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Le Monde de L'Écriture » Coin écriture » Textes courts (Modérateur: Claudius) » Et les chiens mangeront Jezabel... (4ème Partie)

Auteur Sujet: Et les chiens mangeront Jezabel... (4ème Partie)  (Lu 10517 fois)

Hors ligne kokox

  • Calame Supersonique
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Re : Et les chiens mangeront Jezabel... (1- 2 - 3 - et 4ème partie)
« Réponse #45 le: 13 Janvier 2018 à 09:36:18 »
Voici, amis lecteurs, la quatrième et avant-dernière partie des "Chiens"...


- Tu as la même sensation que moi ?
   - Oui, on dirait qu’il lit en nous.
   En effet, ce chien avait l’air de terriblement bien nous comprendre. Et sans doute plus que de raison. Il ne lui manquait que la parole pour nous dire qu’il acceptait notre offre de pacification et d’amitié.
   N’étant plus qu’à un mètre de lui, Pete posa en douceur son arme sur le sol, s’agenouilla et tendit une main fraternelle vers sa tête. À peine craintif, l’animal donna alors plusieurs coups de museau dans le vide, tout en esquivant ludiquement la promesse de caresse de Pete. Puis, il adopta la position du sphinx, plaquant ses membres antérieurs dans la neige tandis qu’il soulevait son arrière-train. Cette posture était d’évidence une invitation au jeu, mais aussi une façon de nous dire que nous faisions peut-être partie à présent de la même espèce : à savoir, celle des survivants à l’horreur suprême, qui devaient réapprendre à pactiser, à rattraper le temps perdu, à retrouver le miraculeux goût de vivre. Nous en fûmes si chavirés que nous en oubliâmes presque notre faim et la raison vulgaire qui nous avait poussé à rejoindre cette contrée macabre où des hommes étaient morts pour tenter de subsister coûte que coûte.
   - Bon chien, bon chien ! répéta Pete avec, cette fois, un révérencieux sanglot dans la voix.
   Notre allégresse pourtant n’allait pas tarder à s’amplifier, comme le chien, répondant bientôt à nos sourires affectueux, nous sourit à son tour, en retroussant ses babines jusqu’aux oreilles et en pointant sa truffe vers le ciel. Là encore, nous fûmes ébahis de voir que son expression ne ressemblait pas au bestial sourire d’une bête. La manifestation de sa joie n’était pas une grimace aléatoire, un tic grossier, accidentel. Non ! À s’y méprendre, c’était un sourire d’homme, d’homme honnête, lumineux, empli d’indulgence et de générosité. Nous nous étions attendus au pire en venant jusqu’ici, à être probablement réduits en charpie, et nous avions reçu à la place ce cadeau de la nature : la preuve éclatante que notre court passage sur Terre n’avait pas été vain.
   C’est alors que nous fûmes les témoins sidérés d’un premier prodige qui dépassa de plusieurs décades notre indigente imagination. La scène se passa exactement ainsi : comme fixé sur ressort, le chien se remit d’un coup debout et s’ébroua de la fine pellicule de neige qui ornait son pelage. Puis, il sembla réfléchir un instant aux conséquences de ce qu’il projetait de faire. Au fin fond de sa caboche, il pesa le pour et le contre de l’initiative qu’il souhaitait prendre.
   Enfin, ayant pris sa décision, en trois courtes foulées il s’approcha de Pete Tricketts, la tête basse, mimant pour ainsi dire la révérence. Et alors, d’un geste gracieux à faire fondre le cœur, il souleva doucement sa patte droite pour la lui tendre, en manière de salutation.
   Sur l’instant, nous lançant un regard interdit, Pete et moi en fûmes si saisis que nous restâmes sans voix.
   Ébranlé comme je ne l’avais jamais vu auparavant, mon camarade tendit son bras et ne put réprimer ses larmes lorsqu’il répondit à cette stupéfiante « poignée de main » proposée. Et je subis le même bouleversement lacrymal lorsque l’animal reproduisit sa politesse avec moi.
