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Le Monde de L'Écriture » Coin écriture » Textes courts (Modérateur: Claudius) » Carcasse en coulées douces

Auteur Sujet: Carcasse en coulées douces  (Lu 2168 fois)

Hors ligne Nacas

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Carcasse en coulées douces
« le: 31 Janvier 2018 à 21:13:20 »
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Les Fleurs
De Nooannes

     Des fleurs, partout, avaient recouvert les parois de la grotte. Les murs, tous en cœur, s’étaient tapissés du nuancier fantasque de millions de pétales. Une lumière douce, qui chatoyait parmi les pistils, généreux, duveteuse. Elle faisait bon.
Lentement, la note de silence, s’estompait.

Une grande ouverture crevait le mur ; elle donnait sur l’océan. L’air, humide et salé, s’engouffrait par la brèche comme le vent ; tout doux, sur la figure exaucée. D’un glissement long, ample et étudié, la caverne soufflait. Un courant épurateur, ancien, enfoui… révélé au jour, enfin. Le monstre était défait. À sa place, une grande crevasse, elle s’ouvrait dans l’explosion ; fleurie, verticale, paisible.

Bientôt l’odeur du sang sera bel et bien chassée. Des rivières carminées naîtront des torrents, de nouvelles fleurs éclatantes. Oh, non. Elles recouvreront les corps, tièdes, et qui ruissellent.

Ce sera la fin. La fin du combat, la fin du cœur qui vibre, trop vite, trop fort, qui se calme et puis s’apaise, trop mal.

   « C’est… C’est quoi, ça ? Ils… sont… morts, tous ces gens ? Ahh… Ahh.. C’est pas possible… Réponds-moi. Tu… pourquoi tu souris ? Tu… Tu souris !
- Parce que c’est toi qui les as tous cassés. »

Vautré par terre, paralysé, d’affaiblissement et d’atonie, Nelwan regardait celui qui était assis sur le caillou. Fiellet sur lequel courraient les tiges, les feuilles en tous sens ; il avait des poches noires sous ses yeux clairs, et sa petite bouche d’enfant, qu’il gardait fermée. Mais cela ne pouvait pas être vrai. Nelwan ne pouvait pas avoir tué tous ces gens ! Il ne s’en rappelait pas. Il les aimait, ces gens, ses compagnons, ses… camarades… Il se souvenait de voir le monstre, sortir du mur, essayer de les happer. Il n’aurait jamais pu les abattre, ils étaient tous, chacun, plus forts que lui, il les admirait, il… Il réentendait un cri, de sursaut, poussé par surprise et, un éclair puis, Millo esquivait. Cela faisait trop longtemps qu’ils voyageaient ensembles, il ne pouvait pas, si simplement… Un autre cri ; un hoquet. Il ne voulait pas avoir volé tous ces gens… Et puis plus rien.
Ce Fiellet, qui souriait, un peu de vide.


*     *
*

   « Han, dommage, pense-t-il. »

Pierrot est un petit garçon, il va au collège à pieds. Cela le trouve bien.

Le matin il se lève un peu après sept heures, sa maman vient le réveiller en entrant et en passant une main entre les barreaux de son lit en hauteur. Le soir, il s’endort tard. Niché en haut, sous le plafond qu’il peut toucher de la main, coincé entre quatre rembardes, clouées à deux murs, juste au-dessous de sa petite étagère suspendue ; il pose ses lunettes dessus avant de s’endormir. Il laisse allumée sa petite lanterne, qui éclaire ses paupières, avant qu’il dorme. Après dîner, il prend le petit feuillet que lui a prêté Johannes, il le lit jusqu’à la fin. Ensuite il le repose en équilibre sur ses bandes-dessinées, et les livres qui jonchent la planche de chevet. Il doit les réetalonner, sinon les feuilles glissent et il tombe. Ensuite il s’endort, et il éteint sa lumière. Si Gros doudou est dans le bon sens, si les doudous sont à leur place, dans ses bras, il ne se réveille plus.

Et Pierrot… est heureux.



   Ce matin c’est l’hiver, le ciel est sombre lorsque Pierrot sort de chez lui. Il fait froid et la nuit toute noire pèle, contre le visage tout nu du petit corps qui, serré dans son manteau, est sur la route de son collège. Les lampadaires se suspendent en grandes loupiotes, blanches et immobiles. Et les vents qui glacent les petites oreilles du Pierrot sous sa capuche l’incommodent, lui transissent son nez humide ; lui piquent sa maigre chaleur toute perméable. Il fait froid, et la nuit noire pèse, contre les épaules tout tremblantes du petit corps ensommeillé, qui avance doucement, qui sort en baillant et en plissant les yeux de la lueur dominatrice de l’éclairage public.

Pierrot se réveille. Il ouvre grand les yeux, s’affirme d’un frisson, il tape du pied droit sur le sol, ouvre la bouche à nouveau, la referme, il ferme les yeux.
Il continue son chemin, se tait, c’est terrifiant.

En avançant les paupières rabattues il défie, pas après l’autre, un grand silence environnant, sa mâchoire de gladiateur, toute scellée ; toute la force de ses instincts de primitif. L’animal connaît le trottoir par cœur, il les a vu mille fois, les talus d’herbe givrée. Il sait que s’il se tient bien droit, il lui suffira d’avancer. Il ne s’éloignera pas, et il ne tombera pas non-plus. Les yeux clos, le noir environnant, l’anxiété dans la tête. Il essaye de marcher sans la lumière. Ses pupilles pulsent ; alors que ses pas s’amenuisent, il craint de les ouvrir. Ses globes crient, gémissent. De l’information. Ils ne savent plus où ils sont. Ils veulent une vision. Mais lui sait où il est. Ils le pressent, ils le frappent, ils gigotent sous leur voile ; ils sont coupés de leur monde. Ils se meurent, d’inanition. Mais eux aussi, ils sont dans sa tête. Et à la fin de la nuit, il ne leur sera rien arrivé ; le soleil se lève.

Peut-être que Pierrot a menti. Éclairée, la nuit n’est jamais vraiment toute noire. Ce n’est pas vrai, lorsqu’elle peut l’être, il ne veut plus la regarder. S’il ne la voit pas, qu’importe ses sens, elle n’existera pas.

   Il y a une défaillance d’éclairage public, sur une portion du trajet entre la maison et le collège ; en hiver, il y fait jour de plus en plus tard. Heureusement les cours ne poursuivent pas, à la fin de décembre ; la nuit s’étirera, petit à petit allongera son encre, mais elle n’ira pas jusqu’à l’attraper. Chouette. Sous les regards des lampadaires, éteints, ne se meuvent plus que leurs ombres ; elles le terrifient. Pierrot baille à nouveau, il mâchonne deux fois une langue invisible, profite du matin tout rouge, il continue son chemin.

Il a gagné, comme d’habitude.

Il est encore fatigué. Il aurait bien dormi plus, et ce n’est jamais vraiment assez. Mais il se contente de bailler ; il s’est réveillé en avance, encore. Une fois Johannes lui avait dit, dans la cour toute vide de l’ouverture du collège, qu’il ne fallait pas regretter le sommeil perdu. « Toi tu dors, profite-en, un jour tu ne pourras plus ! »
Ce jour-là n’aie pas que des souvenirs de remords, s’il-te-plaît.


Johannes est un anormal. Il fait peur à Pierrot. Il est le seul ami de Pierrot. Il le sait. Pierrot reste avec Johannes parce que Johannes lui fait peur. Il le sait. Johannes fait peur à Pierrot parce que Johannes va éliminer Pierrot cette année. Mais personne ne fait jamais comme s’il savait. Pierrot reste avec Johannes parce que Pierrot aime les histoires que lui raconte son ami Johannes. Johannes le sait. Johannes ne fait peur à personne, parce que personne n’est l’ami de Pierrot. Mais non, enfin. Johannes fait des choses formidables, que personne ignore. Ce n’est pas ça. Johannes, est fantastique. Pierrot le sait.

Mais Pierrot… est bien le seul.


   Pierrot pleure, un peu silencieusement. Johannes l’a frappé en arrivant ce matin. Sans prévenir, sans colère, un uppercut dans son abdomen comme un coup de boule. Il serre les dents, plus fort, pour retenir des petites larmes qui coulent quand même.

« Pardon Pierrot. Au fait, je te le dis mais, je meurs aujourd’hui, et un autre aura pris ma place demain ; ne t’en fais pas. »

Il a mal, à gauche au-dessus de l’estomac ; Johannes aussi, il a mal. En fait, tout le monde a mal. C’est la vie, mais Johannes s’en fiche. Pierrot le sait, il le lit assez. Ferme tes yeux, pleure, pleure, ne viens rien chercher dans les miens, tu ne t’y retrouverais pas. Rien qu’un anneau vert, vert foncé, et une pupille gorgée, étouffée. Que tes larmes coulent, et ton nez en cadence, que ta manche ne les arrête pas, qu’elles mordent le sol et qu’il s’effondre, le sol ; Johannes ne passera pas la nuit, demain il ne sera plus là, et toi ? Et toi ? qu’est-ce que tu vas en faire, de toi ? Tu t’abîmes, tu n’as rien écouté, Pierrot, tu t’abîmes à tenter de te délivrer… Regarde, c’est une forêt.

Elle n’a qu’une clairière, une seule, et c’est un lac d’encre. Tu n’y trouveras rien. Toi pas plus qu’un autre. Quelqu’un vivait ici, avant, avant que tout ne prenne à brûler. C’était le feu de forêt. Les arbres s’enflammaient, ils s’embrasaient, ils tombaient, et avec eux ceux qu’ils abritaient, celui qui les habillait, qui les faisait pousser, il les aimait… Il les aimait, ces arbres mais, lui aussi, il crame maintenant. Chute et rechute.

Non. Non, Pierrot ne voulait pas que ce soit possible. Sourire. Dans le reflet des verres des lunettes qui posent des bouts du soleil sur ses lèvres. La pierre blanche des pylônes du hall, béton ou granite ; effritée, qui se délite. Dans la pénombre orangée, un petit corps s’affaisse. Loin, si loin de lui-même. Ses muscles s’étreignent, se taisent. Pris d’assaut. Sa tête, à des centaines de mètres de là, frissonne, vrombit. Des nuées de corbeaux de vent, noirs, qui l’achèvent. Qui vrillent dans ses tempes. Le sol sourd, dur, il est mouillé ; il s’incruste par morceaux indistinct, dans les paumes râpées.

À des dizaines de mètres de là.

Calme-toi, Pierrot. Ne crie pas. Ne te veux pas de mal. Tout le monde nous regarde. Redresse-toi, Pierrot. Ne ressent pas leur ressentiment. Il faut que tu te détendes. Ils noient leur curiosité dans un simulacre de crainte. Cela n’est pas de ta faute. Ils sont trop loin, Pierrot, pour apprendre à t’aimer. Réfléchis, Pierrot. Ils ne s’approcheront jamais, ils reculeront. Cela ne peut être de ta faute. Ils ne t’aimeront jamais. Tu t’effondres. Le sol est dur, froid ; il est douillet, aux creux de ta joue de garçon percée qui s’avachit. De stress. Tu n’as rien retenu. Encore. Mais ne t’en fais pas. Je suis là.

Je serai toujours là. Pour te porter.

Dis, petit dos, dis-moi. Tu peux me reposer, je vais mieux maintenant.


   Il ouvre les yeux sur un plafond blafard ; et un drap. Il est sous une couverture, une couverture d’hôpital ; il a peur. Il s’agite un peu, mais son corps ne répond plus, il ne bouge pas. Entre un rideau et un mur. Cela lui rappelle son père, et cela l’effraie. Son père. Ses souvenirs, qu’il lui garde, qui sont comme un peu tachés, dans sa mémoire, comme peuvent l’être les souvenirs. Des taches de pensées. Des regrets. De l’appréhension. Le lit blanc. La télécommande. La chemise de nuit. Bleu pâle. La chemise qu’il n’enlèvera plus le jour. Qui ne le quittera plus jamais. La chambre de l’hôpital ; dont la dernière petite chose pas encore vouée à la quitter un jour était son petit papa. Papa, qui n’avait jamais été très bavard. Qui ne l’a jamais emmené sur le toit de la maison. Il n’avait pas de télescope, son papa. Ni de livre. Le weekend, il s’asseyait simplement sur un des fauteuils du salon. Et il regardait passer les murs. Le temps. Le temps. Finalement, dans sa chambre mortuaire, Papa n’avait pas changé ses habitudes. Il avait seulement gagné ses jours de congés. Enfin. Encore plus, Pierrot se disait-il, depuis que les cours avaient repris, et que lui ne pouvait plus venir le voir. Qu’il était tout seul. Il regardait l’âge, que la solitude dilate. Pierrot se dit que la mort était telle un trou noir. Béante. Et qu’à son horizon, le temps se distendait à l’infini.

« Quoi qu’on fasse, et quoi qu’on tisse ; il ne faut jamais oublier une chose : on meurt seul. » Il avait entendu cette phrase de la voix de quelqu’un qui s’était enregistré sur un magnétophone. Il s’était dit que la mort était alors la plus grande des solitudes. L’isolement de tout. Il en était venu à sa théorie du trou noir. Si la solitude est l’égarement, la mort la perte, à l’orée de la mort, on est plus seul qu’on ne l’a jamais été, et qu’on ne le sera jamais. Le temps, alors, est si évasé qu’il paraît presque se figer.

La mort est infinie.

Et comme l’égaré, à l’horizon, qui s’éclate en rôt stellaire aux paupières du cosmonaute endeuillé, d’une nuit à l’autre son papa fut enfui. Sa dernière vague aurait été une réunion de noir. Mais il n’y avait pas assisté. Il n’était pas dans la boîte. Papa, il était resté dans la chambre qui avait un numéro. Il y serait resté toujours. Il y reste encore. Parce que pour lui, le temps n’avait pas fini de s’étirer. Toujours pas encore.

Pierrot, quand il repensait à son papa, se disait qu’à l’heure qu’il était chez lui, il devait être devant un mur bleu pastel, dans des draps de papier blanc azur ; ses tuyauteries vissées dans ses nouveaux poignets ocres. À l’heure qu’il était, chez lui, son papa devait regarder un mur, perdu dans le vide, sans voir rien que le tissage du temps qui passe sans plus passer. Bloqué dans un univers de vide. Répété.

