Le Monde de L'Écriture – Forum d'entraide littéraire

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Le Monde de L'Écriture » Coin écriture » Textes courts (Modérateur: Claudius) » Aube de Primtemps

Auteur Sujet: Aube de Primtemps  (Lu 974 fois)

Hors ligne Nacas

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Aube de Primtemps
« le: 13 Mars 2017 à 20:34:20 »
Il fait brume, dehors. Mon sac posé à mes pieds, entre mes deux genoux, et le dossier gris. Les trains de nos jours mentent. Ils passent toutes les demi-heures, mais sont peu fiables, retors, ils ne tendent plus la terre, ils ont coupé la fumée noire qu’ils brandissaient, à une autre époque, ils persiflent leurs vapeurs d’essences, infectes ; les trains d’aujourd’hui sont sales, de couleurs rances écrasée en lettres dépravées. Les trains d’aujourd’hui n’ont plus d’honneur, plus de noblesse. Les trains de nos jours n’ont plus de gloire.

Le train de ce matin semble venir d’un autre temps. Un temps vénérable, où les sièges y sont tous en rangs d’oignon dans le même sens, de la marche, où les fauteuils ne s’acoquinent pas par quatre deux à deux et l’abject inconnu en face ; et où les taies d’un rouge cramoisi ne sont pas affadies de soleil. On est installés, et le décor donne un peu le change à l’habitude. Je m’accoude à la fenêtre sans rebord et songe un peu la matinée nocturne, sans trop guetter les parois, mais je n’ai plus envie de garder mes yeux fermés. J’ai l’air endormi. Je n’ai pas eu le temps de me doucher, en sortant du lit, alors je me sens légèrement crasseux, je capte par intermittence l’odeur que je prolifère. Je sens la bouffe, on dirait un sachet de raviolis. Un homme cherche une place, s’assied à côté de moi, à ma gauche.

   De près nous devons avoir le même âge. Il me regarde, sourit et, le buste dressé, se contente de garder les paupières à-demi closes devant lui. Je fais pas trop gaffe, mais je crois que j’aime bien mon voisin de trajet ; il a l’air d’un chouette type. Ça se remarque d’un œil, n’a pas forcément valeur de constat, mais c’est toujours confortant de se sentir entre de bonnes gens. Cela varie des habituels aigris, des aigries. C’est troublant de savoir combien les vieilles peuvent se montrer si laides ; et elles envahissent les trains. Je ne leur demande pas de sourire, je sais bien que à force les joues s’usent, que cela peut en devenir crispant ; mais non, je leur demande simplement de paraître supportable. Ce que je reproche aux bonnes femmes, ridées ou pas, c’est ce genre de lueur d’authentique mauvaise foi aux creux leurs cernes. Comme des imbéciles qui, se pensant poussées à la noblesse par quelques forces ineffables, écartelées de veulerie et de ganacherie, se résumaient à une haute estime d’elles-mêmes. ‘Elles’, parce que la gent masculine se contente souvent de benêts belliqueux pour représentants, à qui je ne demande plus rien, parce que j’y ai renoncé. L’homme qui est à mes côtés dégage une prestance, une prestance vivifiante.

   Le train démarre, l’arrêt a suffisamment duré maintenant. Assurément cette rame est bien peu commune, et tant ses bruits que ses remous paraissent insolites. Ses roues s’actionnent et crissent en cadence rythmée, et leurs secousses sont régulières, résolues. Elles me rappellent les trains qui n’existent plus, les trains vénérables et en même temps si fiers, grands, d’avoir été un jour les plus grandes inventions d’un monde perdu. Ce train, on dirait un train à vapeur, un train d’huile sur toile, on dirait un train de jeux-vidéo. Ce train a une ambiance, et j’aime avec quelle aisance il m’emporte au-travers du brouillard de Janvier. J’ai la musique dans mes oreilles, et cela me rend tout tranquille. Monsieur à ma droite et moi-même sommes faits pour nous entendre. Explosions in the Sky: The Earth Is Not a Cold Dead Place. J’ai mangé, les céréales se tassent en ma panse ; la pâte mouillée s’apprête à se digérer.

