Le Monde de L'Écriture – Forum d'entraide littéraire

15 Juin 2026 à 19:45:14
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Le Monde de L'Écriture » Coin écriture » Textes courts (Modérateur: Claudius) » LE FACE

Auteur Sujet: LE FACE  (Lu 1009 fois)

Hors ligne chilango blue

  • Plumelette
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LE FACE
« le: 19 Août 2017 à 01:07:42 »
Nous sommes à Samara sur le bord de mer, aux pieds des falaises, en Irlande. Je crois. Les vagues frappent les rochers. Elles se brisent en millions de gouttelettes d’eau que le vent transporte jusque dans nos yeux. Jarmand, le conseiller de  New Face, me tend la pierre qu’il vient de ramasser et commence à parler d’une voix forte et douce a la fois. Apaisante.
“Prend cette pierre dans la paume de ta main. Tu la sens ? Tu sens comme elle est ronde, lisse et douce. Ronde. Il y a des millions d’années, cette pierre appartenait aux rochers qui nous dominent. Là-haut. Sur cette falaise. Le rocher s’est brisé, je ne sais pas pourquoi, un accident géologique peut-être, et cette pierre s’est détachée et elle est tombée. Elle n’était alors ni ronde ni lisse ni douce. Au contraire, elle était rugueuse, pleine d’aspérités, elle aurait coupée la peau de cette paume qu’elle caresse aujourd’hui. Elle est tombée quelque-part, ici. Ou là-bas. Je ne sais pas, personne ne sait. Ca n’a pas vraiment d’importance. Et puis ce sont les vagues et le vent qui l’ont inlassablement façonnée, années après années, siècles après siècles, pour la courber, l’arrondir, pour effacer ses marques et sa géométrie unique. Aujourd’hui, elle est semblable à toutes ces pierres qui recouvrent le sol autour de nous.
Tu dois comprendre de ce que je viens de t’expliquer sur cette pierre, que les tourments de la vie sont les vagues et le vent qui arrondissent les hommes, Sébastien. Ne croit pas ceux qui t’affirment le contraire, ils se mentent a eux-mêmes pour se rassurer sur ce qu’ils sont devenus. On ne se construit pas avec le temps. En réalité, la vie lime toutes les aspérités du jeune homme, sa turbulence. Sous les assauts continuels de ses attaques, il finit par devenir rond, lisse, doux et ennuyeux. Oui, tu le sais bien en réalité. Regarde-toi. Ennuyeux comme toi. Comme moi, peut-être. Avant.
C’est aussi pour cela que le Face est indispensable, Sébastien.
Avec le Face, les pierres ne peuvent plus devenir lisses car le temps n’efface plus leur histoire.
Le Face est le miroir universel et intemporel. Il est le souvenir vivant des aspérités de ta personnalité. Personne ne peut plus les ignorer. Pas une seule personne dans le monde.»
« Oui, je sais tout cela. Je connais ce discourt par cœur. On me l’a déjà récité mille fois. Je me fiche de vos pierres. Je ne suis pas venu pour cela.»
Sébastien donne un coup de pied dans les galets. Son pied soulève une masse de pierres qui retombent un peu plus loin. Jarmand lui pose la main sur l’épaule. Il espère le calmer.
«Tu sais déjà tout cela, Sébastien ? »
« Oui. »
«  Alors, Sébastien, si tu sais tout cela, pourquoi t’es tu suicidé ? »