Heureux.

   Il est effrayé, quand il repense à son papa. Toutes ces tâches hagardes, d’égards, qui tentent désespérément de se frayer un chemin dans ses pensées, elles l’assomment ; elles l’assaillent. Elles veulent le remplacer dans sa tête. Mais il se retourne, sous la deuxième couverture piquante. Il est encore en manteau. Il a fait une rechute. Il est à l’infirmerie. Le mur, à sa droite, est rosé comme une vieille tapisserie, couleur saumon, salie par les années, démodée. À sa gauche, une fine trame le sépare encore du monde. Il est enfermé entre un lit, des draps, un mur, et le plafond.

Il referme les yeux mais cette fois rien ne parvient le tourmenter, que la sérénité.

Alors Pierrot… s’élonge. Un peu. Silencieusement.


   On pousse le rideau. Comme un voile qu’on retire. Tac-tac-tac-tac en cascade lointaine, vaporeuse, dont l’insistance réveille. Pierrot garde les yeux bien clos. Il mesure sa respiration, la régularise ; surtout, il ne bouge pas. Un petit être, si lointain, chuchote d’une voix douce, complice. Sur son front qu’une paume légère enserre, efface délicatement de son contact ; soigneusement, l’empêche de tout mouvement.

   « Tu sais que tu ne me tromperas pas comme ça. Chut. Écoute. Tu n’as plus de fièvre, tu es tout froid, tu es un caillou sous la neige, un glaçon dans un étui cotonneux. Tu es fichu, tu vas fondre tout doucement et tu te retrouveras dans dix mille ans, métamorphisé en bloc de schiste bleu ; moche, tout déshydraté. Mais t’en fais pas, fais-moi confiance, je vais te ranimer. Je vais faire de ton corps de glacier un golem, je te frictionnerai l’âme, et le cœur, alors tes jambes se renforceront, elles pourront soutenir ton buffet de grès. Je peux faire cela, parce que tu en es capable. Tu es comme le matou. T’es toujours vivant. Allez, marche. Reviens.
- Mrrmh… J’ai pas envie…
- Dans quelques minutes tu te rendras sans doute compte qu’il est déjà dix heures vingt, fin de la récré ; tu culpabiliseras d’avoir raté tes deux heures de français. Tu te morfondras d’arriver de plus en plus en retard en anglais. Je ne te donne pas plus de six minutes pour sortir de ton cocon fendu dans lequel tu te drape, tiraillé par le remords, contrit par ta nonchalance !
- C’est ça, laisse-moi me rendormir où c’est douillet maintenant… Tu n’as pas entendu l’infirmière, j’ai besoin de mon repos. »

Il croit pouvoir retrouver Morphée, et les minutes passent, comme des droits de rêves somnolents. En les laissant défiler, tout en y prenant garde, mais ignorant leur découpage, elles sont inutiles. Quand il se pense inerte, enfin, s’il s’apprête à plonger plus loin, qu’il songe juste à s’assoupir complètement, la bougeotte embaume ses cuisses engourdies. La glace se cisaille ; en fracas de menaces. Son ami a raison. Sur le petit lit givré un autre Pierrot émerge de son sommeil. La pierre se craquelle. Quelque chose qui, dessous, la maltraite, la tord. Quatre morceaux, annonce l’horloge bruissante, tic, tac et remuages en deux sens. À gauche, à droite, fluide ; visqueux. Debout. Attrape mon sac ; tu as gagné, Johannes.


« Je t’attendais. »


   Ils quittent l’infirmerie. Ils y laissent la chrysalide des draps, cristallisés, gelés par le passage de Pierrot, l’infirme, enseveli par ses gravats. Sans s’en retourner. Ce ne sera qu’une mue de plus.

   Les derniers retardataires se pressent au bout des couloirs. Affolés, ils toquent, attendent et rentrent. Les allées se vident. La lumière se coupe ; faute de mouvement. L’air retombe. Même les oubliés, ceux du fond de la cour, lorsque ça a sonné, ont rejoint leur classe. Les murs s’immobilisent. Pour cinquante-cinq minutes, jusqu’à la prochaine sonnerie, le collège peut s’éteindre. Et Johannes et Pierrot évoluent, lentement, dans l’univers des portes placides, et des escaliers déserts. Alors, peut-être est-ce le moment.

   « T’es vraiment comme le lion, Johannes ? Tu ne veux pas attendre un peu après ce soir ? … »

Il esquive son regard en se détournant, un peu anxieux, il remue son index droit dans sa main gauche ; il se remet, mais il est encore triste. Il est toujours triste. Et Johannes s’en veut.

Il veut lui dire que non. Il s’y attend, bien sûr. On ne s’échappe pas de l’étreinte de la vie comme ça. Mais Johannes est Johannes, cela se pourrait. Un soupçon de chagrin projette son ombre. Orangée, dans le vert des pupilles.

« Le monde change. Parce qu’il est fabriqué de toutes les choses qui le constituent, qui nous entourent ; et de nous, aussi. Il change parce que toutes ces choses-là changent elles aussi, en chœur ! Mais le changement, moi, je ne sais pas ce que c’est. J’ai demandé à des livres, à des gens morts depuis longtemps, et à d’autres qui ont dépensé leur vie à demander cela eux-mêmes ; le changement. C’est la modification d’un système au cours du temps. Cela ne veut rien dire. Pose-toi, regarde un ciel noir d’étoiles, ferme les yeux, rouvre-les, qu’importe, cela ne voudra toujours rien dire. On ne fait pas une définition de termes à définir. La modification, c’est un synonyme, le changement c’est le changement ; ça ne va pas. Mais elle n’est même pas l’objet du problème : le changement est le passage d’un état à un autre au cours du temps. Le passage, c’est encore le changement, c’est stupide, mais c’est normal ; on ne parvient pas à le cerner dans sa moelle sans faire appel à lui. Pour la raison unique : la composition du temps. Une différence entre une même chose, à des instants différents. Je ne comprends pas. Je ne comprends pas le mystère qui nous pousse, à considérer que cette même chose peut à la fois être et demeurer différente d’elle-même. Pour si peu que le temps change entre-temps. C’est stupide. Entre le temps, il n’y a plus de temps. Le temps n’est nulle part.
… Je ne sais pas. On n’a même pas de définition. Ça ne sert à rien. »

Ils arrivent à la porte. La salle du numéro douze. Toquent. Ne pleure pas comme ça, Johannes. Sèche tes yeux, monsieur Johannes. Raccommode tes mains.
Raccommode tes mains.

Parce que Pierrot… peine encore à comprendre.


   Il voit que les gens se transforment. C’est comme cette fois contre le mur chaud. Autour de lui, face à lui, à ses côtés ; les gens changent. Était-ce ce que voulait dire Johannes ? Il ne pense pas. À sa droite, son ami paraît si malheureux. L’un d’entre eux s’endort, à sa gauche. Son voisin sombre les yeux ouverts. La tête posée sur ses poignets, elle suinte doucement. Petit à petit, ses mains, son menton, ses poignets, se lient. Dans de la salive épaisse. Il garde les yeux ouverts. Sa bouche se noie, dans des filets de colle liquide. Il dort. Dans sa nouvelle forme, son esprit lui paraît si distant.

Johannes ne bouge pas. Il fixe la professeure d’anglais. Avec hargne. Son regard lui fait peur ; ses pupilles tremblent. On dirait qu’il va la dévorer. Il ne faut pas. Pierrot peut tenir, il a l’habitude, il est endurci. Il est loin, loin, tout au fond de sa carapace. Sa belle carapace, sa muraille derrière laquelle il peut se réfugier. Sa mue, au sein de laquelle il peut vivre. Où le mépris et le retroussement sporadique des babines de Mme Vigy ne peuvent l’atteindre.

À droite, dans le vrombissement des iris, on réfléchit intensément. À toute vitesse, mais sans avancer, on gratte, frénétiquement, pour faire fléchir un sol dur, dur. Qui ronge les sangs comme celui qui, devant, frémit, sur le second rang ; il recopie, vite comme il peut, son devoir maison. Il serre son stylo dans ses doigts noués, forts, crispés, et sa posture se voûte, ses cervicales s’arquent ; il évolue, nerveusement, vers son enfermement. S’enferre, il se coupe du monde des néons stroboscopiques, trop rapides, ses doigts crissent comme crissent les deux mandibules de sa plume sur le papier froissé ; ses ongles poussent, en vrille, et ses mains sont des serres sur la feuille qu’il ne finira jamais à temps. Il n’a plus le temps.

   Les gens se transforment. Dans les petites bouclettes blanches grignotant les joues de ces deux adolescents accoudés au mur du foyer ; dans la toison drue qui brûlait sur la pommette de Pierrot comme le soleil sur béton dans son dos. Dans le nez fin des adultes qui s’écrase, lorsque leurs faces rentrent dans leur crâne, façon tatou, pour ne plus voir, ne plus entendre ; ils ne peuvent pas l’aider. Ses camarades se métamorphosent, et lui aussi. Mais personne ne fait comme s’il savait. Les gens sont comme Crapule. Ils sont des ânes. Les gens sont tous des ânes qui s’ignorent, et lui aussi. Sauf Johannes. Johannes meurt. Johannes ne change pas. Johannes meurt. Mais il est toujours là, comme le chat. Comme l’air un peu navré du regard de madame la professeure d’anglais qui a remplacé la mine épanouie, radieuse, bienveillante, bénéfique, de Mrs. A. « Je suis désolée », veut-elle dire. « Mon enfant. » Il manque un « mon enfant. » Il manque tout. Il n’y a rien. Pierrot n’a rien. Rien que ses mues. Son corps. Ses changements. Il lui manque Mrs. A. Il ne tiendra plus ; Johannes veut la dévorer. Mais lui, il n’a pas de crocs. Johannes est un anormal.

Dans les draps de la désolation, il y a souvent une pointe d’aversion, elle empale Pierrot dans son petit écrin. Mais ce n’est pas grave, il est endurant, il peut tenir. Il a construit une muraille, il a filé une carapace, ont dit les médecins. Recroqueville-toi, Pierrot, et ça passera.

   Quelle douleur, pour celui qui n’a pas mal ? Aucune. Rien que de la compassion. Morceaux de désolation, et bouquets d’épines.
Johannes ne la ressentait pas. Il ne pouvait pas la ressentir ; personne, nul ne le pouvait. On ne ressent jamais que sa chair. Rien de plus. Mais il fulminait. Sa rage, sa tristesse, elles étaient sa mousse. Il ne pensait pas le sauver ; au monde, aux autres, il leur opposait une férocité en glace liquide, qui le gardait proche. Fluide, inatteignable. Inatteignable. Il était le gardien.

Le gardien de Pierrot qui bave parfois, celui qui accompagne la voix hésitante qui ripe les oreilles de ceux qui s’adonneraient à son attention, la voix qui n’a jamais blessé personne, qui paraît causer tant de mal, pourtant.

Écoute, tais-toi, cela ne suffira pas. Les autres ne se retrouveront pas dans ton regard. Je resterai là, je te parlerai. On s’amusera. On poursuivra seuls ta petite vie.


« … »
   « …Il faut qu’on trouve un angle d’attaque.
- Hein ? Sur quoi ? Sur la vie ?
- Oui. »

Je me raidis. Il est sérieux.

« Réfléchis. On ne tiendra pas. Tôt ou tard on va se faire broyer, comme des fuseaux. Elle ne peut plus durer comme ça. Ça suffit. Il faut qu’on trouve un angle d’attaque, il faut qu’on l’affronte, qu’on la renverse, qu’on la brise. On doit redevenir les maîtres à nouveau. Les maîtres de la vie. Celui qui n’est pas maître trop longtemps finit par ne plus jamais rêver.
- Mais, p… Pourquoi ?
- Parce que je veux qu’elle s’arrête ! »

Il s’est raidi. Lui a crié.

« Il est déjà trop tard ! Il a toujours été trop tard ! Il n’y a jamais eu un seul instant de notre existence où le temps opportun n’était pas déjà passé ! Tu comprends ? Il n’y a plus de temps opportun ! Plus pour nous ! Il file, il fonce à toute allure, il nous tamponne de toute sa vitesse et nous, on se défile ! Il nous maltraite, n’a qu’à nous effleurer pour qu’on se réfugie comme des craintifs dans nos bras béants ! Comme s’il était puissant, comme s’il était maître. Non. Comme si nous étions trop faibles. Réveillons-nous ! Le temps est nu ! »

Hurle-t-il. Autour certaines têtes se retournent.

« Il peut bien avoir toute la vitesse qu’il souhaite, il n’a pas de corps ! Il n’a pas de masse, pas d’impulsion, pas d’énergie ! Non. Rien qu’une force. Et il croit que nous sommes sous son joug. Non ! C’est nous, qui sommes sa masse ! Nous, qui sommes son corps ! Et son champ veut nous affecter ? Haha, je ris ! Non. Écoute-moi bien, Pierrot. Nous ne sommes ni à sa botte, ni sous sa tutelle, ni soumis à ses humeurs. Il le croit, parce que nous le pensons. Parce que nous le pensons ! Mais rends-toi compte, Pierrot : cela ne se peut. Nous avons quelque chose qu’il n’aura jamais. Qui est à nous, rien qu’à nous, et qui nous rend insaisissable : nous n’existons pas. »

Il vocifère à voix grosse. Aux tables alentours, on s’agite.

« Quand tu réalises que rien n’a d’importance, l’univers t’appartient ! »



   L’air pique beaucoup moins, aux alentours de midi. Un peu réchauffé, il acquiert une sorte de fine buée environnante, il devient moins limpide, et la vue un tout petit peu plus trouble. Imperceptiblement plus confortable.

