Chapitre 5 des sérénades
Fuite et sérénadesIls traversent forêts et friches
Poursuivis par bruyante courre.
Le père a découvert leur triche…
À toute haleine, tous deux courent.
Tôt, ils ont quitté la bastille
Tout en secret, par les caveaux.
Le troubadour et la gentille
Ont fui par chemins et par vaux.
Fourbus, leurs chevaux sont tombés.
Tourmentés par les aboiements,
Ils luttent près de succomber
Depuis deux lieux, péniblement.
Arrivés à une rivière,
Ils sont bloqués et acculés !
D'un bref regard à leur arrière
Ils voient la meute dévaler !
Effrayés et désespérés,
Tous deux sautent à l'eau !
Leur corps glacés et lacérés
Sont charriés par les puissants flots…
Suffocant, ils sont ballottés
Dans les rochers et les rapides.
Ils s'agrippent aux bois flottés
Jusqu'à un méandre placide.
Épuisés et transits de froid,
Se hissant, la rive ils arpentent.
Étendus, envahis d'effroi,
Pour se donner courage, il chante :
« Belle, belle mademoiselle
Venez ! Rien n'est encore perdu.
Du cœur, du cœur ma belle oiselle
Est terminé le plus ardu.
Allons, reprend force et ardeur.
Viens que je t'enlace et t'embrasse
Pour te donner de ma chaleur
Et fuir tous ceux qui nous terrasse.
Jolie, jolie mademoiselle
Comment pourrais-je te quitter ?
Venez, venez ma belle oiselle
Trouvons endroit pour s'abriter.
Je t'en prie demeure éveillée…
Bientôt, il nous faut repartir.
Promis, sur toi, je vais veiller.
D'aucun pourrons nous départir… »
Sa belle ayant la mort à l'affût,
Ses derniers mots sont en sanglot,
Engloutis par le fort raffut
Des chevaux venant au galop.
Des hommes sautent des montures,
Se saisissent du troubadour,
Le ruant de coups et d'injures.
L'un, à la fille, porte secours.
Le père arrive sur la scène.
Inquiet, sur sa fille il se penche,
Espérant qu'elle est sauve et saine…
Il ordonne, plein de revanche :
« Allons ! Il ne faut pas qu'il meurt !
Vivant, je le veux aux galères !
La douleur sera sa demeure
Quittant la douceur de mes terres... »
Confiant pour la vie de sa fille,
Il l'emporte sur son cheval.
Le jeune, lié poings et chevilles,
En croupe, est traité en vandale.
À leur retour à la bastille,
Au donjon, il est enchaîné.
À sa chambre, est cloîtrée la fille.
Des douves monte un chant peiné :
« Belle, belle mademoiselle
Je vous adore abondamment.
Allez, allez ma belle oiselle
Il faut trouver meilleur amant.
À ce cachot où l'on m’enchaîne,
Je m'esquive de sa colère.
Mais alors passera la chaîne,
Je partirai pour les galères…
Belle, belle mademoiselle
Je partirai sans revenir…
Laissez, laissez ma belle oiselle
Je suis mort et sans avenir... »
Ce chant éveille la gentille.
Son cœur est flétri et fané.
À ses yeux, des larmes scintillent
Pour l'amour désormais damné…
à suivre... Vilmon
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