*

« J’aimais  Carole, ses cheveux sombres et lisses et leur odeur quand ils caressaient mon visage et que je fermais les yeux et que j’oubliais qu’il existait un monde au delà de cette odeur et du baiser qui l’accompagnait, j’aimais ce que ses mini-jupes ne cachaient pas et la peau douce qui naissait dans l’ombre de ces mini-jupes aussi courtes que la plus petite distance qui puisse exister dans l’univers entre le désir et son objet et le mouvement des paupières derrière ses lunettes quand elle lisait un roman allongée sur la plage les pieds a moities enfoncés dans le sable et le sable qui ruisselait le long de ses mollets et qui me faisait oublier ces lunettes et, bien sur, par-dessus tout, ses éclats de rire sans raison quand tout portait à déprimer. Son optimisme déraisonnable et naïf décimait en quelques mots l’armée crépusculaire de mes démons intérieurs. Elle équilibrait mon pessimisme et j’équilibrais sa candeur. Une sorte de balancier qui rythmait notre Amour. Nous étions heureux.
Enfin,  je vous le décris avec mes mots mais tout ca vous le saviez déjà.
Je veux dire pas vous directement mais beaucoup de gens. Suffisamment pour affirmer que cet état de notre Amour était de notoriété publique. Toutes ces nostalgies figées étaient encore exposées il y a quelques temps. Elles appartenaient à ma mémoire. A notre mémoire. Elles auraient du être éternelles.
Carole.
On se suicide toujours pour une femme, ou pour un homme. Pour une histoire d’Amour. Enfin, c’est ce que dit Jean Prissieux, ce qu’il me dit à moi, ce qu’il dit aux milles personnes qui le visitent quotidiennement sur le Face.
Cela dit, même si Jean est populaire, il n’est pas psychanalyste. Il se trompe peut-être. Je ne sais pas si il s’agit la d’une vérité universelle. Probablement pas. Mais dans mon cas, c’est vrai. Si je me suis suicidé, c’est pour Carole, je veux dire c’est a cause de Carole. Ca peut vous sembler futile comme raison mais c’est pourtant la seule que je puisse vous donner aujourd’hui. Bien sur, il y avait aussi la mort de Syphon, et cet examen d’entrée a l’école de police que je venais d’échouer quelques semaines plus tôt… Il y avait d’autres détails….
Du blablabla. Pas même de quoi commenter. Je ne sais pas pourquoi je vous en parle. Je n’en ai jamais parlé à personne avant.
C’est Carole, seulement Carole, qui m’a poussé au suicide. Toutes ces réalités délicieuses qui allaient devenir des souvenirs de souvenirs pour toujours.
Et pourtant, elle n’est pas morte, il ne lui est même rien arrivé de mal.
Elle m’a juste quitté. Elle m’a quitté alors que notre couple allait bien, que tout allait bien. Nous vivions notre vie sans beaucoup d’excès, un peu moins que ne le laissait penser le Face, vous savez bien comment ca marche… mais avec intensité et passion. Vraiment.
Vous rigolez. Ca vous semble un peu naïf. Intensité et passion, ca fait un peu feuilleton a l’eau de rose. Vous n’y croyez pas vraiment.
Vous n’avez pas connu notre Tableau.
Carole et moi, nous partagions suffisamment de secrets pour croire que nous les partagions tous. Vous le voyiez bien. Le Face ne ment pas. Je veux dire, il était notre réalité. Tout le monde savait que l’Amour qui nous unissait n’avait pas de limite. Tous nos amis, et nos parents, et notre famille et nos professeurs et nos voisins et nos correspondants américains. Ils voyaient tout. Ils étaient témoins de chaque instant de notre Amour, presque chaque instant. Ils nous enviaient tous et c’était normal. Leur vie ne valait pas la notre. Il suffisait de parcourir le Face pour s’en convaincre.

