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Le Monde de L'Écriture » Salon littéraire » Salle de lecture » Théâtre et poésie » [poésie] Débarcadères (Jules Supervielle)

Auteur Sujet: [poésie] Débarcadères (Jules Supervielle)  (Lu 3792 fois)

Hors ligne ernya

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[poésie] Débarcadères (Jules Supervielle)
« le: 21 Février 2018 à 14:21:32 »
Né en Uruguay, orphelin dès son plus jeune âge, Supervielle est un écrivain franco-uruguayen. Elevé par son oncle et par sa tante, il fait ses études à Paris et ne perd pas contact avec Montevideo, sa ville natale.
Certains le considèrent comme le poète de l'ailleurs du fait de cette double appartenance géographique. Ses voyages ont inspiré son oeuvre, en particulier Débarcadères.


Personnellement, j'ai bien aimé ce recueil, partagé entre les vers libres et les poèmes à métrique plus régulière. A mon sens, on y trouve de jolies choses.


Quelques exemples de poèmes que j'ai bien aimés pour vous donner une idée :


Nous sommes là tous deux comme devant la mer
sous l'avance saline des souvenirs.

De ton chapeau aérien à tes talons presque pointus
tu es légère et parcourue
comme si les oiseaux striés par la lumière de ta patrie
remontaient le courant de tes rêves.
Tu voudrais jeter des ponts de soleil entre des pays
que séparent les océans et les climats, et qui
s'ignoreront toujours.
Les soirs de Montevideo ne seront pas couronnés de
célestes roses pyrénéennes,
 les monts de Janeiro toujours brûlants et jamais
consumés ne pâliront point sous les doigts délicats
de la neige française,
 et tu ne pourras entendre, si ce n'est en ton cœur,
la marée des avoines argentines,
ni former un seul amour avec tous ces amours qui
échelonnent ton âme, et dont les mille fumées ne s'uniront jamais dans
la torsade d'une seule fumée.




La sphère

Roulé dans tes senteurs, belle terre tourneuse,
Je suis enveloppé d'émigrants souvenirs,
Et mon coeur délivré des attaches peureuses
Se propage, gorgé d'aise et de devenir.
Sous l'émerveillement des sources et des grottes
Je me fais un printemps de villes et de monts
Et je passe de l'alouette au goémon,
Comme sur une flûte on va de note en note.
J'azure , fluvial, les gazons de mes jours,
Je narre le neigeux leurre de la Montagne
Aux collines venant à mes pieds de velours
Tandis que les hameaux dévalent des campagnes
Et comme un éclatant abrégé des saisons,
Mon cœur découvre en soi tropiques et banquises
Voyageant d'île en cap et de port en surprise
Il démêle un intime écheveau d'horizons




L’escale portugaise

L'escale fait sécher ses blancheurs aux terrasses
où le vent s'évertue,
Les maisons roses au soleil qui les enlace
Sentent l’algue et la rue.
Les femmes de la mer, des paniers de poissons
irisés sur la tête,
Exposent au soleil bruyant de la saison
La sous-marine fête.
Le feuillage strident a débordé le vert
Sous la crue de lumière,
Les roses prisonnières
Ont fait irruption par les grilles de fer.
Le plaisir matinal des boutiques ouvertes
Au maritime été
Et des fenêtres vertes
Qui se livrent au ciel, les volets écartés,
S'écoule vers la Place où stagnent les passants
Jusqu'à ce que soit ronde
L'ombre des orangers qui simule un cadran
Où le doux midi grogne.




Marseille

Marseille sortie de la mer, avec ses poissons de roche, ses coquillages et l'iode,
Et ses mâts en pleine ville qui disputent les passants,
Ses tramways avec leurs pattes de crustacés sont luisants d'eau marine,
Le beau rendez-vous de vivants qui lèvent le bras comme pour se partager le ciel,
Et les cafés enfantent sur le trottoir hommes et femmes de maintenant avec leurs yeux de phosphore,
Leurs verres, leurs tasses, leurs seaux à glace et leurs alcools,
Et cela fait un bruit de pieds et de chaises frétillantes.
Ici le soleil pense tout haut, c'est une grande lumière qui se mêle à la conversation,
Et réjouit la gorge des femmes comme celle des torrents dans la montagne,
Il prend les nouveaux venus à partie, les bouscule un peu dans la rue,
Et les pousse sans un mot du côté des jolies filles.
Et la lune est un singe échappé au baluchon d'un marin
Qui vous regarde à travers les barreaux légers de la nuit.
Marseille, écoute-moi, je t'en prie, sois attentive,
Je voudrais te prendre dans un coin, te parler avec douceur,
Reste donc un peu tranquille que nous nous regardions un peu
Ô toi toujours en partance
Et qui ne peux t'en aller
A cause de toute ces ancres qui te mordillent sous la mer.



"Je crois qu'il est de mon devoir de laisser les gens en meilleur état que je ne les ai trouvés"
Kennit, Les Aventuriers de la Mer, Robin Hobb.

Hors ligne Zacharielle

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Re : [poésie] Débarcadères (Jules Supervielle)
« Réponse #1 le: 23 Février 2018 à 09:18:33 »
Oh le bon kiff ! Merci du partage !
J'avais lu un peu Supervielle mais pas ça, j'ai bien envie de me procurer le recueil o/

Hors ligne Claudius

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Re : [poésie] Débarcadères (Jules Supervielle)
« Réponse #2 le: 23 Février 2018 à 09:33:48 »
 :coeur: :coeur:

La poésie pure et sensible, la poésie comme je l'aime.

Merci je vais chercher plus loin.

 ;) ;)

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