Le Monde de L'Écriture – Forum d'entraide littéraire

19 Mai 2026 à 10:42:17
Bienvenue, Invité. Merci de vous connecter ou de vous inscrire.


Le Monde de L'Écriture » Coin écriture » Textes courts (Modérateur: Claudius) » La chaleur du goudron

Auteur Sujet: La chaleur du goudron  (Lu 796 fois)

Hors ligne sonadoré

  • Troubadour
  • Messages: 290
La chaleur du goudron
« le: 31 Mai 2017 à 19:28:51 »
   Tu sais, je me suis mis à caresser le goudron autour de moi. J'effleurais la chaleur du jour qu'il avait emprisonnée en écoutant le moteur tourner. Encore une mise en scène inconsciente. Maman a continué de me fixer dans l'attente d'une réaction plus convenue. J'ai laissé son regard me parcourir en me concentrant sur la sensation de mes mains, sur l'odeur d'essence et de bitume. Je fuyais les larmes que je devinais couler sur ses jours, le poids de son annonce et surtout, sa quête de réconfort. En fait, quand elle m'a dit que Margaux était morte, j'ai voulu que le quotidien m'inonde pour que mon esprit, noyé dans la banalité, ait la force de s'y cacher. Je suis remonté calmement dans la voiture en prenant soin de marcher comme les autres jours. Ensuite, j'ai fait une crise d'angoisse à cause du contrôle d'économie qui arrivait vite. Je me suis détesté, jugeant à tort que ma propre personne et mes problèmes insignifiants me préoccupaient plus que sa mort. Tout ça pour te dire Sarah, que si je ne pleure pas, ne tremble pas, ne met pas le film que je suis en train de regarder en suspens, c'est parce que j'ai déjà entamé ma fuite et que le départ est très rapide. Tu peux me quitter quand même.

   Après ça, j'ai entamé une carrière d'artiste parisien dépressif. Grâce à l'héritage de mon père, j'ai acheté un loft sur les quais de Seine avec une immense baie vitrée devant laquelle je me suis empressé de fumer et de boire dès le premier soir. J'avais acheté des chemises trop grandes que je gardais ouverte afin de m'exposer le reflet de mon corps squelettique. J'aimais profondément ma façon de souffrir, de penser à elle, de l'accuser de mon alcoolisme naissant. Je continuais de vivre pour elle, à travers elle, en fonction de ce qu'elle aurait penser. Naïvement influencé par les comédies romantiques, je lui avais envoyé un SMS pour lui indiquer mon adresse. Je n'attendais pas de réponse, j'attendais son retour. En écoutant des albums de jazz, en buvant un whisky dégueulasse, en écrivant son prénom sur des feuilles entières tel un obsessionnel, en allumant une cigarette d'un air mélancolique, je creusais encore et encore le fossé au bord duquel son départ m'avait précipité. Lorsque des amis venaient prendre de mes nouvelles, je me vantais d'être dépressif, alcoolique, incapable d'écrire un nouveau livre. J'adorais devenir le genre de cliché que je m'étais toujours appliqué à éviter d'écrire. Je disais que j'allais au-delà de mes personnages, que j'étais à la recherche d'une vérité littéraire et artistique. Je parlais beaucoup.

   Un jour, j'en ai eu marre du jazz alors je me suis lancé dans la drague de masse. La chance m'avait doté d'un joli phrasé et mon allure de néo-dépressif plaisait beaucoup aux filles de la nuit. Pour un corps, je promettais un roman. Pour des seins, j'écrivais huit vers que je déclamais entre deux gorgées de vodka. Pour un sexe, j'ai même récité de mémoire trois poèmes prétendument de Baudelaire : en fait une improvisation totale. Je poursuivais consciemment mon parcours tout tracé au bout duquel je devais retrouver la lumière intellectuelle. Je savais que ma renaissance passerait par l'écriture alors j'ai attendu patiemment que l'inspiration revienne. Je l'avais cherchée face à une baie vitrée puis au milieu de corps souillés sans en trouver la moindre effluve. Un an après Sarah, je n'avais toujours pas écrit un mot sans le rayer, malgré mes poumons abîmés et mon foie maltraité. Je me suis peu à peu convaincu que ma source d'inspiration, c'était elle.