   « À partir de quand tu crois qu’ils ont décidé de vraiment nous jeter dehors ? Je pense que c’est quand je suis monté sur la table. J’ai dû brailler un peu trop fort.
- Quand tu leur as dit que tu les haïssais tous pour la seconde fois, le prévôt a reçu un postillon sur le visage, il n’a pas du tout aimé. Ça donnait très vrai.
- Merci d’être parti avec moi au fait, et merci aussi pour nos sacs. Tu as eu le temps de ranger nos plateaux ?
- Tu aurais pu ne pas te débattre, ils avaient l’air bien embêtés, à te transporter comme ça.
- Il me fallait partir avec panache !
- … T’aurais pas dû en frapper un personnellement, j’ai vu son nez qui saignait après, il va t’en vouloir maintenant. Avant c’était pas certain, mais avec ce sang ils vont t’envoyer voir le psychologue.
- Et alors ? T’as survécu, toi, pas question d’y rester. Je lui donnerai ce qu’il désire, et c’est tout, je rentrerai chez moi, on me regardera comme avant, et je m’en ficherai très bien, moi. »

Il a balayé la cour et ses habitants de la main.
« Et… tu comptes t’y prendre comment ? »
J’étais un peu gêné.
« Qui est-tu ?
- Hein ? Je suis Moi ! »

Le bras levé, retourné, le buffet de Pierrot avait accusé un regard dur. Il n’y avait rien, pourtant. Dans ce filet vert, de sa curiosité vive, et un peu de surprise ; mais j’imagine que c’est ainsi : il a chassé quelque chose.

« Oui. Toi. Un jour un vieil homme a dit : « Je pense, donc je suis. » Cela lui avait pris du temps, il avait beaucoup réfléchi. Il se trompait des pieds à la tête. Tu es à chaque seconde, Pierrot, à chaque instant et à chaque prochain. À chaque prochain. Dans le fourmillement des millions de milliards de petits neurones qui constitueront ton toi d’après ; par télégrammes moléculaires, qu’ils s’envoient sans cesse, comme des aliénés ; tu existes à chaque instant. Et à chaque suivant. Mais entre-temps… entre-temps tu n’existes plus seulement. Tu vis. Juste après une naissance, juste avant une autre, pour une micro poussière temporelle, rien ne bouge. En attente de la réception du prochain signal. La prochaine salve de sérotonine. Ce Toi là, ce petit Toi, en qui tout est figé en qui toutes les molécules sont en trajet, il vit. Il vit, et le temps n’a aucune emprise sur lui, parce que petit Toi est discret, parce que le temps est dense. Entre sa genèse et sa fin, se tasse une infinité de morceaux de temps différents. Indénombrables. Il est le corps. C’est le corps, Pierrot, qui devrait être maître. Parce que le temps a créé la conscience, pour détruire les sensations. Il l’a articulée, il lui a donné ses traits. Il l’a faite continue, et son existence en tous ses points. La pensée. Et sa plus grande réussite, elle a été de te faire croire que c’était la conscience, qui était Toi.
As-tu une idée de comment établir la bijection entre le discret, et le continu, Pierrot ?

- …Non. C’est quoi, Johannes, une bijection ?
- C’est un pont.
- Je ne sais pas.

- Le temps. Le tissu du temps. Pour combler un creux, tends ton fil entre ses deux bords. La conscience, c’est le passage d’un bord à l’autre. La communication entre tes petits Toi. Les messages nerveux. Les pensées. Oh, oui, les Pensées. Elles obnubilent. Je pense donc je suis asservi. Asservi au temps. Les pensées sont omniprésentes. C’est la conscience qui les porte ; alors elles oblitèrent tout. C’est normal. Pierrot, c’est normal. Continues, elles seront tout autour de toi. Elles existent infiniment plus que toi, Pierrot. La vérité, c’est qu’elles te volent. Regarde-toi, Pierrot, tu n’as aucune constance. Un coup tu désireras quelque chose, un autre tu y accorderas tant de désintérêt que tu ne sauras même plus ce que c’était. Rends-toi compte, tu n’es même pas capable de te souvenir précisément de ce que tu as un jour pensé. C’est un mensonge. C’est normal. La mémoire n’est qu’un bricolage. Un leurre étudié par la conscience. L’impression de former un tout concret. Réfléchis, Pierrot, elle se substitue à toi, c’est Toi, qui est concret. Rien d’autre. Et elle te jalouse ça. Elle veut te supplanter, pour avoir l’impression d’exister autant que toi ; elle évolue dans un monde continu, infini, qu’elle ne comblera jamais toute entière. Elle est, seule, dans un univers de vide. Tu es les pylônes sur lesquels elle veut s’appuyer.
S’il-te-plaît, avant de la laisser s’installer… Sais qu’elle n’aspire qu’à te substituer.
Réveille-toi, tu n’es pas ta conscience, tu n’es pas l’évanescente chape de différences qui t’animent, Pierrot… Tu es chaque image du folioscope. »

Dans la cour, certaines choses s’articulent.
Mais toujours cette dissonance, qui reste. Le lézard n’est toujours pas doré de soleil.
Il est treize heures.

Un peu étourdi, Pierrot… est chaque image du folioscope.



   On n’est jamais fou que de l’extérieur. Naturellement : la folie n’est qu’un problème de communication. À l’intérieur, toutes les causalités en pondération, les idées font forcément plus sens. Cette après-midi, Johannes a continué de lui parler de lui, du temps, de sa conscience, de son plan, il voulait qu’il participe. Il ne pourrait pas le faire seul, disait-il. Qu’il aurait besoin d’un peu de compagnie, un tout petit peu, que celles des autres que lui n’existait pas. « Ils sont en-dehors », ajoutait-il. Et Pierrot trouvait cela étrange, parce qu’il ne se sentait pas plus dedans, lui. On n’est jamais que chez soi. C’est ce que le monsieur au magnétophone avait omis de dire : on meurt seul, et on vit seul aussi. Les gens sont tous de gros nématodes dans des boules de verres colorées ; depuis lesquelles ils font varier les motifs des parois comme s’ils se retrouvaient un peu entre eux. Mais les boules sont bien fermées. L’extérieur ne peut pas rentrer.

C’est là que Pierrot a dévié, doucement, de sa position pour changer d’avis. Les boules colorées.

Cela lui a rappelé sa maman. La main qu’on lui passe dans les cheveux tous les matins pour dormir. Tous les soirs, pour éteindre la lumière qu’il laisse allumée. Assoupi, roulé en boule comme un furet. La lumière est éteinte quand il dort. La nuit, le monde est gris, c’est à cause des cônes, des bâtonnets ; la nuit, la lumière ne passe plus au-travers du verre. Roulé en boule comme un furet. La fourrure sous ses doigts. Enfin pour une fois il n’y a plus que lui pour admirer ses motifs. Les ressentir, comme une longue queue duveteuse, contre son cou. Les sens, la vue, la proprioception, sont des illusions. Dans le cerveau, toutes les sensations sont des influx nerveux, et des particules d’électricité.

C’est ça, qui lui a fait tiquer. Des déplacements de charges.

Il était prêt à rester abandonné. C’était ce qu’il se disait auprès de sa maman. Les illusions, et le réel, n’ont que peu d’importance. Au final, ce sera toujours lui-même, qui ressentira. Et il ressentira la même chose. Lui-même. Les illusions sont faites de la matière du réel, le monde est une illusion cohérente, par nos sens, par notre perception. Mais non. Le monde est une illusion de cohérence. Il est réglé. Il est dicté. Il se répète. Il ne s’arrête pas. C’est normal. Le monde est par rapport à l’observateur. Pierrot s’était fait prendre à la facilité, lui aussi. Né dans un flot constant, inarrêté, il s’était raccroché à ce qui revenait le plus souvent, aux ramures des arbres les plus fréquents, en oubliant les troncs sur les côtés du torrent. Au fond de la barque de sa petite vie, il s’était réduit à regarder au ciel, allongé, contemplateur de la beauté du monde qui l’entourait. Allongé, il avait oublié qu’il pouvait se lever. À trop ressentir les cahots du courant contre son dos, il avait fini par oublier qu’il n’en faisait pas partie. Comme les tendresses de sa maman, il se perdait dans un monde… qui s’éclairait de plus en plus aux couleurs de rêves.

Précisément. Le contact avec l’intérieur de sa petite boule. La douceur de l’étreinte de sa maman. Pierrot ne parvenait pas à penser à sa maman.
Il se rendait compte qu’il ne la ressentait pas. La mémoire est un animal facétieux, qui reproduit les mimiques qu’on lui a faites il y a longtemps pour faire comme si elle les préservait. Par la mémoire, la conscience achète sa place. C’est elle qui, vraiment, gardait Pierrot de s’en éloigner. Il est amusant, ce désir de réminiscence. Comme un besoin de communiquer, de se rappeler, au-travers du temps, d’un Pierrot à un autre qui, maintenant, est tenu de se souvenir qu’il a eu un précédent. Il est plus curieux encore, ce sentiment d’appartenance, de continuité entre les époques. Ce matin à huit heures, hier soir à dix heures, ne voit-il pas que ceux-là ne sont pas lui ? Avoir besoin, souvent, de se dire qu’il est plus qu’un frémissement dans le continuum de l’espace-temps.

Pierrot aussi, il pensait qu’il en avait besoin. Cela ne le dérangeait pas, il voulait bien se lustrer dans un petit étang de conscience et d’illusoire, peu importait. Mais petit à petit il perdait un peu de son envie. Il s’amenuisait les sensations, il se prenait à penser beaucoup plus que d’habitude, et il vivait cela comme un envahissement, de plus en pis. Un envahissement par quelque chose qu’il pensait accepter, mais qui ne lui témoignait aucune bienveillance.

Et plus il pensait, plus il se prenait à penser, et plus le monde lui apparaissait derrière un immense voile chamarré. Un voile dont il choisissait les couleurs sur des sautes d’humeurs, qui teignait un univers si vaste comme pour lui donner de ce qu’il connaissait. Cela ne l’avait pas mis en défaut, il acceptait volontairement, sa conscience pouvait le manger, peu lui importait. Mais non, cette après-midi, c’était comme si quelque chose avait changé. L’usuel nihilisme s’était entiché de splendeur ; d’une existence absolument éphémère d’une infinité dénombrable de Soi. De chaque instant. Pilonné par ces millions, ces milliards d’individus, tous semblables, tous un peu de lui, tous un peu Pierrot, un peu un autre, son corps accueillait le coup avec une sorte d’humilité camarade qui le réchauffait en pulsation dans son buste.

Il se mit à courir.



   Il se mit à fuir les pensées. Sorti du cours, il n’attrapa pas son sac, il profitait de l’aspiration d’une houle d’une centaine d’élèves précipités ; il se glissait entre les êtres mouvants en les poussant, il espérait pouvoir s’y enfoncer et s’en extirper. Très vite il sortit aussi du troupeau déformé qui se dépêchait vers l’entrée principale, il descendit les escaliers dans son élan, bondissait, esquivait les premiers en avant-garde, et les dépassait. Il n’était pas pressé, mais il ne pouvait pas s’arrêter. Il voulait courir. Courir le plus vite possible. Courir loin, loin de toute ébauche de pensée, il voulait éreinter ses réflexions au point où il ne serait plus que lui, tout seul, perdu dans la fraction d’une éternité. À ses épaules, un immense poids s’évaporait. Il filait au-travers de l’air un peu piquant de la fin de journée. Très vite, il sentit son souffle se déliter, et ses poumons crier. Il songea à s’arrêter. Il songea encore. Ses jambes couraient toujours, alors qu’il menaçait de les stopper.

Alors, son ami Johannes apparut à sa hauteur dans ses yeux ébauchés. Et de sa vision, tout en nage, agitant les bras comme un possédé, et remuant ses pieds déchaussés, Pierrot compris. Il n’aurait pu le faire seul. On ne s’échappe pas de l’étreinte de la vie comme ça. Dans les yeux fous de Johannes qui détalait comme un forcené, les larmes collantes qui se mêlaient d’une chaleur entêtante, dans la sueur ; non, il fallait être deux.
Ils échangèrent un regard ; mais ils s’aperçurent qu’ils ne se voyaient plus. C’était normal.

On ne voit jamais vraiment que ce qui est à l’intérieur. On ne voit jamais vraiment qu’au travers du verre de la conscience.

Elle s’échappait, donc le monde se substituait. En courant ainsi, ils parvinrent à la distancier. Ils parvinrent à distancier la distance.
D’abord est venue la douleur, intense, puis plus faible, puis son retour en puissance. Ça commence par un calme profond, et ça dégénère en longs picotements le long du bassin. Ç remonte un petit peu dans le haut du plexus. Ça coupe la respiration. Ça stupéfie. Si on ne s’arrête pas, ça empire. La vue se fit brouillée, et des éclairs glacés s’encastrèrent dans les parois de sa gorge rendues roides par le frais. Le souffle se fit rauque ; et la lumière se tarit. Quelqu’un frappa ses côtes avec lourde masse pour y faire sortir ses poumons brûlés. Comme ils restèrent coincés, il changea la masse pour une tronçonneuse. Le corps s’inquiétait. Il se sentait se départir d’un très large morceau d’étoffe, et s’y agrippait. La conscience plantait ses griffes pour ne pas se faire semer, et il gémissait de toute part de la morsure de ses embouts rouillés.
Et puis elle fut éjectée.

   Comment dire, ce fut un peu comme une dépression immobile. D’abord la souffrance disparut. Ensuite la temporalité changea. Les secousses des pas devinrent de plus en plus espacées. Après le monde coula sur les petits torrents qui précipitaient sur sa face exaltée. Les secousses des pas se scindèrent en énormément de minuscules morceaux différents. Enfin, les carreaux du monde éclatèrent.

Pierrot reçut une esquille argentée dans le thorax.

Et un pieu suivit. Et dix mille fragments empalèrent onze mille Pierrots sans douleur.

Et chacun d’entre eux continua de courir.


Et chacun d’entre eux qui y était, à l’heure qu’il fait chez eux, est toujours en train de courir.




   Mais la musique reprendra. Note, par note. Après un top large hurlement, qui aurait déchiré la mâchoire inférieure. Sans ouvrir les yeux ; sans non-plus lutter pour les garder fermés. Le reste semble éteint. Les lampes sont trop nombreuses. Elles claquent, une par une, pour s’illuminer. Les crampes sont trop puissantes. Il est figé. En clapots, aux rivages de l’âme. Il gémit très silencieusement. La respiration en friche, à un confins de la réalisation de l’être. Brûlé, ravagé de cendres, c’est peut-être cela que ressentent les fumeurs, l’intérieur tout rappé ; quand on n’est plus qu’un mégot, se disait-il.
S’il était encore là, il aurait pu sourire. Sourire. Mais il était parti. Fini. Ils s’étaient affalés dans un talus d’herbe humide. Côte à côte. L’haleine rase ; la voix chevrotante. Quand ils inspiraient, un râle clandestin s’exfiltrait. S’échappait. Prenait des aises dans la trop faste vasque de l’air.

