Comme vous le savez (ou pas) il y a les défis tic-tac.
La couverture d'un livre ou une phrase aléatoire, doit vous donner envie d'écrire en temps compté : 1 h. Ce petit défi est proposé régulièrement...
L'image du jour
À bien considérer la vie, elle n'est pas aussi noire ou aussi rose qu'on peut le penser.
Nous avons tous droits à nos moments de bonheur, mais sait-on les voir, sait-on tirer toute la quintessence de ce qui nous est offert, même brièvement, sait-on saisir l'instant ?
Par exemple : là en ce moment ? Que faisons-nous ? Nous écrivons. N'est-ce pas un moment de plaisir, puisqu'écrire est notre passion ? Si telle est notre passion, la conséquence directe, à mon sens, est que nous vivons, un moment de bonheur. Quels que soient les mots qui naîtront de ce moment de passion, qu'ils soient noirs ou bien roses, tendres ou forcenés, qu'ils soient un exutoire à la violence qui est en nous, ou simplement une déclaration d'amour : ils nous mettent en transe, ils nous poussent vers ce plaisir d'écrire, ils nous transcendent.
Laisser aller son imagination pour donner de soi, laisser aller sa plume pour essayer de partager avec d'éventuels lecteurs. Des lecteurs attentifs qui comprendraient, qui sauraient, simplement. N'est-ce pas ce que nous attendons, le plaisir d'écrire et celui d'être lus ?
Ce qui se passe ensuite est tout autre. Ces mots que nous avons ficelés, tricotés, mis bout à bout, vont exploser dans une page. Ils seront lus, commentés, disséqués, aimés, détestés, rejetés. Mais ils seront lus, laissant derrière eux une trace, un petit quelque chose dans le souvenir d'un lecteur, ils vivront.
Des mots que nous avons laissé échapper de nous, que nous avons façonnés à notre image, avec lesquels nous avons construit un édifice, avec lesquels nous avons partagé, des rires, des sourires, des larmes, des cris, des espoirs et parfois du désespoir. Ces mots nous les offrons, nous les donnons, cadeau miraculeux, presque un don d'organe, un don de nos pensées, un morceau de cœur, un morceau de vie, de nos propres vies. Un éclat d'un instant suprême de bonheur que nous laissons éclater au grand jour.
Mais, si par malheur ces mots restent seuls sur la page, seuls sans émotion autre que ce qu'ils expriment, sans l'émotion de « l'autre » sans rien d'autre que des jours d'attente et de vide, alors ils se sentiront exclus, bafoués : l'indifférence est ce qui fait le plus mal. L'indifférence est la plus grave des brûlures un million de degrés. N'être rien, c'est rencontrer l'indifférence.
Que pouvons-nous opposer à l'indifférence, comment réagir à ce qui n'est pas dit ? Comment répondre à un silence ?
Je n'ai pas de solution miracle à vous offrir.
Sauf à répondre par un silence. Se refermer et enfermer ses mots, entrer dans un mutisme total, oublier que son plus pur bonheur est d'écrire, et entrer dans la phase noire de sa vie. Ne plus noircir les pages blanches, noircir ses jours avec pour seule amie : l'indifférence, le complexe des exclus.