   Était-ce un chien dompté ? Une bête de cirque ? Ou bien une nouvelle race de canidés ayant appris, assimilé par mimétisme, le respect des convenances qui régissent la vie en société ? Par delà notre vive émotion, toutes ces questions nous chamboulaient. Était-il possible qu’un mystérieux changement de paradigme se soit opéré depuis la Date, sans que nous n’ayons rien vu venir ? Toujours est-il qu’ontologiquement parlant, les rôles étaient peut-être en train de s’inverser sous nos yeux : ce n’était plus l’homme, imbu de son intelligence, qui quémandait sa patte au chien, pour mieux le soumettre, le dominer, mais c’était le chien dorénavant qui invitait l’homme et sa civilité toute pavlovienne, à s’animaliser.
   Cette urbanité échangée, le temps sembla se suspendre, avec ce sentiment que toutes les noires vibrations s’attendrissaient autour de nous, dans l’éther. Une sensation de béatitude, un parfum d’infini nous enveloppa alors tout entier. Profitant de notre félicité passagère, le dogue du Tibet nous regarda l’un après l’autre droit dans les yeux, intensément, devrais-je dire profondément, comme pour mieux nous signaler qu’il allait se passer quelque chose d’inattendu, et que nous ne devions pas nous en effrayer outre mesure.
   On situe souvent la différence entre l’homme et l’animal au niveau de la parole. Bien-sûr, tout le monde pressent dès son plus jeune âge qu’il existe un « langage animal », mais personne n’a jamais osé proclamer que les animaux parlaient, sauf dans les contes de fée. On dit que les animaux s’expriment, qu’ils envoient des signaux à leurs congénères ou aux hommes, mais personne ne saurait soutenir qu’ils parlent sans passer pour farfelu.
   Pourtant, plus les minutes s’écoulaient en sa compagnie, plus nous en étions convaincus : notre dogue cherchait à dialoguer, à nous transmettre subtilement sa linguistique d’avant-garde.
   L’écho de ses pensées nous était presque palpable. Dans un premier temps, il parlementait avec ses yeux éminemment suggestifs, avec ses mimiques gorgées de nuances, d’éloquentes subjectivités. Puis, glissant inopinément du dicible vers l’indicible, il semblait émettre des arpèges d’ultra-sons, faits de soupirs, de contretemps, de syncopes, évocateurs de sentimentalité bien plus que de phonèmes, qui nous plongeaient délicieusement, quasi jusqu’au vertige, dans un état ouaté d’hypersensibilité. Cette troublante télépathie ne pouvait être le fruit de notre imagination, puisqu’elle s’adressait directement, de la tête à nos pieds, à tous les récepteurs sensitifs de notre peau, et finissait par pénétrer le diamant de notre cœur.
   Ce n’était pas qu’un chien intelligent. C’était un chien avisé, pénétrant, sagace, un chien hors du commun, qui était en train de nous démontrer notre ignorance totale du monde suprasensible. Non, ce n’était vraiment pas un chien ordinaire. C’était un oracle en train de nous enseigner que la sélection naturelle de la théorie de Darwin était encore loin d’être parachevée.
   Comme c’était aussi un chien prévenant, il nous fit donc deviner, je ne sais comment, le second prodige qui allait suivre, sans doute pour éviter un potentiel effarement qui aurait pu entraîner chez l’un ou l’autre un malaise cardiaque. De fait, nous fûmes bien moins éberlués lorsqu’il souleva de nouveau sa patte et commença devant lui à tracer des lettres majuscules sur la fine couche de poudreuse. Après chaque lettre majestueusement formée, la bête calligraphe relevait son museau vers nos yeux ébaubis, y fouissant une quelconque forme de gratitude. Bientôt, son succinct message nous apparu. Aussi poignant que déconcertant, il avait écrit ces deux mots :

