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Le Monde de L'Écriture » Coin écriture » Textes courts (Modérateur: Claudius) » Sahib - Un conte du désert

Auteur Sujet: Sahib - Un conte du désert  (Lu 899 fois)

Hors ligne LoupLoup

  • Tabellion
  • Messages: 25
Sahib - Un conte du désert
« le: 16 avril 2017 à 16:07:16 »
     

Bonjour à tous,

Voici une histoire qui n'est encore qu'un brouillon !
Je sens bien qu'il y aurait beaucoup de choses à changer mais au stade où j'en suis, j'ai vraiment besoin d'un recul extérieur (... vous  ^^).
Dites-moi si la structure du texte tient la route... ou pas.

Bonne lecture




     Hier, Sahib a disparu. Nous sommes allés au marché ensemble. La foule était dense, la chaleur accablante ; le soleil tapait sur la terre ocre et aride. Derrière leurs étalages, les marchands criaient en arabe une myriade de prix et de produits. Un brouhaha continu emplissait l’air. Il y avait toutes sortes de choses étonnantes et belles. Une petite échoppe, au fond du marché, a attiré notre attention. Des dizaines d’abats jours circulaires pendaient au plafond. Ils étaient faits à la manière de vitraux, projetant d’étonnants éclats de lumière et de couleurs sur les murs, qui paraissaient devenir de gigantesques toiles abstraites. Plusieurs minutes après être sorti j’avais encore dans mon champ de vision de fluorescents éclats lumineux. 

     Au marché il y avait des femmes aussi. Elles étaient belles et intimidantes, avec leur démarche engagée et leurs longues robes légères et souples qui mettaient en valeur les ondulations de leur corps. Sahib les regardait beaucoup. Je lui ai demandé si elles lui donnaient envie et il a répondu en riant que tout le monde avait envie d’elles, et qu’elles ne venaient ici que pour ça, pour séduire un homme et en faire leur mari. Mais lui ne voulait pas se marier. Pas tout de suite, en tout cas. Il voulait devenir berger, comme son père et son grand-père avant lui. Partir dans les montagnes avec son troupeau. Là-bas il trouverait une jeune femme, comme lui, bergère ou peut-être laitière, alors seulement il l’épouserait et se marierait à son tour. Sahib me parla ensuite de la beauté des montagnes berbères, de leur caractère austère aussi, et comment il se souvenait que petit avec son grand-père la nuit dans les montagnes ils entendaient les loups hurler, et alors il fallait rassembler les bêtes en vitesse pour ne pas en retrouver qu’une patte ensanglantée, et comment les feuilles des arbustes changeaient de couleur selon la saison, et la forme des nuages lorsqu’un orage approchait, mais bientôt je perdis le fil. 

     En face de moi, derrière un étalage flamboyant d’oranges, une jeune fille avec un chapeau de paille me regardait fixement. Elle était particulièrement belle, et parfaitement immobile. Ses yeux étaient clairs et limpides. Elle ne devait pas avoir plus de 18 ans.

     Je ne savais pas ce qu’elle me voulait. J’étais tout aussi étonné qu’elle, si tant est qu’elle était étonnée. Je l’ai fixé, à mon tour, et notre regard s’est prolongé un instant. Je me suis demandé ce qu’elle cherchait en moi, et moi, ce que je cherchais en elle. Pendant une fraction de seconde, j’ai alors souhaité que notre échange silencieux ne prenne jamais fin et que nous restions là, à nous observer éternellement pendant qu’autour de nous le monde continuerait son cours et nous oublierait. Mais un pousse – pousse surchargé de denrées passa soudain devant mes yeux, et le temps que l’allée se libère, la jeune fille avait disparu.

     Sahib et moi avons ensuite continué nos déambulations dans l’odeur des hommes et des chèvres qui venaient de faire leur entrée au marché. Au détour d’une ruelle, nous nous sommes délectés d’un jus du fruit du dragon. La fraicheur de la boisson s’est répandue délicieusement dans nos corps en nous revigorant. Puis nous avons continué notre chemin et avons atteint la halle aux épices. Il y en avait de toutes les couleurs et de toutes les formes : des ocres, des vertes, des ambrées, des sombres, des longues, des légères, des biscornues... Elles étaient présentées sous forme de petits tas soigneusement formés, comme des pyramides dont on aurait poli le sommet.

