Hello 
C'est un vieux texte, une vielle idée qui trainait dans mes dossiers. J'en ai eu marre de la voir à chaque fois que je fouillais dans fichiers alors je me résolu à la nettoyer et à la faire lire pour par la suite la classée enfin dans les textes du "passé". 
Bref, c'est une histoire sans aucune prétention qui casse pas trois pattes à un canard, écrite juste comme ça y quelques années. 
Sam regarda celui qu’il avait attaché sur le sol. Il gisait inconscient. Avec son costume de marque froissé et sali, son visage tuméfié, il n'avait plus fière allure. Sam avait l'air satisfait de ce qu'il voyait. Tendant le bras sur le côté, il attrapa une tasse de café fumante et en but une gorgée. Après quelques nouvelles secondes d’observation, ce dernier jeta le contenu de sa tasse au visage de l'homme au sol. La réaction fut immédiate, l'homme au costume se réveilla en hurlant à travers son bâillon. Son tortionnaire, lui sourit calmement.
-Ahh, la belle au bois dormant se réveille. Pour un gars de ta trempe, je ne pensais pas que tu perdrais connaissance aussi vite. Je dois dire que je suis déçu.
Du sol, l'homme au costume ébouillanté lança un regard haineux, les yeux emplis de larmes de douleur.
-Tu peux me regarder comme tu veux mon grand, tu ne m’impressionnes pas.
Sam reposa sa tasse, attrapa une chaise à proximité puis la posa à l'envers devant sa victime. S'asseyant dessus, il prit appui sur le dossier et observa de nouveau sa victime.
-Tu vois, dit-il, j'ai pas mal de choses à te confier avant de me débarrasser de toi. C'est important que tu comprennes pourquoi tu es là et pourquoi tu vas mourir.
Sam marqua un temps pensif puis reprit :
-Je pense que je vais commencer par le début c'est plus simple. Figure-toi que je suis un fan, un très grand fan des héros. Je les ai étudiés toute ma vie, du plus loin que j'arrive à me rappeler. J'ai connu les trois grandes périodes qu’on leur attribue et je pourrais certainement écrire une véritable encyclopédie mais là, précisément, ça ne te sera pas utile. Je vais plutôt te faire un rapide résumé d'où nous sommes partis à là où nous en sommes aujourd'hui. Les trois grandes périodes tout simplement.
Il y a eu « L'Age d'Or » qui remonte à une trentaine d'années lorsque j'étais enfant. La criminalité était élevée, le gouvernement débordé, les forces de l'ordre peu efficaces et gangrenées. Nous vivions une époque où nous suivions scrupuleusement beaucoup de règles dues à la situation. Il fallait éviter certains quartiers, éviter certains horaires, payer certaines sommes « en plus » à divers magasins et personnes pour avoir « le droit ». Un quotidien, des habitudes, des choses presque normales alors nous savions tous que ce n’était commencé pas normal.
Je ne saurais pas te dire exactement pourquoi il a fait cela. Les versions divergent énormément et chacun y va de sa théorie mais toujours est-il qu'un jour un homme a dit non. Il n'avait pas de « nom officiel » et je ne crois pas qu'il en ait eu pendant un moment. Il ne se l’est peut-être même pas choisi lui-même mais pour tous il porte le nom de « Origin ».
Pourquoi ? Sûrement parce qu'il était le premier et qu'il a été à l'origine de la vague qui a suivie. Entier, intègre, il n'avait pas de costume bariolé ou autre fioriture. Tout juste un blouson d'aviateur qu'il a usé jusqu'à sa « retraite ». Bien que la plupart de ses actions se soient limitées à sa ville et quelques quartiers, sa détermination et ses réussites ont commencé à marquer les esprits. À lui seul, il a donné naissance au mouvement des « Héros ».
Un peu partout à commencé à surgir des hommes, des femmes qui se mirent à faire comme lui. Protéger, aider, servir, dénoncer, le tout dans un altruisme à toute épreuve. Tu connais la société, bien prompte à suivre la tendance poussée par les masses en liesses. Les mentalités ont commencé à changer. Cet homme était une providence libératrice.