HELP ME

   - Comment pouvons-nous t’aider ? lui a demandé tout de go Pete Tricketts, oubliant, tel un enfant, qu’il s’adressait à une bestiole à quatre pattes.
   Pour réponse, le chien a tourné les talons et s’est mis à trottiner à une allure décente afin que nous puissions le suivre. Ses pas nous menèrent jusqu’à cet épais taillis où il se tenait aux aguets quelques minutes auparavant. Nous le vîmes bientôt s’engouffrer ventre à terre à travers un entrelacs de branchages carbonisés, dans une forêt d’écorces mortes qui paraissaient aussi dures que de la pierre, et nous dûmes dès lors sortir une machette pour pouvoir nous frayer un passage à hauteur d’homme. Le temps que nous accomplissions cette tâche éprouvante, notre chien s’était évaporé et ce n’est que quelques mètres plus loin que nous comprîmes qu’il s’était enfourné dans une ouverture pratiquée dans le sol. D’environ un mètre cinquante de coté, celle-ci avait l’aspect d’une écoutille, laquelle, dotée d’une redoutable charnière, soutenait une lourde trappe en tôle qui était rabattue sur le sol. À son extrêmité, deux massifs cadenas en titane étaient encore accrochés à de complexes rivets. Ceux qui avait conçu cette entrée souterraine avaient vraiment voulu faire preuve d’une précaution absolue. Somme toute, il leur avait bien fallu pénétrer et ressortir de ce lieu, et ces irrésistibles allers et venues avaient fini un beau jour par trahir l’accès de leur ingénieuse tanière.
   La béance donnait directement sur les premières marches d’un étroit escalier en colimaçon, tout piqué de rouille, et plongé dans les ténèbres.
   Harnachant nos têtes de lampe frontale, nous le descendîmes à tâtons jusqu’à atteindre six à sept mètres plus bas la perspective d’un large couloir bétonné, percé de chaque côté d’une enfilade d’épaisses portes blindées, dont la plupart étaient entrebâillées ou grande ouverte.
   Dehors, le blizzard s’était remis à siffler, rendant plus lugubre et oppressante l’atmosphère qui régnait au sein de ces secrètes cavernes érigées par la main de l’homme pour se protéger de tous les dangers. Mais l’homme n’étant plus là, le danger indolore, inodore, semblait avoir repris ses titres de propriété. On dit que la crainte du danger est mille fois plus terrifiante que le danger lui-même. C’est dans cet état d’anxiété grandissant que nous avons commencé peu à peu à ralentir nos pas, à nous remettre en mode défensif, et à braquer de nouveau le canon de nos fusils droit devant nous.
   - Le chien ! Tu es là, le chien ? s’est mis à héler Pete, d’une voix un rien plus phobique que téméraire.
   Toujours à l’affût du moindre mouvement, dans la première salle sur notre droite, qui était aussi vaste que haute de plafond, nous sommes tombés sur un monumental empilement de cartons éventrés et de caisses vides. Pete a dirigé le faisceau de sa lampe sur le couvercle de l’une d’elles. Peinte au pochoir, elle portait l’appellation « US ARMY ». Le sol était jonché de détritus, de cadavres de conserves, de dizaines de bouteilles en plastique, de sacs de jute désemplis qui avaient dû sans doute contenir une masse incroyable d’aliments de première nécessité.
   La salle suivante, plus considérable encore, recelait le même fatras indescriptible de cartons et de caisses dépouillés. Le constat était amer. En retournant ici et là un paquet de riz, un canette de soda, force nous était de constater que tout avait été bu, grignoté, englouti, jusqu’à la moindre miette. Mais notre désillusion ne dura qu’une poignée de secondes, comme toutes nos pensées n’étaient plus obnubilées que par le dépistage de notre dogue du Tibet, devenu bien plus précieux à nos yeux que nos appétences barbares.
   - Le chien ?... Le chien ?... Où te caches-tu ?  interpella mon ami une fois de plus. Et, me tournant vers lui à cet instant, je pus voir alors perler sur sa tempe quelques gouttes de sueur froide.
   Au fond de la réserve, nos regards furent attirés par des étagères métalliques sur lesquelles résidait une pyramide de grosses malles en acier. Poussés par notre curiosité de « seuls au monde », et nous en approchant, notre intuition allait s’avérer juste. Elles étaient encore pleines à craquer d’armes de guerre : fusils d’assaut M16, fusils à pompe Winchester, fusils sniper Remington, mitrailleuses M60, lance-roquettes, lance- grenades et lance-flammes.
   S’emparant alors d’un pistolet-mitrailleur Walther dernier cri qu’il a pointé devant lui pour en estimer la visée, Pete Tricketts m’a demandé :
   - On prend ?
   - C’est tentant, mais moi je ne prends pas. Et à ta place, je ne prendrais pas non plus.
