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Le Monde de L'Écriture » Coin écriture » Textes courts (Modérateur: Claudius) » [AT n°10 | T31] A trois secondes du néant

Auteur Sujet: [AT n°10 | T31] A trois secondes du néant  (Lu 3719 fois)

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  • Calame Supersonique
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[AT n°10 | T31] A trois secondes du néant
« le: 04 Septembre 2017 à 15:29:33 »
A trois secondes du néant

L'odeur de la fin, et tout l’engrenage de mes pensées trébuche, crapahute et s'affole. Déjà que ces ficelles nerveuses traînaient à pas d’âne, s’arrêtaient, hagardes, pour se tourner les pouces, les voilà qui rebroussent chemin en se bousculant, comme tant de petits somnambules à la recherche de leur lit. Pas étonnant quand devant moi, seul le silence de la mort fait écho si j’appelle. Derrière, c’est toute ma vie qui résonne, s’agite et me pique. Entre l’angoisse de mon corps raide et froid et les souvenirs d’un passé tumultueux, le choix est aisé.

Me remémorer cet hier foisonnant d’activité, ces liens qui embellissaient la vie et que je n’ai plus. Penser à hier, à avant, pour effacer ce goût de néant sur ma langue. Me soustraire de cette couche rance, où seul mon esprit persiste, mon corps ayant déposé les armes depuis longtemps déjà. Depuis elle, en vérité. Moi face à l’idée de cette seconde où je m’éteindrai, tic tac, qui engendre une terreur déplacée à mon âge, ingrate, quand tant d’autres qui devraient vivre ont crevé. Mais je m’agrippe au temps, j’y plante mes dents boiteuses et mes ongles qui après tout s’en fichent, ils pousseront quand même. Penser à hier, à avant, et fuir cette honte d’être encore.

Quand je n’étais pas cette chose infirme, cocon inutile emmailloté de coton aseptisé, dans une chambre où la mort chevauche les courants d’air et s’immisce dans la respiration des autres. Avant, quand j’avais encore l’usage de mes jambes. Je ne galopais certes pas, mais je savais me rendre seul aux toilettes et pisser debout. Sans ces saletés de regards condescendants, minaudant, jugeant et admirablement hypocrites. Sans qu’on doive bourrer mon œsophage puis me torcher l’arrière. Il me restait au moins la prétention d’être un homme, même si malade, grincheux et en deuil par-dessus le marché. Hier ou avant, le sentiment d’être moi était dissocié de cette souffrance qui a aujourd’hui planté son drapeau et annexé l’étendue de mes organes. Avant elle, je marchais, me mouchais seul et souriais encore.

C’est elle qui marche et vient vers moi à présent, tic tac, je la sens dans mes veines rigides d’où le sang se retire à petites coulées.

Encore avant, bien avant, remonter le temps, avant le dégoût et cette envie de dégueuler sans pouvoir situer ma bouche. Oublier cette vie d’hospice blanc blanc blanc, tout y est blanc sauf la mort. Revenir pour la retrouver, ses yeux qui aspiraient mon âme, sa bouche malicieuse, son front rond qui toujours en savait trop. Revoir Helena, et notre maison. Helena était ma maison. Elle était tous nos meubles, notre confort, elle était le frigo débordant et les armoires rangées. Elle était ma discussion, mes rappels, ma télévision. Ma famille, mon amie. Ce n’était plus de l’amour, arrivés à ce point-là, c’était devenu une symbiose, une sorte de lichen humain. Je respirais grâce à elle, elle vivait par moi. Ses cheveux gris, ses rides de tortue, sa silhouette replète n’étaient que la façade qu’elle avait bien dû adopter dans ce monde vieillissant. A l’intérieur, elle était frissonnante de fraîcheur, gaie comme un merle, vive comme ces lézards des murailles qu’on essayait d’attraper je ne sais plus quand. Il y avait une routine, une marche à suivre, je connaissais ma leçon et tant qu’elle était là, je n’avais aucune raison de m’y soustraire. Une routine si longue que vingt ans sont passés comme une seule journée, toujours la même à tourner en rond pareille aux vinyles de jadis. Mêmes gestes précédant l’aube, mêmes petits-déjeuners-déjeuners-dîners, mêmes promenades le long du lac, main dans la main, sa belle main potelée, si lisse pourtant ridée. Cette routine c’était nous, moi dans sa peau, elle dans la mienne et le matin, je ne savais dire qui de nous deux se réveillait en premier.

Maintenant, je me réveille comme on émerge de la noyade, du sel dans les poumons et l’envie de cracher engluée dans ma gorge.

Avant la routine, les souvenirs se défont les uns des autres comme ces mikados de notre enfance qu’on retirait mais attention ! Surtout ne pas heurter le reste de l’enchevêtrement. Mikados-souvenirs. Un après-midi à la rivière avec mon fils. Il me conseille de ne pas m’aventurer trop loin dans l’eau qui déferle ce jour-là à vous fissurer les tympans. Dans mes oreilles résonne encore la dispute que j’ai eue avec Helena, dans mon cœur, une lourdeur poignante, une envie panique de tout rembobiner. Je viens de lui avouer Anna au risque de tout foutre en l’air et d’assassiner notre amour. L’eau gagne mes fesses, mais moi, je ne vois que les yeux choqués, meurtris de celle qui fut ma fiancée. Cette phrase, C’est pas les foutus seins nus de cette gamine qui me font mal, mais cette distance que tu as laissée s’infiltrer entre nous, notre complicité que tu as éventrée. Ses yeux noirs qui hurlent et l’eau me chavire, s’insinue dans ma bouche, puis plus rien.

Autre mikado. Cet ennui dévorant, produit de ma vie bien ordonnée, de ma réussite, un professorat à trente-cinq ans, des enfants qui disent bonjour-merci-au revoir, du whisky dans mon cabinet, puis vacances en Provence. Helena dans cet ennui a pris la couleur des murs, les motifs des tapis du salon. Un nouveau livre publié ne me fait pas ciller, je suis rongé de l’intérieur. Même mes cellules s’emmerdent, mitose-méiose-cycle de Krebs ! maugréent-elles en s’entrechoquant, mon ADN s’enroule et se déroule nonchalamment, légèrement nauséeux, et puis Anna me sourit. Elle est jeune, elle est sauvage, elle voyage en auto-stop et se baigne nue sous les étoiles. Elle rit très fort, son intelligence émet des étincelles et s’emboîte parfaitement à la mienne. Je ne résiste pas bien longtemps avant de me laisser bouffer par sa vivacité. Plus qu’Anna, c’est l’excitation qu’elle alimente en moi qui me tire en avant et me fait oublier ma femme. J’ai l’impression d’avoir vingt ans, qu’en écartant les jambes d’Anna, une nouvelle vie s’ouvre devant moi, qu’en saisissant ses petits seins pointus, je m’offre une autre chance d’être heureux. Jamais je n’ai aussi bien menti, jamais je ne me suis autant égaré. J’ai découvert cette drogue sous-estimée, celle des mauvaises décisions. Chaque fois que je lui murmure oui à l’oreille, tapaclac ! mon cœur entame des claquettes, chaque fois que j’attrape sa main et m’enfuis dans sa Fiat Punto, ffff ! mes pupilles se dilatent, mon sang passe la quatrième, je décolle. Ah ! L’extase de l’interdit...

