Je me permet de poster une petite histoire que j'ai écrit il y a quelques semaines, le point de départ était la première phrase : "La nouvelle avait fait l'effet d'une bombe, la pièce soufflée par la déflagration". Cela m'a donné envie d'écrire un texte ou l'histoire serait guidée par des jeux de mots (y'en a un paquet, pas toujours facile à reperer, des paradoxes, ce genre de choses. Il y a des tournures de phrases étranges aussi mais c'est voulu.
En espérant que cela vous divertisse, je me suis bien amusé à l'écrire.
Modernest
La nouvelle avait fait l'effet d'une bombe, la pièce soufflée par la déflagration. Le mobilier en aggloméré retourné à son état de sciure.
Un homme vêtu de blanc gisait dans une flaque de sang écarlatement rouge, comme une photo surexposée. Inerte, dans le cadre d'une porte.
Ferdinand François avait cassé sa pipe.
Lui qui déclarait à qui voulait l'écouter qu'il attendait impatiemment la faucheuse. Qu'il refûmerait si cétait à refaire et que le dernier mot que soufflera son corps mourant sera un nuage de fumée blanche et bleue.
On lui avait diagnostiqué son cancer du poumon stade IV quelques semaines plus tôt. La mort avait du prendre les routes de campagne car elle était arrivée quatre ans plus tard.
Ferdinand François n'avait pas de devise, il était toujours fauché. Il dormait sur les canapés et regardait la télé dans son lit.
Une de ses jambes était plus longue que l'autre, mais il n'as jamais su laquelle.
Jusqu'à l'âge de cinq ans Ferdinand François n'a aucun souvenir, il se souvient par contre très bien du jour de son troisième anniversaire et du cadeau qu'il avait reçu, ça, il l'avait oublié.
Sa renommée, Ferdinand François l'a connu localement. Un jour, tenant devant lui un bocal blanc, tel Hamlet un crâne, que lui vint l'illumination.
De l'obscurité jaillit la lumière et la facture d'électricité allait être salée.
Ferdinand François avait besoin d'un verre.Il tapotait son front avec ses doigts pour faire bouger les pièces à l'interieur de son cerveau afin de les mettre dans le bon ordre.
L'image d'un assemblement de molécules lui était venue, six molécules. Sur cette image, apparaissait le nom d'un médicament, le remède pour la pandémie prochaine, avec un point d'exclamation à la fin.
Ferdinand François s'empara de son carnet et y reproduit l'image qu'il avait vue. Trois semaines plus tard, il tenait entre ses doigts un flacon contenant la nouvelle formule. Il l'appellera Séraphin.
Ces souris dodues qui couraient dans les murs avaient les pieds framboise.
Elles avaient été les patients zéro.
Ferdinand François n'y tenait plus : il devait injecter des personnes maintenant, il devait trouver quelqu'un et ce fut lui.
Les souris avaient survécues, il survivra aussi.
Il dormit trois jours, hésita trois nuits et s'enfonça l'aiguille en face du coude, dans le tuyau couleur de noblesse qui nichait dans le coin.
Ferdinand François tomba au sol et se mit à trembloter comme un chien sous la pluie.
Il n'était pas mort, il était même peut être immunisé contre un virus qui n'existait pas encore.
Devenait-il fou où était-il juste le pion d'un plan plus vaste ? Ignorant, comme un acarien qui pense que l'univers tout entier est contenu dans un vieux camembert.
Ferdinand François devait il en parler ? Et à qui ? À son frère : il n'en avait pas.
Il garda donc son secret pour lui.
Il posa les coudes sur le chambranle de son balcon et fuma une cigarette, et une deuxième, et une seconde puis ferma la fenêtre, l'image de ces molécules restaient imprimé sur ses rétines. Il décida de dormir.
Ferdinand Francois ne rêvait jamais, ou peut-être qu'il ne se souvenait jamais de ses rêves ou qu'il n'en faisait jamais, qu'importe, car cette nuit, il fit un rêve, mais ne s'en souvint pas.
Son index tapotait le flacon dans sa poche. Il tournait comme un lion en jungle, répétant la même phrase en boucle : "....L'histoire s'écrit une lettre à la fois......L'histoire s'écrit une lettre à la fois" : Ferdinand François devenait paranoïaque !
Il avait la sensation permanente qu'une force supérieure tenait son monde à bout de bras. Qu'on l'observait sans cesse.
Quelqu'un en avait après le séraphin, il lui fallait mettre le flacon à l'abri.
Le soir même, Ferdinand François entendit des rires venant d'au-dessus de son plafond. Il habitait au dernier étage.
Pendant la nuit, il entendit un éternuement provenant, apparemment, du même endroit.