   - Tu as raison. Inutile d’effaroucher notre ami devin. Notre ami qui s’amuse ouvertement à jouer à chat avec nos nerfs.
   - Il est chez lui, Pete. C’est déjà un honneur qu’il nous fait de nous accueillir dans sa demeure.
   - Il faut être réaliste, Stuart. On a fait chou blanc. Y a plus rien à becqueter. Moi, je suis d’avis de nous tirer, et vite.
   - Tu ne veux pas savoir ?
   - Savoir quoi ? De quoi, il se nourrit ?
   - Par exemple !
   - Je vais te le dire, moi, de quoi il se nourrit. Il va se nourrir de nous. « HELP ME » ! Tu parles ! Aidez-moi, les gars ! Aidez-moi à perpétuer mon espèce de clébard 2.0, puisque vous êtes condamnés de toute évidence à l’extinction.
   - Je ne le ressens pas comme ça ! Pas du tout. Ce chien nous a ému aux larmes. Nous avons tous deux été secoués de frissons qui dépassaient l’entendement. T’étais-tu déjà mis à nu comme cela devant un animal ? Ou même un être humain ?
   - Pour sûr, il a su nous charmer. Mais pour mieux se tapir dans l’ombre, nous diviser, et nous égorger à l’improviste.
   - Non ! Je lui fais confiance.
   - Plus qu’à moi, je vois ça !
   - Non, autant qu’à toi ! Où est passé ton bel optimisme, Pete ?
   - Mon optimisme ? Mais tu ne vois pas que tout ça n’est qu’un jeu, Stuart.
   - Un jeu ?
   - Qu’est-ce que tu crois ? Depuis le tout début, je joue à n’être qu’un stupide avatar dans un jeu vidéo. Je me suis insensibilisé à tout. Je me persuade que je peux crever à chaque instant et ressusciter par enchantement au premier portail de téléportation venu. Je suis devenu fou, Stuart, complètement cinglé, à l’instant même où j’ai vu au loin le premier champignon vénéneux s’étendre à perdre de vue. C’est la folie seule qui me tient encore debout. Tu ne t’en étais jamais rendu compte ?
   - Fou, mais pas au point de tendre ta main vers l’Inconnu.
   - Disons, fou de la Vie, mon vieux !
   - Alors, tu refuses de croire aux miracles ?
   - Les chiens deviendraient les maîtres de la Terre ? Et alors, qu’est-ce que cela changerait à ma folie ?
   - Il nous a choisi pour être les témoins d’une chose inouïe, inconcevable. Et on décamperait d’un claquement de doigts, comme des sauvages ?
   - Tu es mon ami, Stuart. Mais j’ai un meilleur ami que toi, et c’est mon instinct.
   - Nous n’avons jamais été des sauvages, toi et moi. C’est ce qui a toujours fait notre force.
   - Force pour qui ? Pour quoi ? Pour être les empereurs du gâchis ?
   - Pour apprendre ce que nous ne connaissons pas encore. Pour nous sentir utiles encore un peu.
   - Notre seule utilité est de jouir et de nous détruire, mon pauvre vieux. À l’image des dinosaures, nous avons seulement eu la prétention de naître dans un monde qui ne méritait pas d’être connu.
   - Tu ne peux pas dire ça. Nous avons toujours espéré quelque chose, un rayon de quelque chose, une vague promesse de quelque chose, et cette chose est venue. Nous n’avons pas le droit de nous en détourner aussi lâchement. Je suis certain que nous n’avons survécu que pour nous retrouver dans ce lieu précis, à cet instant précis. Pour le rencontrer. Crois-moi, Pete ! Crois-moi !
   - Je n’en suis absolument pas convaincu. Mais…
   - Mais ?
   - Au bénéfice du doute, je t’accorde dix minutes, montre en main.
   Stuart Tricketts n’avait pas tort, mais je crois bien que j’avais raison aussi. Je lui savais gré de m’avoir autorisé cette faveur, de ces faveurs qu’on vous octroie dans un geste magnanime, mais qui vous font douter après coup de vos bonnes intentions.
   Nous avons synchronisé nos montres et continué notre progression dans le corridor en renforçant plus que jamais notre vigilance.
   À la troisième minute de notre compte à rebours, dans une salle plus modeste qui contenait plusieurs écrans de vidéo-surveillance, nous avons discerné dans un recoin les troncs congelés de Thom Tillis, de Dan Coats et de Barbara Milkuski, les trois pauvres bougres faméliques dont parlait la note 41. Leurs jambes et leurs bras avaient été sectionnés net et reposaient juste au-dessus de leur tête, impeccablement disposés en forme de crucifix. Un frisson d’épouvante nous a aussitôt parcouru l’échine. Cependant, cette sinistre découverte nous renseignait d’une précision plutôt rassurante : si les chiens s’attaquaient à l’homme pour se protéger, au moins ne s’en rassasiaient-ils pas. J’ai alors regardé Pete pour savoir s’il désirait toujours continuer. Il m’a fait oui de la tête.
    Après un signe de croix, nous avons quitté la répugnante nécropole, tandis que nos lampes frontales commençaient à donner de sérieux signes d’épuisement. Quelques pas plus loin, nous avons poussé face à nous une énième porte blindée sur laquelle était écrite « Zone dangereuse » en gros caractères rouges.