Cela n’a pas empêché Carole de me quitter. Malgré l’évidence, les photos, les commentaires romantiques, les cœurs animés, clignotants et multicolores et l’envie des autres…
Je peux dire, je pense que je peux dire que Carole a défié le Face. Non ? Je veux dire la réalité du Face, la seule Réalité.
Oui, cet événement, cette séparation, ce n’est pas grand-chose, c’est une de ces vagues dont vous me parliez, une de ces vagues qui viennent contribuer à l’inéluctable lissage de votre personnalité. Ce n’est pas grand-chose et pourtant elle a tout emporté.
Je me suis suicidé a cause de Carole et le Face, imperturbable dans son carré plat, m’a demandé si j’étais sur de moi. Il voulait dire vraiment sur, sans l’ombre d’un doute. Quelle drôle de question.
J’ai confirmé. J’ai écris que oui, que j’y avais beaucoup réfléchi et que je ne voyais pas d’autres issues a mes problèmes. Alors le Face m’a demandé de justifier ma décision. Comme un juge, un notaire.
« Merci de justifier votre suicide dans le cadre qui suit. Quarante mots maximum.»
Justifier mon suicide…
J’ai expliqué au Face que Carole, la femme avec qui j’entretenais une relation amoureuse, m’avait abandonné. Treize mots.
Il a parut surpris. C’est ainsi que j’ai interprété les trente secondes que le Face a mis pour me répondre. Pourtant, rien ni personne ne peut surprendre le Face. N’est-ce pas, Jarmand ? Comment surprendre le propriétaire de la mémoire du monde ? C’est impossible. Il sait déjà tout. Il connait mieux Carole que moi.
Le Face m’a alors informé que j’avais 2 jours pour réfléchir à ma décision. Deux jours et c’était la un délai incompressible. Un article de loi,  un amendement stupide imposé par un de ces groupes qui disent veiller sur notre vie virtuelle, un paragraphe perdu au milieu de 120 pages de contrat,  une règle destinée à éviter les suicides improvisés. Le Face n’accepte que les suicides murement réfléchis. C’est un peu normal, vous ne croyez pas ? Quand on pense aux conséquences…
J’ai attendu ces 2 jours qui n’ont pas entamé ma détermination. Au contraire. Carole m’avait déjà remplacé par un type à la vie beaucoup plus épanouie que la mienne et tous le savaient. Quand je dis tous, je veux dire nos amis, nos amis d’enfance, nos amis passés, nos amis actuels et nos familles, les cousins de nos cousins, nos collègues et les managers de nos collègues et les amis des managers de nos collègues.
L’humiliation avait suffisamment duré.
Le lundi matin, à la première heure, j’ai branché le Face et j’ai confirmé mon suicide.
Click.
Si vous pensez que c’est plus facile que d’avaler des comprimés ou de se jeter par la fenêtre, vous vous trompez complètement. Le suicide a duré 2 minutes. Vingt-sept ans de vie supprimés en 2 minutes, effacés années après années, anniversaires, mariages, naissances, noël a la maison de campagne de mes grands-parents, remises de diplômes, karaoké avec le groupe des quatre a Bristol, voyage en Bolivie, randonnée dans le Vercors, défonce aux 22 ans d’Antoine, la compétition de ski, les 352 amis, les joyeux anniversaires et les happy birthday des amis newyorkais, les petits mots d’Amour, broyés, réduits a une simple page blanche. Le vide.
La fragilité du Face et de la mémoire du monde.
Si j’avais pris des comprimés, Jarmand, tout cela existerait encore. Le meilleur de ce que je suis existerait encore et pour toujours. Le suicide m’a tout fait perdre. Je ne me souviendrais bientôt plus de tous ces instants. Je ne savais pas que j’aurais un jour besoin de ma mémoire, je veux dire de celle de mon cerveau, la mémoire biologique, je pensais qu’elle ne me serait jamais utile. Je n’y ai presque rien gravé… »
« Je compatis, Sebastien, mais pourquoi venir me voir aujourd’hui ? »
« Ce n’est pas vous qui êtes venu me voir ? »
Jarmand jette la pierre lisse de toutes ses forces dans l’océan. Elle disparait dans l’eau.
« Si vous ne vous étiez pas suicidé, vous pourriez vérifier tout cela. Vous sauriez qui de nous deux est venu voir l’autre.»
« Oui, je suppose… »
« Dites-moi donc, Sébastien, si votre désespoir est aussi profond que vous le décrivez, pour quelle raison souhaitez-vous ressusciter maintenant ? »
*
« J’ai croisé ce type a Verson Square. Celui qui m’a parlé de vous. Le type à la moustache carrée. Plus vraiment à la mode mais ce n’est pas le problème.
Vous ne vous souvenez pas de lui mais lui ne vous a pas oublié. Il ne vous oubliera jamais et vous savez bien pourquoi. Il s’appelle Franck. Je suppose qu’il s’agit de son vrai nom mais je n’en suis pas sur. Je suis bien obligé d’utiliser le Face, je ne travaille pas au gouvernement.