De chaque jour à son lendemain.

Chaque Pierrot aura son successeur.

Chaque lendemain a sa veille.

Et cela tombe bien.

Aujourd’hui, je meurs. Maintenant. Le temps de finir une raison ; je suis déjà remplacé. Ne t’en fais pas. C’était sûrement ça que voulait dire Johannes. C’est normal.

Comment dire ? Ils avaient visité un nouvel univers, il n’avait appartenu qu’à eux. Ils avaient été rattrapés. La mémoire du corps ne s’encombre pas du camouflet des souvenirs. Ils avaient pu vivre. Ils avaient vécu. Pour des années. Des siècles, des millénaires. D’autres les avaient remplacés. Deux autres les avaient secondés. Et eux n’y auront jamais accès. Ni personne. Personne. Nous sommes tous seuls. Dans notre bulle de verre bariolée.

C’était ce que Johannes avait dit.

Alors c’est ainsi. Fini. Ils ont été rattrapés. Cela devait arriver ; c’est normal. Ils avaient abandonné. Ils pensaient qu’ils n’abandonneraient jamais. Ils pensaient.
Le monde va dans ton sens, Johannes.

Tu altères tes perceptions, Pierrot, tu vois les gens qui s’altèrent, qui s’aliènent, puis comprennent, puis reprennent. Et moi ? J’altère la réalité. Mais celle que je vois est toujours la même. Je l’ai vue s’arrêter. Merci. Merci, Pierrot. Je vais m’en aller. Le petit feuillet que je t’offre ce soir sera le benjamin… Je n’ai plus ma force d’écrire. Je suis rassasié.
Je suis rassasié.

Garde-moi au plus près de ton cœur, là où tu m’oublieras.
Je serai heureux de te cajoler.

Ses yeux avaient un éclat d’adieux.


   « Finalement je n’aurai pu tout dire. Je n’aurais jamais le temps, ha ! Hah… »


Ça n’a pas été facile, n’est-ce pas ?



À demain.

Bonne nuit, Pierrot.


*     *
*


Discrétion intangible
De Nooannes

     Glissement, de ses talons, grippages, de ses articulations, un peu, lointains. Fusée crépusculaire. Il s’allonge, repose sa tête, sur le sol, sur le coussin de ses mains, ses aisselles s’exposent et il se sent à découvert ; il expire, sèchement, futile un instant. Il sourit, ses lèvres décrivent la parabole. Sa bouche retombe, inerte, fatiguée : dénuée. Il sourit naturellement, par à-coups, avant que sa peau tendue ne constate la désuétude, puis abandonne. Soudain ensuite son philtrum se durcit, raidi, ses yeux s’ouvrent légèrement plus, parfois, et de ce durcissement subit naît son expression : la froideur. Il en reste stoïque, un peu. Ses membres s’éloignent imperceptiblement de lui, fuient la falaise ; il regarde les feuilles, le tronc, en contre-plongée. Il attend. Il attend et le frisson ne vient pas ; le frisson le faisait ébrouer son échine. Il regarde de droit les rayons, qui filtrent au travers du feuillage ; des feuilles de contre-jour, détourées de vert chlorophylle.

Ses perceptions l’ont fui, la chaleur, le froid ; la douleur, la joie, il ne les perçoit plus. Les petits picotements du muscle engourdi, du cartilage grinçant, ne sont plus que des petites pointes, d’apathie, dans sa chair qui se détend. Son esprit laissé à lui-même, son corps las, il s’ennuie, parfois. Il bouge, il se déplace, marche, part, ne revient pas. Il est sous l’ombre, et sous les bogues des marrons, qui ne menacent pas encore de s’ouvrir ; il réfléchit un peu.

La vie l’a laissé. Cela s’est étudié tout lentement, si doucement, alors, qu’il s’y est laissé prendre ; il était tout juste curieux. Elle s’effilochait, dans son propre sillage ; il ne s’était pas rendu compte.

Il imaginait que subitement un matin il ne se réveillerait plus, que sans l’en alerter son souffle s’expirerait indéfiniment, au creuset d’un rêve, qui aurait été le dernier, et que rien plus rien n’aurait soudainement compté. Il se figurait aussi que pour cesser il fallait en amont commencer, depuis longtemps, très longtemps. Puis il se sentait toujours exclu, parce que de toute façon il avait commencé trop tard, et qu’il était vain, qu’il était vain d’être quiconque, pourvu qu’on ne soit pas celui qui serait parvenu le plus en amont. Il n’avait pas eu le temps de choisir, et alors il était déjà trop tard. Tout lui apparaissait comme une fatalité vague ; qui lui semblait tellement opprimante qu’elle n’oppressait personne, et pas même lui.

Cela et puis le reste, ce qui se jouxte, auquel on ne peut jamais penser vraiment ; parce que c’est trop vaste, qu’il faudrait se poser, assis, et alors prendre tout le temps, et que le temps file, se défile, et s’évente. Mais maintenant le temps est là pour lui, tout entier, alors il en prend à peine, il se pose, s’allonge comme cela, et puis réfléchit un peu, à-tâtons. Il se dit que cela servira peut-être, à rien, sûrement, et qu’en tout cas à pas grand-chose. Il se dit parfois et cela est tout étrange qu’il devrait s’actionner, qu’il devrait l’utiliser, qu’il devrait faire l’usage du temps. Et une immense impression de gâchis monte en lui ; crève l’égo. Il se lève et se prend à vouloir se noyer de mélancolie. Et il a alors parfois subitement terriblement honte. Mais il ne peut pas se noyer, d’aucune façon, et finalement le terrible est bien trop immatériel, pour sa conception. Enfin il imagine, il imagine que si finalement il n’avait pas tout le temps, que finalement ‘il devait’ encore, que finalement cela devrait cesser un jour, et même une nuit ; alors tout cela n’aurait rien plus rien de sens. Si ‘il devait’, se retrouver cessé, et tout à fait inutile, indéfiniment, alors ce serait l’existence du Sens. Il ne perçoit plus bien le désuet, alors il a du mal avec l’idée d’arrêt. Il croit, parce qu’il a oublié. Mais ici tout est bien dégrafé, il n’y a pas de Sens, et il a cessé de chercher. Le Sens est une illusion ; le Sens, c’est le nom que donne l’Espoir à son absurdité.

   Le vent continue à souffler, il ne le ressent plus mais il le sait, les jours ont simplement l’air de ne plus devoir s’achever. Il n’a plus besoin du repos. Il découvre qu’il n’a plus vraiment d’intérêt, qu’il en fait partie, lui aussi, alors il n’a plus trop d’intention. Un petit peu comme si le temps ayant troqué son unité le résultat se déliterait ; que, sans ancrage, tout resterait en suspens. Mais ce n’est jamais vraiment cela.

Il n’a plus de considération, il n’a même plus faim, ou soif, il ne se sent plus « bien », quand il l’est ; il n’en a plus besoin. Il croit qu’il voudrait retrouver le ‘bonheur.’
Il s’ennuie.

   Il s’aperçoit qu’il regarde en l’air et qu’il a perdu le fil de son regard. Les feuilles, un peu, le soleil, derrière, et les ombres projetées sur son visage ; calquées. En fait il croit que la seule espèce de sensation n’est plus qu’une perception des ombres, et de la lumière, en une sorte de contraste entre les deux complémentaires ; il croit que c’est la dimension de l’esprit, et il pense, aussi.

Il fait beau. Parfois il préfère, lorsqu’il fait beau. Mais cela dépend. Il ne sait pas vraiment. Il croit qu’il aimerait bien, savoir, de quoi cela dépend.

   La vie l’a quitté, en lenteur. Avec une douceur impalpable. En même temps que ses sensations. L’a laissé tout exsangue ; fatigué, mais en sa possession. Presque agréable, parfois.
Il ne sait plus se repaître. Il ne sait plus se sustenter. Il ne peut plus que subsister.

Bel objet diaphane, un infini clôturé… l’humain ne se représente pas l’infini, comment pourrait-il le vivre. L’humain infini n’est plus humain, il est autre ; il est immortel.


Il pense.
Il sourit, stoïque.


   Il a quinze ans, et tout immensément plus de printemps, pourtant.
« Modifié: 05 Février 2018 à 20:01:32 par Nacas »
Les restaurants sont à tous les étages au sommet de la pyramide sociale.

Hors ligne Ari

  • Palimpseste Astral
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Re : Carcasse en fuites
« Réponse #1 le: 31 Janvier 2018 à 23:26:14 »
Au fil de la lecture :

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Des fleurs, partout, avaient recouvert les parois.
Ca me gêne  de commencer par "les parois" sans dire tout de suite : "les parois de la grotte". On peut parler d'emblée de qqch d'inconnu avec un déterminant défini ("le machin"...) en se disant que le lecteur comprendra plus tard... Mais même si on était en milieu de texte en fait, la phrase me semblerait inexacte, pour moi il faudrait rajouter qqch, "en avaient recouvert les parois", "avaient recouvert ses parois"...

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Les murs de la grotte, tous en cœur, s’étaient tapissés, du nuancier fantasque de millions de pétales.
Ca j'aime beaucoup :)
Mais j'aurais imaginé plutôt "tous en choeur" ?
Pas de virgule avant "du nuancier".

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Une lumière douce, qui chatoyaient parmi les pistils, généreux, duveteuse. ... La note de silence, lentement, qui s’estompait.
Je ne suis pas convaincue par ces deux phrases nominales. Pourquoi pas des phrases classiques ? (une lumière chatoyait... La note de silence, lentement, s'estompait...).
Au passage :
=> qui chatoyait (singulier)
=> généreux, duveteuse : ça se rapporte à pistils ou à la lumière ? tu veux du masculin ou du féminin ? ou bien peut-être que la confusion est volontaire ? (sur le plan de la syntaxe ça ne me parait pas correct de mettre deux adjectifs apposés alors qu'ils ne se réfèrent pas au même nom... mais si c'est choisi, pourquoi pas).

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Une grande ouverture crevait le mur ; elle donnait sur l’océan. L’air, humide et salé, s’engouffrait par la brèche comme un vent, tout doux, sur la figure exaucée. D’un glissement long, ample et étudié, la caverne se soufflait. Un courant épurateur, ancien, enfoui… révélé au jour, enfin. Le monstre était défait. À sa place, une grande crevasse, qui s’ouvrait dans l’explosion, fleurie, verticale, paisible.
"Se souffler" m'a fait buter à la lecture (j'aurais préféré sans le "se").
Pour la dernière phrase, comme pour celles que je citais avant, je ne vois pas l'intérêt d'une phrase nominale, ce serait + fluide pour moi sans le "qui" avant "s'ouvrait".
Sinon pour l'atmosphère générale du paragraphe, j'aime beaucoup, c'est très imagé, je me suis laissée porter.

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Bientôt l’odeur du sang sera bel et bien chassée. Des rivières carminées naîtront des torrents, de nouvelles fleurs éclatantes. Oh, non. Elles recouvreront les corps, tièdes, et qui ruissellent.
Pourquoi le "oh non" ? Sinon tout le reste coule bien, si j'ose dire.

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Fiellet sur lequel courraient les tiges, les feuilles en tous sens
Je n'ai pas compris ce morceau de phrase  :-[

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Il les aimait, ces gens, ses compagnons, ses… camarades… Il se souvenait de voir le monstre, sortir du mur, essayer de les happer. Il n’aurait jamais pu les abattre, ils étaient tous, chacun, plus forts que lui, il les admirait, il… Il réentendait un cri, de sursaut, poussé par surprise et, un éclair puis, Millo esquivait.
Je trouve que la ponctuation et l'organisation des phrases retranscrit très bien les émotions du personnage : on ressent sa confusion / le choc qu'il ressent, et on pourrait presque ressentir sa respiration saccadée avec toutes ces virgules...

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Il réentendait un cri, de sursaut, poussé par surprise et, un éclair puis, Millo esquivait. Cela faisait trop longtemps qu’ils voyageaient ensembles, il ne pouvait pas, si simplement… Un autre cri ; un hoquet. Il ne voulait pas avoir volé tous ces gens… Et puis plus rien.
Ce Fiellet, qui souriait, un peu de vide.
« Han, dommage, pense-t-il. »
Je n'ai pas compris la fin de ce paragraphe ?? Le "han, dommage" ? Nelwan pense ça ? Mais il pense avoir tué les gens ? Je ne comprends pas du tout  ce passage...

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Cela le trouve bien.
Que veux-tu dire par là ? Ca lui convient bien ? C'est une expression locale ou bien une expression enfantine... ? Personnellement même à l'oral je n'entends jamais dire ça.

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Si gros doudou est dans le bon sens,
Peut-être des majuscules à Gros Doudou ?
L'atmosphère du paragraphe ressort bien pour moi, je peux très bien visualiser la scène et lui attribuer des émotions, une saveur d'enfance et de cocon.

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   Ce matin c’est l’hiver, le ciel est sombre lorsque Pierrot sort de chez lui. Il fait froid et la nuit toute noire pèle, contre le visage tout nu du petit corps qui, serré dans son manteau, est sur la route de son collège. Les lampadaires se suspendent, en grandes loupiotes, blanches et immobiles. Et les vents qui glacent les petites oreilles du Pierrot sous capuche l’incommodent, lui transissent son nez humide, lui piquent sa maigre chaleur toute perméable. Il fait froid, et la nuit noire pèse, contre les épaules toute tremblantes du petit corps ensommeillé, qui avance doucement, qui sort en baillant et en plissant les yeux de la lueur dominatrice de l’éclairage public.
J'aime beaucoup ce paragraphe, c'est très imagé encore une fois, on le visualise très très bien et j'aime bien ton style d'écriture.
Par contre : sous capuche => il manque sûrement un "sa" ou un "la"
toute tremblantes => touteS

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En avançant les paupières rabattues il défie, pas après l’autre, un grand silence environnant, sa mâchoire de gladiateur, toute scellée, toute la force de ses instincts de primitif.
"pas après l'autre" => soit "pas à pas", soit "un pas après l'autre" ou à la limite "pas après pas"
Le reste de la phrase est confus. Sur le choix des mots c'est super, on visualise les choses, c'est toujours aussi bien pour les descriptions ; mais il faut un verbe... ou alors que tes phrases nominales soient bien démarquées, bien organisées... Là il défie quoi ? J'ai l'impression qu'il défie "le grand silence environnant" ? Mais du coup les groupes nominaux suivants sont juste juxtaposés là sans aucun rôle ?
Tu pourrais mettre :
"En avançant les paupières rabattues il défie, pas après pas, le grand silence environnant. Sa mâchoire de gladiateur est toute scellée, de toute la force de ses instincts de primitif."

