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Le Monde de L'Écriture » Salon littéraire » Salle de lecture » Romans, nouvelles » Nedjma (Kateb Yacine)

Auteur Sujet: Nedjma (Kateb Yacine)  (Lu 12002 fois)

Hors ligne Gros Lo

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Nedjma (Kateb Yacine)
« le: 19 Décembre 2009 à 00:11:24 »

 :coeur:


C'est un de mes trois bouquins préférés. C'est un texte riche, dense, très beau, que j'aurais du mal à réduire à un résumé. Nedjma c'est un roman situé dans l'Algérie de l'après-guerre (publié en 1954), avec des personnages enferrés dans l'échec de leurs ancêtres face aux colons, qui tentent de se rebeller mais qui échouent, qui se retournent vers leurs racines sans comprendre la volonté des ancêtres, c'est l'histoire d'un clan dégénéré qui rassemble désespérément ses derniers filaments de racines pour fonder la nation à venir.

C'est un livre qu'il faut lire. C'est génial, c'est un peu compliqué à la première lecture, mais il faut être attentif à beaucoup de choses et la deuxième lecture et les suivantes aident bien.


*

Quelques extraits.


"A toi, Rachid, c'est à toi que je songe... Mais jamais tu ne l'épouseras. Je suis décidé à l'enlever moi-même, sans ton aide, mais je t'aime aussi comme un fils... Nous irons vivre au Nadhor, elle et toi, mes deux enfants, moi le vieil arbre qui ne peut plus nourrir, mais vous couvrira de so ombre... Et le sang de Keblout retrouvera sa chaude, son intime épaisseur. Et toutes nos défaites, dans le secret tribal - comme dans une serre - porteront leurs fruits hors de saison. Mais jamais tu ne l'épouseras ! S'il faut s'éteindre malgré tout, au moins serons-nous barricadés pour la nuit, au fond des ruines reconquises... Mais sache-le : jamais tu ne l'épouseras." (p.121-122 [éd. Points])


"C'était sa fille. Je ne savais pas non plus qu'elle était ma mauvaise étoile, Salammbô qui allait donner un sens au supplice... Sous les palmes de Bône m'attendaient d'autres ruines où je devais ramper comme un lézard délogé de son terrier... Elle aussi vivait loin de son père qu'elle avait reconnu trop tard ; des étrangers l'avaient mariée à un homme qui était peut-être son frère ; et je rêvais jour et nuit sous les palmes du port, ressentant ma frêle existence comme un brisure insoupçonnée de la tige vers la racine... Le rayon dont elle m'avait ébloui rendait mes maux plus cuisants ; oui, je fumais comme un fagot sous la loupe, écœuré par la mauvaise chimère... Elle n'était que le signe de ma perte, un vain espoir d'évasion. Je ne pouvais ni me résigner à la lumière du jour, ni retrouver mon étoile, car elle avait perdu son éclat virginal... Le crépuscule d'un astre : c'était toute sa sombre beauté... Une Salammbô déflorée, ayant déjà vécu sa tragédie, vestale au sang déjà versée..." (p.166-167)


"... cette vertu de vierges majoritaires qui fait l'honneur des citadins, laissant licence aux plus belles ou aux plus folles de déroger, pourvu que demeure l'ancienne pudeur du clan, du sang farouchement accumulé par les chefs de file et les nomades séparés de leur caravane, réfugiés dans ces villes du littoral où les rescapés se reconnaissent et s'associent, s'emparent du commerce et de la bureaucratie avec une patience séculaire, et ne se marient qu'entre eux, chaque famille maintenant ses fils et ses filles inexorablement accouplés, comme un attelage égyptien portant les armes et les principes évanouis d'un ancêtre, un de ces nobles vagabonds séparés de leur caravane au cours de ces périples que rapportent les géographes arabes, et qui, du Moyen-Orient puis de l'Asie, passe à l'Afrique du Nord, la terre du soleil couchant qui vit naître, stérile et fatale, Nedjma notre perte, la mauvaise étoile de notre clan." (p.177-178)


*

j'ai cité des passages emblématiques, ce n'est pas représentatif de tout le livre, ni dans les thèmes ni dans le ton, c'est plus varié forcément, mais ce sont ces passages-là qui m'ont surtout marqué ^^


dont be fooled by the gros that I got ~ Im still Im still lolo from the block (j Lo)

Verasoie

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Re : Nedjma (Kateb Yacine)
« Réponse #1 le: 19 Décembre 2009 à 11:02:40 »
Le titre m'avait intriguée. Et les extraits me donnent envie de le lire :3 J'essayerai de le trouver.