Il avait l’air heureux, épanouis, populaire. Surtout populaire, c’est bien le plus important aujourd’hui. L’ultime mesure de l’homme, la popularité. Cela ne vous choque pas vraiment ? Un jour, nous serons tous populaires.
J’étais alors perdu, je me perds tout le temps dans cette ville. Dans toutes les villes, en fait. Je conçois mal l’espace quand il n’est pas aplati sur une feuille de papier. Mais ca n’a pas d’importance. Je ne suis pas la pour vous parler de ça. Il faut que j’évite de digresser, c’est un autre de mes problèmes, ma pensée reste confuse et cela complique le travail de compréhension des gens qui m’écoutent.
Ce jour-là, j’ai demandé mon chemin à Franck et il me l’a indiqué, très poliment, avec un sourire. Vous connaissez beaucoup de gens qui répondent aux inconnus avec un sourire ? Je l’ai remercié et je me suis éloigné. Je n’ai pas fait trois pas qu’il m’a arrêté. Une main sur l’épaule. Je me retournais, surpris, et il me vidéo-calquait sur le Face. Ici, au milieu de la foule compacte de Verson Square. Click. Une vidéo. Je ne pouvais rien faire pour l’en empêcher. C’était trop tard.
Evidemment, il ne m’a pas trouvé. Rien. Pas une trace. Le Face ne me connaissait pas, lui qui connait l’humanité entière. Franck a vite compris que je m’étais suicidé mais, au lieu de s’enfuir en courant, terrorisé, et d’essayer de m’oublier au plus vite, au lieu de réagir comme tout citoyen normal l’aurait fait, il m’a proposé un café.
Oui, il voulait boire un café.
Avec moi.
Comme vous, j’ai d’abord pensé qu’il était fou.
Mais je l’ai suivi dans ce bistrot connu qui ouvre la Seconde ou la Troisième Avenue. Je ne suis pas sur du numéro ni même du nom du restaurant… Vous connaissez cet endroit, n’est-ce pas ? Je l’ai suivi ce qui signifie probablement que je suis encore plus fou que lui.
Nous avons passé pas mal de temps à tourner nos cuillères dans la tasse de café, sans un mot. Je ne savais pas vraiment ce qu’il me voulait. Puis Franck m’a dit que le bistro était rempli de zombies. Oui, il a utilisé cette expression, des zombies. Comme les mort-vivants des films d’horreur. Des types comme moi, en fait. Perdus. Abandonnés. Suicidés. Sans mémoire, c'est-à-dire sans passé. Effacés du Face. Morts. Des zombies.
Nous avons commandé un second café.
Franck m’a raconté sa vie et m’a expliqué comment vous l’aviez changée pour toujours. Il m’a dit que j’avais l’air triste. Je lui ai répondu que ce n’était qu’une impression puis je me suis corrigé car je ne voyais pas l’intérêt de lui mentir. Il m’a demandé si j’avais un métier, de l’argent. Je lui ai dit qu’il me restait de l’argent. Il m’a donné votre carte et je vous ai contacté. »
« Franck vous a bien conseillé. »
« Je ne sais pas. Ressusciter, oui… à quoi bon ? »
« New Face ne vous propose pas de ressusciter, Sébastien. New Face ne réactive pas les vieux souvenirs d’une vie ennuyeuse et ratée que le Face parvenait à travestir vaguement. »
« Je ne comprends pas ? »
« New Face vous fait renaitre, Sébastien. New Face vous offre La Mémoire dont vous avez toujours rêvé. Les amis dont vous avez toujours rêvés. La fiancée dont vous avez rêvé. New Face recrée votre Tableau intégralement. »
Jarmand ramasse une autre de ces pierres lisses qui tapissent la plage. Il la pose sur la paume de sa main gauche.
« Ce galet, nous allons le tailler comme une pierre précieuse. Nous allons en faire une pièce unique que tout le monde enviera. Un joyau qui ne ressemblera à aucun autre des millions de galets qui recouvrent cette plage. Vous serez populaire. Vous serez l’envie de tous. »
« Je suis ce galet ? »
Jarmand sourit et prend Sébastien par les épaules.
« Oui. Vous êtes ce galet. »
Sébastien frissonne.
« Le Face est corrompu. Vous corrompez le Face... »
« Le Face est une monstruosité. Le corrompre est un devoir. C’est un devoir citoyen. »
Nous avons remonté le chemin jusqu'à la villa MacRae, le splendide siège de New Face, niché sur la falaise qui surplombe l’océan, ce palais de marbre blanc aux colonnes de granit et aux larges baies vitrées.
Je serais bientôt ressuscité. De retour parmi les vivants, sur le Face avec le reste de l’humanité.
De nouveaux amis, de nouveaux souvenirs. Une nouvelle mémoire. Je tromperais le Face et le Monde.
J’oublierais Carole et les 352 amis de ma première vie. Je serais populaire. Oui, surtout populaire. Les larmes me montent aux yeux. Jarmand pose le galet qu’il vient de ramasser sur la plage. Il le pose sur une des étagères du salon principal de la villa MacRae, au milieu d’une centaine d’autres puis il murmure à nouveau :
« Oui, Sébastien. Vous êtes ce galet. »