Le détour en a-t-il valu la peine ? Quand j’entrevois les conséquences qu’il n’a pu empêcher, portes qu’on claque, hurlements et silences, lit froid, Helena qui souffre, Helena qui me quitte, maison vide et douleurs au ventre, dix ans à m'essouffler pour qu’elle me regarde de nouveau et me pardonne, quand je revois ce chaos absurde, je ne peux que répondre non. Pourtant, je le sais encore aujourd’hui, du bout de ma vie, ce détour, je n’aurais pu l’éviter. J’étais mourant, ma peau commençait à se défaire en rouleaux et à puer le moisi, mes pensées s’effilochaient comme des pulls mal cousus. Anna m’a secoué, m’a rappelé que j’étais seul responsable de cet effondrement, m’a enlevé ce voile jaunâtre des yeux et m’a appris que la vie était multiple.

Multiplicité aujourd’hui réduite au singulier. Un seul chemin à suivre, devant moi ce gouffre suintant la mort, digérant toute vie, terrible force bouffant l’inertie de cette fin que je suis.

Vite, se dépêcher, remonter à plus tôt encore, bien plus tôt. Un souvenir qui me détache de cette trajectoire glacée. Mikado mikado. La plage du sud de l’Italie. Helena en son maillot de bain une pièce qui la rend violemment désirable. Nos trois enfants qui s’embourbent de sable au milieu des Italiens jacassant, cette chaleur parfumée de laurier-rose qui rend la vie plus dense, et l’horizon qui nous entoure de son œil azur. C’est la première fois, après nos enfants, que je la revois aussi terriblement belle. Elle le sait, devine mes regards, ce qui centuple encore ses charmes. Son élégance indifférente, ses rondeurs qui me donnent envie de chanter. Ah si je pouvais encore bander ! Le soir, nous couchons rapidement les enfants sous la surveillance infaillible de la nonna,  et puis je l’emmène sur cette même plage. Elle porte une robe à fleurs qui accentue son teint halé, et aux oreilles, ces deux perles qui augmentent la porosité de ses regards. Ses yeux me transpercent, tellement ce qu’ils disent répond à ce sentiment du fin fond de mon ventre. Nous nous regardons ainsi à se rendre fou, à se brûler les pupilles. Quand, tout transpercé que je suis, je ne tiens plus, je la libère de sa robe et lui fait l’amour comme si on allait crever dans l’heure. Je sens encore le musc enivrant de sa peau, ce mélange de sel, de crème solaire et de transpiration. Ses cheveux emmêlés de sable, ses lèvres qui prolongent les miennes, ses seins qui arrondissent mes mains, ses jambes qui me veulent encore plus proche. Mon Dieu ce qu’elle me manque, et comme la vie sans elle a rétréci ! Cette nuit, je l’ai gravée dans ma chair, chaque mouvement de hanche, chaque rotation des corps, chaque parole soupirée à l’oreille ou hurlée sous le ciel moite sont inscrites en majuscules dans mes souvenirs, et quand le mal du Rien à venir devient trop intense, je m’y replonge, je la retrouve chaude et caressante. 

Mal du Rien. Ce sentiment assourdissant que plus rien ne m’arrivera, autre que la mort galopante. Cette panique absolue qu’avec elle, mes souvenirs périront, et Helena sera effacée pour la dernière fois.

Autre bâton qu’on enlève, je dois me grouiller, autre bâton, ah oui, la naissance d’Aurore, sa naissance avant ma mort. On ne devrait pas avoir de préférence, et c’est malgré moi que ce petit bout de chair me ravit le cœur, telle mère telle fille. Je la vois émerger d’entre les jambes sanguinolentes de ma femme, reliée à ce cordon qui immédiatement transfuse une part d’amour immense en elle, mon amour pour elle. Une passion qui prédit bien des déchirements, des résistances de ma part, de l’incompréhension de la sienne, une lutte stupide pour ne pas qu’elle change et cette horreur des hommes qu’elle ramènera et des choix qu’elle fera. Beaucoup de blessures qui résulteront d’autres blessures. Mais ce jour-là, je suis submergé de bonheur, une félicité telle que j’en deviens presque imbécile. Ma fille, ma princesse qui me fait enfin comprendre les actes irrationnels de certains grands criminels. Je donnerais tout à présent pour m’évaporer, et continuer à vivre par elle. Elle qui est le prolongement d’Helena, par qui les mêmes rires s’échappent, les mêmes idées brillantes, la même vie fracassante.

Fracas dans ma tête, tambours au plus profond de mes oreilles qui me signifient que l'écroulement final approche.

Je continue mon jeu avec fébrilité, me précipite sur la machine du temps, l’actionne, laisse filer mille images, notre mariage, nos fiançailles, surtout nos disputes, pour finalement me retrouver dans une salle d’étude vide, vide sauf d’Helena et moi. Elle pleure et moi, dans l’appréhension de ce qu’elle va dire, je me retiens de pisser en tremblant. Puis finalement, ces mots que depuis dix ans j’attends, des bouts de phrases que j´ai imaginés à m'en griller les neurones, mais qui malgré ça me heurtent comme une montagne qui s’effondre. C’était moi depuis le début, elle dit, depuis le premier jour où moi béat devant ses yeux. Mais puisque les histoires d’amour avaient toujours cette même fin écoeurante, elle avait préféré mon amitié. Seulement, en me voyant rire, accroché à la taille de Natalie, elle avait eu peur que je ne lui appartienne plus. Natalie, et toutes les autres, ce n'est rien, je lui jure. Devant ses yeux, les leurs n'ont même pas existé. Elle se débat contre notre amour, craint de l’éteindre en le laissant s’enflammer, je la pousse contre le mur ou contre une table, je la fais taire ma bouche contre ses lèvres. Ce baiser, c’est une part de moi qui enfin peut se glisser en elle, s’y abandonner car mission de vie accomplie. A ce moment, l’adolescent que j’ai été, puis le jeune homme qui espérait, exultent si fort que je jouis presque sur l’instant.

