Et le temps, juste le temps, de l'ausculter, de le prononcer, le voilà évincé. Si seulement, si seulement... Si seulement, cela suffisait, de ne pas le sentir. Si seulement je pouvais parvenir, toujours, à ne plus le supporter. À crever.
Mais stop ; on s'évade. Il faut rationaliser. Les pensées suicidaires ne sont que des symptômes primaires de l'infestation. Obturation. Depuis que je suis seul, que je sens mon corps m'évader, j'ai pris l'habitude d'imaginer qu'en fait, je ne marche pas correctement. Que des extra-terrestres sont venus d'un autre monde, qu'ils m’ont injecté un virus très spécial, et que c'est pour ça.

Et que c'est pour ça que je pense si mal. Et que c'est pour ça que les autres me répugnent. Et que c'est pour ça que j'en ai si peur. De ça. D'autres, de mimiques, qui ne sont plus des gens ; parce que les gens sont des semblables. Juste autres ; que moi. Des extra-terrestres. Je ne suis pas leur semblable. Je suis un extraterrestre. Identification ; rejet.
Seconde phase de l'infection. Obturation.

Il est dix-huit heures trente-et-une.

Il est dix-huit heures trente-deux.

Combien de temps ? Depuis combien de temps suis-je assis dans le vide ? Le regard perdu dans le noir ? Deux minutes. Que puis-je faire ? Que dois-je faire ? Ai-je des choses à faire ? Les yeux creux dans ses doigts malléables, l'âme. Mais pourquoi ? Je… suis capable de me lever. Il est tard. Je dois quitter le bureau. Je dois rentrer chez moi, je travaillerai mieux chez moi. Il faut que je trouve ce qui ne va pas au village en ce moment. Hier, l’épicier a appelé, il a retrouvé un sac contaminé, moisi, dans la plus sèche de ses réserves, qui sentait le mouillé. Il faut que je démêle ça vite, je les entends, tous, commencer à parler de bon Dieu. Le développement des imprécations religieuses, ce n’est pas bon. Ce n’est pas bon du tout. Ils vont finir par se voir. Ils vont finir par me voir. Il faut que je passe au petit commerce en rentrant chez moi parce que je n’ai plus de riz. Il faut que je passe au petit commerce en bas de chez moi. Je suis triste, j’aurais eu envie de nouilles ; ils n’en vendent pas.

(1) argot, insu  Se dit d'un aliéné, dont on a limité la faculté de penser. Sous-individu, non-individu
« Modifié: 15 Janvier 2019 à 07:14:54 par Nacas »
Les restaurants sont à tous les étages au sommet de la pyramide sociale.

mercurielle

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Re : La mousse du soir de l'aube
« Réponse #1 le: 16 Avril 2018 à 10:08:52 »
Bonjour Nacas,

Ton texte me déprime absolument. Mais c'est bien fait. Il manque un truc après la chute sur les nouilles (à mon avis). Que signifie "se réverbait" ? J'aime le titre. 

Hors ligne Doctor Grimm

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Re : La mousse du soir de l'aube
« Réponse #2 le: 16 Avril 2018 à 11:23:35 »
Salut Nacas !

Waouh, c'était drôlement bien ! Il y a juste deux trucs qui m'ont fait tiquer :

Citer
affairé à un sentiment de malheureux, préoccupé par des affaires méchantes, des successions d’événements malheureux,
le malheureux x2, un peu bof.

Citer
Je ne suis pas leur semblables
semblable au singulier

A part ça, j'ai beaucoup aimé, c'est bien écrit, languissant, plein de belles expressions et de moments qui résonnent...
Citer
Et que c'est pour ça que je pense si mal. Et que c'est pour ça que les autres me répugnent. Et que c'est pour ça que j'en ai si peur. De ça. D'autres, de mimiques, qui ne sont plus des gens ; parce que les gens sont des semblables. Juste autres ; que moi. Des extra-terrestres. Je ne suis pas leur semblables. Je suis un extraterrestre. Identification ; rejet.
Seconde phase de l'infection. Obturation.
:coeur:

Et la contemplation du nuage alors qu'il nous vole le soleil  :coeur:

Bref, merci beaucoup pour ce moment de lecture !
Toute ma peau est maladésir.