Hors ligne Chapart

  • Calame Supersonique
  • Messages: 1 639
Re : LE FACE
« Réponse #1 le: 19 Août 2017 à 13:41:19 »
Salut chilango blue,

J'ai bien aimé l'univers dans lequel tu nous emmènes et la réflexion sur les gens et ce qu'ils laissent apparaître d'eux sur le Face, qui finit par devenir leur vie, à un tel point qu'une personne se "suicide" lorsqu'elle disparaît du face. L'idée est géniale tout comme le fait que ça n'intervient pas immédiatement: je trouve le dialogue de départ intéressant, il y a un espèce de flou assez agréable sur ce qui ce passe qui m'a donné envie de poursuivre la lecture. (Il y a juste le "je crois" du tout début qui m'a paru étrange: pourquoi le personnage ne sait-il pas où il se trouve? Par rapport à la suite, avant que je comprenne que le personnage avait juste supprimé son compte Face(book), ça m'a un peu induit en erreur car dès le moment où l'on sait qu'il s'est suicidé après avoir lu tout le dialogue initial, on imagine a priori que ce dialogue a eu lieu dans un autre monde dans lequel le personnage se retrouve après la mort.) L'idée que le "Face" est ensuite remplacé par un "New Face" encore plus faux que celui de départ est cool! 

Sur l'écriture il y a des choses à que j'ai bien aimées et d'autres qui à mon sens pourraient être améliorées. Il y a pas mal de petites fautes d'orthographe et de frappe, je vais essayer de relever ce qui m'a frappé:

Nous sommes à Samara sur le bord de mer, aux pieds des falaises

au pied?

“Prend cette pierre dans la paume de ta main.

Prends

Tu la sens ? Tu sens comme elle est ronde, lisse et douce.

Le terme "lisse" et le verbe "lisser" reviennent très souvent dans ton texte.

, et cette pierre s’est détachée et elle est tombée.

Le double "et" m'a paru un peu maladroit. Tu utilises régulièrement de nombreux "et" au sein d'une même phrase (je vais essayer de les relever ci-dessous) là où il pourrait être judicieux de séparer la phrase en plusieurs.

années après années, siècles après siècles, pour la courber, l’arrondir, pour effacer ses marques et sa géométrie unique.

année après année, siècle après siècle

Tu dois comprendre de ce que je viens de t’expliquer sur cette pierre, que les tourments de la vie sont les vagues et le vent qui arrondissent les hommes, Sébastien. Ne croit pas

Le première virgule ne me paraît pas nécessaire. Plutôt que d'expliquer telle qu'elle la métaphore de la pierre, il serait intéressant de la suggérer, de faire en sorte que le lecteur comprenne que le personnage donne une métaphore de la vie plutôt que de dire "c'est une métaphore de la vie du jeune homme". A la fin: "Ne crois pas" (et non croit)

« Oui, je sais tout cela. Je connais ce discourt par cœur.

Discours

«  Alors, Sébastien, si tu sais tout cela, pourquoi t’es tu suicidé ? »

J'aime bien la façon dont se termine cette première partie, où l'on commence à comprendre ce qui se passe, et le côté mystérieux que ça revêt.


