Petit texte issu d'un rêve, sujet ouvert à la discussion...
« Inaptocratie : un système de gouvernement où les moins capables de gouverner sont élus par les moins capables de produire et où les autres membres de la société les moins aptes à subvenir à eux-mêmes ou à réussir, sont récompensés par des biens et des services qui ont été payés par la confiscation de la richesse et du travail d'un nombre de producteurs en diminution continuelle. »
Je suis à la recherche du manuscrit qui explique la naissance et le maintien au pouvoir d’une inaptocratie, bénéfique pour une secte de financiers et de technocrates. Ce texte en main, je pourrais déjouer le complot, détruire le groupe totalitaire et sauver la France qui aura alors des politiciens de tous bords compétents.
J’habite avec trois autres étudiants au troisième étage de la rue Eternelle dans la petite ville de Sion sur Mer, en Bretagne. Aujourd’hui je dois tenter le vol dans le bureau du Recteur (j’ai mes informations).
Comme chaque matin, nous partons vers l’Université. Le bus prend la route de la corniche, les vagues se brisent en bas, sur d’énormes blocs de granit jetés là pour combattre l’érosion. L’écume éclate sur les flots verts et gris, au loin la mer est simplement bleue foncé et brille au soleil.
Nous descendons du bus juste avant l’université de style presque moderne, long rectangle à deux niveaux, aux ouvertures serrées et répétitives. Je quitte mes amis, et marche sur un trottoir agréable bordé d’arbustes aux grappes de fleurs orange. Je longe le snack et les boutiques, derrière, à droite coule la rivière. L’université se dresse juste après ces commerces.
Je passe par une petite porte de service, monte un escalier. Un long couloir dessert des salles de cours vides. Au milieu, je laisse à gauche la bibliothèque et prends à droite (côté rivière) vers la porte marquée «Recteur».
Je pousse doucement le lourd vantail de bois sculpté, la salle abrite un grand bureau et une longue table ou trônent des livres reliés de cuirs jadis multicolores. Celui que je cherche est vert, il est là, le souffle court, je l’empoigne. Par une porte latérale un petit homme sans âge, gris, à barbichette apparaît et glapit :
- Arrêtez !
D’un bond je sors et fuis au hasard. Je descends un escalier étroit cours dans les couloirs du sous-sol, tournant de-ci de-là pour semer mon poursuivant. Je descends deux étages et me glisse d’un coup dans un lieu improbable : la porcherie.
Les cochons joyeux et plein de boue s’approchent de moi, me reniflent, ils veulent être caressés. Voyant la lumière du jour au loin, je me hâte sur un muret étroit. Presque arrivé à la sortie, un obstacle inattendu surgit : un ours blanc (enfin pas tout à fait blanc, à cause des cochons). Allongé sur le dos, Il me regarde avec ses grands yeux doux, lui aussi attend une caresse. Je ramasse un bout de bois et commence à lui gratter le ventre, mais il me barre toujours le chemin. Je veux portant passer. Heureusement un garçon arrive et me vient en aide :
- Je m’en occupe.
Incrédule, je le vois s’approcher, passer ses petits bras sous la grosse bête, la soulever sans effort. Il la porte vers cette sortie toute proche et, d’un coup, le jeter au beau milieu de la rivière, en précisant :
- Il adore ça.
Soulagé, je sors, me lave les jambes et les bras à un robinet placé fort judicieusement là. En logeant la rivière, je vois l’ours nager tranquillement. Arrivé aux boutiques, j’achète une chemise hawaïenne et bois une bière.
J’ai hâte de découvrir l’arme fatale que referme le livre volé.