Ashka

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Re : La mousse du soir de l'aube
« Réponse #3 le: 16 Avril 2018 à 16:07:31 »
Bonjour Nacas ! :)
Citer
Il est dix-huit heures trente. Je suis policier. Je regarde ma table, face à moi, mes mains, mon incapacité à les bouger, mon "incapacité à effectuer aucun mouvement.
Incapacité à effectuer aucun mouvement".  (Un "seul" mouvement ? parce que aucun il y a déjà incapacité avant ? Je ne sais pas) j’ai buggé mais ce n’est que moi. :-[
 
Citer
Assis profondément sur ce banc, qui n'était pas le mien, perdu confortablement dans des pensées, qui ne sont plus les miennes, je savais bouger. Mais Pourquoi, pourquoi ? Je ne parviens pas à me rappeler, pourquoi je ne le faisais pas.

Ha "pourquoi elle ne le faisait pas" se rapporte à quand ? Quand elle pouvait bouger ou pas ? Je ne sais pas si je suis très claire...  :-[
Citer
J'avais peur, peur des autres, peur de moi, peur d'être autre, j'avais peur que les autres aussi, ils aient peur de moi.
J’ai trouvé ça très juste et tout ce début aussi, où il ne parvient pas à bouger derrière son bureau.
Citer
Je voulais le retrouver, celui qui était là sur son banc, je voudrais le prendre dans mes bras, le câliner, l'aimer, de tout mon corps ; celui qui était moi sans pleurer, à l'écart, sur un banc qui n'avait jamais été le mien... C'est pour cela, je crois, que je suis policier. Cela ne pourrait guère être pour autre chose, parce que c'est tout ce que je suis.
:coeur:
Citer
Il est dix-huit heures trente. Les autres sont partis. Je me retrouve tout seul à mon bureau, affairé à un sentiment de malheureux, préoccupé par des affaires méchantes, des successions d’événements malheureux, qui auraient su être évités.

"pu" être évités ou pas ?
Citer
Comme un filtrat de désolation,
:coeur:
 
Citer
Il était dix-huit heures dix, il ne faisait pas encore beau, dans le ciel en haut un nuage était passé, et voilà bien deux heures que
son ombre ne finissait pas de s'étirer.

Et il y avait bien deux heures, que son ombre n'avait pas à finir de s'effiler. Elle s'aspirait par morceaux, comme un voile, comme une âme ; elle s'éclaircissait. Elle s'infusait, ses formes confuses, vagues à l'envers, elle s'étiolait, c'était évident ; et nous guettions sa mort, nous appréhendions, son effort, sa constance, comme du bétail, comme des cons(1). Alors qu'il nous volait le soleil. Le nuage.
:coeur: :coeur:
Citer
son odeur de mousse était restée sur mes veines après que je les eus rincées.
:coeur: :coeur:
Citer
Combien de temps ? Depuis combien de temps suis-je assis dans le vide ? Le regard perdu dans le noir ? Deux minutes. Que puis-je faire ? Que dois-je faire ? Ai-je des choses à faire ? Les yeux creux dans ses doigts malléables, l'âme. Mais pourquoi ? Je… suis capable de me lever. Il est tard. Je dois quitter le bureau. Je dois rentrer chez moi, je travaillerai mieux chez moi. Il faut que je trouve ce qui ne va pas au village en ce moment. Hier, l’épicier a appelé, il a retrouvé un sac contaminé, moisi, dans la plus sèche de ses réserves, qui sentait le mouillé. Il faut que je démêle ça vite, je les entends, tous, commencer à parler de bon Dieu. Le développement des imprécations religieuses, ce n’est pas bon. Ce n’est pas bon du tout.