Jouir. Se dire qu’une fois, c’était la dernière qu’on jouissait. Puis la dernière qu’on courrait, qu’on bouffait, qu’on avalait, qu’on regardait, qu’on respirait…

Je rembobine encore, mon cœur battant ses derniers tempos. Je laisse rapidement défiler des centaines de visages, des événements sans importance, finis par m’arrêter sur cette journée qui ne promettait rien et pourtant. Je ferme les yeux, m’y replonge, savoure, peu importe ces foutues secondes qui tombent. Elle commence avec moi dans ce vieux lit une place, chez mes parents, en caleçon. Les murs qui m’entourent sont tapissés de posters de la Juventus, de Queen et  des Pink Floyd. Mon bureau est enterré sous un tas d’habits informes qui eux-mêmes recouvrent un monticule de livres chiffonnés. Le sol est jonché de boules de papiers et de chaussettes usées. J’ai quatorze ans, l’école m’emmerde, je préfère fumer des joints, le volume de ma musique à fond. Ma mère, pour la cinquantième fois, tambourine à la porte pour que je me lève, du déjà-vu. Je ronchonne, bougonne, sourcils froncés, yeux lourds d’un sommeil que je ne semble jamais rattraper. Je quitte la maison sans m’être douché, sans avoir mangé, cigarettes en poche, livre à la main. Je sèche les deux premières heures, Français, pendant lesquels on semble nous prendre pour des cons en voulant à l’infini nous parler de grammaire. Je roule un joint dans l’ombre d’un saule et laisse mes pensées s’égrainer au-dessus du lac, et s’échapper loin de tous ces crétins que l’école m’impose. J’imagine ma liberté à bord d’un voilier, la mer tout autour, personne d’autre que ce bleu céleste et moi. Quand je reviens sur terre, le cours de math ne va pas tarder. Je m’empresse d’y aller, ces suites de nombres, les relations qui les relient sont pour moi comme cette eau de mes rêves, mes ailes frissonnent en les considérant. A ma grande surprise, la table du fond qui m’appartient d’ordinaire est occupée par les longues jambes et les yeux-aspirateurs d’une grande brune. Arrêt sur image. Je reste bloqué devant cette scène, devant cette fille, la lèvre pendante, l’esprit sur pause. Elle me dévisage, puis d’une traite pond cette phrase salut-t’es-qui-moi-je-suis-la-nouvelle-je-m’appelle-Helena-on-m’a-dit-de-prendre-cette-place. Sans répondre, je m’assieds à ses côtés, je tremble car j’ai bien compris que ma vie vient de changer. C’est tout juste si je suis le cours ce jour-là, tout juste si je remarque que le prof s’adresse à moi et attend, confiant, ma réponse. Je songe à me suicider, maintenant que ma vie a commencé, mais Helena me pousse du coude. C’est une décharge électrique phénoménale, je me lève d’un bond. La classe ricane, mes joues sont brûlantes, je baragouine quelque chose à propos des toilettes et m’enfuis.

Je ne reviens que deux jours plus tard, en espérant que cette fille, cette alien à laquelle je ne m’attendais absolument pas, a disparu. Evidemment, elle est encore là, ses jambes si longues, ses yeux qui m’avalent. Elle me demande si j’ai été malade, je réponds oui d’un air indifférent car il ne faut surtout pas qu’elle remarque l’incendie qui transforme mes entrailles en braises honteuses. Helena se fiche pas mal de mes entrailles, elle suit le cours avec intérêt et répond aux questions qui d’habitude me sont réservées. Il me faut un mois pour m’acclimater à sa présence, deux mois pour passer de monosyllabes à déterminant-nom-verbe-complément-de-verbe, quelques semaines de plus pour ajouter des adjectifs et ne plus la regarder de travers. Six mois pour accepter mon amour indéniable pour cette étrangère aux yeux qui détournent les avions, à l’intelligence qui renvoie la mienne aux vestiaires. Une année pour le lui avouer, d’autres années pour souffrir en la voyant passer d’un imbécile à l’autre sans ne jamais m’accorder plus que ses rires et son amitié. Mon amour féroce me condamne à la suivre partout, à tolérer ses copains qu’elle appelle ses petits biscuits. Même lycée, mêmes études universitaires, mêmes vacances d’été, nous devenons inséparables sans que jamais je ne partage son lit. Je l’emmène en Italie, elle me présente l’Espagne et l’Ecosse. Je ne me souviens plus de combien de David, Antoine, Greg et Vincent il a fallu que j’avale, écoeuré, avant qu’elle ne se laisse enfin aller dans mes bras qu’elle voulait garder pour la fin, pour le reste de la vie disait-elle. De sa vie il faut bien croire, car la mienne a continué d’exister sans elle, par inertie, et ça me dégoûte, à en hurler de douleur pendant ces longues nuits qui puent la solitude.

Pue la solitude, dans tous les coins, entre mes rides, dans les interstices de mes pores, partout ce n’est plus que moi glacé, glaçon en fin de fonte, étincelle à bout d’oxygène. Helena était mon oxygène, dès le premier jour, c’est kitsch mais personne ici ne le dira, je suis seul.

Je m’arrête là. Le rebours avant cela m’est inutile. Je veux penser à ma femme, je veux revivre par elle, pour elle. Avant mes quatorze ans, il n’y avait qu’une traînée de moi, qu’un pauvre enfant en mal d’être, à demi déformé, déséquilibré par le divorce de mes parents, par le regard des autres, avant Helena c’était ce semblant d’humain indifférent au quotidien, se disant un jour moi sur un bateau, le bleu céleste et moi, mentant fumant trichant, avant Helena je n’étais qu’un fœtus, elle m’a fait naître. D’un regard elle m’a dit eh toi, tu te fous de qui, regarde cette vie, ce monde, ces arbres millénaires, ces océans sans fond, tu pourrais te donner un peu plus de peine, retourner ton dedans vers l’extérieur et lui laisser humer l’air, eh toi, tu m’entends, regarde-moi quand je te parle ! Je la regarde, et je fus



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« Modifié: 22 Mars 2018 à 15:34:42 par Zacharielle »
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Re : [T31 Poule 3] A trois secondes du néant
« Réponse #1 le: 06 Septembre 2017 à 20:38:05 »
Très beau texte. Je n'oserai te corriger. Sauf ce tic tac qui m'énerve

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Re : [T31 Poule 3] A trois secondes du néant
« Réponse #2 le: 06 Septembre 2017 à 21:46:21 »
Salut Thyzaïa,

Merci pour ce gentil commentaire. Ce tic tac m'énerve aussi, j'avoue..j'en ai déjà effacé quelques-uns, je réfléchis aux autres :)
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Re : [T31 Poule 3] A trois secondes du néant
« Réponse #3 le: 10 Septembre 2017 à 20:31:12 »
Bonsoir,

Citer
Me remémorer ce hier foisonnant d’activité,
cet ?
activités ?

