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Le Monde de L'Écriture » Coin écriture » Textes courts (Modérateur: Claudius) » Catastrophe - I

Auteur Sujet: Catastrophe - I  (Lu 932 fois)

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Catastrophe - I
« le: 28 Mai 2017 à 23:41:28 »
Bon voilà, je m'adresse rarement directement à un potentiel système limbique de manière aussi forte que maintenant. Le texte qui suit fut pondu à mes débuts ici, peut-être un peu quelques temps après mon arrivée. De surcroit, il faisait partie d'un recueil de sept nouvelles dont seules trois ont vu le jour. La troisième se retrouve dans les méandres du forum. Voici la première, qui me tient à cœur d'implication :

PANDORE
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Ils ont voulu recréer la vie.
Quand tout le monde y pense, on se dit qu’on savait tous à l’époque, sans que rien ne nous pousse à agir convenablement. Aujourd’hui, la blessure est encore trop fraîche, et le fatalisme unificateur ne nous a pas encore lâché. C’est à peine si on s’accorde à dire qu’on attendait que ça dégénère, on en est encore loin. En revanche ce qu’on peut dire, c’est que tout s’est parfaitement déroulé suite à l’Incident.

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Trois semaines que les médias saturent les ondes avec l’événement qui promet déjà d’être le plus grand cataclysme humain du siècle, espérance trahissant un optimisme forcé par diverses pressions politiques inavouée, ou alors un sens un brin protectionniste de la morale des canaux d’informations, nationaux autant que privés.
Trois semaines que j’ai quitté l’aéroport de Genève en trombe après un contrordre des hautes sphères de mon entreprise, atterrissant chez moi après être passé échanger mon ticket contre le matériel de survie exigé par l’organisation des nations unies, puis volant en voiture en France, équipé de mon masque et de mes lunettes.
Trois semaines, enfin, écoulées à hurler le nom de ma femme dans un village déjà déserté par les équipes de nettoyage, à demander au secours, à courir dans tous les sens afin de débusquer d’éventuels survivants qui auraient pu me renseigner.
La catastrophe survint une après-midi dans l’océan atlantique. Le Paisible, piloté par le capitaine Meyers, et embarquant sur son pont un équipage d’une quinzaine de personnes, naviguait à sa convenance, les gaz modérés. Il transportait à son bord une commande de l’Institut Biologique contenant du matériel de chimiste, de nouveaux animaux de laboratoire, ainsi que plusieurs échantillons organiques plus ou moins naturels. Le cargo ainsi chargé restait un endroit dénué d’une curiosité malsaine qui aurait poussé les plus aventureux à s’intéresser au contenu de la marchandise. Bien mal leur en aurait prit de le faire. Hélas nul tel besoin fut à assouvir, puisque ce ne fut pas la main de l’homme qui perça la défense de la cargaison.
On ne sait toujours pas ce qui a ouvert la coque du navire. On retrouva une fissure immense parcourant le flanc droit du galbe de la partie subaquatique du vaisseau. L’eau s’était infiltrée par là, et avait envahi les salles des machines presqu’immédiatement. Arrivant peu après dans les soutes, l’eau submergea les paquets qui se mirent à flotter entre le sol et le plafond. Certains emballages se déchirèrent, tandis que d’autres se désagrégèrent à cause de l’eau. Puis ce furent les fioles qui virent se briser contre les murs au gré des courants, mélangeant leur contenu à l’eau saline.
Quelques jours plus tard, on recensait les premiers cas de maladie. La plupart des bactéries d’expérience avait proliféré dans l’eau, puis dans la faune aquatique, avant de sortir de l’océan et d’attaquer les premières formes de vie terrestre. On entendit parler de vomissements incontrôlables, de nausées, d’hémorragies internes. On entendit parler d’hypersensibilité douloureuse, de sens hallucinés. Puis on entendit parler de la mort. Des centaines de personnes périrent la première semaine. Les interviews posaient alors le problème d’une sécurité mondiale à assurer. On y voyait des gens importants tenter des solutions. Quarantaines, salles de décontamination, médicaments contre les effets du mal, tout fut tenté, et pourtant la semaine suivante on ne parlait plus de centaines, mais de milliers de décès, toujours plus nombreux.
Les personnes présentant une faiblesse physique furent parmi les premiers à s’éteindre. Les personnes agées, les handicapés, et ironiquement, les hypocondriaques. Ceux-ci n’avaient aucune chance face au virus. Très vite ils suèrent, se contractèrent, et parfois avant même qu’ils aient pris conscience qu’ils étaient malade, on les voyait déjà souffler leur dernier soupir, le visage plein de croutes, de cernes, de pustules. Les yeux rougis, les nez encombrés furent rapidement admis comme premiers symptômes.
C’est alors qu’une nouvelle éclata suite aux recherches de fins limiers de la presse. Une nouvelle qui allait soulever tout le monde. On apprit, donc, que contrairement aux premières affirmations, le virus étaient bien présent dans les caisses du Paisible, et n’était pas le fruit d’une mutation en milieu naturel.
Un procès fut commandé, à l’encontre des laboratoires de l’Institut Biologique. C’était la première fois qu’un des commandements mondiaux souffrait d’une telle erreur sur son tableau. Il était difficile d’incriminer un tel réseau, car la communauté mondiale n’avait depuis son élaboration, apportée qu’un bien palpable par l’aspect universel de ses décisions. On réunit une assemblée internationale, un jury, ainsi que toute une cour représentant l’espèce dans sa globalité. Mais cette action fut uniquement entreprise, d’une part pour satisfaire le besoin vengeur de la population blessée, et d’autre part pour assurer qu’aucun incident aussi irresponsable ne surviendrait dans les projets humains.