 :coeur:

Je ne t’avais jamais lu Nacas et j'ai beaucoup aimé !  ;)

Merci beaucoup pour le partage. :)

Hors ligne Nacas

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Re : La mousse du soir de l'aube
« Réponse #4 le: 16 Avril 2018 à 17:23:46 »
Bonsoir, tous.

Merci d'avoir lu, vous aussi, ce que j'ai pu trouver. J'espère que j'en récupérerai d'autres, je voudrais revenir vous en dire, sur ce brave monsieur, qui a vécu ici.

Je ne sais pas trop qu'en dire, je me suis introduit par un merci, il ne me reste plus qu'à vous dire que

Mercurielle, la vie dans son corps, elle paraît déprimante, mais je crois qu'elle est belle. Je... je ne crois pas qu'il soit déprimé. Je... je suis heureux que tu comprennes, aussi, comment elle est. Je... suis désolé. Je l'aime, moi. Il manque un truc, plus d'un, beaucoup plus, je n'ai encore rien retrouvé. Je continue d'explorer mon grenier, mes combles. Ils résonnent, mes combles, ils résonnent quand on pense. Alors les pensées... et les tissus des mots se réberbèrent. Y'a de l'écho. L'aube changera, j'en suis sûr. Je l'aime, moi.

Madame fillette Grimm, salut. Le... le malheureux x2, je crois que c'est lui, qui réberbe. Il est désagréable, j'ai pensé à l'enlever, je voulais, mais, mais, mais, c'était tant de ça, à ça, que notre policier est empoisonné. Mais cela ne convient pas, je voudrais le retirer. Oui, les semblables sont singuliers. Oui, ça résonne... J'en suis heureux ! J'en suis si heureux.

Hey, salut Ashka, ça me fait plaisir, de te voir par ici. Bonjour. Il me semble que si l'expression est surannée, elle porte justement son aucun ; mais je n'en suis pas sûr, je ne sais pas quand il a vécu, le monsieur. Je ne sais pas quand il a vécu. S'il pouvait bouger ? Et bien... je crois que s'il ne le faisait pas, s'il ne l'a pas fait, je crois que s'il se demande tant pourquoi il n'a pas bougé, pourquoi il n'a pas couru, toute sa vie, comme Akihiro, c'est qu'il est persuadé d'avoir pu. Mais de là, comment dire s'il pouvait réellement ? Il ne l'a pas fait. Il ne s'en rappelle pas. Parfois, on aurait su éviter quelque chose mais, si on ne l'a pas évité, c'est bien qu'on ne pouvait pas ! ^^
Merci beaucoup d'être passée, Ashka. J... J'espère que tu reviendras avant La neige. Je suis sûr qu'elle te plairait.


Merci à toutes, d'être passées.
Et de tout encore.
Nacas.
Les restaurants sont à tous les étages au sommet de la pyramide sociale.

mercurielle

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Re : Re : La mousse du soir de l'aube
« Réponse #5 le: 16 Avril 2018 à 17:38:58 »
Nacas,

Mercurielle, la vie dans son corps, elle paraît déprimante, mais je crois qu'elle est belle. Je... je ne crois pas qu'il soit déprimé. Je... je suis heureux que tu comprennes, aussi, comment elle est. Je... suis désolé. Je l'aime, moi. Il manque un truc, plus d'un, beaucoup plus, je n'ai encore rien retrouvé. Je continue d'explorer mon grenier, mes combles. Ils résonnent, mes combles, ils résonnent quand on pense. Alors les pensées... et les tissus des mots se réberbèrent. Y'a de l'écho. L'aube changera, j'en suis sûr. Je l'aime, moi.