J'ai rien à dire à part que j'ai été transportée par ton texte. Je trouve que le rythme est parfaitement maîtrisé et qu'une belle poésie se dégage de l'ensemble. Merci pour ce bon et beau moment.  :coeur:
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Kennit, Les Aventuriers de la Mer, Robin Hobb.

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Re : [T31 Poule 3] A trois secondes du néant
« Réponse #4 le: 10 Septembre 2017 à 22:04:24 »
Salut,

J'ai beaucoup aimé ton texte. La cascade de souvenirs et le rythme nous entraînent. Il y a des tournures géniales.

Beaucoup de libertés sont prises au niveau de la grammaire / syntaxe et il y a des endroits où ça créé un effet impressionnant, mais d'autres où ça m'a paru moins maîtrisé.

Globalement, j'ai l'impression d'avoir affaire à une matière brute de haut vol, vraiment impressionnante, mais qui mériterait d'être mieux contenue et canalisée par endroits. Il y a une volonté qui me paraît assez claire de chercher à choquer, envoûter, surprendre le lecteur, de le faire vivre tous ces souvenirs qui sont crachés les uns après les autres, de lui faire ressentir des choses, de le pousser à devenir ce personnage qui soulève un à un tous les souvenirs intenses de sa vie comme des mikados (je suis un grand fan de mikados) et je trouve que tu as un vrai talent pour ça. ça donne au texte un côté facile d'accès qui fait qu'on rentre bien dedans; on est plus dans la recherche de l'effet instantané que dans la recherche de la poésie ou la réflexion. Beaucoup de libertés sont prises au niveau de la grammaire / syntaxe et il y a des endroits où ça créé un effet assez fou, mais d'autres où ça m'a paru beaucoup moins maîtrisé. Il y a des endroits où l'abondance de cassures, de libertés prises, de petits mécanismes visant à nous interpeller, tue l'effet recherché. Des moments où c'est trop gros, pas assez poli, ajusté, amené, pour que j'y adhère complètement.

Principalement, pour être encore plus pris dans ce déferlement de pensées et ressentir de façon encore plus forte tous ces effets que tu cherches à créer, je trouve que le texte devrait respirer un peu. Il est long, et entre des paragraphes très longs (sur la mise en page du forum on ne le remarque par forcément, mais certains de tes paragraphes en format roman feraient aisément 4 à 5 pages...), il y a parfois juste une phrase, qui ne nous permet pas vraiment de nous relâcher pour ensuite replonger dans ce rythme haletant que tu as si bien su créer (et qui en plus ne fait souvent que répéter ce "tic tac" qui n'a très vite plus l'effet qu'il a au début du texte). A avoir un rythme haletant sans pause, on finit par s'essouffler, et ne plus percevoir toute cette densité à sa juste valeur. On imagine bien que le personnage juste avant sa mort, qui revoit sa vie et son histoire d'amour défiler, n'a pas le temps de s'octroyer des pauses-café, mais nous lecteur on en a besoin pour ressentir l'émotion jusqu'au bout. Tout comme une musique a besoin de ses silences, ses reprises, ses respirations.

Même chose sur certaines phrases où tout d'un coup le verbe disparaît, ou le sujet change en cours de route. Parfois ça marche très bien, parfois on doit relire si on veut vraiment comprendre ce que tu veux dire. Il y aurait des choses à fignoler à ce  niveau-là à mon goût.

Concernant le personnage, j'ai eu un peu de peine à imaginer un vieux pépé croulant et incapable de se torcher tout seul avoir un déferlement d'idées aussi jeune et rebelle, fût-il au bord de la mort... ça me faisait plus penser à un personnage d'une quarantaine d'années, qui aurait été subitement paralysé, par exemple. Il y a un côté qui fait très jeune dans la façon dont les souvenirs sont exposés.

L'intégration du thème me paraît réussie (au point que je ne pense pas l'avant-dernière phrase indispensable - c'est détaillé plus bas).

Citation de: Moutlink=topic=25613.msg402436#msg402436 date=1504531773
Arrivé à un certain âge, voilà que tout l’engrenage de mes pensées trébuche,  crapahute et après ? Déjà que ces ficelles nerveuses traînaient à pas d’âne, s’arrêtaient, hagardes, pour se tourner les pouces, les voilà qui rebroussent chemin, comme tant de petits somnambules à la recherche de leur lit. Pas étonnant quand devant moi, seul le silence de la mort fait écho si j’appelle. Un silence si vaste qu’il englobe le revers de l’univers. Derrière, c’est toute ma vie qui résonne, s’agite et me pique. Entre l’angoisse de mon corps raide et froid, mon moi anéanti, et les souvenirs d’une vie bourdonnante, le choix est aisé.

J'aime beaucoup cette entrée en matière. Il y a une intensité, une fièvre qui nous entraîne.

Me remémorer ce hier foisonnant d’activité, ces regards échangés sur toute la longueur du Voyage, ces liens qui embellissent la vie et que je n’ai plus. Penser à hier,

Répétition de "hier"

à avant, pour effacer ce goût de néant sur ma langue. Me soustraire de cette couche qui pue la pisse,

Trop d'effet tue l'effet. Pour moi, l'expression "pue la pisse" est beaucoup trop nette et tranche avec ce qui a été écrit avant. On comprend que tu veux ici une expression violente, mais je trouve qu'elle l'est trop pour que ça ait l'effet escompté. ça "sent la pisse" à la rigueur...

où seul mon moi persiste encore,

répétition de "mon moi" (déjà utilisé à la fin du premier paragraphe).

où la mort chevauche les courants d’air et s’immisce dans la respiration des autres.

 :coeur:


Revoir Helena, et notre maison. Helena était ma maison. Elle était tous nos meubles, notre cuisinière, le micro-onde, elle était le frigo débordant et les armoires rangées. Elle était ma discussion, mes rappels, ma télévision.

Je trouve l'expression "elle était ma maison" très forte. "Elle était le micro-onde(s)", un peu moins  :mrgreen:

sorte de lichen humain.

Très jolie expression

Je survivais grâce à elle, elle vivait par moi.

La répétition de "vivait" est un peu lourde.

Cette phrase, C’est pas les foutus seins nus de cette gamine qui me font mal, mais cette distance que tu as laissée s’infiltrer entre nous, notre complicité que tu as éventrée.

J'ai pas compris cette phrase. Est-ce que "Cette phrase", du début, c'est le truc qui suit, ce qui explique la majuscule? Et à quoi se rapporte le "mais" d'après? On a l'impression qu'il manque un mot ou une expression.
Quand j’entrevois les conséquences qu’il n’a pu empêchées,

empêcher

Multiplicité aujourd’hui réduite au singulier. Un seul chemin à suivre, devant moi ce gouffre suintant la mort, digérant toute vie, terrible force bouffant l’inertie de cette fin que je suis.

