Le Monde de L'Écriture – Forum d'entraide littéraire

12 Juin 2026 à 14:36:54
Bienvenue, Invité. Merci de vous connecter ou de vous inscrire.


Le Monde de L'Écriture » Coin écriture » Textes courts (Modérateur: Claudius) » Scotch

Auteur Sujet: Scotch  (Lu 1534 fois)

Hors ligne Alfred

  • Scribe
  • Messages: 99
Scotch
« le: 20 Novembre 2017 à 22:32:51 »
       Une lampée, avant d’y aller ; juste une petite – comme un Tommy dans les tranchées – une descente amère dans l’œsophage, brûlant jusqu’au gosier. Puis une autre – quelques autres – un rot à l’éthanol, décapant la gorge – ça bouillonne.

On met la veste sur les épaules ; enfonce la casquette sur le caisson – cacher ces yeux cette tronche, bouffis, du soleil blanc de l’hiver aveuglant ; des Autres dans la rue au macadam jonché, de flaques grises, noyé, sous le brouillard du matin débordant, du fleuve longeant l’avenue la faculté, là en bas, derrière le rond-point où tournent chaotiques les bagnoles, dans un tumulte de klaxons.

On traîne sa carcasse jusqu’au parvis de l’université, imbibée de substances diverses et variées – anxiolytique nicotine, café et alcool – de la musique aux oreilles pour alléger le poids du Tout les remontées acides. Les pas s’enchaînent en zigzag dans les couloirs blancs comme le ciel, où s’agite la cohorte. Les rétines se baladent sur les affiches aux murs – déjà vues milles fois, devenues blafardes comme la peinture – sur les jolies filles leurs doux fessiers en groupes, attendant devant les salles amphithéâtres. Et on parvient d’ailleurs à la nôtre, naviguant dans les eaux asthéniques de la défonce, pour aller s’enterrer à l’air libre, sur une chaise dans une salle humide, bercé par une prosodie soporifique.

Enfin, on s’échappe par la fenêtre dans les branches décharnées les pensées dilettantes, bruits de circulation pinacle de quiétude. Et pourtant cette voix – cette fameuse prosodie – ne cesse de nous ramener à la réalité de cet enfer des plus mornes ; celle des coudes creusant à s’en meurtrir le bois de la table, le regard bancal peinant à fixer le tableau ; la main tremblant trop, pour coucher sur la feuille simples trois mots. On se retrouve là, craignant les poussées de colique, à tressauter la jambe en fixant l’horloge, les mains devant la bouche grignotant un doigt – l’haleine à découper une tôle.

C’est là que se mettent en branle les scènes hallucinées – des réminiscences histoires de fesses imaginées, des bouffées de regrets et rires à peine contrôlés – cette fille au lycée ; ces quelques messages que nous nous étions envoyés – envie de reprendre une lampée, juste pour la beauté du souvenir, et tout ce qu’il implique.

Avec des « si », on mettrait Paris en bouteille, d’après le dicton ; mais elle n’a pas la saveur de la liqueur de cet ennui, si profond.
« Modifié: 23 Novembre 2017 à 16:43:45 par Alfred »

Hors ligne intervalee

  • Scribe
  • Messages: 70
Re : Scotch
« Réponse #1 le: 22 Novembre 2017 à 18:21:19 »
Bonsoir, quelques remarques sur la forme, (l'orthographe et la syntaxe c'est pas mon fort).
Le style est bien en adéquation avec le sujet. Le vocabulaire pourrait même être un peu plus cru j'hésiterai pas à dire "cul" pour "fesses" on a presque l'impression que tu te brides, ton language semble retenu et s'exprime pas pleinement. Lis (ou relis)  Bukowski ça décomplexe.
Les phrases mériteraient même d'être un peu plus saccadées comme au tout début de ton texte "dans la rue au macadam jonché, de flaques grises, noyé, sous le brouillard du matin débordant, du fleuve longeant l’avenue la faculté, là en bas, derrière le rond-point où tournent chaotiques les bagnoles, dans un tumulte de klaxons Quand je bois je fais pas souvent de phrases aussi longues. C'est un peu lourd.
L'ensemble se tient et le dicton de fin est bien commenté. Un suite à cette sombre vision ? 
 