Ces combles qui résonnent éveillent un certain écho en moi. Merci pour cette réponse que je trouve particulièrement émouvante. Mais "se réberbèrent" ne me convient pas davantage que l'autre "se réverbait". Tant pis...  ;)   

Hors ligne Kathya

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Re : La mousse du soir de l'aube
« Réponse #6 le: 16 Avril 2018 à 18:16:42 »
Merci pour cette étrange lecture. De belles tournures et beaucoup d'introspection, mais soit je suis passée à côté du sens du texte, soit il ne m'a pas secouée plus que ça.

Au plaisir de te relire. ^^
"Je suis la serveuse du bar Chez Régis ! Ou un leprechaun maléfique barrant l'entrée d'un escalier imaginaire..."

Et puis la Nuit seule.
Et rien d'autre, et plus rien de plus.

Avant l'hiver, Léa Silhol

Hors ligne Dieter

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Re : La mousse du soir de l'aube
« Réponse #7 le: 16 Avril 2018 à 18:42:01 »
Il est dix-huit heures trente-et-une.

Il est dix-huit heures trente-deux.
Il cherche à se mettre les syndicats à dos ?  :D

Citer
Il me semble que si l'expression est surannée, elle porte justement son aucun ; mais je n'en suis pas sûr, je ne sais pas quand il a vécu, le monsieur. Je ne sais pas quand il a vécu. S'il pouvait bouger ? Et bien... je crois que s'il ne le faisait pas, s'il ne l'a pas fait, je crois que s'il se demande tant pourquoi il n'a pas bougé, pourquoi il n'a pas couru, toute sa vie, comme Akihiro, c'est qu'il est persuadé d'avoir pu. Mais de là, comment dire s'il pouvait réellement ? Il ne l'a pas fait. Il ne s'en rappelle pas. Parfois, on aurait su éviter quelque chose mais, si on ne l'a pas évité, c'est bien qu'on ne pouvait pas ! ^^
Ça pourrait faire un bon début pour un texte long basé sur le drame de Pont-Saint-Esprit...
On n'a rien inventé de mieux que la bêtise pour se croire intelligent.
Amélie Nothomb

Nocte

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Re : La mousse du soir de l'aube
« Réponse #8 le: 17 Avril 2018 à 20:45:46 »
Mais Pourquoi, pourquoi ? Je ne parviens pas à me rappeler, pourquoi je ne le faisais pas.
Je trouve le passage un peu faible.

affairé à un sentiment de malheureux, préoccupé par des affaires méchantes, des successions d’événements malheureux,
meh la répétition.

Elle me soulève en courbure, si irrégulière, étrange, en porte-à-faux, tordue, et pourtant sans tension ; elle ne me fait plus mal.
Pas convaincu par le rythme ici (trop haché sans musicalité).

dans le ciel en haut un nuage était passé,
J'aurai mis deux virgules.

, que son ombre n'avait pas à finir de s'effiler.
Un peu lourd.

et voilà bien deux heures que son ombre ne finissait pas de s'étirer. Et il y avait bien deux heures, que son ombre n'avait pas à finir de s'effiler. Elle s'aspirait par morceaux, comme un voile, comme une âme ; elle s'éclaircissait. Elle s'infusait, ses formes confuses, vagues à l'envers, elle s'étiolait, c'était évident ; et nous guettions sa mort, nous appréhendions, son effort, sa constance, comme du bétail, comme des cons(1). Alors qu'il nous volait le soleil. Le nuage. En-dessous il y avait la petite Barbara. En-dessous il y avait son chat, perché dans l'arbre, trop terrifié pour miauler, trop haut perché pour sauter. Déjà, une petite boule se déroulait ; la petite voix dans ma tête se réverbait.
Fais gaffe parce que t'abuses beaucoup des répétitions et du rythme saccadé. Ce n'est pas si mauvais en soi mais tu ne te renouvelle pas alors ça passe un peu pour de la facilité.

la petite voix dans ma tête se réverbait.
réverbérait.