Jamais il ne fut question officiellement d’antidote, de remède. Le manque de moyen de ce côté-là fut passé sous silence, alors que toute une communauté de pro-scientifiques exigeait qu’on se penche sur l’élaboration de tels produits. Le projet fut alors commencé, mais rapidement rattrapé par les chiffres effrayant qui se déroulaient dans les divers journaux.
Des centaines, des milliers, puis des millions de personnes furent contaminées et dissoutes par le mal. La situation devint alors très précaire, car il n’y avait plus assez d’endroits pour se débarrasser des corps. Les cimetières avaient explosés, les morgues également. On emprunta des frigos professionnels pour entasser les morts, on investit des déchetteries pour concurrencer les foyers des funérarium dépassés, où brûlèrent un nombre incroyable de cadavres putrides et sales, que des équipes en combinaisons et masques à gaz venaient entasser dans les fours.
Malgré tous ces efforts, la situation devint rapidement ingérable. L’atmosphère de toute la planète était infectée au bout de deux semaines, et les simples masques en tissu ne suffirent plus. Une commande jamais égalée dans ce domaine fut alors passée chez les constructeurs de masques à gaz, qui ne furent pourtant pas arrangés financièrement par la situation. Les gouvernements avaient réquisitionnés les locaux de usines, et firent fonctionner non-stop la fabrication financée gratuitement, pour cause d’urgence internationale.
On commença la construction de bunkers stérilisés censés accueillir les populations saines, mais lorsque les premiers furent achevés, une unique petite partie de celles-ci purent s’y abriter, ce qui généra quelques vagues soulevant l’inégalité des chances en de violentes manifestations. Les politiques, ronchons face à l’exclusivité du besoin, cédèrent alors de nouveaux contrats, et les chantiers reprirent jusqu’à ce que la moitié de la planète puisse s’y entasser. Puis, on construisit des centres de tests, moins onéreux, dans lesquels chacun était convié à s’assurer du bon fonctionnement de son métabolisme.
Les morts ne cessèrent pas pour autant, et au fur et à mesure que s’entassaient les listes de disparus sur les bureaux des administrations, le monde découvrait que le danger était autrement plus réel qu’il n’avait pu l’imaginer.
A ce moment là, la panique embruma l’esprit des rescapés. La nourriture devint rapidement un des centres de la crise qui secoua le monde. Les ressources animales et végétales ne pouvaient se vanter, comme dans d’autres temps, de ne pas être contaminées. On chercha des solutions, et bientôt les bunkers furent utilisés pour l’élaboration de denrées alimentaires. Les boites de conserve furent donc pendant les premiers temps les seules moyens de se nourrir, étant les seuls produits garantissant une hygiène à toute épreuve. Ensuite, tout fut conditionné de la sorte, afin de prévenir tous les risques d’infection.
Peu à peu, les gens se terrèrent dans leurs abris, et le monde extérieur se retrouva à l’abandon, comme dans ce film avec Bruce Willis. Les bâtiments vides affichèrent des façades noircies par le temps, des vitres brisées et des portes enfoncées par quelques énergumènes à la recherche de richesses. Les rues désertes offraient quant à elles leur aspect que tout le monde connaissait, par les diverses œuvres cinématographiques qui avaient traité la fin du monde. Des centaines de véhicules abandonnés, parfois à même la route et les portes ouvertes, sillonnaient les parcours de bitume, que de jeunes pousses intrépides commençaient à percer. Les trottoirs également, étaient aussi vides que le Sahara. Les rares personnes que l’on trouvait dehors se rendaient au petit matin dans les centres de prévention, et revenaient illico se presser dans leurs abris. Pour le reste, on voyait régulièrement de gros véhicules approvisionner les centres de nourriture, et c’était tout.
Lorsque les morts se firent de moins en moins nombreux, on espéra arriver à la fin du problème. Les experts biologistes vinrent de nouveau avec leurs théories sur la part, impossible à effacer, de personnes qui s’adapteraient au mal, et on acclama leur savoir qui commençait à se vérifier. Ce ne fut pourtant pas encore le temps de retirer les masques et de respirer le grand air. Tout le monde craignait les autres théories avançant la volatilité du virus qui, selon toute logique, ne pouvait s’évaporer ainsi en quelques jours. On arma alors de détecteurs plusieurs équipes en combinaison, qui parcoururent les points importants avant de diagnostiquer le temps qu’il faudrait à l’atmosphère pour redevenir saine.
Pendant ce temps, l’humanité avait perdu plus de soixante pourcents de ses individus, en trois semaines seulement. On ne comptait plus les familles disloquées, les villes quasi désertes. Tout le monde avait, à sa manière, fait face à la mort, que ce soit en mourant tout simplement, ou par la multitude de connaissances qui avaient disparues. En d’autres temps, tout le monde aurait porté le noir du deuil. Ce n’était pourtant pas le cas, car ce n’était pas tel ou tel individu qu’il fallait pleurer, mais l’ensemble immense de décès tous agglomérés sur une partie du calendrier qui serait, elle, à noircir durant des siècles et des siècles à venir.