Désolé j'ai lu ta présentation après ton texte donc je sais maintenant que tu as lus bukowski. Moi ça fait longtemps et ton texte m'y a fait penser. Certains le prendrait mal, pourtant je crois que c'est plutôt une bonne chose. C'est une écriture verbale certe mais pleine de poésie.




Bonjour Intervalee, j'ai fusionné tes posts, les doubles posts sont interdits ici (pour laisser de la visibilité à tous les messages et ne pas surcharger la base de données), tu peux utiliser le bouton modifier :)
Tcho !
Un modo discret
« Modifié: 24 Novembre 2017 à 09:46:13 par Ben.G »

Hors ligne Alfred

  • Scribe
  • Messages: 99
Re : Scotch
« Réponse #2 le: 23 Novembre 2017 à 16:41:39 »
Merci de ta critique — aussi d'avoir lu. C'est un honneur de t'avoir remémorer c'te vieille poche de Buko (j'dis ça comme si c'était un vieux pote. Mais remarque, dans le cas de Bukowski, quand on l'a lu et qu'on s'en souvient, c'est comme un vieux pote en fait, avec qui on refaisait le monde ou taillait simplement le bout d'gras autour d'une boutanche — énorme digression, pouvant tout de même déboucher sur débat intéressant, voire basculer vers de l'épistémologie littéraire : la distinction fiction/réalité dans la littérature, personnage/personne ; Buko/Chinaski dans notre cas. Doit-on distinguer les deux, décontextualiser l’œuvre de l'auteur etc. Ça nous ramène aux débats sur Céline et Cantat aussi.). C'est probablement mal formulé mais c'est un sujet auquel je réfléchis régulièrement. Mes drôles de cigarettes m'ont rendues bien loquace.

Pour le langage, je cherche justement à en avoir un varié, en passant de registre en registre, et j'aime justement ne pas être trop crû, rester dans certain onirisme, une légèreté paradoxale. Comme ça, si je veux balancer un quelque chose de bien crado, ça détonne.
Après je bosse aussi le rythme et les sonorités — mes textes sont également construits de manière à être lu à voix haute, voire même clamer.

"C’est là que se mettent en branle les scènes hallucinées – des réminiscences histoires de fesses imaginées, des bouffées de regrets et rires à peine contrôlés – cette fille au lycée ; ces quelques messages que nous nous étions envoyés – envie de reprendre une lampée, juste pour la beauté du souvenir, et tout ce qu’il implique.".

Pour cette phrase par exemple, si je remplaçais "fesses" par "culs", ça casserait le rythme, le jeu de sonorités, d'allitérations et d'assonances — à mon avis.


Quant aux phrases longues... C'est mon grand plaisir. Je me laisse emporter par les virgules, point-virgules et autres cadratins — la frénésie — à en faire, des parfois trop longues. Et ce encore plus lorsque suis rond comme une queue d'pelle — c'qui fut le cas par ailleurs pour ce texte.
Mais merci de me l'avoir, dit, je m'rends compte que la dernière de mon deuxième paragraphe l'est justement.

M'en vais rectifier ça de ce pas.

Hors ligne intervalee

  • Scribe
  • Messages: 70
Re : Scotch
« Réponse #3 le: 23 Novembre 2017 à 22:54:58 »
Je comprends bien ta démarche, effectivement les sonorités (notamment la phrase citée) sont très soignées. Tu peux te permettre ces digressions poétique car le style verbale et un language plus cru t'empêche de sombrer dans le côté "fleur bleue". Attention toutefois car ce que tu gagnes en poésie tu le perds en spontanéité. Un phrasé trop travaillé semblera moins naturel dans la bouche de ton narrateur qui parle sans filtres.
Je maintiens quand même que les phrases trop longues, même si elles illustrent au mieux tes pensées imbibées, peuvent perdre ton lecteur qui lui ne l'es pas forcément (imbibé).
J'aimerais bien aussi d'autres avis sur ce texte et une suite à ces tribulations éthylique d'un jeune étudiant !