Cela a été déstabilisant pour la pègre et le système corrompu, ils ont été pris de court car eux aussi s’était endormis dans leur propre système en pensant que plus rien ne changerait. Il y a eu des réactions de leur part et nous avons perdu quelques héros, bien sûr. Des grands dont la chute n’a rendu que plus vive l’envie d’en finir avec ce système.
« L’Age d’Or » a été une période magnifique pour tout le monde. Tout redevenait possible. Ne plus vivre dans la peur, avoir le droit de choisir ou de dire « non ». Enfant, je suivais de très près tout ce qui se rapportait aux héros en rêvant d’être un des leurs. Je crois que de toute de ma vie c’est la période où je me suis senti le plus libre, libre d’espérer.
Et puis est venu « L’Age de la décadence ». J’étais encore très jeune, du moins trop pour « m’engager » auprès de ces gens formidables que j’idolâtrais. Je n’ai pas senti venir, comme toute la société d’ailleurs, le début du déclin.
Nous avions les héros et il y avait bien entendu leurs antagonistes. Des criminels, dont certains étaient tristement célèbres. Des symboles du mal qui, quelque part, rendaient nos héros plus brillants encore. Parmi eux, certains avaient le goût pour la mise en scène. Un côté théâtral qui se traduisait bien vite par des tenues parfois proches du costume. L’homme étant ce qu’il est, prompt aux attitudes de ses ancêtres simiens, les héros les ont alors imités.
On n’a jamais su, là aussi, qui a réellement commencé parmi eux mais progressivement la théâtralisation, les costumes, les comportements se sont de plus en plus rapprochés des comics qui se dessinaient en sublimant leurs histoires. Des couleurs, des capes, des masques, des phrases fétiches, un florilège de choses dont la société s’est très vite imprégnée dans un domaine où elle excelle : le commerce.
Vendre des jouets à l’effigie des héros aurait été un sacrilège à « L’Age d’Or », à part quelques badges et quelques cartes, hors de question de vendre une image comme celle-ci. Nous n’étions plus dans cette période. La télévision, le cinéma, les médias en général, tout a pris une ampleur démesurée.
J’avais grandi et cette nouvelle version des héros et de leurs adversaires commençait à me rebuter. Je trouvais, bien évidemment, que tout avait été perverti et sali. Dès lors, je ne suivais le sujet plus par habitude que par envie. Je pestais, non, soyons franc, je rageais devant ces mises en scènes incroyables voyant le travail de mes idoles souillé par ces imbéciles en costume moulant.
Il ne fallut pas longtemps pour que les premiers scandales éclatent. Des enquêtes de journalistes puis de police ont mis en avant les accords que ces soi-disant héros avaient passés avec leurs adversaires. Jours, heures, lieux, dégâts, actions, tout était orchestré de manière à faire du sensationnel et à maintenir la côte de ses pantins. Le scandale éclaboussa tout le monde : les héros, les criminels mais aussi les élus, les médias. Presque tous les acteurs entrainaient la société vers un retour de la corruption, du mensonge et quelque part, une trahison de l’héritage laissé auparavant.
C’est à ce moment-là que « L’Age Sombre » a débuté. Comme auparavant avec « Origin », un jour un nouveau héros est apparu. Il était fort, il n’avait pas de costume, du moins sa tenue était faite avec des vêtements lambda et surtout, il était violent, très violent. Un anti-héros qui se vit affublé d’un nom semblable à son comportement : « Evil ». Il n’a jamais parlé à la presse. Ses actions n’ont bien souvent pas pu être couvertes immédiatement par les médias car nul ne savait quand il interviendrait. Mais pour les témoins, dont je faisais partie, c’était une expérience traumatisante.
Petits voleurs à la sauvette et violeurs étaient traités de la même manière. « Evil » les tuait de sang-froid et parfois de manière horrible. Sans aucune pitié, il était à l’image de son nom. Un monstre qui laissait tout le monde dans un état second. Etait-il un héros ou un criminel ? Alors qu’on avait laissé tant de héros agir sans contraintes, pouvait-on laisser celui-ci se comporter de la sorte ?