« J’aimais  Carole, ses cheveux sombres et lisses et leur odeur quand ils caressaient mon visage et que je fermais les yeux et que j’oubliais qu’il existait un monde au delà de cette odeur et du baiser qui l’accompagnait, j’aimais ce que ses mini-jupes ne cachaient pas et la peau douce qui naissait dans l’ombre de ces mini-jupes aussi courtes que la plus petite distance qui puisse exister dans l’univers entre le désir et son objet et le mouvement des paupières derrière ses lunettes quand elle lisait un roman allongée sur la plage les pieds a moities enfoncés dans le sable et le sable qui ruisselait le long de ses mollets et qui me faisait oublier ces lunettes et, bien sur, par-dessus tout, ses éclats de rire sans raison quand tout portait à déprimer.

Waaaaaaaa cette phrase est longue ! A la deuxième ligne déjà je me disais qu'elle était trop longue. De plus il y a de nouveau une répétition de "et" qui rend la lecture difficile. Je la séparerais en plusieurs phrases.


Son optimisme déraisonnable et naïf décimait en quelques mots l’armée crépusculaire de mes démons intérieurs.

Jolie phrase

Elle équilibrait mon pessimisme et j’équilibrais sa candeur.

Je me demande si le verbe "équilibrer" est bien choisi... dans ma tête il y a équilibre entre deux entités.

Enfin,  je vous le décris avec mes mots mais tout ca vous le saviez déjà.

ça

Je veux dire pas vous directement mais beaucoup de gens. Suffisamment pour affirmer que cet état de notre Amour était de notoriété publique. Toutes ces nostalgies figées étaient encore exposées il y a quelques temps. Elles appartenaient à ma mémoire. A notre mémoire. Elles auraient du être éternelles.

Dans tout le passage où tu décris l'amour de Sébastien et de Carole, il y a des phrases que j'ai trouvées un poil cliché, par exemple à la fin "Elles auraient du être éternelles".

Je ne sais pas si il s’agit la d’une vérité universelle.

S'il

Probablement pas. Mais dans mon cas, c’est vrai. Si je me suis suicidé, c’est pour Carole, je veux dire c’est a cause de Carole.

La dernière phrase est un peu lourde à mon goût

d’entrée a l’école de police que je venais d’échouer quelques semaines plus tôt… Il y avait d’autres détails….

à l'école

Du blablabla.

Du blabla?

Tous nos amis, et nos parents, et notre famille et nos professeurs et nos voisins et nos correspondants américains.

Là aussi, beaucoup de "et".

Ils voyaient tout. Ils étaient témoins de chaque instant de notre Amour, presque chaque instant.
Il y a plusieurs passages dans cette partie où quelque chose est affirmé, puis légèrement corrigé ensuite, comme ici "chaque instant" puis "presque chaque instant". ça devient presque un peu répétitif.


Je peux dire, je pense que je peux dire que Carole a défié le Face. Non ? Je veux dire la réalité du Face, la seule Réalité.

Le début de la phrase m'a paru un peu lourd et répétitif.

Je me suis suicidé a cause de Carole et le Face, imperturbable dans son carré plat, m’a demandé si j’étais sur de moi. Il voulait dire vraiment sur, sans l’ombre d’un doute. Quelle drôle de question.

sûr

J’ai confirmé. J’ai écris que oui, que j’y avais beaucoup réfléchi et que je ne voyais pas d’autres issues a mes problèmes.

écrit / à mes problèmes

Il a parut surpris.

paru

Comment surprendre le propriétaire de la mémoire du monde ? C’est impossible. Il sait déjà tout. Il connait mieux Carole que moi.

connaît

tous le savaient. Quand je dis tous, je veux dire nos amis, nos amis d’enfance, nos amis passés, nos amis actuels et nos familles, les cousins de nos cousins, nos collègues et les managers de nos collègues et les amis des managers de nos collègues.