   Nous ne marquons pas l’arrêt habituel, Pauvrepau, à partir duquel les compartiments se remplissent d’ordinaire pour de bon. Non passons le quai, l’air se pousse, et les derniers prétendants mettent bas à quelques outrages dans leurs yeux. Bon vent, pédestres. Nous sommes déjà nombreux, dans ce train ; marchez, injuriez, appelez ! Pensez à moi, pensez à votre laideur, pensez que seuls nous serons mieux coupés de vous ; réjouissez-vous. Réjouissez-vous, bon sang ; le destin vous offre une incartade, ne vomissez pas dans sa main, vils escrocs, ne dévidez pas votre bile vaseuse, votre frustration stupide dans ses manches… Vous êtes responsables, vous entendez ! Vous êtes les seuls responsables de votre médiocrité. Vous êtes les seuls responsables de votre médiocrité. Alors grandissez ; ne dégobillez pas votre frustration sur le pavé… Devenez grands, ou crevez.

L’horizon file à bonne allure, à très bonne allure. Les lumières au loin défilent en cloche, à cause de la courbure du vitrage, elles sont bien visibles, cerclée du noir de la nuit longue ; c’est l’hiver. Ainsi notre chauffeur s’est vu pris de fougue. Qu’il fonce, qu’il n’hésite pas une seconde, qu’il nous emporte, et à pleine vitesse s’il s’en sent la plaisance. Je n’ai que faire des gens qu’il laisse sur le quai ; ils ne me concernent plus.

J’aime ce train, et cela de plus en plus, son décor, ses manières, son bagout maintenant ; alors qu’il fonce, qu’il vole. Qu’il ne prenne pas non plus la peine de freiner au lycée ; j’en suis las. Je suis las de cette vie insipide et inodore, j’ai cruellement besoin de ce genre de brins de fantaisie. « Je me nourris de moi-même, mais me repais de l’Audace. » J’y pense, mais mine de rien je risque d’avoir faim. Le bol alimentaire s’effondre bien vite ; je ferai mon prochain repas plus consistant.


« Faim ?
-   Il faut avouer. Ce n’est pourtant pas faute de nourriture.
-   Epsilon, enchantements.
-   Ravissement. »

Mon compagnon me tend une paume amène, je la serre avec approbation : il est toujours heureuse surprise de se retrouver sous les traits d’autrui. Il a une chevelure tigrée châtain, mi longue mais j’ai coupé la mienne il y a quelques semaines, nous avons le même entrain, la même lumière, la manière de bousculer le quidam pour le plaisir de découvrir. C’est effrayant combien les quidams semblent oublier le plaisir. J’aime bien ses yeux, ils sont tamisés de facétie, ils s’illuminent de subtilité, et ils ont la bonhomie exquise de se clore en bonne compagnie.

« Noxe.
-   Doux nom s’il en est.
-   N’est-il pas ?
-   Oh, oui il l’est. »

J’hésite mais je lui donne ce nom, décomplexé : je suis Noxe au moins autant que moi-même, et je suis un enfant ; mais aujourd’hui je ne suis pas un enfant. Aujourd’hui je suis Noxe, et Epsilon. J’ai la sensation que mon estomac s’est creusé et commence à gronder.

   Quelques minutes passent, nous n’avons pas freiné mon arrêt et la végétation défile dans la brume. Epsilon prend une grande respiration, profonde, se tourne vers moi, se prépare à parler. Avec une solennité irréprochable il encoche ses mots, les yeux droits dans les miens. Un sérieux piqueté d’une émotion étrange, entre la verve et l’emprunt.

   « Noxe, Noxe… Que penser du monde ? Ce quotidien, les gens, tous ces gens, et les horaires. Ce décor qui fait se lever lorsque j’ai encore sommeil, qui jette au lit lorsque j’ai faim de vie, alors qu’il laisse dépérir toute la journée durant. Cette accumulation de connaissances, nourricière d’elle-même, à durée déterminée, ce bouquin énorme et mal écrit que l’on te charge d’apprendre par cœur, qui ne manque même pas du culot de se prétendre primordial. Le culot de n’avoir pour but que de te faire survivre en elle pour t’intégrer ensuite, rigoureusement de la même manière qu’elle ingère tous les autres. Tous les autres, qui crient que chacun d’entre eux diffère de son voisin. Cette torpeur des masses ineptes, qui ne veulent pas d’une vie mais qui sont placées froidement au pied du mur de leur âme, en étau entre leur instinct de survie, et la presse hydraulique. Que penses-tu du vide ? du vide qui pèse, du monde exsangue, son vide laid, son surpeuplement ? Cette impression avide de savoir que n’a été prévue aucune échappatoire, que chaque, chacune de toutes les alternatives a été naturellement éradiquée. Que te fait l’idée que tout, jusqu’à la plus petite parcelle, a été expugné ? Que les seules découvertes qui restent à l’Histoire ne concernent plus que les domaines dont l’usage te sera à jamais et irrémédiablement refusé ? »

Je me fais prendre au jeu. Répudiée la honte, renvoyée la sotte raison, les conventions sacrées bordées de ridicule, il m’invite en se livrant à m’épancher. Sa voix se module de graves, douce et gronde, elle m’invite à m’accorder. Je me sens pétiller.