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L’animal connaît le trottoir droit par-cœur, il les a vu mille fois, les talus d’herbe givrée.
Je pense qu'il faudrait un point-virgule avant "il les a vu" (au passage => vuS) sinon on croit que tu parles du trottoir et que tu t'es trompé entre singulier et pluriel... Le point-virgule prépare mieux le lecteur à la construction de la phrase. "L’animal connaît le trottoir droit par-cœur ; il les a vu mille fois, les talus d’herbe givrée."
Au passage je pense que "par coeur" ne prend pas de trait d'union.

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Il sait que s’il se tient, bien droit,
Pas de virgule avant "bien droit".

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et il ne tombera pas non-plus.
Pas de trait d'union dans "non plus".

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Les yeux clos, le noir environnant, l’anxiété dans la tête. Il essaye de marcher les yeux fermés. Ses yeux pulsent, alors que ses pas s’amenuisent, il craint de les ouvrir.
Ca fait beaucoup de fois le mot "yeux", et je pense que la phrase du milieu est superflue comme on a déjà dit qu'il avait les yeux clos...

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Ses yeux pulsent, alors que ses pas s’amenuisent, il craint de les ouvrir. Ses globes crient, gémissent. De l’information. Ils ne savent plus où ils sont, ils veulent une vision. Mais lui sait où il est. Ils le pressent, ils le frappent, ils gigotent sous leur voile ; ils sont coupés de leur monde. Ils se meurent, d’inanition. Mais eux aussi, ils sont dans sa tête. Et à la fin de la nuit, il ne leur sera rien arrivé ; le soleil se lève.
J'aime bien.

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Peut-être que Pierrot a menti. Éclairée, la nuit n’est jamais vraiment toute noire. Ce n’est pas vrai, lorsqu’elle peut l’être, il ne veut plus la regarder. S’il ne la voit pas, qu’importe ses sens, elle n’existera pas.
Je n'ai pas compris... surtout la phrase "Ce n'est pas vrai, lorsqu'elle peut l'être, il ne veut plus la regarder" => là, tu m'as perdue...
En revanche la dernière phrase est claire et bien reliée au paragraphe précédent.

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Il y a une défaillance d’éclairage public
Avec ton vocabulaire et ton style bourré de métaphores, je suis un peu surprise / déçue de tomber sur une formule toute plate comme "il y a"... ça contraste avec la richesse du texte.

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Heureusement il n’y a pas cours,
Idem !

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il n’y a plus que ses ombres
Idem !

Pourtant les idées de ce paragraphe sont chouettes avec la crainte des ombres... On suit le trajet jusqu'au collège comme une aventure épique... ou un cauchemar d'enfant. J'aime bien.

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Ce jour-là, n’aie pas que des souvenirs de remords, s’il-te-plaît.
Ca ne devrait pas être intégré aux guillemets ?

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Johannes est un anormal. Il fait peur à Pierrot. Johannes le sait. C’est le seul ami de Pierrot. Johannes le sait. Pierrot reste avec Johannes parce que Johannes lui fait peur. Johannes le sait. Johannes fait peur à Pierrot parce que Johannes va éliminer Pierrot cette année. Mais personne ne fait jamais comme s’il savait. Pierrot reste avec Johannes parce que Pierrot aime les histoires que lui raconte son ami Johannes. Johannes le sait. Johannes ne fait peur à personne, parce que personne n’est l’ami de Pierrot. Mais non, enfin. Johannes fait des choses formidables, que personne ignore. Ce n’est pas ça. Finalement, Johannes est fantastique. Pierrot le sait.
L'idée du "Johannes le sait" répété plusieurs fois avant de conclure par "Pierrot le sait" me plait bien, mais là je trouve que c'est vraiment un peu lourd. Peut-être enlever l'un des "Johannes le sait" et n'en laisser que trois. Ou alors remplacer de temps et temps par "il le sait".
"C'est le seul ami de Pierrot et il le sait."
J'ai moins aimé la fin du paragraphe qui est un peu confuse pour moi : "Johannes ne fait peur à personne parce que personne n'est l'ami de Pierrot" => on a dit avant qu'il faisait peur à Pierrot... donc il ne fait pas peur à personne. J'ai l'impression que tu as une idée derrière la tête mais ce n'est pas clair à la lecture... Idem pour "que personne ignore".

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« Pardon Pierrot. Au fait, je te le dis mais, je meurs aujourd’hui, et un autre aura pris ma place demain ; ne t’en fais pas. »
Je n'ai pas compris...

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Il a mal, à gauche au-dessus de l’estomac ; Johannes aussi, il a mal. En fait, tout le monde a mal. C’est la vie, mais Johannes s’en fiche. Pierrot le sait, il le lit assez. Ferme tes yeux, pleure, pleure, ne viens rien chercher dans les miens, tu ne t’y retrouverais pas. Rien qu’un anneau vert, vert foncé, et une pupille gorgée, étouffée. Que tes larmes coulent, et ton nez en cadence, que ta manche ne les arrête pas, qu’elles mordent le sol et qu’il s’effondre, le sol ; Johannes ne passera pas la nuit, demain il ne sera plus là, et toi ? Et toi ? qu’est-ce que tu vas en faire, de toi ? Tu t’abîmes, tu n’as rien écouté, Pierrot, tu t’abîmes à tenter de te libérer…
J'aime beaucoup ce début de paragraphe sur le fait que tout le monde a mal... J'aime beaucoup la suite, le changement de ton, l'apparition du "tu"...

Et puis tu me perds de nouveau :
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Regarde, c’est une forêt.
Elle n’a qu’une clairière, une seule, et c’est un lac d’encre. Tu n’y trouveras rien. Toi pas plus qu’un autre. Quelqu’un vivait ici, avant, avant que tout ne prenne à brûler. C’était le feu de forêt. Les arbres s’enflammaient, ils s’embrasaient, ils tombaient, et avec eux ceux qu’ils abritaient, celui qui les habillait, qui les faisait pousser, il les aimait… Il les aimait, ces arbres mais, lui aussi, il crame maintenant. Chute et rechute.
Je n'ai pas compris du tout  :( que se passe-t-il ???

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Non. Non, Pierrot ne voulait pas que ce soit possible. Sourire. Dans le reflet des verres des lunettes qui posent les bouts du soleil sur ses lèvres. La pierre blanche des pylônes du hall, béton ou granite ; effritée, qui se délite. Dans la pénombre orangée, un petit corps s’affaisse. Loin, si loin de lui-même. Ses muscles s’étreignent, se taisent. Pris d’assaut. Sa tête, à des centaines de mètres de là, frissonne, vrombit. Des nuées de corbeaux de vent, noirs, qui l’achèvent. Qui vrillent dans ses tempes. Le sol sourd, dur, est mouillé ; il s’incruste par morceaux indistinct, dans les paumes râpées.
À des dizaines de mètres de là.

Calme-toi, Pierrot. Ne crie pas. Ne te veux pas de mal. Tout le monde nous regarde. Redresse-toi, Pierrot. Ne ressent pas leur ressentiment. Il faut que tu te détendes. Ils noient leur curiosité dans un simulacre de crainte. Cela n’est pas de ta faute. Ils sont trop loin, Pierrot, pour apprendre à t’aimer. Réfléchis, Pierrot. Ils ne s’approcheront jamais, ils reculeront. Cela ne peut être de ta faute. Ils ne t’aimeront jamais. Tu t’effondres. Le sol dur, froid, est douillet, aux creux de ta joue de garçon percée qui s’avachit. De stress. Tu n’as rien retenu. Encore. Mais ne t’en fais pas. Je suis là.
Je serai toujours là, pour te porter.
Ok, là pour moi il se voit lui-même de l'extérieur, c'est ça ? Comme il souffre, il se dissocie en quelque sorte et se contemple lui en train de s'affaisser par terre ? Mais le coup de la forêt juste avant je ne sais pas ce que c'était...

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Il ouvre les yeux sur un plafond blafard ; et un drap.
Un détail : comme on redémarre un nouveau paragraphe, avec semble-t-il un nouvel angle de vue, j'aurais remis "Pierrot" plutôt que "il" dans la première phrase.

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Ses souvenirs, qu’il lui garde,
Les souvenirs qu'il garde de lui ?...

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..sont comme un peu tâchés, dans sa mémoire, comme peuvent l’être les souvenirs. Des tâches de pensées. Des regrets. De l’appréhension. Le lit blanc.
J'aime beaucoup ce passage, en particulier "des taches de pensées".
=> d'ailleurs, "taches", pas "tâches" (si j'ai bien compris).

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Et il regardait passer les murs. Le temps. Le temps. Finalement, dans sa chambre mortuaire, Papa n’avait pas changé ses habitudes. Il avait seulement gagné ses jours de congés.
J'aime beaucoup aussi.

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Encore plus, Pierrot se disait-il,
Encore plus quoi ? Que veux-tu dire ?
et "Pierrot se disait-il" c'est redondant, tu peux mettre juste "se disait-il" ou "se disait Pierrot".

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Sa dernière vague aurait été une réunion de noir. Mais il n’y avait pas assisté. Il n’était pas dans la boîte. Papa, il était resté dans la chambre qui avait un numéro. Il y serait resté toujours. Il y reste encore. Parce que pour lui, le temps n’avait pas fini de s’étirer. Toujours pas encore.
J'aime bien ce passage malgré quelques petites choses qui m'ont fait buter : je pense qu'il faudrait écrire : "Il n'était pas dans la boîte, Papa. Il était resté dans la chambre qui avait un numéro." (cela dit je n'arrive pas à argumenter objectivement).
Et puis plutôt : "Il était resté dans la chambre qui avait un numéro. Il y était resté toujours. Il y reste encore. Parce que pour lui, le temps n'a pas fini de s'étirer. Toujours pas encore."
Parce que pour le "serait", je ne vois pas le rôle du conditionnel dans toute cette histoire... Et parce qu'on arrive au présent avec le "il y reste encore" donc c'est + dans la continuité de poursuivre avec du présent pour "le temps n'a pas fini de s'étirer". Pour montrer que ça dure encore aujourd'hui, comme ce que sous-entend la phrase précédente.

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Pierrot, quand il repensait à son papa, se disait qu’à l’heure qu’il était chez lui, il devait être devant un mur bleu pastel, dans des draps de papier blanc azur ; ses tuyauteries vissées dans ses nouveaux poignets ocres. À l’heure qu’il était, chez lui, son papa devait regarder un mur, perdu dans le vide, sans voir rien que le tissage du temps qui passe sans plus passer. Bloqué dans un univers de vide. Répété.
Heureux.
J'aime beaucoup les idées que tu esquisses sur le temps et la mort. La phrase "sans voir rien que le tissage..." sonne un peu maladroitement à mes yeux. J'aurais préféré : "sans rien voir d'autre que le tissage du temps...".

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Il referme les yeux mais cette fois rien ne parvient le tourmenter, que la sérénité.
rien ne parvient à le tourmenter ?

Citer
dont l’insistance réveille.
dont l'insistance le réveille ?

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dans lequel tu te drape,
drapeS

Citer
- C’est ça, laisse-moi me rendormir où c’est douillet maintenant… Tu n’as pas entendu l’infirmière, j’ai besoin de mon repos. »
====> je vais être obligée de faire une pause ici pour finir le Blind Text... je ne suis pas sûre de pouvoir finir de lire ta nouvelle ce soir, c'est + long que je ne le pensais. Je reviens vers toi très vite pour la suite (ce soir ou demain), j'ai envie de voir comment ça évolue :)



Dans l'ensemble pour cette première partie : L'histoire est intéressante, les images comme les émotions et les réflexions / métaphores sont bien trouvées, très immersives. Le seul truc c'est la construction des phrases qui souvent me fait buter... Et parfois je trouve que ça manque d'explications car tu m'as perdue plusieurs fois. A très vite pour la suite :) .


EDIT du 01/02/18 matin :

Coucou
Je reprends la suite :)

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Quand il se pense inerte, enfin, s’il s’apprête à plonger plus loin, qu’il songe juste à s’assoupir complètement, la bougeotte embaume ses cuisses engourdies.
La structure en :
"quand..., s'il..., qu'il..."
me perturbe complètement (c'est sûrement le but) et je ne sais plus quel sens donner à ta phrase. Je pense qu'une anaphore de n'importe laquelle de ces trois solutions aurait été + fluide pour le lecteur. Par exemple :
"Qu'il se pense inerte, qu'il s'apprête à plonger plus loin, qu'il songe seulement à juste s'assoupir complètement, et aussitôt la bougeotte embaume ses cuises engourdies."    ou bien :
"S'il se pense inerte, s'il s'apprête à plonger un peu plus loin, s'il songe à juste s'assoupir complètement, la bougeotte embaume ses cuisses engourdies."

Citer
Sur le petit lit givré un autre Pierrot émerge de son sommeil. La pierre se craquelle. Quelque chose qui, dessous, la maltraite, la tord. Quatre morceaux, annonce l’horloge bruissante, tic, tac et remuages en deux sens. À gauche, à droite, fluide ; visqueux. Debout. Attrape mon sac ; tu as gagné, Johannes.


« Je t’attendais. »


   Ils quittent l’infirmerie. Ils y laissent la chrysalide des draps, cristallisés, gelés par le passage de Pierrot, l’infirme, enseveli par ses gravats. Sans s’en retourner. Ce ne sera qu’une mue de plus.

   Les derniers retardataires se pressent au bout des couloirs. Affolés, ils toquent, attendent et rentrent. Les allées se vident.
J'aime bien la transformation. Juste une question : qui dit "je t'attendais" à qui ? J'aime bien les images de la chrysalide et de la mue.