Cette phrase est géniale.

violemment désirable. Nos trois enfants qui s’embourbent de sable au milieu des italiens jacassant,

majuscule à Italiens

cette chaleur parfumée de laurier-rose qui rend la vie plus dense et l’horizon qui nous entoure de son œil azur.

J'ai pas pigé la fin de la phrase. Qui rend l'horizon quoi?

C’est la première fois, après nos enfants, que je la revois aussi terriblement belle. Elle le sait, devine mes regards, ce qui centuple encore ses charmes. Son élégance indifférente, ses rondeurs qui me donnent envie de chanter. Ah si je pouvais encore bander ! Le soir, nous couchons rapidement les enfants sous la surveillance infaillible de la nonna,  et puis je l’emmène sur cette même plage. Elle porte une robe à fleurs qui accentue son teint halé, et aux oreilles, ces deux perles qui augmentent la porosité de ses regards. Ses yeux me transpercent tellement ce qu’ils disent répond à ce sentiment du fin fond de mon ventre. Nous nous regardons ainsi à se rendre fou, à se brûler les pupilles. Quand, tout transpercé que je suis, je ne tiens plus, je la libère de sa robe et lui fait l’amour comme si on allait crever dans l’heure. Je sens encore le musc enivrant de sa peau, ce mélange de sel, de crème solaire et de transpiration. Ses cheveux emmêlés de sable, ses lèvres qui prolongent les miennes, ses seins qui arrondissent mes mains, ses jambes qui me veulent encore plus proche. Mon Dieu ce qu’elle me manque, et comme la vie sans elle a rétréci! Cette nuit, je l’ai gravée dans ma chair, chaque mouvement de hanche, chaque rotation des corps, chaque parole soupirée à l’oreille ou hurlée sous le ciel moite sont inscrites en majuscules dans mes souvenirs, et quand le mal du Rien à venir devient trop intense, je m’y replonge, je la retrouve chaude et caressante. 

Très beau passage

Du bruit dans le couloir. Est-ce elle, faux à la main, qui a défoncé la porte du réfectoire et s’approche en râlant mortellement ? TIC TAC TIC TAC

Idem que plus  haut: les tic tac seraient beaucoup plus forts s'il y en avait moins. Les premières fois que tu les utilises, au milieu d'une phrase, ça a un effet ahurissant. Ici (en plus en majuscules), plus vraiment, on a compris l'effet et la répétition n'a à mon avis pas l'effet escompté.

C’était moi depuis le début, elle dit, depuis le premier jour où moi béat devant ses yeux.

J'aime bien l'effet créé par la phrase pas finie.

Mais puisque les histoires d’amours avaient toujours cette même fin écoeurante,

d'amour

Jouir. Se dire qu’une fois, c’était la dernière qu’on jouissait. Puis la dernière qu’on courrait, qu’on bouffait, qu’on avalait, qu’on regardait, qu’on respirait…à cause de ce foutu TIC TAC qui depuis notre naissance nous poursuit, tic tac tic tac je suis la mort, tac tic tac tic je serai toujours à tes côtés tic tac toc touc ta seule vraie amie TIC TAC TIC TAC ton heure est ve…NON!

après "respirait..." je virerais tous  :mrgreen: :mrgreen:

au bord d’un voilier, la mer tout autour, personne d’autre que ce bleu céleste et moi.

à bord d'un voilier?

A ma grande surprise, la table du fond qui m’appartient d’ordinaire est occupée par les longues jambes et les fesses bombées d’une grande brune.

Elle bombe les fesses en étant assise ?  :o

Sans répondre, je m’asseye à ses côtés,

Je m'assois, ou je m'assieds

je tremble car j’ai bien compris que ma vie vient de changer. C’est tout juste si je suis le cours ce jour-là, tout juste si je remarque que le prof s’adresse à moi et attend, confiant, ma réponse. Je songe à me suicider, maintenant que ma vie a commencé, mais Helena me pousse du coude. C’est une décharge électrique phénoménale, je me lève d’un bond. La classe ricane, je rougis pour la première fois de ma vie, baragouine quelque chose à propos des toilettes et m’enfuis. Je ne reviens que deux jours plus tard, en espérant que cette fille, cette alien à laquelle je ne m’attendais absolument pas, a disparu. Evidemment, elle est encore là, ses jambes si longues, ses fesses si fermes, ses yeux qui m’avalent. Elle me demande si j’ai été malade, je réponds oui d’un air indifférent car il ne faut surtout pas qu’elle remarque l’incendie qui transforme mes entrailles en braises honteuses. Helena se fiche pas mal de mes entrailles, elle suit le cours avec intérêt et répond aux questions qui d’habitude me sont réservées. Il me faut un mois pour m’acclimater à cette nouvelle situation, deux mois pour passer de monosyllabes à déterminant-nom-verbe-complément-de-verbe, quelques semaines de plus pour ajouter des adjectifs et ne plus la regarder de travers. Six mois pour accepter mon amour indéniable pour cette étrangère aux yeux qui détournent les avions, à l’intelligence qui renvoie la mienne aux vestiaires.
Une année pour le lui avouer,

La réaction du personnage m'a paru un peu étonnante. Il dit que dès qu'il la voit la comprend que sa vie a changé, et pourtant ensuite il dit qu'il lui faut six mois pour comprendre qu'il est un amoureux... un ado de sexe masculin amoureux ne réagit pas comme ça pour moi, il devient un peu con, il tente de se rendre intéressant. Evidemment ça dépend des tempéraments mais vu la vivacité d'esprit du personnage principal j'ai eu un peu de peine à trouver cette scène crédible...

De sa vie il faut bien croire, car la mienne a continué d’exister sans elle, par inertie, et ça me dégoûte, à en hurler de douleur pendant ces longues nuits qui puent la solitude.

j'ai pas compris le "par inertie"

Je m’arrête ici. Le rebours avant cela m’est inutile. Je veux penser à ma femme, je veux revivre par elle, pour elle. Avant mes quatorze ans, il n’y avait qu’une traînée de moi, qu’un pauvre enfant en mal d’être, à demi déformé, déséquilibré par le divorce de mes parents, par le regard des autres, avant Helena c’était ce semblant d’humain indifférent au quotidien, se disant un jour moi sur un bateau, le bleu céleste et moi, mentant fumant trichant, avant Helena je n’étais qu’un fœtus, elle m’a fait naître. D’un regard elle m’a dit eh toi, tu te fous de qui, regarde cette vie, ce monde, ces arbres millénaires, ces océans sans fond, tu pourrais te donner un peu plus de peine, retourner ton dedans vers l’extérieur et lui laisser humer l’air, eh toi, tu m’entends, regarde-moi quand je te parle ! Je la regarde, et je fus

Je trouve ce paragraphe très fort (y a juste le ", le bleu céleste et moi, " au milieu d'une phrase que j'ai trouvé étrange, j'ai pas bien vu à quoi il se rapporte) et je trouve que la fin serait beaucoup plus prenante si le texte se terminait ici. La phrase qui suit, on a un peu l'impression que c'est une façon de justifier l'intégration du thème (alors qu'on comprend bien en lisant que c'est "à rebours"), et le tic tac final a vraiment un air de déjà vu...