   « Que cela te fait-il, Epsilon, que de te prendre à songer à ce qui restera de toi, lorsque tu ne seras plus là pour exister ? Dis-moi, Epsilon, ce que tu ressens, lorsque la réalité tinte si creuse que tu es obligé de livrer toutes tes forces, et toute ton âme pour lui octroyer un sens ; que cela ne t’empoisonne pas, de voir tous ces individus, toutes ces copies stupides qui sont une infinité, des milliers, comme un crachat dans le flot terne à crever de l’humanité ! Dis-moi ce que cela te fait, de t’agripper les membres en jurant qu’ils ne sont qu’un entrelacs d’os et de gras, et que cela, cela même, cette déclaration atroce, n’a aucune forme d’importance. Dis-moi, Epsilon, ce que tu ressens quand tu es spolié de ton souffle, et que tu t’écoules d’aval en amont en hurlant que ceux qui t’obligent te mentent, se mentent, violent le vrai, la vie et la honte.

- Une brèche. Une brèche, Noxe. Une brèche de laquelle la vertu s’écoule, par laquelle tout s’affadit. Une fadeur qui eût été totale sans les bourrasques que je m’évertue à frapper chaque jour, chaque seconde et chaque heure. Ce monde, il est une brèche de fadeur. Aveulissante, frigorifiante, qui m’enveloppe et dans laquelle seule ma chaleur peut me chauffer ; mais ma chaleur s’enfuit, Noxe, elle me quitte, chaque graine de chaleur dont j’irradie me quitte à jamais. Je ne veux pas faire partie de ce monde, Noxe. Je ne peux pas l’intégrer, cette survie, Noxe. Ni toi, ni moi, et nous le savons bien. »

Epsilon reprend son souffle, il me détaille, avec une intensité, une sorte de halo de défi entre les iris. Il hoche la tête, une fois, et il lève avec lui une détermination sauvage, une promesse de représailles, un allié.

   « C’est décidé, alors c’est d’accord, soyeux Noxe : nous allons le faire. Ce monde n’a plus besoin de changer, c’est trop tard, ce monde a déjà trop de citoyens, trop d’espèces de dégénérés ; ce monde a perdu son espoir. Viens avec moi. Viens, on va retrouver la fantaisie qui nous a été arrachée. Je m’en vais ; je t’emmène. Crois-moi bien, je t’emporte, loin de tout cela, et plus fort : Hors de Cela. Ce train va s’accélérer, encore et encore, et nous serons à son bord, et enfin toute l’absurdité sera balayée. On va vivre, tu entends Noxe ; on va enfin pouvoir se rassasier. »

Je n’ai plus à dire, mon esprit se tarit de mimiques, je sens mes tripes remuer, s’emballer d’un immense élan… J’ai envie d’y croire, absolument. Il faut s’enfuir, il n’y a pas d’autre solution.
Comme une houle prodigieuse, qui m’entraîne brusquement ; là, directement au cœur.

« Il va faire faim. »

Il va faire monstre.

   La piste change, et la musique fuse tout à coup. Mon voisin se détourne vers moi, et sourit, en me rendant complice si fort que j’ai l’impression d’éprouver sa propre joie.

« Voilà, alors la fin ! Présentable, mesurée, nôtre, la Tonitruante ! »

Il a crié, fort, braillé avec fougue, et les gens se tournent vers nous. Ainsi, au même moment, mon ventre gronde. Mon ventre gronde comme rarement il a grondé. Les yeux s’écarquillent, les ventres grondent tous, en cœur, ils appellent, impératifs, et une ombre bestiale s’immisce dans les regards des passagers. Le wagon entier tremble, du son du cor, multiple. Le son des corps. La chasse peut commencer.