     C’est alors qu’un incroyable tourbillon de sensations m’a assailli. Des centaines de souvenirs, des goûts de plats japonais, des paysages, la toundra Russe, le sel de la Manche, le vertige des grands vides me sont revenus en mémoire et je me suis perdu dans l’odeur des épices. J’étais absolument et parfaitement envouté.

     Lorsque j’ai retrouvé mes esprits, je me suis retourné dans tous les sens, j’ai questionné les gens, puis j’ai cherché, à gauche, à droite, dans les allées alentours, puis dans toute la halle, dans tout le marché, toute la ville. Mais Sahib avait disparu.

     Aujourd’hui, je retourne au marché. La foule est toujours aussi nombreuse. Je revois soudain la marchande d’oranges ; je l’admire un peu. Il me semble que son visage esquisse un sourire dans l’ombre complice de son chapeau de paille. Elle est toujours aussi belle, toujours aussi jeune, je crois, j’imagine. Mais je ne me souviens plus de la couleur de ses yeux. Je n’arrive pas à m’en souvenir. Cela m’échappe. Je cherche Sahib.

     Je le cherche d’un pas rapide et inquiet. Je me dis qu’il a du passé par là peut-être. Ou par ici. Les allées du marché sont encombrées d’épluchures d’oignons. C’est la saison. Ils sont arrivés par camion. Je redemande aux marchands s’ils n’ont pas vu un jeune homme, de taille moyenne, yeux sombres, cheveux sombres, teint bronzé, parlant arabe, habillé d’une tunique légère. Ils me disent que non. L’un d’entre eux me réplique qu’il a déjà répondu à mes questions hier. Un autre me dit d’un regard mauvais que si je cherche un arabe, je n’ai qu’à regarder autour de moi. Je lui réponds que je cherche Sahib.

     Je le cherche en regardant partout où je peux, et surtout aux endroits les plus improbables. J’investigue les échoppes les plus sombres et les plus louches, où des yeux espiègles surgissent soudain de l’ombre pour me toiser, moi et mes pièces au fond de mes poches. Je soulève les cagettes hors d’usage qui forment des tas aux abords du marché. Je marche dans tous les sens. Je suis écrasé de chaleur et dégoulinant de sueur. Je regarde même dans les camions d’oignons, dès que les marchands ont le dos tourné, j’y entre comme un bandit, un mouchoir recouvrant mon nez et une partie de mes yeux, et n’y trouve rien, si ce n’est des larmes artificielles qui n’apaisent pas ma peine. Je regarde dans les enclos des chèvres, aussi. Les bêtes affolées s’écartent à ma vue. Je retourne à la halle aux épices. Plus aucun sentiment ne m’assaille, si ce n’est le même empressement depuis que je cherche Sahib.

     Je le cherche, encore et encore, dans la moiteur des fruits et légumes, dans les cris des marchands, dans le ciel bleu et la terre rouge. Mais Sahib a disparu.

     Demain, je retournerais au marché. J’irai à nouveau voir les stands de riz et de haricots. Ils sont dans une partie du marché assez bien tenue, sous de belles et hautes arcades de pierre, à l’abris de la chaleur, non loin des jus du fruit du dragon si rafraichissants. Là-bas, les stands sont souvent tenus par les fils des marchands, lorsque ceux-ci vont prendre une pause au café, où ils y fument de la chicha tout en buvant un thé à la menthe. Ils connaitront sûrement un jeune du même âge qu’eux. J’attendrais donc l’heure où les fils prennent le relais des pères, et j’irais leur demander. Je leur ferais une description, je leur dirai qui est le Sahib que je cherche.

     Alors ils me répondront que Sahib est un nom commun dans le marché, mais qu’ils ont bien entendu parlé d’un Sahib, en effet, qui s’est fait embauché à la halle aux épices il y a deux jours, et que c’est sûrement le mien, c’est sûrement mon Sahib, oui, il n’y a pas de doute, c’est bien le Sahib que je cherche.