   Je revois ton corps Sarah, tandis que j'ai mon crayon à la main. Je m'attarde sur tes cheveux lisses, leur odeur vanillé, sur tes yeux clos qui cachent leur bleutée, sur ta peau dorée que j'ai tant embrassé. Je fais semblant de ne pas remarquer mon érection timide, je ne dois surtout pas me distraire. Il y a le creux de ton cou dans lequel j'aimais me réfugier, la tiédeur de tes mains. Il y a la fermeté de tes seins qui me servaient d'oreiller, l'invitation au voyage de ton bas ventre. Il y a tes cuisses dont la douceur me hante encore et cet écho, imperceptible puis oppressant, qui me hurle que plus jamais je ne connaîtrais cette chaleur. Le soleil s'est endormi à jamais. Dehors, il fait aussi nuit. Il me faut courir aussi vite que possible, descendre les escaliers en veillant à ne pas glisser, défoncer la porte d'entrée et me précipiter sur le trottoir ; le caresser, m'en imprégner, et me rassurer du peu de chaleur que le goudron renferme encore...
Utopisme

Hors ligne Crouton

  • Plumelette
  • Messages: 17
Re : La chaleur du goudron
« Réponse #1 le: 03 Juin 2017 à 23:18:58 »
Hello,

J'ai lu ton texte. Il est sympa, mais j'ai quelques questions et remarques.

Déjà, je trouve que alterner narration à la deuxième personne (premier et dernier paragraphes) et à la troisième personne (milieu du texte) c'est un peu déstabilisant  :mrgreen: mais je suis sûr que tu as une bonne raison de le faire.

Après je ne suis pas sûr d'avoir tout compris : Margaux, qui est morte, était la soeur du narrateur ? Sa mort est liée à une route ? Le narrateur est finalement plus perturbé par le fait que sa petite amie, Sarah, le quitte (mais il ne l'a retient pas : il se contente de souffrir). Concernant la mort de Margaux, le narrateur en garde des séquelles psychologiques qu'il soigne en touchant du goudron chaud ?

Je crois qu'il y a une confusion chez moi entre la douleur causée par la mort de Margaux et celle liée au départ de Sarah. Peut être faudrait-il modifier le texte vers plus d'éclaircissements ? Ou alors tu as volontairement rendu floue la limite entre des deux douleurs ?

Maintenant à propos de ces passages :

Citer
j'ai déjà entamé ma fuite et que le départ est très rapide

Désolé, je n'ai pas compris.

Citer
plus jamais je ne connaîtrais cette chaleur

Tu parles du contact avec Sarah ? Elle n'est pas morte, non ?

Citer
Un an après Sarah, je n'avais toujours pas écrit un mot sans le rayer, malgré mes poumons abîmés et mon foie maltraité. Je me suis peu à peu convaincu que ma source d'inspiration, c'était elle.

Le dernier mot devrait être "toi" si tu parles de Sarah. Ainsi, tu améliorerais peut être ta transition narrateur à la 3eme personne / narrateur à la 2eme personne. Par contre si tu parles de Margaux alors tu as bien réussi le pari de mêler les douleurs de la mort de Margaux et du départ de Sarah.

Concernant les fautes, je n'ai relevé que ça (mais je ne suis pas une référence en correction) :

Citer
les larmes que je devinais couler sur ses jours

joues

Citer
en fonction de ce qu'elle aurait penser

pensé

Hors ligne CBS17

  • Calliopéen
  • Messages: 441
  • Ce n'est pas impossible, c'est juste un grand défi
Re : La chaleur du goudron
« Réponse #2 le: 03 Juin 2017 à 23:35:38 »
Bonsoir :
Joli texte même si j'ai eux un peut de mal a le lire au début mais continu comme ça :)
Desole pas mon commentaire si peut constructif
La lune et le soleil sont deux amoureux, mais ils ne peuvent jamais se voir car, quand la lune se leve, le soleil se couche, alors dieu, créa l'éclipse, pour prouver qu'aucun amour n'est impossible.