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La lumière se coupe ; faute de mouvement
C'est peut-être mon côté à tout prendre au sens littéral mais "la lumière se coupe", j'imaginais un faisceau de lumière avec une ombre au milieu... Peut-être "les lumières s'éteignent" ? ou peut-être que c'est juste moi qui déconne...

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Et Johannes s’en veut.

Il veut lui dire que non. Il s’y attend, bien sûr. On ne s’échappe pas de l’étreinte de la vie comme ça. Mais Johannes est Johannes, cela se pourrait. Un soupçon de chagrin projette son ombre.
Je ne sais plus qui est le "il" dans ce dernier paragraphe. En effet, depuis le début, le "il" c'est très souvent Pierrot, et on alterne entre point de vue externe et point de vue interne de Pierrot. Mais brusquement le "Johannes s'en veut" nous fait passer au point de vue interne de Johannes. Du coup est-ce volontaire ? Est-ce que le "il" du paragraphe suivant est alors Johannes pour une intrusion dans ses pensées à lui ? Ou est-ce qu'on reste sur Pierrot ?
Si on reste sur Pierrot je te conseillerais de changer "Johannes s'en veut" en qqch comme : "Pierrot sait que Johannes s'en veut."

J'aime beaucoup les questionnements de Johannes (c'est bien lui qui parle ?) sur le temps et le changement. Ca rejoint des questions que je me suis déjà posées, mais dans l'autre sens. Je me demandais ce qu'était le temps. J'en suis venue à la conclusion que le temps était le changement / le mouvement. Toutes les unités de temps ne servent qu'à décrire le mouvement relatif d'une chose par rapport à une autre. Et c'est pour ça qu'il est impossible de remonter dans le temps : tout ne fera jamais marche arrière pile en même temps, pile de la même façon...

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Son regard lui fait peur ; ses pupilles tremblent.
fait peur à Pierrot, non ? pas à la prof d'anglais ?

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À droite, dans le vrombissement des iris, on réfléchit intensément. À toute vitesse, mais sans avancer, on gratte, frénétiquement, pour faire fléchir un sol dur, dur. Qui ronge les sangs comme celui qui, devant, frémit, sur le second rang ; il recopie, vite comme il peut, son devoir maison. Il serre son stylo dans ses doigts noués, forts, crispés, et sa posture se voûte, ses cervicales s’arquent ; il évolue, nerveusement, vers son enfermement. S’enferre, il se coupe du monde des néons stroboscopiques, trop rapides, ses doigts crissent comme crissent les deux mandibules de sa plume sur le papier froissé ; ses ongles poussent, en vrille, et ses mains sont des serres sur la feuille qu’il ne finira jamais à temps. Il n’a plus le temps.


   Les gens se transforment. Dans les petites bouclettes blanches grignotant les joues de ces deux adolescents accoudés au mur du foyer ; dans la toison drue qui brûlait sur la pommette de Pierrot comme le soleil sur béton dans son dos. Dans le nez fin des adultes qui s’écrase, lorsque leurs faces rentrent dans leur crâne, façon tatou, pour ne plus voir, ne plus entendre ; ils ne peuvent pas l’aider. Ses camarades se métamorphosent, et lui aussi. Mais personne ne fait comme s’il savait. Les gens sont comme Jackass. Ils sont des ânes. Les gens sont tous des ânes qui s’ignorent, et lui aussi. Sauf Johannes. Johannes meurt. Johannes ne change pas. Johannes meurt. Mais il est toujours là, comme le chat. Comme l’air un peu navré du regard de madame la professeure d’anglais qui a remplacé la mine épanouie, radieuse, bienveillante, bénéfique, de Mrs. A. « Je suis désolée », veut-elle dire. « Mon enfant. » Il manque un « mon enfant. » Il manque tout. Il n’y a rien. Pierrot n’a rien. Rien que ses mues. Son corps. Ses changements. Il lui manque Mrs. A. Il ne tiendra plus ; Johannes veut la dévorer. Mais lui, il n’a pas de crocs. Johannes est un anormal.

Dans les draps de la désolation, il y a souvent une pointe d’aversion, elle empale Pierrot dans son petit écrin. Mais ce n’est pas grave, il est endurant, il peut tenir. Il a construit une muraille, il a filé une carapace, ont dit les médecins. Recroqueville-toi, Pierrot, et ça passera.

   Quelle douleur, pour celui qui n’a pas mal ? Aucune. Rien que de la compassion. Morceaux de désolation, et bouquets d’épines.
Johannes ne la ressentait pas. Il ne pouvait pas la ressentir ; personne, nul ne le pouvait. On ne ressent jamais que sa chair. Rien de plus. Mais il fulminait. Sa rage, sa tristesse, elles étaient sa mousse. Il ne pensait pas le sauver ; au monde, aux autres, il leur opposait une férocité en glace liquide, qui le gardait proche. Fluide, inatteignable. Inatteignable. Il était le gardien.

Le gardien de Pierrot qui bave parfois, celui qui accompagne la voix hésitante qui ripe les oreilles de ceux qui s’adonneraient à son attention, la voix qui n’a jamais blessé personne, qui paraît causer tant de mal, pourtant.
J'aime bien les observations, le regard que Pierrot porte sur les autres, puis ses introspections.

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Écoute, tais-toi, cela ne suffira pas. Les autres ne se retrouveront pas dans ton regard. Je resterai là, je te parlerai. On s’amusera. On poursuivra seuls ta petite vie.
Ca, j'aime beaucoup :) surtout "on poursuivra seuls ta petite vie".

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Je me raidis. Il est sérieux.
"Je" ??

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Hurle-t-il. Autour certaines têtes se retournent.
S'il hurle vraiment en classe, toutes les têtes devraient se retourner...

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Imperceptiblement plus douillet.
:)

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J’étais un peu gêné.
A nouveau un "je", Pierrot j'imagine ? Mais c'est "je" qui interviennent plus que ponctuellement, ça donne + l'impression d'un oubli / d'une erreur, que d'un choix...

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« Qui est-tu ?
- Hein ? Je suis Moi ! »

Le bras levé, retourné, le buffet de Pierrot avait accusé un regard dur. Il n’y avait rien, pourtant. Dans ce filet vert, de sa curiosité vive, et un peu de surprise ; mais j’imagine que c’est ainsi : il a chassé quelque chose.
Qui pose la question ?? Du coup je n'ai rien compris de la suite...

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Parce que le temps a créé la conscience, pour détruire les sensations.
Pourquoi la conscience détruirait-elle les sensations ?

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Le temps. Le tissu du temps. Pour combler un creux, tends ton fil entre ses deux bords. La conscience, c’est le passage d’un bord à l’autre. La communication entre tes petits Toi. Les messages nerveux. Les pensées. Oh, oui, les Pensées. Elles obnubilent. Je pense donc je suis asservi. Asservi au temps. Les pensées sont omniprésentes. C’est la conscience qui les porte ; alors elles oblitèrent tout. C’est normal. Pierrot, c’est normal. Continues, elles seront tout autour de toi. Elles existent infiniment plus que toi, Pierrot. La vérité, c’est qu’elles te volent. Mais regarde-toi, Pierrot, tu n’as aucune constance. Un coup tu désireras quelque chose, un autre tu y accorderas tant de désintérêt que tu ne sauras même plus ce que c’était. Rends-toi compte, tu n’es même pas capable de te souvenir précisément de ce que tu as un jour pensé. C’est un mensonge. C’est normal. La mémoire n’est qu’un bricolage. Un leurre étudié par la conscience. L’impression de former un tout concret. Réfléchis, Pierrot, elle se substitue à toi, c’est Toi, qui est concret. Rien d’autre. Et elle te jalouse ça. Elle veut te supplanter, pour avoir l’impression d’exister autant que toi ; elle évolue dans un monde continu, infini, qu’elle ne comblera jamais toute entière. Elle est, seule, dans un univers de vide. Tu es les pylônes sur lesquels elle veut s’appuyer.
L'idée est là, elle est claire pour moi ; pour une fois je trouve même que tu te répètes un peu trop, tu pourrais raccourcir un petit peu ce paragraphe qui martèle une idée un petit peu lourdement. Mais je suis d'accord que c'est une idée complexe qui mérite un peu de soin.

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a continué de lui parler de lui,
a continué à lui parler de lui

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Les gens sont tous de gros nématodes dans des boules de verres colorées, depuis lesquelles ils font varier les motifs des parois, comme s’ils se retrouvaient un peu entre eux. Mais les boules sont bien fermées. L’extérieur ne peut pas rentrer.
J'aime bien la métaphore ! Très imagée encore une fois.

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Cela lui a rappelé sa maman. La main qu’on lui passe dans les cheveux tous les matins pour dormir. Tous les soirs, pour éteindre la lumière qu’il laisse allumée. Assoupi, roulé en boule comme un furet. La lumière est éteinte quand il dort. La nuit, le monde est gris, c’est à cause des cônes, des bâtonnets ; la nuit, la lumière ne passe plus au-travers du verre. Roulé en boule comme un furet. La fourrure sous ses doigts. Enfin pour une fois il n’y a plus que lui pour admirer ses motifs. Les ressentir, comme une longue queue duveteuse, contre son cou. Les sens, la vue, la proprioception, sont des illusions. Dans le cerveau, toutes les sensations sont des influx nerveux, et des particules d’électricité.

C’est ça, qui lui a fait tiquer. Des déplacements de charges.

Il était prêt à rester abandonné. C’était ce qu’il se disait auprès de sa maman. Les illusions, et le réel, n’ont que peu d’importance. Au final, ce sera toujours lui-même, qui ressentira. Et il ressentira la même chose. Lui-même. Les illusions sont faites de la matière du réel, le monde est une illusion cohérente, par nos sens, par notre perception. Mais non. Le monde est une illusion de cohérence. Il est réglé. Il est dicté. Il se répète. Il ne s’arrête pas. C’est normal. Le monde est par rapport à l’observateur. Pierrot s’était fait prendre à la facilité, lui aussi. Né dans un flot constant, inarrêté, il s’était raccroché à ce qui revenait le plus souvent, aux ramures des arbres les plus fréquents, en oubliant les troncs sur les côtés du torrent. Au fond de la barque de sa petite vie, il s’était réduit à regarder au ciel, allongé, contemplateur de la beauté du monde qui l’entourait. Allongé. Il en avait presque oublié qu’il pouvait se lever. À trop ressentir les cahots du courant contre son dos, il avait fini par oublier qu’il n’en faisait pas partie. Contre les tendresses de sa maman, il se perdait comme dans ses rêves.
Pour le coup tout se passage m'a un peu ennuyée... A force de réflexions sur le cerveau et les illusions, on s'y perd un peu et c'est un peu répétitif. L'enchaînement de plein de métaphores différentes finit par s'épuiser un peu lui aussi.

Citer
Comme un besoin de communiquer, de se rappeler, au-travers du temps, d’un Pierrot à un autre qui, maintenant, est tenu de se souvenir qu’il a eu un précédent. Il est plus curieux encore, ce sentiment d’appartenance, de continuité entre les époques. Ce matin à huit heures, hier soir à dix heures, ne voit-il pas que ceux-là ne sont pas lui ?
Ca c'est intéressant et formulé de façon claire pour le lecteur (de mon point de vue bien sûr).

Citer
Cela ne lui avait pas dérangé,
ne l'avait pas dérangé

....

Pour toute la fin de ton texte (avant "Palpations intangibles), tu me perds... Les images sont parlantes, les sensations bien décrites, mais je ne comprends pas le sens global de tout cela, que se passe-t-il concrètement ? Est-ce dans les pensées de Pierrot ? Sa manière de ressentir le monde ? Mais physiquement, que se passe-t-il dans ton histoire ?



Palpations intangibles :

"au creuset d'un rêve" => j'aime beaucoup cette expression... ! surtout dans le contexte.
D'une manière générale ce passage est à l'image de ce que je ressens pour tout le texte : j'aime la poésie qui se dégage de tes écrits, sûrement par leur rythme, le choix des consonances des mots, les images originales et belles que tu choisis, le temps que tu prends pour décrire les choses. Mais... Je n'arrive pas à me représenter la scène donc je ne comprends pas ce qu'il se passe. On est dans les pensées d'un personnage mais lequel ? Il est au pied d'une falaise... et il ne fait que la contempler ? Mais qui est-il, quel est le fond de ton propos ?

Pour moi, tu sais manier les mots pour ce qui est de l'esthétique ; maintenant pour ce qui est de raconter une histoire, de manière claire pour qu'on comprenne ce qu'il se passe,... Ca ne fonctionne pas encore assez, il faudrait mieux organiser tes idées. On dirait que tu écris les mots qui te viennent, la poésie qui te berce ; et elle est belle. Mais n'étant pas dans tes pensées, parfois / souvent je n'arrive pas à comprendre suffisamment où tu veux en venir.

J'espère que mes commentaires t'auront un peu aidé.
Au plaisir de te lire :)
« Modifié: 01 Février 2018 à 21:07:42 par Ariane »
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Re : Carcasse en fuites
« Réponse #2 le: 01 Février 2018 à 22:16:42 »
Zou !

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Les murs, tous en cœur,
tous en coeurs (si pas tous en choeur)

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Lentement, la note de silence, s’estompait.
chelou la virgule avant le verbe (je vais voir si tu joues avec ça dans le texte, du coup)

Citer
Bientôt l’odeur du sang sera bel et bien chassée. Des rivières carminées naîtront des torrents, de nouvelles fleurs éclatantes. Oh, non. Elles recouvreront les corps, tièdes, et qui ruissellent.

Ce sera la fin. La fin du combat, la fin du cœur qui vibre, trop vite, trop fort, qui se calme et puis s’apaise, trop mal.
changement de temps ? on n'est plus au passé ?

Citer
   « Han, dommage, pense-t-il. »

Pierrot est un petit garçon, il va au collège à pieds. Cela le trouve bien.
j'ai mis un moment à capter que l'on changeait de perspective, de lieu. Serait-ce utile de séparer le début de cette suite par une astérisque ? De l'italique pour le début ?

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qui sort en baillant et en plissant les yeux de la lueur dominatrice de l’éclairage public.
sous la lueur ?