Anvers, c'était la ville où il irai cacher le flacon, au pied de l'arbre ou étaient enterrées les cendres de son chat.
Il prit sa voiture et mis le contact, puis il le coupa... Il plissa des yeux et regarda en direction de la porte de son immeuble. Il n'avait aucun souvenir d'avoir parcouru le chemin entre son salon et le siège de sa vieille bagnole.
Cela fit courir un frisson le long de sa colonne vertébrale.
Ferdinand François remit le contact, des personnes étaient à ses trousses. Il n'avait pas de temps à perdre.
Cette impression étrange d'être contenu géographiquement refit surface, comme si les mains de dieu entravaient son espace. Cette sensation d'avoir des yeux rivés sur lui, comme si on le scrutait depuis un lieu encore plus éloigné que les bords de l'univers.
Ferdinand François se tenait au pied d'un arbre. Il plissa les yeux et regarda derrière lui, puis il creusa tel un automate.
Il avait entouré le flacon d'un linge et ligoté tout ça avec du fil de cuisine. Il le déposa au fond du trou et l'enterra.
De retour chez lui, Ferdinand François s'avachit dans son fauteuil en cuir, dans le léger silence.
Il entendit à nouveau des voix, une voix de femme et une voix d'homme. Il ne comprenait pas ce qu'elle se disaient. Elles paraissaient lointaines, les voix étaient graves et semblaient venir d'un autre monde, comme on imaginerait la voix de dieux.
....L'histoire s'écrit une lettre à la fois ......L'histoire s'écrit une lettre à la fois"
Il commença à se demander si le vaccin ne lui faisait pas perdre la boule, dans quoi s'était il engagé ?
Il regarda vers le haut en plissant les yeux, essayant de regarder plus haut que le plafond. Essayant de faire le point deux mètres au-dessus.
Il voyait des ombres géantes, puis des géants. Une femme et un homme. Leurs tailles étaient incommensurables. Il les voyaient de plus en plus nettement.
Ils souriaient. Ils se parlaient.
En voyant leurs lèvres articuler des mots Ferdinand François comprenait presque ce qu'ils disaient.
Les géants le regardaient.
L'homme avait des bras longs comme une autoroute qui descendaient à gauche et à droite de lui et semblaient s'arrêter plus bas que le niveau du sol.
Cela devait être des dieux, c'était certain.
La femme avait un foulard rouge dans les cheveux. L'homme arborait une fine moustache.
Ferdinand François se mit à genoux au milieu de la pièce et leva les bras vers le plafond.
Ses yeux faillirent jaillir hors de sa tête lorsqu'il regarda son bras gauche qui semblait à présent formé de lettres.
Tout comme ses mains, lui tout entier. Autour de lui ses meubles, le sol, tout était formé de lettres noires. Des lettres minuscule pour la plupart, une majuscule se trouvant ci et là autour de lui.
Au-delà de l'univers, au-dessus du plafond, les dieux demeuraient normaux.
Ferdinand François vit soudain les murs de rapprocher de lui. Des murs formés de lettres : les trois lettres M U R.
Ferdinand François venait de comprendre ce qui se passait et du même coup ce qu'il était réellement.
Il refusait d'y croire, mais tout se recoupait... Et les géants au-delàs de l'univers sont forcement...
Les murs se rapprochaient, menaçant à présent de l'écraser.
Il lâcha un juron avant de disparaître, comme une araignée écrasée entre deux pages d'un livre que l'on referme.
Maud déposa le livre près d'elle sur le canapé et regarda son mari assis à sa droite.
"En fait, il ne meurt même pas comme au début de l'histoire, avec la bombe et tout ?"
"Ouais, c'est n'importe quoi, c'est quoi ce bouquin d'ailleurs, t'as trouvé ca où ?"
Maud ne se souvenait pas, elle ne s'en souvenait vraiment pas, elle se retourna et plissa les yeux
"T'as un problème Maud ?"
"Non, c'est rien Ernest, une sensation bizarre, c'est tout"
"Ah ouais ? Wow, c'est zarbi"
"Non, pas trop en fait"
"Ah, désolé, je me suis trompé"
Maud entendait des clics venant d'au-dessus d'elle, comme des doigts tapant sur un clavier d'ordinateur.
Une larme coula sur son visage, alors qu'elle entendit un rire étouffé.
Éclairé seulement par la lumière de son écran d'ordinateur, l'auteur emmêla ses doigts et tendit les bras pour les faire craquer.
Il riait devant son texte, avec cette satisfaction deïsante de maîtriser les destins de ses personnages.
L'auteur ouvrit le frigo et décapsula une bouteille de bière. Il en bu une lampée, marqua un arrêt et tourna la tête vers l'arrière.
Il plissa les yeux.