Les estomacs désemplissent, effroyablement, mon ventre se creuse, je geins, ma panse se vide, ses contenus liquéfiés, évaporés ; et cela poursuit, encore plus fort. Je me vide, les sucs deviennent agressifs, je me sens saisi, droit aux viscères, d’une douleur interne. Epsilon ne s’encaisse pas, à ma droite, son expression se durcit, sa peau brunit…

« La voilà… La Faim… »
Celle qui consume, celle qui ronge, la faim qui devient plus que désir, qui mobilise pour de bon l’organisme, qui indexe toutes les fibres à son assouvissement. Parce que l’estomac ne s’empêchera pas de s’auto-digérer. Les sucs s’acidifient, ils pourront bientôt le corroder… Manger, manger ou je vais m’éteindre. Je refuse. Je refuse ! J’ai faim, je ne veux pas m’éteindre. Surtout pas.
Je ne m’éteindrai pas ; vous m’entendez, je ne m’éteindrai pas !

   Le premier cri éructe, je mords la chair, sans réfléchir, boule d’instinct. Je mords, je croque et j’enfonce, c’est un raz-de-marée de vitalité. Une énergie colossale, une excitation, en ébullition au contrôle de tous les muscles, qui scintillent de milliers de picotements.

J’ai quitté mon siège, je suis sur la rangée de devant, les gens s’entredévorent autour, ça crie, hurle, gicle ; plus un demeuré pour s’indigner immobile, c’est agréable… J’ai apaisé le mien d’une clef de bras sous la nuque et d’un coup sec, je laboure la viande de mes nouveaux crocs. La faim se réduit un peu ; l’appétence s’étend d’autant. L’Appétence gouverne à nouveau. L’audace.

   Rapidement je redeviens maître de moi, reprends peu à peu conscience. Je crois. Je me sens comme en rêve, avec ce flou capiteux de perceptions, cette gestuelle de cœur, cet élan de liberté… Mais quelque chose diffère. Ce n’est pas la netteté des cris, qui fleurissent tout autour, non, ceux-là sont interceptés avant, par le caillot de sangs coagulés dans mes oreilles. La barbaque une texture chaude, palpitante entre mes mâchoires. Je ne regarde pas autour, je me contente du morceau de membre, l’avidité a déjà disqualifié moult participants. Il règne aussi ce climat de confusion, de frottement qui s’étire, tout proche mais négligeable. Et un sentiment d’omnipotence grisée d’invincibilité… On lutte, on hoquette, on nourrit, on me nourrit. Mais ce n’est pas un rêve, non. Cela ne peut être un rêve : j’ai bien trop conscience de moi-même. Cette sensation de sang qui pulse dans mes veines, mes jambes repliées et mon buste relevé. L’extérieur vaut bien un rapide coup d’œil.

   Je suis vers l’avant du wagon, debout pataugeant dans une grande flaque de sang que quelques cadavres à dépecer continuent d’emplir. Les gens marquent une pause autour, bectent tous quelque chose, qui un pied, probablement un vieux fantasme refoulé, qui son propre bras, ses larmes de douleur entre les dents. N’ayez crainte, jeunes gens : Darwin assure. Pas d’Epsilon dans mon champ de vision, je ne m’inquiète pas : il avait l’air de bougrement bien maîtriser son sujet, le drôle. Mais c’est parti pour s’épiner. Les ensanglantés se prennent de convulsions, tous encore en cœur. Une formidable poche de fluides semble éclater sous le choc, dans mon abdomen. Mes digues explosent ; le poing de mon compagnon absorbe tout. Bien trop vite. Absorbe tout. J’ai un vertige, les repères bougent, et je vois trouble.

« À moi, je prends cette passe, repose-toi, subsiste ; tu me revaudras ça… »

   Mon fessier vient tremper au sol, mes bras tombent sur mes cuisses. Je sens mon corps pris d’apathie, comme si je ne le contrôlais plus, comme si j’en avait abandonné son commandement, à la voix chuchoteuse. Mes yeux grand ouverts je vois la crinière châtain envahir la vue, qui se brouille. Il y a quelqu’un, sur le pas de ma porte. Il dit « Bonjour, » qu’il s’installe un peu. Tout devient tout blanc, tout diffus, et puis par intermittence je reçois quelques informations de mon corps, puis la voix de la silhouette qui me dit de me rassurer, qu’elle a tout en main, que je peux me reposer.