   Derrière celle-ci se prolongeait un nouveau couloir, long d’une cinquantaine de mètres. À la septième minute de notre compte à rebours, nous avons fini par atteindre, la boule au ventre, le bout de ce couloir, et nous avons enfin franchi le seuil d’une double porte qui semblait être la dernière de l’hermétique labyrinthe. C’est à cet instant fatidique que, de concert, nos lampes frontales nous ont lâché d’un coup.
   Dans le noir total, les mains un peu tremblantes, j’ai craqué une allumette. Et Pete Tricketts à fait de même. De plus en plus apeurés, nous avons eu juste le temps d’aviser nos montres pour voir qu’il nous restait une bonne minute avant de déguerpir de ce cul-de-sac menaçant.
   Nos allumettes se sont éteintes.
   Au nom de la raison, nous étions sur le point de rebrousser chemin, lorsque nous avons enfin débusqué notre chien. Où plutôt le regard qu’il braquait magnétiquement vers nous. C’était deux pâles lueurs dans l’obscurité qui nous épiaient en silence, à une distance d’environ dix mètres.
   Et puis, soudain, les choses sont allées très vite. Beaucoup trop vite. Pete, par hasard, a trouvé l’interrupteur et aussitôt au plafond des rangées de néons se sont éclairés crescendo, nous laissant découvrir violemment ce qui ressemblait à un immense atelier d’ingénierie.
   Surpris par cette secousse intempestive de lumière crue, notre dogue s’est mis à grogner d’un coup, et à nous toiser d’un mauvais œil. Puis, il a commencé à tourner d’une manière  frénétique autour d’une caisse en bois volumineuse, tout en continuant à nous aboyer méchamment dessus.
   Pris d’un début de panique, Pete Tricketts s’est alors agenouillé derrière un comptoir. Il a armé son fusil de chasse et m’a crié :
   - Qu’est-ce qu’il veut nous dire, putain !
   Je me suis ratatiné à mon tour au pied d’une armoire, et je lui ai répondu :
   - Il y a quelque chose dans cette caisse à laquelle il semble tenir.
   - Non, c’est un piège, Stuart, une saloperie de guêpier. Il est en train d’appeler les autres. Il faut le tuer ! Absolument !
   - Non, je t’en prie, ne fais pas ça !
   - Apprête-toi à tirer ! Si tu ne le fais pas, je le fais.
   Sentant notre extrême nervosité, le chien a commencé à faire des allers-retours désespérés entre notre position, s’arrêtant néanmoins à une distance respectueuse de nous, et sa caisse mystérieuse. Voyant alors que nous ne parvenions pas à interpréter sa fougueuse chorégraphie, il s’est figé brusquement sur place pour hurler à la mort, d’un cri si déchirant que nous en fûmes tétanisés, sur l'instant.
   Lorsque cessa enfin sa dramatique plainte, on eut pu jurer que son cri se muait en geignements, ou peut-être bien en sanglots. Ce faisant, il se raidit subitement, simulant dans son regard la hargne d’une bête incomprise prête à bondir. Enfin, à pleines forces, il se propulsa de toute sa masse musculeuse en direction de Pete, lequel lui tira instantanément et froidement une salve de plombs en pleine gueule, à moins de trois mètres de lui.
   Foudroyée en plein élan, la bête retomba raide morte sur le sol.
   Mais, chose hallucinante, dans un temps quasi synchrone, ahuri, le souffle coupé net, Pete Tricketts s’est écroulé lui aussi. Et instantanément, se tenant le visage à deux mains, il a hurlé de douleur.
   - PETE, NON !
   J’ai accouru vers lui, je l’ai redressé, tenu fort dans mes bras.
   J'ai retiré doucement ses mains. Sa pauvre figure était toute rougie. De ses paupières scellées dégoulinait un sang inarrêtable. Incompréhensiblement, ses yeux avaient été perforés par l'effet boomerang des plombs dont il venait d'asperger l'animal.
   Il m’a grimacé un sourire moutarde, des plus douloureux, et m’a gémi :
   - Regarde-moi ce travail ! Tu m’as mis dans une sacrée merde, Stuart.
   - Je suis désolé, vieux, tellement désolé.
   - C’est un… un peu tard pour ça, tu crois pas.
   - Ne bouge pas. Je vais te nettoyer.
   - Y a plus rien à nettoyer. Tout a été nettoyé. Je… je vois plus rien.
   - C’est pas possible ! Qu’est-ce qui s’est passé, putain ?
   - Il s’est passé qu’on… qu’on s’est fait baiser en beauté.
   - Par qui ?
   - Ton cabot est une... une somptueuse machine... avec un joli squelette en titane, ou je… je ne sais quoi.
   - Alors, ils y sont arrivés !
   - Oui, on dirait. Et ils sont même parvenus à… à te foutre une âme là-dedans... Pour attirer… pour attirer...
   - Qui ?
   - Les gogos comme toi ! J’aimerais savoir un truc avant de crever… Et ne me dis surtout pas que je ne vais pas crever...
   - Qu'est-ce que tu aimerais savoir ?
   - Ce qu’il y avait dans… dans... dans cette putain de caisse...