Hors ligne ernya

  • Vortex Intertextuel
  • Messages: 7 683
  • Ex-dragonne
    • Page perso
Re : La chaleur du goudron
« Réponse #3 le: 04 Juin 2017 à 11:59:36 »
Bonjour,


   
Citer
Tout ça pour te dire Sarah, que si je ne pleure pas,
te dire, Sarah,

 
Citer
ne met pas le film que je suis en train de regarder en suspens,
mets

Citer
en fonction de ce qu'elle aurait penser.
pensé


   
Citer
Je revois ton corps Sarah,
comme tout à l'heure

Citer
sur ta peau dorée que j'ai tant embrassé.

embrassée

Citer
qui me hurle que plus jamais je ne connaîtrais cette chaleur.
"connaîtrai", non ?

 Comme Crouton, je m'interroge aussi sur ton texte. Je pense aussi que tu as voulu lier les deux douleurs (perte d'un proche, perte d'une copine).
J'ai bien aimé le passage du début avec le goudron. Je pense que ton texte pourrait être un texte puissant. Tel quel, je pense qu'il nous manque quelques clés pour comprendre ton personnage et pour accéder, nous aussi, à sa douleur. Peut-être que la clé réside dans le changement de narration. Le changement de Tu à Elle mérite d'être davantage travaillé/souligné, je pense.
Pour le moment, j'ai la désagréable impression, si tu veux, d'être restée devant une scène émouvante sans avoir été capable de m'émouvoir. C'est frustrant.
Bref, tu nous éclaires ?  ;)
"Je crois qu'il est de mon devoir de laisser les gens en meilleur état que je ne les ai trouvés"
Kennit, Les Aventuriers de la Mer, Robin Hobb.

Hors ligne sonadoré

  • Troubadour
  • Messages: 290
Re : La chaleur du goudron
« Réponse #4 le: 04 Juin 2017 à 16:33:30 »
Salut vous tous et merci de votre passage !

Ce que vous me renvoyez m'aide énormément. Je vais tenter de vous éclaircir. Ce que j'aime dans ce format de textes courts, c'est la dimension poétique qu'on peut y installer ainsi que la perte de quelques repères qui ne gêne a priori pas trop trop du fait du format. Ce qui vous perd, c'est un peu ce que je recherche : comme on ne cherche pas à tout comprendre d'un poème, du moins à la première lecture. Ceci dit, vos retours me font prendre conscience (plus encore) de la difficulté à accrocher le lecteur, à le faire rentrer dans notre histoire sans lui donner plus de clés.
Le but de ce texte était d'illustrer l'instabilité des sentiments que provoque un événement brutal. Margaux est (dans mon imaginaire bien sûr) une enfant, la nièce du narrateur, décédée avant son premier anniversaire. Sarah, elle, est celle qu'il aime et qui le quitte. La brouille des sentiments amène selon moi une confusion entre les douleurs et le narrateur s'y perd... Le souci, c'est que le lecteur aussi apparemment  ;D ...
Toujours est-il que vos conseils sont précieux et m'aideront à mieux appréhender mes textes futurs, alors merci encore.

Sonadoré
« Modifié: 04 Juin 2017 à 16:35:57 par sonadoré »
Utopisme

 


Écrivez-nous :
Ou retrouvez-nous sur les réseaux sociaux :
Les textes postés sur le forum sont publiés sous licence Creative Commons BY-NC-ND. Merci de la respecter :)

SMF 2.0.19 | SMF © 2017, Simple Machines | Terms and Policies
Manuscript © Blocweb

Page générée en 0.269 secondes avec 22 requêtes.