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Je ne me suis pas demandé pourquoi moi, j’avais survécu. Aurais-je vraiment pu, de toutes manières ? Aucun des chimistes ameutés sur le problème n’aurais pu examiner chaque personne et lui dire de quoi il en retournait. Les quelques arguments tentant d’expliquer le phénomène oscillait entre la simple robustesse physique et le coup de chance. La plupart des secteurs aujourd’hui stoppés avaient été contaminés en quelques jours, ce qui aurait également joué un rôle si je n’avais pas été du genre à prévoir mes ressources pour un mois d’avance. A la réflexion, il était peut-être probable que ce fut cela qui me sauva la vie, et pourtant je ne pouvais m’empêcher de cauchemarder à propos de contacts infectés. Des poignées de main douteuses hantaient mes rêves, ainsi que toute une cacophonie d’éternuements, de toussotements, de baisers infectés. Je me réveillais alors en pleine nuit, en sudation extrême, avec en mémoire des visages purulents ou des membres rougis. Je tentais alors de situer ce qui m’était arrivé la veille, cherchant d’une psychose malheureuse ce qui pourrait me terrasser.
Au fond, je commençais à perdre espoir, comme si la durée du cataclysme entaillait ma résistance, petit à petit. Un petit suspens que dame nature aurait bien pu éviter, et qui me mettait dans tous mes états. Cela survint surtout au bout des quelques premières semaines, quand la quiétude de mon assurance me lâcha. Les images des morts me revenaient en tête, et plus je les imaginais, plus je me sentais proche de les rejoindre. Je ne lésinais donc pas sur la sécurité, n’ôtant mon masque à gaz uniquement pour dormir, quelle que soit la sureté de l’endroit, ainsi que pour manger, par effet pratique. J’avais perdu l’appétit, à cause des ersatz de nourriture que l’ont nous servait. D’un sourire ironique, j’avais songé qu’enfin nous avions trouvé la solution contre l’obésité : manger de la merde. Mais bien sûr, c’était sans compter sur ces accros de la bouffe qui, au bout de quelques temps, s’étaient parfaitement adaptés au régime pseudo-artificiel que nous consommions. Comme on dit, on peut s’adapter à tout.