   Suite et fin dans la dernière partie...




Enfin, ce petit lien hyper mignon, afin de faire flancher certains sceptiques :

https://www.facebook.com/lifewithpetsshow/videos/198418514026979/

 :) :) :) :) :)



« Modifié: 13 Janvier 2018 à 11:03:13 par kokox »

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Re : Et les chiens mangeront Jezabel... (1 - 2 - 3 - et 4ème Partie)
« Réponse #46 le: 13 Janvier 2018 à 12:18:31 »

Ah oui ? Ah ! OUI ! trop de suspens !  J'attends la suite avec impatience hein !

Suis triste, le chien snifff ! mais bon...

Un truc j'ai du relire deux fois après le coup de fusil dans la gueule du chien, j'ai compris après "boomerang" !

Quant à la vidéo c'est génial, super cool les toutous et super cabot le dernier !

 :mrgreen: :mrgreen: :mrgreen:
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Re : Et les chiens mangeront Jezabel... (1 - 2 - 3 - et 4ème Partie)
« Réponse #47 le: 13 Janvier 2018 à 12:45:09 »
Merci bien Claudius pour ton retour à la "niche" ! :)
Moi aussi, j'attends la suite avec impatience, figure-toi !
J'ai trois quatre fins possibles ! :)
Je tirerais bien à pile ou face, mais y a que deux faces sur une pièce !
Suis un peu dans la caca ! :)
Mais bon, pour l'heure, t'inquiète, je sais ce qu'il y a dans cette "putain de caisse" !

Bien à toi !

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Re : Et les chiens mangeront Jezabel... (1 - 2 - 3 - et 4ème Partie)
« Réponse #48 le: 13 Janvier 2018 à 13:37:48 »

Tire à la courte paille !

Ah bon tu sais ce qu'il y a dans la caisse ?  :jubile: :jubile: :jubile: dis-y dis-y !

Désolé, vous n'êtes pas autorisé à afficher le contenu du spoiler.
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Milla

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Re : Et les chiens mangeront Jezabel... (1 - 2 - 3 - et 4ème Partie)
« Réponse #49 le: 13 Janvier 2018 à 17:49:31 »
Yop !

au fil du texte...
Citer
Nous avons synchronisé nos montres
parker lewis   :D :D

Citer
les troncs congelés de Thom Tillis, de Dan Coats et de Barbara Milkuski, les trois pauvres bougres faméliques dont parlait la note 41. Leurs jambes et leurs bras avaient été sectionnés net et reposaient juste au-dessus de leur tête, impeccablement disposés en forme de crucifix.
:o woputain ça craint par ici

Citer
Il m’a grimacé un sourire moutarde, des plus douloureux, et m’a gémi :
a gémi plutôt que m'a gémi je pense

Citer
- Il s’est passé qu’on… qu’on s’est fait baiser en beauté.
   - Par qui ?
   - Ton cabot est une... une somptueuse machine... avec un joli squelette en titane, ou je… je ne sais quoi.
   - Alors, ils y sont arrivés !
   - Oui, on dirait. Et ils sont même parvenus à… à te foutre une âme là-dedans... Pour attirer… pour attirer...
   - Qui ?
   - Les gogos comme toi ! J’aimerais savoir un truc avant de crever… Et ne me dis surtout pas que je ne vais pas crever...
   - Qu'est-ce que tu aimerais savoir ?
   - Ce qu’il y avait dans… dans... dans cette putain de caisse...
wouuuuh cette fin de partie !!! et tu nous laisse là comme ça ?? mais euuuh !

hop là, tout lu donc !