     J’irai donc aussitôt à la halle aux épices, et en entrant les épices m’évoqueront des souvenirs de rayons de soleil chassant la pluie et de plongeons rafraichissants à la fin d’une journée torride. Je demanderais aux passants qui ont l’air habitués si ils connaissent un Sahib, qui s’est fait embauché comme marchand ici même il y a deux jours, et ils me diront que cela leur dit quelque chose, en effet, mais qu’ils ne connaissent pas l’endroit exact où il travaille car la halle est grande. Mais ils me diront qu’il y a une personne dans ce marché qui connait tout et tout le monde, à droite à l’entrée de la halle, que cette personne est une vieille dame très gentille, que personne ne sait plus son âge car tous les gens qui le savaient sont morts, mais que dans tous les cas elle pourra m’indiquer où travaille le Sahib que je cherche.

     Alors j’irai voir cette dame le cœur léger, lévitant dans l’odeur embaumante des épices, et je la trouverais facilement, dans un coin près de l’entrée, si bien soigné que je n’avais pas osé y aller lors de mes recherches. Elle sera aussi gentille que ce que l’on m’aura décrit, et elle me dira sans plus attendre où est Sahib.

     Et j’irais le trouver aussitôt. Il n’aura pas eu le temps de grandir ni maigrir. Il sera fidèle à lui-même, fidèle au Sahib d’hier et d’aujourd’hui. Il aura un grand sourire en me voyant, et me demandera pardon de ne pas m’avoir prévenu, il pensait me faire la surprise du premier travail qu’il avait trouvé. Je lui dirai d’oublier toute cette histoire. Puis nous irons faire un tour dans le marché, de la halle aux épices aux stands de haricots en passant par l’enclos des chèvres, qui n’auront plus peur de nous. Et Sahib me fera faire un détour jusqu’à la marchande d’oranges, qui aura des yeux toujours aussi clairs et limpides, et j’irais goûter ses fruits à la lumière du soleil, juste devant son joli sourire, à l’ombre de son chapeau de paille.

Appuyez-vous sur les principes, ils finiront bien par céder. Oscar Wilde

Hors ligne Le nuage goéland

  • Troubadour
  • Messages: 339
Re : Sahib - Un conte du désert
« Réponse #1 le: 21 avril 2017 à 01:01:01 »
J'ai beaucoup aimé le texte. Pour moi la fin reste un peu énigmatique. Mais j'ai trouvé très convaincant le rendu de ce parcours un peu labyrinthique à travers les sensations multiples de ce marché. Je trouve que le texte est en effet très axé sur les sensations, les goûts, les lumières, la notation de la beauté de cette réalité en font quelque chose de très visuel, très parlant, même si effectivement, la structure temporelle n'est pas évidente à la première lecture. Faut-il trouver un moyen de renseigner, par moments, un peu plus le lecteur sans détruire la minutie du texte qui est subtile ? Je ne sais pas. Les moyens qui me viennent spontanément à l'esprit seraient d'aérer un peu la description, sans la briser, au moyen de petites phrases de monologues bien dosées du personnage principal. Un peu comme la formulation de sa pensée ou de ce qu'il ressent. Sans que cela soit redondant par rapport à ce qui est déjà décrit mais complémentaire. Ou encore faire des espacements pour marquer des articulations mais le texte est bref. Enfin pour le style, à mes yeux, tout est déjà en place. Mais il est vrai qu'à certains endroits il y a la possibilité, peut-être de contracter, tailler un peu dans les adjectifs. Avec quelques efforts allant dans le sens de la clarification et de petits allègements, ce texte confirmerait effectivement un excellent potentiel. 

Hors ligne LoupLoup

  • Tabellion
  • Messages: 25
Re : Sahib - Un conte du désert
« Réponse #2 le: 24 avril 2017 à 18:47:02 »
Merci à vous deux pour vos deux réponses complètes et utiles.
Je n'ai malheureusement pas le temps en ce moment pour reprendre ce texte et vous répondre plus en détails, mais cela viendra, dès que possible !

À bientôt pour une seconde version donc

LoupLoup
Appuyez-vous sur les principes, ils finiront bien par céder. Oscar Wilde

 


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