Si seulement, cela suffisait, de ne pas le sentir.
Ça ne sonne pas très bien.



J'ai trouvé ça chouette, comme façon de raconter une histoire, tout tarabiscoté, ça laisse une jolie atmosphère en suspend.
Après les répétitions, j'ai trouvé qu'il y en avait un peu trop, c'est sans doute volontaire, mais pas ma tasse thé.

Hors ligne Nacas

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Re : La mousse du soir de l'aube
« Réponse #9 le: 18 Avril 2018 à 17:08:11 »
Salut Kathya, salut Dieter, et salut WEG aussi.

Je crois que je n'en trouverai pas plus, c'est dommage ! Mais en même temps, heh, qui n'a pas envie de rendre triste une grand-mère, un peu, de temps en temps... Hahah, bon, tant pis.

Fais gaffe parce que t'abuses beaucoup des répétitions et du rythme saccadé. Ce n'est pas si mauvais en soi mais tu ne te renouvelle pas alors ça passe un peu pour de la facilité.
Voilà, c'est ça le problème : j'ai longuement hésité, et finalement je pense que je n'aurais pas dû le poster ainsi. Parce que normalement y'a une deuxième phase, un changement de narration, avec la mort du narrateur, et... Attendez, par 'mort du narrateur', comprenons-nous, on ne parle pas de votre mort. Je ne sais pas, allez voir le printemps si vous ne comprenez pas ; il est juste par ici. et des trucs biens. Du contraste, de la réverb', bref, que des trucs de bonheur, de joie et d'extase.

Hahah, bon, tant pis.

Je reviendrai une autre fois, avec quelque chose de plus joyeux.

Désolé, vous n'êtes pas autorisé à afficher le contenu du spoiler.


C'est promis,
Nacas.
« Modifié: 20 Janvier 2019 à 05:01:52 par Nacas »
Les restaurants sont à tous les étages au sommet de la pyramide sociale.

Hors ligne Miromensil

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Re : La mousse du soir de l'aube
« Réponse #10 le: 22 Avril 2018 à 20:26:00 »
Il parait que ça doute, par ici ?

Citer
Assis profondément sur ce banc, qui n'était pas le mien, perdu confortablement dans des pensées, qui ne sont plus les miennes, je savais bouger.
dans des pensées <3 c’est typiquement le genre de tourne grammaticale apparemment maladroites que j’aurais pu adopter aussi tellement j’aime bien

Citer
des successions d’événements malheureux, qui auraient su être évités
t’es belge ? parce que « savoir être évité », au lieu de « pouvoir être évité », s’t’un belgicisme.

Citer
Elle me soulève en courbure, si irrégulière, étrange, en porte-à-faux, tordue, et pourtant sans tension
porte-à-faux, mais ouuuui

Citer
Elle s'était appliquée à me voûter. Mais maintenant ? Maintenant que je n'ai plus mal, dans cette position impossible, je ne bouge pas, je n'ose plus rien bouger, je donne l'impression de me délecter, alors que mes muscles sont crispés, et que je ne peux pas, alors que je ne peux pas, m'empêcher de penser à la petite fille à qui j'avais rendu son chat.
J’aime beaucoup ce passage… par contre, le chat ‘-‘ c’est la scène typique des pompiers ou des policiers.. du coup ça donne un petit côté BD à ton texte, je ne m’attendais pas à trouver cet aspect mignon dans ce passage pas si mignon.