Pas grand chose à redire sur fond et forme, tout fonctionne à merveille, la surprise, la tension, je veux savoir la fiiiin ! Pour le chien, je pensait à une expérience qui avait transformé un mec en chien, mais pas mal trouvé ton truc, et ça ouvre pleins de possibilités pour la fin.
Hâte d'ouvrir la caisse donc  ^^

au plaisir

Hors ligne kokox

  • Calame Supersonique
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Re : Et les chiens mangeront Jezabel... (1 - 2 - 3 - et 4ème Partie)
« Réponse #50 le: 13 Janvier 2018 à 19:21:10 »
Champdefaye

Le jour, je m'accroche comme une tique ! :)
Mais mes nuits sont terribles. J'en fais des cauchemars dans lesquels me reviennent en boucle les déclinaisons du mot "BOUT".
- Tu les as bien mené par le bout du nez, et après ? Tu ne verras jamais le bout du tunnel !
- Pourquoi ?
- Parce que t'es à bout de nerfs, à bout de forces. T'es au bout du rouleau. Au bout du compte, tu devrais mettre les bouts.
- Mais non, je tiens le bon bout.
- Laisse-moi rire du bout des lèvres.
- Je vais appeler Chantal Goya, elle va m'aider à aller au bout du processus.
- Pourquoi Chantal Goya ?
- Histoire de joindre les Debout ! :)


Milla


- T'as pas l'impression d'en faire des caisses ?
- La caisse ? Quelle caisse ? J'ai jamais braqué de caisse !
- On t'as vu acheté une nouvelle caisse ?
- Mais non ! Caisse que c'est que ces conneries ?
- Si t'avais la caisse claire, tu pigerais.
- Je pigerais quoi ?
- Que tu annonces ta chute à la grosse caisse ! :)




Patamodeler

  • Invité
Re : Et les chiens mangeront Jezabel... (1 - 2 - 3 - et 4ème Partie)
« Réponse #51 le: 16 Janvier 2018 à 15:02:38 »
Salut Kokox,

J'aime beaucoup tes descriptions minutieuses et tout particulièrement celles du brave toutou. En te lisant, je me crois bien installée dans un fauteuil de ciné tout en me rongeant les ongles. Ton histoire a du chien, vraiment !  Trêve de balivernes, j'adhère à tes réflexions sur notre condition de pauvre poussière d'étoile. Merci pour cette histoire post-apocalyptique qui, au-delà de l'aventure, nous invite à réfléchir sur de nombreux sujets. Bon courage à toi pour la fin.  ;)   

Hors ligne kokox

  • Calame Supersonique
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Re : Et les chiens mangeront Jezabel... (1 - 2 - 3 - et 4ème Partie)
« Réponse #52 le: 16 Janvier 2018 à 15:59:35 »
Un grand merci à toi Patamodeler pour ta fidélité à cette nouvelle d'anticipation, dont je peine un poil il est vrai à anticiper la fin ! :)

Hors ligne Alan Tréard

  • Vortex Intertextuel
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  • Optimiste, je vais chaud devant.
    • Alan Tréard, c'est moi !
Re : Et les chiens mangeront Jezabel... (1 - 2 - 3 - et 4ème Partie)
« Réponse #53 le: 18 Janvier 2018 à 15:40:29 »
Bonjour kokox,

Je viens de lire cette nouvelle partie, et je la trouve tout simplement géniale !!

Il y a une espèce de confrontation psychologique entre la certitude d'être complètement bouffé par l'angoisse et la magie du mythe auquel nous ne saurions pas trouver un sens.

Cette fois-ci, j'ai trouvé le dialogue entre les deux personnages absolument mémorable !! Un mélange de propos obscurs et confus, et d'instinct de survie qui alimente le mystère comme il faut pour une juste mesure.

Désolé, vous n'êtes pas autorisé à afficher le contenu du spoiler.


Un délicieux merci pour ce moment fort en émotions.
« Modifié: 18 Janvier 2018 à 16:02:37 par Alan Tréard »

Hors ligne avistodenas

  • Prophète
  • Messages: 696
Re : Et les chiens mangeront Jezabel... (1 - 2 - 3 - et 4ème Partie)
« Réponse #54 le: 18 Janvier 2018 à 17:42:41 »
Après avoir relu l'ensemble afin de rester dans l"unité de ton, je conclus que tu as tout d'un grand : le talent bien sûr, mais aussi (surtout prends-le bien comme un compliment) tu es pervers et sadique, au sens littéraire du terme, tout ce qu'il faut pour tenir son lecteur en haleine, ne lui lâchant que ce qui convient pour le maintenir affamé de la suite.
J'ai bien une idée derrière la tête sur le dénouement mais au cas où je tomberais pile, je m'en voudrais de gâcher tes effets. Motus et bouche cousue. Et si je me trompe, alors c'est encore plus fort !
Mais de toute façon ça ne change rien à la qualité intrinsèque du texte. Allez, encore un effort de parturition, et tu es au bout de tes peines, tu pourras te taper un whisky, ou un cognac ou les deux, c'est moi qui offre ! ;D

 >:D Diabolique !!!  Hé hé !