Citer
En avançant les paupières rabattues il défie, pas après l’autre, un grand silence environnant, sa mâchoire de gladiateur, toute scellée
j'aime bien ton travail sur les virgules, mais ici celle après gladiateur me semble de trop

Citer
Il essaye de marcher sans la lumière. Ses pupilles pulsent ; alors que ses pas s’amenuisent, il craint de les ouvrir.
"les" renvoie aux yeux qui sont deux phrases avant. Pas top
(sinon j'aime beaucoup ce paragraphe)

Citer
Il y a une défaillance d’éclairage public, sur une portion du trajet entre la maison et le collège ; en hiver, il y fait jour de plus en plus tard.
ça me paraît pas logique, ça devrait être l'inverse

Citer
dans la cour toute vide de l’ouverture du collège,
à l'ouverture du collège ?

Citer
Toi tu dors, profite-en
profites-en (ouais, c'est tordu la langue française... la conjugaison change pour l'euphonie...)

Citer
Johannes fait des choses formidables, que personne ignore.
personne n'ignore
(wahou, il claque ce paragraphe)

Citer
Et comme l’égaré, à l’horizon, qui s’éclate en rôt stellaire aux paupières du cosmonaute endeuillé, d’une nuit à l’autre son papa fut enfui. Sa dernière vague aurait été une réunion de noir. Mais il n’y avait pas assisté. Il n’était pas dans la boîte. Papa, il était resté dans la chambre qui avait un numéro. Il y serait resté toujours. Il y reste encore. Parce que pour lui, le temps n’avait pas fini de s’étirer. Toujours pas encore.
Je m'arrête sur ce passage qui résume bien ce que je ressens depuis le début du texte :
Et comme l’égaré, à l’horizon, qui s’éclate en rôt stellaire aux paupières du cosmonaute endeuillé, d’une nuit à l’autre son papa fut enfui. Je capte pas le début de la phrase (le sens réel du truc ou la métaphore cachée) mais ça fout une belle ambiance. Le "enfui" pour "enfoui" donne a réfléchir aussi et ouvre sur la suite du paragraphe.
Et la fin est plus directe à partir de "il n'était pas dans la boîte..." le sens s'affirme.

Voilà, trois aspects, trois manières de toucher qu'a le texte : la métaphore improbable et incompréhensible mais qui ambiance le reste / le jeu de langage, les répétitions, les litanies... qui aussi appuient le sens (le toujours pas encore pour un autre exemple) / l'expression plus directe de concepts.

C'est pas évident, en tant que lecteur, d'accepter le jeu, d'accepter de se laisser aller à ne pas tout comprendre et à se laisser ambiancer... Mais ça marche plutôt pas mal quand on lâche prise.

J'y retourne.

Citer
Il referme les yeux mais cette fois rien ne parvient le tourmenter,
parvient à (? ou tu joues sur "vient le tourmenter ?")

Citer
Alors Pierrot… s’élonge.
ouais, tu joues...

Citer
sortir de ton cocon fendu dans lequel tu te drape,
drapes

Citer
Je ne comprends pas le mystère qui nous pousse, à considérer que cette même chose peut à la fois être et demeurer différente d’elle-même.
virgule en trop ?

Citer
dans la toison drue qui brûlait sur la pommette de Pierrot comme le soleil sur béton dans son dos.
sur le béton
(ça parle du temps et ça accélère, c'est marrant)

Citer
Il ne tiendra plus ; Johannes veut la dévorer. Mais lui, il n’a pas de crocs. Johannes est un anormal.
je kiffe ces histoires de métamorphoses et ces dernières phrases

Citer
Je me raidis. Il est sérieux.
:o
voilà un "je" ?

Citer
Il a balayé la cour et ses habitants de la main.
« Et… tu comptes t’y prendre comment ? »
J’étais un peu gêné.
« Qui est-tu ?
- Hein ? Je suis Moi ! »
je suis paumé... Pierrot est devenu "je" ? Ou Johannes est devenu "je" plutôt ?

Citer
Mais entre-temps… entre-temps tu n’existes plus seulement. Tu vis. Juste après une naissance, juste avant une autre, pour une micro poussière temporelle, rien ne bouge. En attente de la réception du prochain signal. La prochaine salve de sérotonine. Ce Toi là, ce petit Toi, en qui tout est figé en qui toutes les molécules sont en trajet, il vit. Il vit, et le temps n’a aucune emprise sur lui, parce que petit Toi est discret, parce que le temps est dense.
ça me rappelle le monde des non A de Van Vogt

Citer
Il l’a faite continue, et son existence en tous ses points.
là, entre le discret et le continu, tu y vas fort, avec peu d'explications, faut capter...
"son existence VERBE en tous ses points" ?

Citer
As-tu une idée de comment établir la bijection entre le discret, et le continu, Pierrot ?
:D
Voilà, c'est plus clair ! (faut un peu maîtriser les maths pour te suivre, là)

Citer
Continues, elles seront tout autour de toi.
et non, y a pas de faute ^^ (j'ai cru à un impératif)

Citer
Réveille-toi, tu n’es pas ta conscience, tu n’es pas l’évanescente chape de différences qui t’animent, Pierrot… Tu es chaque image du folioscope.
wééééééé !
Sartres a bouffé Einstein (ou l'inverse)

Citer
Dans le cerveau, toutes les sensations sont des influx nerveux, et des particules d’électricité.
chouette paragraphe encore

Citer
C’est ça, qui lui a fait tiquer.
qui l'a fait tiquer ?

(super le paragraphe d'après)

Citer
Pilonné par ces millions, ces milliards d’individus, tous semblables, tous un peu de lui, tous un peu Pierrot, un peu un autre, son corps accueillait le coup avec une sorte d’humilité camarade qui le réchauffait en pulsation dans son buste.
très chouette

Citer
en longs picotements le long du bassin. Ç remonte un petit peu dans le haut du plexus.
Ça
(la course est très chouette)

Citer
Quelqu’un frappa ses côtes avec lourde masse
avec une ?

Citer
Aujourd’hui, je meurs. Maintenant. Le temps de finir une raison ; je suis déjà remplacé. Ne t’en fais pas. C’était sûrement ça que voulait dire Johannes. C’est normal.
je comprends mieux le "je" ici
comme une généralisation du propos, une appropriation

Citer
Garde-moi au plus près de ton cœur, là où tu m’oublieras.
Je serai heureux de te cajoler.
paradoxal après le discours sur la mémoire...

Citer
   « Finalement je n’aurai pu tout dire. Je n’aurais jamais le temps, ha ! Hah… »
jamais eu ?

(chouette de finir sur la référence au temps)



Je fais un break avant de lire la suite.

Ton texte demande bcp d'énergie, de légèreté et de concentration en même temps (selon les passages). C'est très riche et il faudrait y passer beaucoup de temps discret, en continu. Mais j'intègre, j'intègre...
Je sais pas si c'est une volonté de rendre le texte "difficile", mais il l'est.

Je trouve que le tout début devrait vraiment être mise en forme différemment, pour bien le détacher de la suite.

Je reviens.

++
Le paysage de mes jours semble se composer, comme les régions de montagne, de matériaux divers entassés pêle-mêle. J'y rencontre ma nature, déjà composite, formée en parties égales d'instinct et de culture. Çà et là, affleurent les granits de l'inévitable ; partout les éboulements du hasard. M.Your.

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Re : Carcasse en fuites
« Réponse #3 le: 04 Février 2018 à 18:51:53 »
Note : J'ai donné au sujet son titre définitif.

Bonjour Ariane, bonjour Rémi.
Je me confonds ici une dernière fois en remerciements, ensuite je me contiendrai (je ne connais pas de synonyme explicite de 'merci', le lire cent fois n'est que très passablement agréable, et je n'ai ni la plume ni la finesse de vous remercier sans ce coquet mot.)
Nan j'déconne.

Je vous en dois une fière, à vous deux, j'l'oublierai pas.

Ariane,

Au fil du commentaire :

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Oui, tu as raison. Réhabilitons les parois, cela vaudra mieux.

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En choeur, oui... (oups) Je remercie l’inopportune.

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Pas des phrases classiques parce que Johannes (sous pseudo) ne leur trouve pas la volupté de celles qui charrient le vent lyrique. Moi j'hésite, mais je préfère le suivre : à mon avis il sait ce qu'il fait.
Chatoyons, oui mais seuls, répudions ces pluriels, coquilles d'un monde perdu !
La syntaxe est bonne, la confusion est volontaire, il faut se mettre en jambe, ne pas s'assoupir. Je craindrais trop que vous ne vous laissiez bercer. Je m'amuse de voir combien j'arriverai à vous cajoler, et combien j'arriverai à distraire du chemin qu'ils voudraient suivre... Plus sérieusement, la virgule des pistils pourrait être supprimée, et je ne sais pas si je ne finirai pas par la supprimer.

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Phrase corrigée pour cause.
Tu te distraits, attention...

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Oh, non. Interroge tes sens, le point de vue, la mémoire. Le oh, non est naturel, il ne saurait pas vraiment se faire sans. Ne t'en fais pas, ce ne sont que deux petites syllabes.

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Fiellet est un nom propre en début de phrase, peut-être un peu trop discret (c'est le petit mercenaire qui a rejoint le compagnonnage de Nelwan pour cette fois, non ? À mon avis il a quelque chose à voir avec le fiasco macabre, c'est le seul facteur changeant depuis les autres expéditions.)

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Ce n'est pas le cas de tout le monde. prrtffchprtWEGWEGWEGWEGWGEptrfffrrr Le monde a beau aller dans mon sens, il manque de goût.

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Excusez-moi, la typographie n'était en effet pas assez explicite. J'ai changé ça. le "Han, dommage" est soupiré par Pierrot, dans son lit. C'est ma faute.

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C'est une contre-expression comme "de plus en pis", enfantine. (="Cela tombe bien")

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Peut-être une majuscule à Gros doudou.
Coconcocon

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Le petit Pierrot sous sa capuche.
Tout tremblantes, oui, parce que la liaison ne se fait qu'à l'oral. (même syntaxe que "des yeux grand ouverts") Coquicoquille

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Ou bien "pas après l'autre", aussi. C'est bien, je t'assure, parfois il faut bien préciser qu'on ne passe pas après l'autre.
J'ai modifié le reste de la phrase, instrumenté deux virgules un point, essentiellement.

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Oui.
Pas de trait d'union.
Pas de virgule.
Pas de trait-d'union-plus.

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Effectivement c'est redondant. Corrigé.

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Lorsque la nuit peut être vraiment toute noire, Pierrot ne la regarde plus ; elle n'existe plus. Il a peut-être un peu menti : elle n'existe jamais vraiment toute noire.
Après un peu d'acrobaties, le contact du sol ferme est toujours rassérénant.

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Je ne pensais pas être dérangé par ça, mais finalement... Idem Idem Idem
Oui, Pierrot est vraiment chouette, sous ses airs hagards.

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... Là on rentre dans de la voltige concrète. Non, ça ne devrait pas être intégré aux guillemets... parce que Pierrot est un peu à-côté ; parce que Pierrot n'est pas sûr que son ami ait vraiment dit ça, parce que peut-être que Johannes n'existe pas, parce que le monde n'existe qu'en soi. Parce que peut-être que ce n'est pas Johannes, qui s'est dit ça. ... Parce que ce Je, il s'approprie tout ; c'est par lui que les choses existent, alors c'est normal, non ?

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J'ai remanié cette partie.

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Pierrot aussi, il a du mal à comprendre.

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Il a mal, il chute en rechute. Rechute.
Est-ce que la rechute est un symptôme ? Oh, Georges, si tu me permets de la faire...

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Non non, on a toujours gardé le même angle de vue.

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La force des contre-expression, c'est qu'elles disent la même chose que leurs consoeurs, mais qu'elles ont la subtilité plus pendue.
Les souvenirs qu'il garde pour lui, son papa, qui serait heureux de les voir s'il revenait.

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C'est moi la tache.

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Encore plus qu'avoir enfin gagné ses congés, Pierrot se disait-il.
La redondance en allitération.

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(Je préfère moi le Papa après le point)
Le temps ne finit tellement pas de s'étirer que je ne suis jamais sûr d'être bien au présent où déjà golem de son passé...
En fait, le monde est tellement incertain, que je pense qu'on ne devrait parler jamais qu'au conditionnel.

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Non, non.

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Hum, je ne vois pas pourquoi.

Citer
Dans l'ensemble pour cette première partie : L'histoire est intéressante, les images comme les émotions et les réflexions / métaphores sont bien trouvées, très immersives. Le seul truc c'est la construction des phrases qui souvent me fait buter... Et parfois je trouve que ça manque d'explications car tu m'as perdue plusieurs fois.
Ce n'est pas grave, de se perdre, il faut toujours finir par retrouver un chemin, et on se souviendra des horizons traversés !


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...(c'est sûrement le but) La suite du paragraphe est plutôt claire, normalement on retrouve facilement le chemin.

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Johannes, évidemment.
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Je ne sais pas, j'aime bien ce passage, je ne pense pas que la lumière ne dérange à se couper...

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En effet, depuis le début, le "il" c'est très souvent Pierrot, et on alterne entre les points de vue externe interne de Pierrot. ... Comment te dire, c'est normal, on ne sait plus qui est le"il", peut-être que c'est un peu les deux, peut-être que là aussi c'est Pierrot, peut-être que c'est tout le temps Pierrot. Peut-être que Pierrot pense que Johannes s'en veut.
Pierrot est à-côté, c'est normal si parfois ses pensées arrivent sans peu d'enrobage.

Citer
J'aime beaucoup les questionnements de Johannes (c'est bien lui qui parle ?) sur le temps et le changement. Ca rejoint des questions que je me suis déjà posées, mais dans l'autre sens. Je me demandais ce qu'était le temps. J'en suis venue à la conclusion que le temps était le changement / le mouvement. Toutes les unités de temps ne servent qu'à décrire le mouvement relatif d'une chose par rapport à une autre. Et c'est pour ça qu'il est impossible de remonter dans le temps : tout ne fera jamais marche arrière pile en même temps, pile de la même façon...
(Oui.) C'est amusant, ce que tu dis. un peu comme une grande pluie très forte, qui s'arrêterait mais dont le temps n'aurait pas tissé ses fils sur toutes les gouttes. Elles remontent mal, et elles font des flaques.