Il y avait des avis partagés. La société se divisait en deux, les « pour » qui rêvaient de voir les criminels enfin disparaitre comme au temps de « L’Age d’Or » quitte à laisser ce genre d’individus dans les rues et les « contre » qui voyaient en cela le début d’un nouveau cancer. Ces derniers avaient raison.
Le cancer a métastasé et très vite des répliques violentes et cruelles « d’Evil » virent le jour un peu partout. Cela devint une sorte de criminalité alternative. Les pouvoirs publics ont tenté de réagir mais comme certains de leurs membres avaient été corrompus pendant la décadence, plusieurs moururent de manière ignoble en place publique. La société sombra de nouveau dans un période difficile.
La « petite » criminalité, si je puis dire, se débattait et vivotait parmi ces monstres qui massacraient à tour de bras sans états d’âme. Mais le mal ne s’arrêtant jamais en si bon chemin, les « Anti-héros » devinrent à leur tour criminels. Comment se justifiaient-ils ? Très simplement. Un braquage de banque ? Ils prenaient une partie du butin sauvé pour « la prise de risque » et bien mal à celui qui protestait. Il se trouvait vite roué de coups et devait remercier d’être encore en vie avec une partie de ce qui lui avait été volé.
La peur s’est alors immiscée dans la société et nous nous sommes adaptés. Nous vivions différemment de quand j’étais enfant, je veux dire avant « L’Age d’Or », mais la crainte a fait de nouveau partie notre quotidien. La « petite criminalité » s’est mise à payer un tribut aux héros pour avoir le droit d’être épargnée et nous avons dû faire de même et aux deux camps. De la colère, je suis passé à la haine. La haine de ce que les « héros » étaient devenus. Cette situation, c’est la nôtre aujourd’hui.
Je me souviens très bien de la première fois que je t’ai vu « Busy Man », je t’avais déjà fiché. Des bras cassés sans le sous avaient braqué la vitrine d’une bijouterie très maladroitement. Ils tentaient de se remplir les poches comme ils pouvaient et c’est là que tu es apparu. Un costume bien taillé, un attaché-case, des lunettes cerclées d’écailles à l’ancienne mode. Tu étais calme, presque froid. Tu as tranquillement marché au milieu de la rue et stoppé une voiture. La réquisition du véhicule s’est faite de manière rude. Tu as extrait avec violence le conducteur qui tentait de fuir la rue où se déroulait le braquage. Tu es monté dedans, as bouclé ta ceinture et as littéralement écrasés les quatre braqueurs sur la façade de la bijouterie. Tu es ressorti du véhicule comme si de rien n’était et tu as regardé les deux survivants hurler leurs douleurs. Rien ne semblait t’atteindre. Tu paraissais imperturbable y compris quand tu les abattu, pour abréger leurs souffrances. Il était de notoriété que toi, « Busy Man », n’était pas un « monstre », du moins tu étais le moins cruel d’entre eux. Tu es reparti simplement comme tu étais venu, sans un regard en arrière. Fidèle à ta réputation, tu n’avais même pas pris un bijou du butin des braqueurs. Tu avais ta réputation à défendre, c’est vrai.
C’est là que j’ai décidé d’utiliser la somme de mes connaissances sur les héros, toutes périodes confondues, pour mener à bien un projet. Un projet audacieux dont tu es aujourd’hui la pièce maîtresse.
À « L’Age d’Or » le mal était dans la rue et les héros ont émergé pour le contrecarrer. Pendant la Décadence ce sont les héros qui se sont fait ronger par le mal, l’équilibre a été rompu. Puis vous êtes arrivés mais cela ne pouvait pas aller. Pourquoi ? Parce vous étiez déjà tous habités par le mal, l’équilibre ne pouvait se faire. Il manquait une chose, une chose qui pouvait permettre aux vrais héros d’émerger. Un mal plus grand, plus grand encore que vous.