Merci, et bonne chance!

Chapart
 

« Modifié: 10 Septembre 2017 à 23:47:16 par Chapart »

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Re : Re : [T31 Poule 3] A trois secondes du néant
« Réponse #5 le: 12 Septembre 2017 à 16:47:34 »
@ernya

Merci beaucoup pour ton commentaire! Ca m´a fait très plaisir!

Citer
Me remémorer ce hier foisonnant d’activité,
cet ?
activités ?
J´ai corrigé "cet", par contre je laisse activité au singulier, comme synonyme de dynamisme, d´énergie

J'ai rien à dire à part que j'ai été transportée par ton texte. Je trouve que le rythme est parfaitement maîtrisé et qu'une belle poésie se dégage de l'ensemble. Merci pour ce bon et beau moment.  :coeur:
  Merci beaucoup!  :coeur:

@Chapart

Merci beaucoup pour ton commentaire détaillé et pertinant!

Principalement, pour être encore plus pris dans ce déferlement de pensées et ressentir de façon encore plus forte tous ces effets que tu cherches à créer, je trouve que le texte devrait respirer un peu. Il est long, et entre des paragraphes très longs (sur la mise en page du forum on ne le remarque par forcément, mais certains de tes paragraphes en format roman feraient aisément 4 à 5 pages...), il y a parfois juste une phrase, qui ne nous permet pas vraiment de nous relâcher pour ensuite replonger dans ce rythme haletant que tu as si bien su créer (et qui en plus ne fait souvent que répéter ce "tic tac" qui n'a très vite plus l'effet qu'il a au début du texte). A avoir un rythme haletant sans pause, on finit par s'essouffler, et ne plus percevoir toute cette densité à sa juste valeur. On imagine bien que le personnage juste avant sa mort, qui revoit sa vie et son histoire d'amour défiler, n'a pas le temps de s'octroyer des pauses-café, mais nous lecteur on en a besoin pour ressentir l'émotion jusqu'au bout. Tout comme une musique a besoin de ses silences, ses reprises, ses respirations.
Tu as probablement raison. Le truc c´est que chaque paragraphe reflète un souvenir, ou une pensée....mmmh je vais y réfléchir


Concernant le personnage, j'ai eu un peu de peine à imaginer un vieux pépé croulant et incapable de se torcher tout seul avoir un déferlement d'idées aussi jeune et rebelle, fût-il au bord de la mort... ça me faisait plus penser à un personnage d'une quarantaine d'années, qui aurait été subitement paralysé, par exemple. Il y a un côté qui fait très jeune dans la façon dont les souvenirs sont exposés.
C´est ses dernières secondes, l´adrénaline faite des miracles ^^ (non mais je vais aussi y réflechir)

Me remémorer ce hier foisonnant d’activité, ces regards échangés sur toute la longueur du Voyage, ces liens qui embellissent la vie et que je n’ai plus. Penser à hier,

Répétition de "hier"
Ca c´est fait exprès  :huhu:

à avant, pour effacer ce goût de néant sur ma langue. Me soustraire de cette couche qui pue la pisse,

Trop d'effet tue l'effet. Pour moi, l'expression "pue la pisse" est beaucoup trop nette et tranche avec ce qui a été écrit avant. On comprend que tu veux ici une expression violente, mais je trouve qu'elle l'est trop pour que ça ait l'effet escompté. ça "sent la pisse" à la rigueur...
J´ai changé

où seul mon moi persiste encore,

répétition de "mon moi" (déjà utilisé à la fin du premier paragraphe).
Je l´ai supprimé dans le premier paragraphe

Revoir Helena, et notre maison. Helena était ma maison. Elle était tous nos meubles, notre cuisinière, le micro-onde, elle était le frigo débordant et les armoires rangées. Elle était ma discussion, mes rappels, ma télévision.

Je trouve l'expression "elle était ma maison" très forte. "Elle était le micro-onde(s)", un peu moins  :mrgreen:
J´ai changé mais je n´aime toujours pas... |-|

Je survivais grâce à elle, elle vivait par moi.

La répétition de "vivait" est un peu lourde.
Changé

Cette phrase, C’est pas les foutus seins nus de cette gamine qui me font mal, mais cette distance que tu as laissée s’infiltrer entre nous, notre complicité que tu as éventrée.

J'ai pas compris cette phrase. Est-ce que "Cette phrase", du début, c'est le truc qui suit, ce qui explique la majuscule? Et à quoi se rapporte le "mais" d'après? On a l'impression qu'il manque un mot ou une expression.
Cette phrase, c´est la phrase suivante, lancée par Helena au moment où son coeur hurle. J´aime bien introduire des dialogues-souvenirs de cette facon mais je comprends que ca peut prêter à confusion. Si quelqu´un d´autre soulève ce problème, je rendrai le tout plus explicite.

cette chaleur parfumée de laurier-rose qui rend la vie plus dense et l’horizon qui nous entoure de son œil azur.

J'ai pas pigé la fin de la phrase. Qui rend l'horizon quoi?
mmh, c´est juste des souvenirs de l´ambiance l´un à la suite de l´autre. Une énumération. Il y a la chaleur parfmuée et puis il y a l´horizon. Jái ajouté une virgule pour les séparer.

Du bruit dans le couloir. Est-ce elle, faux à la main, qui a défoncé la porte du réfectoire et s’approche en râlant mortellement ? TIC TAC TIC TAC

Idem que plus  haut: les tic tac seraient beaucoup plus forts s'il y en avait moins. Les premières fois que tu les utilises, au milieu d'une phrase, ça a un effet ahurissant. Ici (en plus en majuscules), plus vraiment, on a compris l'effet et la répétition n'a à mon avis pas l'effet escompté.
Tout enlevé

Jouir. Se dire qu’une fois, c’était la dernière qu’on jouissait. Puis la dernière qu’on courrait, qu’on bouffait, qu’on avalait, qu’on regardait, qu’on respirait…à cause de ce foutu TIC TAC qui depuis notre naissance nous poursuit, tic tac tic tac je suis la mort, tac tic tac tic je serai toujours à tes côtés tic tac toc touc ta seule vraie amie TIC TAC TIC TAC ton heure est ve…NON!

après "respirait..." je virerais tous  :mrgreen: :mrgreen:
Done!