Il y a à nouveau une répétition de "et" à la fin

Si vous pensez que c’est plus facile que d’avaler des comprimés ou de se jeter par la fenêtre, vous vous trompez complètement. Le suicide a duré 2 minutes. Vingt-sept ans de vie supprimés en 2 minutes, effacés années après années, anniversaires, mariages, naissances, noël a la maison de campagne de mes grands-parents, remises de diplômes, karaoké avec le groupe des quatre a Bristol, voyage en Bolivie, randonnée dans le Vercors, défonce aux 22 ans d’Antoine, la compétition de ski, les 352 amis, les joyeux anniversaires et les happy birthday des amis newyorkais, les petits mots d’Amour, broyés, réduits a une simple page blanche. Le vide.

Il y a plusieurs "a" qui devraient être des "à"


Jarmand jette la pierre lisse de toutes ses forces dans l’océan. Elle disparait dans l’eau.

disparaît


ca n’a pas d’importance. Je ne suis pas la pour vous parler de ça.



Je ne suis pas sur du numéro ni même du nom du restaurant…

sûr (en fait, il manque beaucoup d'accents dans ton texte)

Nous avons passé pas mal de temps à tourner nos cuillères dans la tasse de café, sans un mot. Je ne savais pas vraiment ce qu’il me voulait. Puis Franck m’a dit que le bistro était rempli de zombies. Oui, il a utilisé cette expression, des zombies. Comme les mort-vivants des films d’horreur. Des types comme moi, en fait. Perdus. Abandonnés. Suicidés. Sans mémoire, c'est-à-dire sans passé. Effacés du Face. Morts. Des zombies.

J'aime bien ce passage, où les gens qui n'ont plus de compte sur le Face sont décris comme des zombies!
 
« New Face vous fait renaitre, Sébastien.

Renaître


Voilà, en résumé j'aime beaucoup l'idée, la façon dont elle est amenée et les proportions du texte. Le style est assez fluide et sans grandes variations, certaines phrases sont un peu longues et il y a pas mal de répétitions. Au niveau du style et de l'écriture il y a des choses qui pourraient être retravaillées je pense.

Merci pour le partage!

Hors ligne chilango blue

  • Plumelette
  • Messages: 8
Re : LE FACE
« Réponse #2 le: 21 Août 2017 à 04:26:34 »
Merci pour les corrections. Problème de clavier pour les accents, désolé... Je vais corriger.

Hors ligne txuku

  • Calame Supersonique
  • Messages: 2 422
    • BEOCIEN
Re : LE FACE
« Réponse #3 le: 21 Août 2017 à 12:42:17 »
Bonjour

Un conte philosophique bien vu et bien pense ! :)


J ai d abord pense a quelque chose de plus profond sur le sens de la vie avant de comprendre que le sujet en etait la popularite sur les reseaux (  je ne frequente pas et deplore un peu cette nouvelle mode exihibitoire ( ? ) ! :'(


Une phrase qui m a un peu fait sourire :
Citer
Cela dit, même si Jean est populaire, il n’est pas psychanalyste. Il se trompe peut-être.


C est tres bien ecrit quand meme ! ;D


Je ne crains pas d etre paranoiaque

"Le traducteur kleptomane : bijoux, candelabres et objets de valeur disparaissaient du texte qu il traduisait. " Jean Baudrillard

Hors ligne chilango blue

  • Plumelette
  • Messages: 8
Re : LE FACE
« Réponse #4 le: 24 Août 2017 à 02:37:11 »
Merci txuku.
Je ne fréquente pas beaucoup les réseaux non plus mais je suis persuadé que le poids de ces réseaux ne va cesser de grandir dans le futur, au point de devenir complétement intégré a la vie de tous les citoyens...

Hors ligne txuku

  • Calame Supersonique
  • Messages: 2 422
    • BEOCIEN
Re : LE FACE
« Réponse #5 le: 24 Août 2017 à 11:11:07 »
Bonjour

chilango blue c est fort possible ..............

Je me suis apercu - avec les annees - que la c......rie humaine n a pas de limites ! :'(


S il n en reste qu un......

Et il me reste cette apostrophe qui m a toujours beaucoup plue : " Occupes toi de tes fesses ! "  ;D
Je ne crains pas d etre paranoiaque

"Le traducteur kleptomane : bijoux, candelabres et objets de valeur disparaissaient du texte qu il traduisait. " Jean Baudrillard

 


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