Je rêvais dans un bosquet, sous un chêne.
« Les filles, l’heure est grave ! entonna Léilwën, l’elfe.
– Quoi ENCORE ? s’exaspéra
Clochette, la fée.
– J’acère les pointes de mes flèches ! s’enthousiasma
Xanthippe, l'amazone.
– Vous avez entendu ce que
Hublot/e l’escargot/e m'(nous ?) a dit ?
– Non, désolée, je n’avais pas de temps pour un/e escargot/e minable ! crâna l'amazone.
– Si tu crois que j’écoute tout ce qu’on me dit ! dit la fée, agacée.
– Xanthippe, il y a des fois où je te trouve vraiment très hautaine… Bon, puisque Clochette n’a pas écouté non plus : l’escargot/e a posé son antenne sur moi (nous ?) et m’(nous ?) a conseillé de m’(nous ?) ouvrir, fis-je.
– Tu pourrais t’abstenir parfois quand même… souffla Clochette.
– Pardon ? répondis-je, déconcertée.
– Moi non plus, je n’ai pas compris où tu voulais en venir, Clochette… interrogea Xanthippe.
– Ben ça suffit quoi ! Je me retrouve déjà dans tes histoires elfiques à dormir debout, tu envoies régulièrement des hordes de trémolos mélancoliques sur mes ondes, alors j’aurais quand même apprécié de ne pas me retrouver coincée dans tes rêves ! s'emporta la fée.
– Je (on ?) rêve là ? m’étonnai-je.
– Oui, on rêve… mais personnellement cela ne me dérange pas. S’il y a un défi à relever, je suis toujours d’attaque ! se targua Xanthippe.
– Oui, ben toi aussi, dans le genre trémolos mélancoliques t’es pas mal non plus ! Et en plus il faut se farcir tes velléités de toute puissance ! Je suis une fée gratinée moi, je vous le dis… bouda Clochette.
– Prends un autre ton et cesse de m’insulter de la sorte ! Je ne me laisserai pas mater par une fée écervelée ! » tempêta l’amazone.
Clochette était sur le point de sortir de ses gonds féériques. Xanthippe lui jetait des regards amazoniens. Je sentais le carnage arriver… Il fallait faire diversion.
« Oh, eh ! Les filles ! On pourrait revenir à mon problème de base s’il vous plaît ?
– LA FERME ! Et arrête de nous appeler « les filles » ! » me répondirent-elles de concert.
Aïe… Les larmes m’étaient montées aux yeux…
« Roh la la, c’est pas vrai… et merde, la friture mélancolique va encore me faire grésiller le cerveau… Léil, tu pourrais t’endurcir un peu quand même, non ? Bon, c’est quoi ton problème ?
– Clochette a raison, tu ferais une piètre amazone… mais enfin, je t’écoute.
– Je pense qu’Hublot/e avait raison.
– Et ?! me répondit à nouveau le concert féérico-amazonien.
– Et bien, il faudrait y remédier.
– Léil ! C’est très simple, sors, éclate-toi, va fumer de la poudre de lichen et tout ira bien ! Perso, j’ai horreur de toutes ces introspections futiles. Je les fuis comme la peste alors je n’ai pas envie de m’encombrer de tes états d’âme assommants ; désolée ! s'impatienta Clochette.
– J’ai du mal à comprendre, chère elfe : pour moi la solitude a été la panacée ! Depuis que je refuse toute relation, je ne souffre plus ! m'informa l'amazone.
– Oui, je comprends vos points de vue, mais bon… aucun ne me convient.
– Essaye, au moins ! proposa la fée.
– Ne sois pas de mauvaise foi Clochette, tu sais bien que j’ai déjà essayé (sauf la poudre de lichen), quitte à faire semblant. Ça n’a jamais vraiment marché. J’ai fini dans la même position que Xanthippe ; sauf qu’aujourd’hui, un éclat de néant grandit au fond de moi.
« Oui, Xanthippe, c’est douillet de ne dépendre que de soi-même. Je n’ai trouvé meilleur endroit pour guérir et grandir ; mais j’ai fini par m’y sentir à l’étroit.
– Peut-être, mais je n’en ai cure, je ne veux pas savoir. Je ne veux pas connaître autre chose, me répondit l'amazone.
– Bon, je suis coincée dans ta tête Léil ! En attendant que le rêve se termine, je reste donc dans les parages, mais je n’interviendrai plus dans votre conversation : j’ai horreur de tout ça ! Pour moi il suffit d'être heureux coûte que coûte alors parler de manques et autres déconfitures, ce sera sans moi ! Salut ! railla Clochette, excédée.
– Quant à moi, je ne vois pas quelles solutions t’apporter... dit Xanthippe.
– Je ne suis pas sûre que vous soyez si différentes de moi toutes les deux : vous n’êtes que des réponses extrêmes à mon dilemme – ne me reste qu’à trouver un entre-deux.
– Je n’entends rieeeeen ! hurla la fée.
– Voudrais-tu dire qu’au fond je ne désire pas sincèrement être seule ? se braqua l'amazone.
– Oui.
– Balivernes ! Je n’ai peur de rien ni personne ! Si je le voulais, je nouerais des relations authentiques !
– Tu es sûre ? Ton isolement volontaire et ta hargne ne sont-ils pas des remparts contre ta peur ?
– Tu as vraiment le don de me faire tourner bourrique… Peu m’en chaut, je ne veux pas avoir la réponse à cette question. Au présent, tout va bien ; et c’est tout ce qui m’importe.
– Vraiment ? Tu n’es pas en train de te défendre, là ? »
J’étais une fois de plus sur la corde raide face à Xanthippe.
« Eh, les filles, regardez, le réveil arrive ! jubila la fée
– Ah, oui, on dirait que je m’agite sous mes paupières…
– La prochaine fois que l’on se croise, tâche de ne plus me torturer l’esprit !
– Bien, Xanthippe.
– Tu sais Léil, au fond, toutes les trois, on s’aime même si on est vaches les unes avec les autres. Fais comme tu veux, mais à l’intérieur de toi, on formera toujours un trio de choc qui s’auto-suffit et qui s’aime lui-même. Et nous ne sommes même pas schizophrène ! Youhou ! Salut la compagnie ! » claironna la fée.
Nib me sortit fort à propos de mon rêve psychofrénétique d'un coup de langue sur le nez. Je l'ai regardé, incrédule, en lui disant : « Parfois, c'est vraiment n'importe quoi les rêves... (j'eus un instant de doute)... pas vrai ? »