Tu sais, j'ai eu parfois l'envie de partir. Imagine-moi, attendre que la nuit tombe, que les âmes s'endorment... Prendre un sac avec quelques rechanges et les clés de ma voiture. Je partirai un jour, parce que je ne me reconnais plus. Je deviens trop distante, trop froide, je ne ressens plus rien. Je n'éprouve plus de sentiment, je n'apprécie plus les petits plaisirs simples de la vie.
Tu sais, on m'a dit que je n'avais plus les bonnes réactions. J'aggrave tout, ou au contraire, je minimise la gravité de certaines choses. Je me perds, tout simplement. Non arrête, c'est faux, tu ne sais pas. Tu restes là à rire de tout et surtout de nos malheurs. Mais tu ne vois pas ce que je vis même près de toi. La souffrance et la pitié de ma famille me rongent.
Tu sais, je t'aime tellement. Tu es là, tu es beau et c'est toi que je veux. Pardonne-moi pour la dernière fois, je ne pensais pas ce que je t'ai dit. Je sais que tu es et seras là pour moi et sans rire de nos malheurs. Je crois devenir folle. Je suis malade, mais je suis plus heureuse qu'avant. J'ai de plus en plus mal, mais je veux faire tout et n'importe quoi. Qu'est-ce qui m'arrive ? Pourquoi ne suis-je plus comme avant ?
Tu sais, je suis décidé. Ils ne me verront pas épuisé par les traitements. Ils auront l'image d'une jeune fille pétillante et toujours le sourire aux lèvres. Ils seront tristes de mon départ, mais au final, ils préféreront. J'en suis certaine. Un soir, j'ai essayé. Il était 2h43. C'était un jeudi. En mars, si je me souviens bien. J'étais au volant de ma petite voiture blanche, la musique à fond. Je roulais dans la nuit, quelques voitures m'ont croisé, mais aucun des conducteurs n'a regardé en ma direction.
Tu sais, j'avais mal au cœur, dans la tête, partout. Je pleurai sur une chanson de Christophe Maé que j'avais décidé de passer en boucle. J'étais seule et j'allais partir le rester toute ma vie... Est-ce que le destin existe ? Est-ce qu'il est écrit ? Est-ce que quelqu'un ne voulait pas de mon départ, est-ce que je ne devais pas le faire ? Sans vraiment le vouloir, ni le comprendre, j'ai fait demi-tour au prochain rond-point.
Tu sais, je suis rentré chez moi cette nuit-là. Sans plus aucune larme, aucune peur, aucune sensation, aucun sentiment. J'ai été sous la douche, une bonne demie-heure. Puis j'ai été me coucher et personne n'en a jamais rien su. Même toi qui t'es endormi à mes côtés ce soir-là. Je crois que je devais le faire pour me retrouver, pour me comprendre. Le lendemain, j'ai tout quitté. Mon travail, mon conjoint, ma maison, ma ville.
Tu sais, tu te souviens de ce jour-là ? Évidemment, comment pourrais-tu l'oublier... Le jour de mon départ, quand je m'apprêtais à sortir de la maison avec toutes mes valises. Ce moment où j'ai croisé le regard de mon aîné. Je venais lui dire au revoir, lui expliquer que maman devait partir se reposer. J'entends encore le son de sa voix, quand il m'a dit en pleurant...
"Pourquoi tu t'en vas maman ? J'ai besoin de toi moi. Tu as pensé à moi ? Est-ce que j'ai mérité de vivre ça ? Reste maman."
Je ne l'ai pas écouté, je ne lui ai même pas répondu. Mère indigne que je suis. Oh, tu sais, j'ai bien été puni. Par qui, pour quoi je ne sais pas. Mais la maladie qui me rongeait à eue raison de moi.
À mes deux enfants, à mon tendre mari, à mes parents, à ma sœur et à mon frère.
Pardonnerez-vous mes choix ?
Je vous aimerai toujours.
(N'hésitez pas à m'informer des différentes coquilles qui peuvent se cacher dans ce texte,
Merci de votre lecture et de vos commentaires)