   Des crocs grillent les gencives, dans une idée moindre d’un geyser bouillonnant. Trois griffes sous chaque paire d’ongles, longues, tranchantes, fournies de force par des articulations vrillées. Le premier malvenu assaillit, en hurlant, des poils lui ont mangé des parts de face ; il s’empale sur une pointe, s’émiette en lambeaux, hurle, gargouille. Et deux autres vocifèrent, s’étripent, a renfort de cornes, de mandibules claquetantes. Dans le dos un corps assis, vivant, protégé, dont la présence est ainsi assurée et tout transi d’indolence.

Prends confiance, apaise-toi, laisse-toi palper par le neuf, apprivoise…


La peau colmate, durcit ; la rage revient mais ne vainc pas. Le train accélère et le temps aussi. Bientôt sera fermé le festin, rendus les rêveurs aux leurs… Bientôt la frontière sera franchie ; pourra germer la vraie vie. Enfin.

   Un gros nuisible surgit. Les muscles vrombissent, le torse se propulse ; les crocs engloutissent la venaison, l’entament. La chitine affûte l’émail ; le venin éprouve le Golgoth. Ça renâcle fort, ça se fouette les nerfs et une frappe est décochée. En pleine gueule. Au suivant. Les belligérants agonisent, chacun dans leurs sangs, le cannibale s’est rassasié, ses yeux roulent puis il vient s’écraser. Y’a plus de suivant. Y’a plus de survivants. Alors c’est fini, on y est, une dernière incartade et nous serons libérés…

Alors la peau détend, le corps revient, se partage ; le mouvement fait une embardée…
   …





   Je suis soutenu par ce qu’il reste d’une vitre brisée ; la brume a disparu, le ciel tape dans ma rétine… J’ai la tête à l’envers, fracassée dans de l’herbe maculée, la terre, une forêt. Les arbres sont grands, les arbres sont titanesques. Le calme est serein, la lumière baignée de verdure ; un wagon de train est renversé sur le flanc.

Je sens tout le bas de mon corps collant, embourbé, collé d’un grand papier sulfuré agglutiné ; je fourmille de milliers de sensations étranges, une proprioception toute bouleversée…
Une silhouette s’approche de moi, se dessine sur un halo blanc. Elle a l’air de quelqu’un de bien.

Le wagon a quitté ses rails. Pour toujours désormais. Et je sens une sorte d’infime, enfouie, endormie pulsation…

C’est la plus belle forêt à laquelle il m’ait été donné de prendre part.
« Modifié: 30 Janvier 2018 à 01:03:26 par Nacas »
Les restaurants sont à tous les étages au sommet de la pyramide sociale.

Hors ligne NyuAka

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Re : Aube de Primtemps
« Réponse #1 le: 14 Mars 2017 à 00:19:59 »
Je viens de lire ton texte en entier dans une atmosphère purement lovecraftien, c'était assez incroyable.
La seule inflexion que j'aurais à faire est également ce qui rend ton texte fort: ta description.
On ressent le sentiment (ou plutôt le ressentiment) de ton personnage comme la notre, ce qui nous propulse dans ce wagon.
Mais cela rend également la compréhension de certains passages ardus, et je suis actuellement en train de me demander si ce n'est pas fait exprès. Nous sommes perdus, mais qui ne le serait pas.
En tout cas, j'ai vraiment beaucoup apprécié, ça me donne presque envie de relire Kafka, parce que c'est lui que je vois à travers ton texte.
Je serais ravie de lire d'autre de tes œuvres.
Bien à toi.
Voilà l'orient, et Juliette est le soleil !

Hors ligne Nacas

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  • Dragon d'Æncre
Re : Aube de Primtemps
« Réponse #2 le: 15 Mars 2017 à 06:52:21 »
Merci, NyuAka, de ta lecture et de l'éloge.

Je porte pourtant la tare de n'avoir jamais lu Lovecraft, et ce même malgré qu'il m'arrive de maîtriser des Appels de Cthulhu ; si ce n'est pas dommage.
À ma décharge je lis très lentement, et ai bien oeu de la volonté qui me garderait de ma fainéantise.
Je ne connais de Kafka que la Métamorphose, parce que le titre m'avait aguiché, et Kaneki, aussi. J'avais aimé le noir de l'histoire, beaucoup. J'ai trop peu l'habitude de lire ce genre de choses, et je lis tellement peu...

Il me semble que ce forum est ainsi conçu que quelques intuitifs hyperliens mènent aiséement le lecteur vers son objet de convoitise. Ce texte n''est pas le premier que je poste là.


Merci à toi,
Nacas.
Les restaurants sont à tous les étages au sommet de la pyramide sociale.

 


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