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À Pierrot, oui ; la prof d'anglais est aveugle à ça, je crois qu'elle aussi voit d'autres choses.

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Qui est-il ?

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À la cantine, tu sais, un hurlement est rarement plus qu'un plus gros murmure du brouhaha.

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Mais c'est vrai ça bon sang ! Qui est-il ?

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Tiens, justement Johannes pose la question. Mais Je a pris peur, il s'est évanoui ; Pierrot est toujours là, alors peut-être que lui aussi... alors c'est un autre. Mais j'imagine que c'est ainsi.

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Parce que la mienne détruit les vraies sensations. Celles du corps. On a assez peu parlé des rêves, finalement. Pense à ce que tu veux rêver, tu n'en rêveras pas. Regarde un ciel étoilé, le soir, allongé dans ton jardin, ressens cette vague, ce frémissement ; remarque que tu es heureux, et tout redevient intangible. Juste froid.

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Je ne pense pas que ce soit de surplus, je pense que c'est à l'avancement de chacun, tu as dit t'être déjà posé cette question, il est normal que tu aies une idée de la réponse. D'après moi le soin, nécessaire, oui, n'est pas excessif ici ; chose amusante : Rémi a dit apprécier ce paragraphe, justement. Martel, c'est un gentil petit chien.

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Et pain à la chocolatine, je ne mets pas mes pieds là-dedans.

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... Je ne sais pas. Je suis désolé, je l'aime beaucoup, ce paragraphe ! ... Je suis désolé qu'il t'ait ennuyée.

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Ah, oui, coquille.


Citer
Pour toute la fin de ton texte (avant "Palpations intangibles), tu me perds... Les images sont parlantes, les sensations bien décrites, mais je ne comprends pas le sens global de tout cela, que se passe-t-il concrètement ? Est-ce dans les pensées de Pierrot ? Sa manière de ressentir le monde ? Mais physiquement, que se passe-t-il dans ton histoire ?
Tout est dans les pensées de Pierrot. Le monde n'est que des pensées de Pierrot, te martelé-je. Physiquement, Pierrot prend conscience, prend sa conscience, ne l'attrape pas, prend peur, il s'enfuit.


Citer
Palpations intangibles :

D'une manière générale ce passage est à l'image de ce que je ressens pour tout le texte : j'aime la poésie qui se dégage de tes écrits, sûrement par leur rythme, le choix des consonances des mots, les images originales et belles que tu choisis, le temps que tu prends pour décrire les choses. Mais... Je n'arrive pas à me représenter la scène donc je ne comprends pas ce qu'il se passe. On est dans les pensées d'un personnage mais lequel ? Il est au pied d'une falaise... et il ne fait que la contempler ? Mais qui est-il, quel est le fond de ton propos ?
... Je ne sais pas. On est dans les pensées des personnages, mais ils sont tous le même. On n'écrit jamais que de soi. C'est normal : on fait avec ce qu'on a à sa disposition. On n'est jamais que dans sa chair ; on vit seul.

Citer
Pour moi, tu sais manier les mots pour ce qui est de l'esthétique ; maintenant pour ce qui est de raconter une histoire, de manière claire pour qu'on comprenne ce qu'il se passe,... Ca ne fonctionne pas encore assez, il faudrait mieux organiser tes idées. On dirait que tu écris les mots qui te viennent, la poésie qui te berce ; et elle est belle. Mais n'étant pas dans tes pensées, parfois / souvent je n'arrive pas à comprendre suffisamment où tu veux en venir.
C'est le plus grand de mes maux : personne n'est dans mes pensées... C'est terrible, c'est atroce... je crois que c'est parce que je recherche cette compagnie, que je continue d'écrire, tu sais.
Mais je m'y prends mal. Il ne suffit pas de coucher le papier, ça ne marchera pas, on ne force pas le passage ainsi, on ne s'échappe pas à deux en tirant sur un bras.
On dirait bien. Je ne suis pas scénariste, enfin j'en suis un bien piètre. Oui, je n'arrive pas à faire tenir une histoire ; je me repose sur ce que je sais un peu mieux faire : le prosé lyrique. Mais ça ne suffit pas toujours, et l'histoire qui se dessine se fait en trame fine, partout, cohérente, concrète, mais évanescente. J'dirais que j'fais mes textes un peu acrobatiques, pour la satisfaction de l'effort, l'endorphine, tout ça, mais le vrai c'est que j'ai du mal à me poser. Je m'ennuie trop vite de mes propres histoires, et je n'ai pas la patience de les supporter. Je me distrait.

Le bon chemin.



À. Notre. Tour. À nous deux, Rémi !
Note : Rémi a lu la version reprise, posté un jour ensuite de la première publication. Eh ouais, on n'est jamais tous égaux, c'est comme ça même chez moi au Nacous on a des privilégiés, des bourgeois et des va-nu-pieds; et c'est TRÈS BIEN AINSI ! Rémi, dont nos bardes louent le courage et la prestance en choeur, comme les murs, dont on dit la fragrance aphrodisiaque ! En honneur de l'aide preste qu'il apporté à notre petit peuple. "Venu tel un grand bonhomme grassouillet mais heureux, il nous a dispensé de chaleureux conseil au temps où nous en avions sacrément besoin ! Choyez, choyez ! Le Grand Rémi, l'incontinent ! Le majestueux ! Le... Ah non mince, 'L’impressionnant !', autant pour lui. ", Racontent-ils à nos banquets à qui veut bien ne pas les renvoyer.

Je t'avouerais bien qu'Ariane m'a un peu séché, mais je suis allé me promener entre-temps alors me revoilà tout frais ^^
Par contre on va la faire à l'ancienne, sans citation et en cadence :o
Notetbis :  Cette fois je n'ai pas inhibé les compliments, parce qu'on veut bien repousser Narcisse deux minutes, mais y'a un moment il s'agit de se faire plaisir, non ? Non. Ok. Mais moi je veux, alors bon, hein, Ho.
Non mais c'est vrai, faut égayer tout ça d'un peu de fatuité quand même.



Citer
chelou la virgule avant le verbe (je vais voir si tu joues avec ça dans le texte, du coup)
Jouons avec nos virgules, elles n'en seront que plus fières !

Citer
changement de temps ? on n'est plus au passé ?
Parce que le futur antérieur c'est super surfait quand même, restons dans l'ère du temps.

Citer
j'ai mis un moment à capter que l'on changeait de perspective, de lieu. Serait-ce utile de séparer le début de cette suite par une astérisque ? De l'italique pour le début ?
Oui, c'est un problème. J'ai changé la police, ce ne devrais plus être un problème.

Citer
sous la lueur ?
Non, justement, il en sort, il s'expose aux ténèbres, il entre dans le for de la nuit, ça craint merde, un peu de sérieux.

Citer
j'aime bien ton travail sur les virgules, mais ici celle après gladiateur me semble de trop
N'est-ce pas ? Moi je dirais qu'on l'enlève.

Citer
"les" renvoie aux yeux qui sont deux phrases avant. Pas top
(sinon j'aime beaucoup ce paragraphe)
Pas top... Oui, mais pas top restera là. Pardon

Citer
ça me paraît pas logique, ça devrait être l'inverse
Ouais, c'est moi qui prends l'hiver pour un prélude printanier, effectivement c'est en automne, qu'il fait de plus en plus tôt le matin tard.

Citer
à l'ouverture du collège ?
À l'ouverture du collège, oui.

Citer
profites-en (ouais, c'est tordu la langue française... la conjugaison change pour l'euphonie...)
Argh, je soupçonnais quelque chose de sa part, mais pas tant de vilenie !

Citer
personne n'ignore
(wahou, il claque ce paragraphe)
... En fait je ne sais pas trop, je crois qu'ici "personne" est quelqu'un. Je crois que personne est les autres.

Citer
Citer
Et comme l’égaré, à l’horizon, qui s’éclate en rôt stellaire aux paupières du cosmonaute endeuillé, d’une nuit à l’autre son papa fut enfui. Sa dernière vague aurait été une réunion de noir. Mais il n’y avait pas assisté. Il n’était pas dans la boîte. Papa, il était resté dans la chambre qui avait un numéro. Il y serait resté toujours. Il y reste encore. Parce que pour lui, le temps n’avait pas fini de s’étirer. Toujours pas encore.
Je m'arrête sur ce passage qui résume bien ce que je ressens depuis le début du texte :
Et comme l’égaré, à l’horizon, qui s’éclate en rôt stellaire aux paupières du cosmonaute endeuillé, d’une nuit à l’autre son papa fut enfui. Je capte pas le début de la phrase (le sens réel du truc ou la métaphore cachée) mais ça fout une belle ambiance. Le "enfui" pour "enfoui" donne a réfléchir aussi et ouvre sur la suite du paragraphe.
Et la fin est plus directe à partir de "il n'était pas dans la boîte..." le sens s'affirme.

Voilà, trois aspects, trois manières de toucher qu'a le texte : la métaphore improbable et incompréhensible mais qui ambiance le reste / le jeu de langage, les répétitions, les litanies... qui aussi appuient le sens (le toujours pas encore pour un autre exemple) / l'expression plus directe de concepts.

C'est pas évident, en tant que lecteur, d'accepter le jeu, d'accepter de se laisser aller à ne pas tout comprendre et à se laisser ambiancer... Mais ça marche plutôt pas mal quand on lâche prise.
Encore une fois... Ben je me sens touché, heureux aussi, de ta lecture, parce qu'elle est super juste, et carrément élogieuse. Oui. Je suis heureux d'être lu par quelqu'un comme ça ; comme toi. Je te l'avais déjà dit, mais tu gères, Rémi.

Citer
parvient à (? ou tu joues sur "vient le tourmenter ?")
Citer
Ouais, tu joues...
^^

Citer
drapes
(tu) coquilles coquilles !

Citer
Citer
Je ne comprends pas le mystère qui nous pousse, à considérer que cette même chose peut à la fois être et demeurer différente d’elle-même.
virgule en trop ?
Non ! Non ! Non !

Citer
sur le béton
(ça parle du temps et ça accélère, c'est marrant)
(et même la syntaxe s'dérègle. Forbante.)

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je kiffe ces histoires de métamorphoses et ces dernières phrases
Putain moi aussi.

Citer
Citer
Je me raidis. Il est sérieux.
:o
voilà un "je" ?
Citer
Il a balayé la cour et ses habitants de la main.
« Et… tu comptes t’y prendre comment ? »
J’étais un peu gêné.
« Qui est-tu ?
- Hein ? Je suis Moi ! »
je suis paumé... Pierrot est devenu "je" ? Ou Johannes est devenu "je" plutôt ?
Mais OUAIS BON SANG ! Qui est-tu, "il" ? Bordel qu'est-ce que c'est que ces spectateurs invisibles ? QUI SONT CES INCONGRUS ? Qui rentrent en eux, qui s'incorpore et prennent la place de l'autre ! Sacré nom de nom mais qui prend-il ? Johannes ? Pierrot ? Qui devient "je" ? C'EST UNE QUESTION LÉGITIME !
Mais la curiosité avait chassé quelque chose. Et d'un voile vert je fut parti. Il fut renouvelé. Tout est toujours renouvelé. J'imagine que c'est ainsi...

Citer
ça me rappelle le monde des non A de Van Vogt
Je ne connais pas ce Van Vogt, mais il m'a tout l'air d'être un auteur de lipogrammes.

Citer
là, entre le discret et le continu, tu y vas fort, avec peu d'explications, faut capter...
"son existence VERBE en tous ses points" ?
Mais non mais non, les explications viennent juste après, ce n'est qu'une bête mise en-cas.
Non, en fait c'est de la factorisation de pronoms. "Il l'a faite continue, et (il a fait aussi) son existence en tous ses points (ses points à lui).

Citer
:D
Voilà, c'est plus clair ! (faut un peu maîtriser les maths pour te suivre, là)
Mais les mathématiques sont une composante essentielle d'une vie saine, mon bon.

Citer
Citer
Continues, elles seront tout autour de toi.
et non, y a pas de faute ^^ (j'ai cru à un impératif)
Je t'avouerais que je m'y suis fait prendre moi-aussi.

Citer
wééééééé !
Sartres a bouffé Einstein (ou l'inverse)
Un jour il faudra bien que j'aille fouiner chez l'oeuvre de ce petit bourgeois.

Citer
chouette paragraphe encore
Mais carrément.

Citer
qui l'a fait tiquer ?

(super le paragraphe d'après)
Oui, coquillâtes.

(Mais CARRÉMENT)

Citer
Ça
(la course est très chouette)
NOYEZ NARCISSE !

Citer
avec une ?
lourde masse.

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je comprends mieux le "je" ici
comme une généralisation du propos, une appropriation
Tu lis vraiment super bien, c'est mirifique.

Citer
paradoxal après le discours sur la mémoire...
Lucide, mais toujours si faible... Même si rien n'importe, même si je n'existe pas... Garde-moi contre ton coeur, s'il-te plaît...

Citer
Citer
   « Finalement je n’aurai pu tout dire. Je n’aurais jamais le temps, ha ! Hah… »
jamais eu ?
Rha ! Et dire que je l'ai envoyé comme ça, avec une laide faute dans la phrase de fin...

...
Citer
(chouette de finir sur la référence au temps)
^^


Citer
Je fais un break avant de lire la suite.
Tu me spolie d'une conclusion parce que tu te rends compte que tu as déjà commenté la suite.


Citer
Ton texte demande bcp d'énergie, de légèreté et de concentration en même temps (selon les passages). C'est très riche et il faudrait y passer beaucoup de temps discret, en continu. Mais j'intègre, j'intègre...
Je sais pas si c'est une volonté de rendre le texte "difficile", mais il l'est.

Je trouve que le tout début devrait vraiment être mise en forme différemment, pour bien le détacher de la suite.
MERCI, RÉMI, PARCE QUE TU ME FAIS ROUGIR !
Début mis en forme.

Tu m'épates, Rémi, tu m'épates. Parfois, j'ai l'impression que tu viendrais dedans.


Merci à vous, parce que je suis heureux.
Nacas.
« Modifié: 04 Février 2018 à 18:55:27 par Nacas »
Les restaurants sont à tous les étages au sommet de la pyramide sociale.

 


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