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La chute de mortalité avait beau avoir démarré assez tôt (quoique pas assez, selon l’avis publique), celle-ci resta pourtant à un rythme stable. De nouveaux symptômes montraient l’évolution de la maladie, et on en vint à craindre une superpuissance bactériologique qui nous anéantirait tous. Y’avait-il réellement une part d’espoir à garder ? Etait-on vraiment à l’abri du rendement cent pourcent du mal ? Personne ne le savait, et mêmes les scientifiques commençaient à douter. Peut-être que la vélocité d’adaptation du virus constituerait le fer de lance de notre disparition.
C’est pourquoi au bout du premier mois, une nouvelle peur s’installa chez le reste de la population. Les premiers à mourir n’avaient eu qu’à s’inquiéter de leur propre mort, alors que ceux qui allaient suivre vivaient avec la possibilité admise qu’il n’y aurait plus un seul survivant d’ici quelques temps. Certains artistes et autres journalistes ou écrivains se mirent en devoir de raconter l’histoire, de laisser une trace qui nous survivrait tous. Les politiques s’y mirent également, et ce fut alors un projet international qui vit le jour afin de clore les impayés. On révisa les encyclopédies, puis on rassembla tout ce qui constituait notre pouvoir. Les livres religieux prirent la première place, suivit des textes philosophiques. On y ajouta des photos, des vidéos, des chroniques, en bref, tout ce qui avait été notre fierté ou notre savoir se devait d’être répertorié.
Une fois que ce fut fait, chacun du million d’exemplaires de ce qu’on avait appelé l’Almanach Humain fut entreposé dans des lieux importants. On en retrouvait dans chaque capitale, dans les musées, les bibliothèques, les mairies, et identiquement dans certaines villes de provinces. Ces morceaux de notre histoire se devaient de traverser le temps jusqu’à ce qu’une forme de vie assez intelligente ait le pouvoir de s’approprier ce savoir. Tous étaient enfermés dans de larges coffres, et quand certains étaient imprimés sur du papier, d’autres avaient été numérisés et copiés sur divers support plus ou moins évolués.

Inconnu - sept 2013
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Re : Catastrophe - I
« Réponse #1 le: 29 Mai 2017 à 07:39:50 »
Salut Dot Quote, :)

Pas évident de s'attaquer aux premiers jalons d'un thriller relatant les conséquences d'une pandémie mondiale non maîtrisée. Au travers de la forme classique, fluide et agréable de ton texte, je trouve que tu t'en tires relativement bien. Ta première partie ne fait pas que propager un virus inconnu, elle répand également chez le lecteur le désir d'en savoir plus, et l'envie d'aller zieuter sur Google le prix des masques à gaz et des séjours en chambres stériles. Là encore, il est loin d'être aisé de trouver le bon équilibre entre le déroulement des généralités inhérentes à ce genre de récit catastrophe et la mise en branle d'un héros ou d'un anti-héros se trouvant catapulté du jour au lendemain dans la nouvelle urgence de sa vie, à savoir sa survie. Il y a mille façons d'entamer un bon prologue de thriller. À l'aune de ces diverses pistes intéressantes que tu proposes, mais qui me semblent un rien trop ramassées et éparpillées à mon goût, je pense qu'émotionnellement parlant tu as de quoi partir sur un effet de loupe pour élargir progressivement ta focale sur ces dites généralités de fatalité planétaire. Exemple : ton narrateur au désespoir hurle le nom de sa femme dans les rues d'un village, soulève des draps dans une morgue improvisée, demande à des voisins moribonds s'ils ne l'ont pas vu quelque part, et se fait éjecter manu militari de la zone infestée par les services sanitaires. Ou encore : les premiers poissons mortels furent ingérés par les habitants de petite île d'Okinawa réputée pour receler un nombre impressionnant de centenaires. La stupéfaction médiatique fut grande de voir tomber expressément comme des mouches ces êtres vénérables qui suivaient depuis des lustres, sans effort et à la lettre, cet adage d'Hippocrate : "Que ton aliment soit ton remède !", s'appuyant sur la médecine traditionnelle japonaise qui préconise de choisir ses mets en fonction de ses "blocages" énergétiques."
Cependant, loin de moi l'idée de tout chambouler dans ton texte. Ce ne sont là que propositions, gracieuses suggestions, qui pourraient renforcer quelque peu, je pense, son intérêt dramaturgique.
Je pratiquerai les piqûres de rappel de ton texte dès que postées. :)

Bien à toi !






« Modifié: 29 Mai 2017 à 07:46:55 par kokox »

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Re : Catastrophe - I
« Réponse #2 le: 10 Juin 2017 à 21:08:12 »
Mince Kokox, désolé de te répondre si tard ; j'ai trop trainé et oublié.

Heu en fait probablement parce que j'aurais bien du mal à retravailler cette antique production, et encore moins d'y réfléchir sereinement sans entrer en vrille infinie d'un moi passé dépassé trépassé.

C'était des débuts, je suis convaincu qu'ils piquent un peu le cerveau ^^

++ !

et merci pour ton com
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