Brieuc Tulou

  • Invité
Re : Et les chiens mangeront Jezabel... (1 - 2 - 3 - et 4ème Partie)
« Réponse #55 le: 19 Janvier 2018 à 17:42:16 »
Salut kokox,

L’atmosphère de ce texte m’intrigue beaucoup. Déjà prenons la forme du texte, qui, dans sa première partie notamment est décrite de manière plus familière sans que ça ne gâche le texte, ce qui est une qualité vraiment exemplaire quand on voit ce qui se fait dans le même style aujourd’hui.

Je suis plus attaché à la lecture de textes classiques en philosophie et en littérature et il y’a toute une psychologie chez tes personnages, dans le ton et le dialogue qui est vraiment très prenante. J’ai perçu aussi divers références qui pourraient se référer à une forme théologique et j’ai trouvé ça génial !!

Au plaisir de lire d’autres de tes écrits

Hors ligne kokox

  • Calame Supersonique
  • Messages: 1 541
Re : Et les chiens mangeront Jezabel... (1 - 2 - 3 - et 4ème Partie)
« Réponse #56 le: 25 Janvier 2018 à 12:47:18 »
Messieurs Tréard, Avistodenas, et Tulou, je vous remercie tous trois pour votre lecture et vos aimables commentaires ! :)

Milla

  • Invité
Re : Et les chiens mangeront Jezabel... (1 - 2 - 3 - et 4ème Partie)
« Réponse #57 le: 25 Mai 2018 à 12:02:40 »
Désolé, vous n'êtes pas autorisé à afficher le contenu du spoiler.

Hors ligne kokox

  • Calame Supersonique
  • Messages: 1 541
Re : Et les chiens mangeront Jezabel... (1 - 2 - 3 - et 4ème Partie)
« Réponse #58 le: 25 Mai 2018 à 13:53:26 »
Salut Milla,

Je te livre ci-après la réponse que je viens de faire à Champdefaye qui me demandait également des nouvelles de la fin :

Oui, de retour ! Mais disons, sur la pointe des orteils.  :)
Voilà bien cinq mois que je n'ai pas touché un stylo et moins encore un clavier. C'est qu'après presque six ans d'écriture forcenée, je me suis retrouvé comme on dit en surchauffe, et que la fumée a commencé à me sortir sévèrement du capot en grisâtres volutes.  :)
Break donc, lequel j'espère me sera salvateur pour achever la vingtaine de nouvelles que j'ai toujours en cours, et plus ou moins abouties.
Enfin, concernant les "Chiens", pour tout t'avouer, il me restait à tout casser une dizaine de lignes à rédiger quand mon mental m'a susurré : "Assez ! Coupure, NOW !". Cela dit, si je retrouve un peu de charbon, je ne désespère pas de parachever le texte avant les vacances !


Bien à toi !

PS : Bon, comme vous êtes deux à présent à me demander cette fuyante suite, je vais tâcher de faire un suprême effort et de me pencher sur la conclusion de ces étranges toutous ! :)

Hors ligne JMLC

  • Troubadour
  • Messages: 260
Re : Et les chiens mangeront Jezabel... (1 - 2 - 3 - et 4ème Partie)
« Réponse #59 le: 25 Mai 2018 à 17:56:28 »
Bonjour Kokox,

J’ai lu les quatre premiers chapitres des Chiens… Le contexte post-apocalyptique est classique, mais l’ambiance est bien décrite et le style ne manque pas d’humour. Le froid et la référence aux Enragés m’a rappelé le film La Route.

La seule chose qui m’ait gêné est l’emploi du terme Date pour évoquer une catastrophe (nucléaire ?) Une « date » est un rendez-vous romantique (au moins aux États-Unis). L’emploi de ce terme est-il ironique ? Si oui, peut-être pourrais-tu le préciser dans le texte ?

Je suis curieux de lire la fin.

Bonne continuation,
JM
Roman en cours : 2112 (SF)

 


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