A ma grande surprise, la table du fond qui m’appartient d’ordinaire est occupée par les longues jambes et les fesses bombées d’une grande brune.

Elle bombe les fesses en étant assise ?  :o
Tu à l´oeil! Du coup j´ai enlevé les fesses rondes et ajouté des yeux-puits


La réaction du personnage m'a paru un peu étonnante. Il dit que dès qu'il la voit la comprend que sa vie a changé, et pourtant ensuite il dit qu'il lui faut six mois pour comprendre qu'il est un amoureux... un ado de sexe masculin amoureux ne réagit pas comme ça pour moi, il devient un peu con, il tente de se rendre intéressant. Evidemment ça dépend des tempéraments mais vu la vivacité d'esprit du personnage principal j'ai eu un peu de peine à trouver cette scène crédible...
mmh, alors il lui faut six mois pour l´accepter, pas pour le comprendre, nuance. Quant à ce que la moyenne des ados de sexe masculin font quand ils sont amoureux, ca ne m´intéresse pas trop  ;) mon personnage est déjà spécial puisqu´il tombe amoureux coup-de-foudre-qui-explose-et-tout-ca. Il ne se comporte pas vraiment comme les autres. Donc ca je ne changerai pas.

De sa vie il faut bien croire, car la mienne a continué d’exister sans elle, par inertie, et ça me dégoûte, à en hurler de douleur pendant ces longues nuits qui puent la solitude.

j'ai pas compris le "par inertie"
sa vie continue d´avancer par inertie

Je m’arrête ici. Le rebours avant cela m’est inutile. Je veux penser à ma femme, je veux revivre par elle, pour elle. Avant mes quatorze ans, il n’y avait qu’une traînée de moi, qu’un pauvre enfant en mal d’être, à demi déformé, déséquilibré par le divorce de mes parents, par le regard des autres, avant Helena c’était ce semblant d’humain indifférent au quotidien, se disant un jour moi sur un bateau, le bleu céleste et moi, mentant fumant trichant, avant Helena je n’étais qu’un fœtus, elle m’a fait naître. D’un regard elle m’a dit eh toi, tu te fous de qui, regarde cette vie, ce monde, ces arbres millénaires, ces océans sans fond, tu pourrais te donner un peu plus de peine, retourner ton dedans vers l’extérieur et lui laisser humer l’air, eh toi, tu m’entends, regarde-moi quand je te parle ! Je la regarde, et je fus

Je trouve ce paragraphe très fort (y a juste le ", le bleu céleste et moi, " au milieu d'une phrase que j'ai trouvé étrange, j'ai pas bien vu à quoi il se rapporte) et je trouve que la fin serait beaucoup plus prenante si le texte se terminait ici. La phrase qui suit, on a un peu l'impression que c'est une façon de justifier l'intégration du thème (alors qu'on comprend bien en lisant que c'est "à rebours"), et le tic tac final a vraiment un air de déjà vu...
Done!

Encore une fois, merci beaucoup! Tes commentaires étaient super et m´ont beaucoup aidé!  :coeur:
« Modifié: 12 Septembre 2017 à 17:02:57 par Mout »
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Re : [T31 Poule 3] A trois secondes du néant
« Réponse #6 le: 15 Septembre 2017 à 13:58:43 »
Bon, j´ai essayé de faire respirer un peu plus mon texte, comme Chapart me l´a conseillé...c´est difficile et si vous voyez des passages que vous jugez inutiles ou trop longs, dites-le moi  :-[

J´ai aussi repris quelques phrases un peu cliché ou de trop, j´espère que tout se lit mieux à présent  :)
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Re : [T31 Poule 3] A trois secondes du néant
« Réponse #7 le: 16 Septembre 2017 à 22:33:31 »
Salut salut

Citer
Arrivé à un certain âge, voilà que tout l’engrenage de mes pensées trébuche, crapahute et après ?

le et après est bizarrement placé, non ?

Citer
Une routine si longue que vingt ans sont passés comme une seule journée, toujours la même à tourner en rond pareille aux vinyles de jadis. Mêmes gestes précédant l’aube, mêmes petits-déjeuners-déjeuners-dîners, mêmes promenades le long du lac, main dans la main, sa belle main potelée, si lisse pourtant ridée. Cette routine c’était nous, moi dans sa peau, elle dans la mienne et le matin, je ne savais dire qui de nous deux se réveillait en premier.

Chouette passage

Citer
J’ai découvert cette drogue sous-estimée, celle des mauvaises décisions.

Pas mal ça aussi

J'vais pas te mentir, le début m'avait un peu refroidi. Mais dès que j'ai été pris dans ton style et dans la remontée du temps, j'ai adoré et j'ai été scotché jusqu'à la fin.

Merci pour la lecture.
"We think you're dumb and we hate you too"
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"Les Grandes Histoires sont celles que l'on a déjà entendues et que l'on n'aspire qu'à réentendre.
Celles dans lesquelles on peut entrer à tout moment et s'installer à son aise."
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Re : Re : [T31 Poule 3] A trois secondes du néant
« Réponse #8 le: 17 Septembre 2017 à 12:38:07 »

Salut Loïc,

Merci beaucoup pour ton commentaire

Citer
Arrivé à un certain âge, voilà que tout l’engrenage de mes pensées trébuche, crapahute et après ?

le et après est bizarrement placé, non ?
sans doute, je vais voir si je peux tourner ça autrement


J'vais pas te mentir, le début m'avait un peu refroidi.
T'arrives à me dire ce qui t'as refroidi? Je relu ce texte tellement de fois que le début me paraît maintenant trop long, mais j'ai de la peine à effacer ou modifier des passages...est-ce que ça prend trop de temps à entrer dans le vif du texte? C'est juste le premier paragraphe qui t'a refroidi?

Mais dès que j'ai été pris dans ton style et dans la remontée du temps, j'ai adoré et j'ai été scotché jusqu'à la fin.

Merci pour la lecture.
:coeur: merci, ça me fait super plaisir
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Re : [T31 Poule 3] A trois secondes du néant
« Réponse #9 le: 17 Septembre 2017 à 21:14:57 »
Salut Mout,

Citer
Depuis elle en vérité.
pas une petite virgule après "elle" ?

Citer
Cette phrase, C’est pas les foutus seins nus de cette gamine qui me font mal, mais cette distance que tu as laissée s’infiltrer entre nous, notre complicité que tu as éventrée.
si tu gardes la majuscule, faudrait passer en italiques ou au moins mettre un deux points

Citer
Ses yeux me transpercent tellement ce qu’ils disent répond à ce sentiment du fin fond de mon ventre.
transpercent ce qu'ils disent ?