Hors ligne Manu

  • Calame Supersonique
  • Messages: 1 543
Re : Scotch
« Réponse #4 le: 24 Novembre 2017 à 08:05:29 »
.
« Modifié: 13 Juillet 2022 à 18:01:29 par Manu »

Hors ligne Alfred

  • Scribe
  • Messages: 99
Re : Scotch
« Réponse #5 le: 24 Novembre 2017 à 16:46:51 »
Bonjour vous deux.

Intervalee, je suis d'accord avec toi en ce qui concerne la spontanéité ; j'en perds effectivement quelque peu. Mais ça ne me dérange pas tellement, je préfère garder la garder pour une forme purement poétique — dans le style Carver par exemple.

En ce qui concerne Buko, Manu, je n'trouve pas qu'il fasse de vulgarité gratuite — par contre "la surenchère dans le sordide", j'aurais pas dit mieux. Elle peut paraître superfétatoire pour nous — à la limite — mais pour lui c'est l'essence même de son écriture ; le crado, glauque, morbide, sans filtre ni concession. En outre, on trouve une finesse assez déroutante dans sa poésie, lorsqu'on est habitué à sa prose.
Après je dis pas, ça plaît pas forcément à tout le monde, et il n'y a aucun mal à ça — les goûts les couleurs et tout l'tintouin.

J'irai lire Miller en tout cas — un bout de temps que je me dis vaguement ça par ailleurs.

Et la suite, il y en aura une. Je vais essayer de m'attaquer à des écrits, des textes — j'appelle ça des fragments pour ma part — plus conséquents. Je ne sais juste pas quand elle va arriver.

Encore merci.

Hors ligne Miromensil

  • Comète Versifiante
  • Messages: 5 557
  • Mon nu mental
    • Mimerions
Re : Scotch
« Réponse #6 le: 29 Décembre 2017 à 09:47:49 »
Yop Alfred, tu passes encore par ici ? Si oui, je commenterais bien ton texte, mais vaut mieux que tu sois là pour le lire

Hors ligne Plume_légère

  • Calligraphe
  • Messages: 123
Re : Scotch
« Réponse #7 le: 30 Décembre 2017 à 17:34:54 »
Alfred,

je ne suis pas aussi calée que d'autres mais, j'ai lu ton texte. En effet, pour ma part, les phrases hyper longues m'ont un peu... Perdu. Mais j'ai bien aimé le vocabulaire employé. Les images que cela donne.  Ce côté un peu "décadence".

S'il te plaît dis moi que ce n'est que le début?



Hors ligne Ginsoul

  • Tabellion
  • Messages: 55
Re : Scotch
« Réponse #8 le: 01 Janvier 2018 à 13:04:18 »
Sympathique, amateur de whisky, ça m'as rappelé mes années au lycée (qui ne sont pas si lointaine, d'ailleurs).
Contrairement aux autres, je n'ai pas été perturbé par la longueur des phrases.
Bonne continuation ! :)

Hors ligne HELLIAN

  • Grand Encrier Cosmique
  • Messages: 1 242
Re : Scotch
« Réponse #9 le: 01 Janvier 2018 à 14:12:29 »
Comme quoi, les sensibilités littéraires…

Moi, j'ai vraiment aimé cette densité narrative. J'ai eu l'impression de m'y enfoncer comme dans une eau régénératrice. La longueur des phrases ? Comme de longues larmes ourlées d'écume. Les envolées poétiques ? Comme un jaillissement torrentueux. Bon, doucement les basses, on va me taxer de lyrisme pathologique. Bref, ce texte impétueux me plaît.
cent fois sur le métier...

 


Écrivez-nous :
Ou retrouvez-nous sur les réseaux sociaux :
Les textes postés sur le forum sont publiés sous licence Creative Commons BY-NC-ND. Merci de la respecter :)

SMF 2.0.19 | SMF © 2017, Simple Machines | Terms and Policies
Manuscript © Blocweb

Page générée en 0.014 secondes avec 15 requêtes.