Saches que tu n’es pas le premier. J’ai déjà capturé plusieurs de tes confères et les ai torturés puis tués en filmant le tout. A partir de demain, je diffuserai de manière régulière ces exécutions. Personne ne se doutera du « quand ». Les gens ont bien trop peur de vous, moins ils vous voient plus ils sont rassurés. Personne ne suit vos faits et gestes comme on pouvait suivre les héros d’antan. Personne ne se doutera du décalage.
Les morts seront diffusées, disais-je, et le public verra l’émergence d’un nouvel antagoniste. Je n’ai pas été tendre, crois-moi. Ces images sont gores et sans censure. Je veux que les gens soient choqués, qu’ils éprouvent de la révulsion, qu’ils soient aussi touchés et qu’ils ressentent de la compassion pour vous en vous voyant hurler et supplier. Je veux qu’ils me détestent, qu’ils me haïssent qu’ils voient en moi un monstre pire encore que ceux qui arpentent leurs rues.
Toi, tu seras le point d’orgues. Le plus « propre » des « héros sales ». Celui dont le public aura envie qu’il soit épargné après ce déballage de morts ignobles. Ils vont t’élever en martyr. Ta mort sera l’apothéose de l’horreur. C’est important pour l’inconscient collectif.
Une fois ta mort diffusée, je serai dans tous les médias, je serai dans toutes les conversations, je serai le principal sujet de préoccupation. La plupart de ceux que j’ai épargnés ne seront pas assez courageux pour oser m’affronter. Tuer des petits malfrats, terroriser la population faible parce qu’elle a des choses à protéger, c’est facile. Lutter contre une personne qui incarne le mal absolu et la cruauté c’est au-dessus de leurs vanités.
Je passerai alors à la phase deux de mon plan : les attentats. Je m’en prendrai à la population. Oh ! Je te vois écarquiller les yeux. Tu crois que je vais vraiment tuer des gens innocent ? En principe non, enfin peut-être…
Tout sera prévu comme il faut : écoles, églises, institutions, salles de spectacles, tous seront truffés de bombes artisanales. Je lâcherai volontairement des indices pour que ces attentats soient déjoués avant que les bombes n’explosent, du moins je l’espère…
Quoi qu’il arrive, avec ou sans morts, je deviendrai l’ennemi public numéro 1 sans plus personne pour s’opposer à moi !
Et c’est là, oui, au milieu de cette nouvelle terreur que j’aurai mis en place, au milieu de cette cristallisation de la peur et de la haine que j’aurai fait naître envers moi qu’un homme se dressera.
Un homme qui n’aura pas peur, un qui aura des idéaux et qui voudra protéger les autres. Tout comme par le passé la trop grande quantité de mal avait fait naître « Origin », je provoquerai la naissance d’un nouveau héros pur et sincère. Bien sûr il me vaincra, je m’y emploierais avec application. Je serai à mon tour le point d’orgue de son émergence pour le sacraliser comme il se doit. J’aurais alors accompli mon destin.
Le début d’un nouvel « Age d’Or » où les gens pourront de nouveau se sentir libre et heureux.
Je sais ce que tu penses. Et si ce héros n’est pas si blanc que ça ? Et s’il n’est pas aussi doué que ça ? Si c’est le cas alors c’est moi qui le tuerai et si possible de manière violente et publique. J’enfoncerai le clou du traumatisme et j’attendrai le prochain car il viendra, j’en suis convaincu.
Assez parlé désormais. On va passer aux choses sérieuses. J’espère que cela te consolera de savoir que tu es la clé de voute d’un projet aussi noble que celui-là.
Sam observa l’homme qui venait de comprendre que les choses allaient commencer, ou plutôt se terminer. Il se débattait avec une force retrouvée par la peur, cherchant à briser ses liens. Sam se pencha vers lui et planta une seringue dans son cou. Il observa l’homme qui lentement perdait connaissance en tentant de lutter contre la drogue puis il lui dit doucement :
-Tu sais mon ami, nous nous retrouverons en enfer. Il paraît que c’est un endroit pavé de bonnes intentions…