Citer
Nous nous regardons ainsi à se rendre fou, à se brûler les pupilles.
à nous rendre fou, à nous brûler ?
(en fait, laisser les "se" fait une phrase bien plus jolie)

Citer
Mon Dieu ce qu’elle me manque, et comme la vie sans elle a rétréci!
espace avant le " ! "

Citer
plus rien ne m’arrivera, autre que la mort galopante.
pti pb de grammaire (d'autre ?)

Citer
Est-ce elle, faux à la main, qui a défoncé la porte du réfectoire et s’approche en râlant mortellement ?
mortellement me semble de trop

Citer
un tas d’habits informe qui eux-mêmes recouvrent un monticule
si tu mets "informe" au singulier, c'est un peu chelou que le "qui" se rapporte à "habits" et pas à "tas"

Globalement :
J'ai beaucoup aimé : le style, l'équilibre, la construction, les non-dits (sur la situation de l'homme), le réalisme... Chouette texte, touchant et très prenant, merci !

Rémi
Le paysage de mes jours semble se composer, comme les régions de montagne, de matériaux divers entassés pêle-mêle. J'y rencontre ma nature, déjà composite, formée en parties égales d'instinct et de culture. Çà et là, affleurent les granits de l'inévitable ; partout les éboulements du hasard. M.Your.

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Re : Re : [T31 Poule 3] A trois secondes du néant
« Réponse #10 le: 18 Septembre 2017 à 14:19:24 »
Salut Rémi

Citer
Ses yeux me transpercent tellement ce qu’ils disent répond à ce sentiment du fin fond de mon ventre.
transpercent ce qu'ils disent ?
mmh j'ai pas compris ce que tu demandais. Je voulais dire que les yeux le transpercent parce que ce qu'ils disent répond etc. Tu penses que je devrais ajouter une virgule après transpercent? Je n'avais pas l'impression que c'était nécessaire


Citer
plus rien ne m’arrivera, autre que la mort galopante.
pti pb de grammaire (d'autre ?)
je vois ce que tu veux dire, mais en ajoutant ce d', j'ai aussi l'impression que ça sonne faux.... ><

Citer
Est-ce elle, faux à la main, qui a défoncé la porte du réfectoire et s’approche en râlant mortellement ?
mortellement me semble de trop
ça te semble de trop parce qu'on sait qu'on parle de la mort, et qu'elle est évidemment mortelle?  ::) ouais...pas faux  |-| j'ai juste l'impression que sans ce mortellement, toute la phrase devient terriblement banale...à réfléchir

Merci pour les autres corrections, je l'ai ai intégrées :)

Globalement :
J'ai beaucoup aimé : le style, l'équilibre, la construction, les non-dits (sur la situation de l'homme), le réalisme... Chouette texte, touchant et très prenant, merci !
merci  :coeur: ça me fait super plaisir

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Re : [T31 Poule 3] A trois secondes du néant
« Réponse #11 le: 18 Septembre 2017 à 21:21:30 »
Salut Mout !

Citer
Tu penses que je devrais ajouter une virgule après transpercent?
pour moi oui (c'est pas forcément nécessaire, mais perso j'avais pas capté)

Citer
je vois ce que tu veux dire, mais en ajoutant ce d', j'ai aussi l'impression que ça sonne faux.... ><
ouaip, faudrait répéter "rien" pour éviter le pb, mais la phrase n'y gagne pas vraiment

Citer
j'ai juste l'impression que sans ce mortellement, toute la phrase devient terriblement banale...à réfléchir
ben ouais, la mort avec sa faux, forcément c'est pas hyper novateur...

Bref, ce sont des détails, à toi de voir ce soir ou demain ;)

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Re : Re : [T31 Poule 3] A trois secondes du néant
« Réponse #12 le: 18 Septembre 2017 à 21:39:17 »
Salut Rémi

Citer
Tu penses que je devrais ajouter une virgule après transpercent?
pour moi oui (c'est pas forcément nécessaire, mais perso j'avais pas capté)
c'est fait

Citer
j'ai juste l'impression que sans ce mortellement, toute la phrase devient terriblement banale...à réfléchir
ben ouais, la mort avec sa faux, forcément c'est pas hyper novateur...
|-| c'est vrai  |-| j'ai viré

Merci encore pour ton retour rapide  :)

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Re : [T31 Poule 3] A trois secondes du néant
« Réponse #13 le: 24 Septembre 2017 à 12:21:30 »
Cher auteur,

J'ai bien aimé ton texte dans l'ensemble mais je le trouve un peu long. Je comprends pourquoi il l'est, mais par moment j'avoue que je décrochais un peu. Le début aussi m'a parfois un peu dérangé dans les différentes tonalités (lyrisme, poésie puis registre courant, voire bas, cru).  Je crois que je n'ai pas aimé ce mélange.

Maintenant en toute objectivité, je ne pense pas que ton texte soit à "changer". Il est bien réussi et bien mené dans ce que tu as voulu faire, je ne suis pas une grande fan des retours en arrière de vie car cela n'est pas très original et sans doute que beaucoup de texte suivant le thème à rebours ont fait le même choix de retour en arrière -j'en ai lu au moins deux autres. Donc pour moi, je pense que ce qui m'a le plus dérangé est l'absence d'originalité dans le traitement du thème, mais sans cela, si je regarde l’exercice en lui-même, ce que tu as fait est de qualité.

Donc je crois que la "faiblesse" de ton texte (l'écriture est bien) est son manque d'originalité, le personnage est somme-toute assez banal, l'homme qui aimait sa femme depuis le début, qui la trompe, qui affronte la vie. Bon, c'est la vie de tout le monde quoi. La littérature dit cela aussi, bien sûr, mais ce n'est pas ce que moi je cherche personnellement dans la littérature. Je cherche plus qu'un regard promené le long des chemins tel un miroir (avis personnel), donc ton texte m'a laissé sur ma faim et ne m'a pas suffit, même si une fois encore je tiens à te féliciter pour la réalisation, dans ce que tu voulais faire, c'est bien fait et bien réussi (l'écriture, les retours en arrière, l'émotion etc).

Voilà, donc oublie mon commentaire et ne change pas ton texte ;)
Mon dernier texte : Le Prix d'un coeur [AT]
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Re : [T31 Poule 3] A trois secondes du néant
« Réponse #14 le: 25 Septembre 2017 à 19:56:06 »
Bonsoir Edel Weiss,

Merci pour ton commentaire, je comprends bien que chacun ses goûts, et tant mieux :)

Content quand même que tu y aies vu de la qualité.

J'avoue que je n'ai pas cherché l'originalité dans le thème, mais plutôt dans la manière de dire  ^^

Encore merci pour ton passage  :)
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