Citer
Alors qu'il nous volait le soleil. Le nuage.
Rrrrrrrr
(et le sens de ce borborygme restera à jamais mystérieux)

Citer
ce sentiment de vague-à-l’âme
faut pas de tiret apparemment

Bonjour Nacassoulet ! Vlatipa un policier qu’il est tout seul. Bouh. J’ai pas grand chose à redire sur la forme, tu t’es simplifié la complexité depuis le début que je te lis, c’est presque aussi fluide qu’une rivière de printemps qui s’est déglacée, et tu conserves tes petites excentricités qui font ta patte et que j’aime bien. M’ont particulièrement plu le ‘dans des pensées’ et l’image un peu dessin animée de la petite fille qui veut son chat sur fond du marasme du narrateur. Mais sinon, ça ne m’a pas emporté, et je ne sais pas dire pourquoi, ce qui est fâcheux. M’a manqué un truc… pourtant on s’y croirait, cette déchéance existentielle est plausible, meh. Je pensais que c’était parce que ton policier avait des pensées qui n’étaient pas de son âge et me le faisait apparaitre plus juvénile que l’image que je m’en faisais au début, soit vers les 40 ans - cliché du policier, peut-être, je ne m’y connais pas en science policière.
Nan en fait ça va au-delà… on dirait que ton policier est un prétexte pour un flux de parole qu’il n’aurait pas eu normalement. Je suis sûre que ce policier va très bien et qu’il va retrouver sa petite femme et ses petits enfants si tu le ne l’avais pas asséné de ce tas d’idées noires. Tout tourne autour de ce policier, de cette figure, de ces 2 minutes, mais il est comme une enveloppe vide et ce sont ses pensées qui lui donnent un corps qui ne lui correspond pas. Sauf que du coup, il n’existe pas. Ou alors le manteau est trop grand pour lui et il est à l’étroit dedans, c’est pas le personnage ni le décor qu’il fallait. En fait dans ton texte, le contenant ne va pas au contenu. Enfin bref, c’est très nébuleux tout ça. J’essaie de mettre des mots sur une sorte d’indicible qui m’a laissé un gout de pas convaincu en lisant, mais c’est un exercice très difficile, tu m’excuseras si je manque mon but.
Bonsoir Nacassoulet
« Modifié: 22 Avril 2018 à 20:27:46 par Miromensil »

Hors ligne Nacas

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Re : La mousse du soir de l'aube
« Réponse #11 le: 22 Avril 2018 à 20:44:58 »
Ça doute, Miro, mais aucun doute ne nous arrêtera.
Par contre, qui sait, on changera.


Je suis heureux que la forme t'ai plu, et... je suis heureux de ce que tu dis. Malgré que ce soit pour dire que le texte ne t'a pas emportée, en fait, je crois que tu le décris extrêmement bien. Je m'explique, ce policier, c'est pas un policier ; normalement, ce texte doit donner le pas d'une nouvelle. Cette partie, cette portion, elle est décrochée du reste, en terme de style, en terme de personnage. Et... C'est fou, c'est très étrange, ou bien j'en ai encore sous la pédale, au creux du museau ; parce que ton impression, elle est crucialement parfaite. Parfaite.
Je vais continuer à l'écrire, je vais essayer de ne pas penser à vous, je vais essayer de rester moi-même, et le policier. Je repasserai quand elle sera terminée. Terminée.
Parfaite, Miro.

Merci à vous. (À toi, Miro, je te dois bien ça, au moins.)


Citer
t’es belge ? parce que « savoir être évité », au lieu de « pouvoir être évité », s’t’un belgicisme.
Ahah, oui, je dois lire trop de belges et ça a dû me rester, je préfère cette tournure à l'autre ^^

Citer
par contre, le chat ‘-‘ c’est la scène typique des pompiers ou des policiers.. du coup ça donne un petit côté BD à ton texte, je ne m’attendais pas à trouver cet aspect mignon dans ce passage pas si mignon.
Citer
le ‘dans des pensées’ et l’image un peu dessin animée de la petite fille qui veut son chat sur fond du marasme du narrateur.
Et bien... Ouais, ça me touche, que tu vois ça ; je l'avais oublié.

J'en ai encore au creux du museau.


Vous allez voir
Nacas.
Les restaurants sont à tous les étages au sommet de la pyramide sociale.

 


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