Hors ligne Ambrena

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Re : Nedjma (Kateb Yacine)
« Réponse #2 le: 24 Juin 2010 à 12:04:23 »
Ah, c'était un super bouquin !

J'en garde d'excellents souvenirs. Je l'avais étudié en prépa, ce qui m'avait permis de totalement m'immerger dedans - et ça en vaut la peine, croyez-moi.

Un beau roman, très poétique, riche et dense. ^^
"J’ai soudain la sensation limpide d’avoir gaspillé ma jeunesse… L’avoir vue s’échapper de mes mains comme l’anguille effrayée et m’appeler à présent sur le lierre du tombeau, où patiente depuis toujours le chant des enfants, les raisins volés…"

Roi Loth, Kaamelott, Livre V

Hors ligne Andylan

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Re : Nedjma (Kateb Yacine)
« Réponse #3 le: 26 Juillet 2010 à 20:17:47 »
J'ai du le lire deux fois en fait pour l'apprécier.
J'avais travaillé un passage du Cadavre Encerclé en cours de français où la prof nous avait parlé de ce livre. Tentée, je l'ai lu. Pas déçue au final, loin de là.
:)

Hors ligne Niitza

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Re : Nedjma (Kateb Yacine)
« Réponse #4 le: 10 Septembre 2010 à 17:00:38 »
Concours ENS 2009. Je suis tombée dessus à l'oral de français. Ça tombait bien, c'était sur ce livre-là que je voulais passer ^^
(La raison : il y a toujours quelque chose à dire sur Nedjma, car tous les passages sont intéressants. Ha !)

Enfin bref, même si ce bouquin est lié à des circonstances relativement douloureuses pour moi, je peux tout de même dire que je l'ai beaucoup aimé. Un peu déstabilisant à la première lecture, je crois que ça a fini par être mon oeuvre préférée du programme.
Bon, ce n'est pas forcément très engageant de dire aux gens qu'il faut lire un livre plusieurs fois avant de pouvoir vraiment l'apprécier, c'est vrai...
Mais dès la première lecture, la poésie qui imprègne de nombreux passage et l'humour qui marque certains autres sont à savourer sans aucune retenue. Le tout avec un arrière plan historique très intéressant. La relecture aide surtout à lier les différents passages ensemble (la chronologie n'est pas du tout respectée), pour ceux qui n'aiment pas se sentir perdus et ont l'habitude de lire à petite dose. ^^

Bref, c'est un livre que je conseillerais volontiers. Dommage que l'auteur ne soit pas mieux connu en France...
Und meine Seele spannte
Weit ihre Flügel aus,
Flog durch die stillen Lande
Als flöge sie nach Haus.

Hors ligne ernya

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Re : Nedjma (Kateb Yacine)
« Réponse #5 le: 15 Janvier 2011 à 13:07:45 »
Ca y est, j'ai enfin lu et terminé Nedjma.  ^^

Alors au début, j'ai été complètement perdue, XD. J'avais du mal à distinguer les personnages, ce qui se passait, etc. Disons que pour suivre la chronologie à la première lecture, c'est pas évident. Faudrait le relire.

Puis, j'ai commencé à apprécier le style de certaines pages, un peu étrange, j'ai trouvé, le rythme des phrases, les images, la faculté de prendre un tout petit élément et d'en faire un beau passage (l'araignée :coeur:)... Ensuite il y a eu Nedjma et là déjà j'ai beaucoup plus apprécié (encore heureux puisque c'est le personnage éponyme). Et vers la fin j'ai beaucoup aimé certains passages de l'enfance de Lakhdar.

Les passages que j'ai beaucoup aimés: le passage en cellule avec l'araignée (c'est à partir de ce moment que le bouquin m'a accrochée et je crois que je resterai fascinée par ces pages), l'apparition de Nedjma et surtout le parallèle avec Salammbô (le passage que cite Lo'), le passé avec Nedjma/ Kamel/ Mourad, les chèvres de Lakhdar ainsi que les épisodes avec la maîtresse Mlle Dubac.

En somme, je regrette d'avoir pas tout suivi, voire d'avoir un peu survolé certains passages où je ne comprenais pas trop à quel moment on était ni vraiment de quoi on parlait, mais il y a quand même eu de belles pages qui ont réussi à m'accrocher dans des lieux pas forcément propices à la lecture (métro, conférence) et ça, c'est déjà de la gageure, et puis oui, il y a un style particulier dans cette oeuvre, une atmosphère, un mystère, bref y'a un quelque chose qui me plaît bien au fond.
« Modifié: 15 Janvier 2011 à 13:09:42 par ernya »
"Je crois qu'il est de mon devoir de laisser les gens en meilleur état que je ne les ai trouvés"
Kennit, Les Aventuriers de la Mer, Robin Hobb.

 


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