Rrmm... Ce n'est pas très constructif, comme commentaire, mais bon...
Mais si, ça l'est ! Tout commentaire, dès lors qu'il renseigne sur ce qu'a pensé le lecteur, est constructif ! Et le tien me fait très plaisir

Matt --> Certes... Mais c'est pas très bon signe sur l'intérêt de cette histoire, lol.
Kathya --> Soit ! J'enlèverai le "certains" ! Le lecteur est roi...

Bon ben voilà, suite et fin... Je remercie ceux qui l'ont suivie en entier (et ceux qui n'en ont lu qu'un bout aussi ^ ^)... La fin ne me satisfait pas trop, je la changerai peut-être... Woilà.
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Autour du monticule rocheux sur lequel était juché le château, la plaine s’étendait à l’horizon, dans les tons jaunes et chauds des champs avant les moissons. Jusqu’à ce que la jeune femme ne le relève, je n’avais jamais remarqué que ce paysage vierge de forêts et de routes était peu habituel – il est vrai que passer à travers champs avec nos machines de guerre m’avait toujours paru une étrange stratégie. Je l’avais suppliée de m’accompagner à nos pourparlers. Elle avait d’abord refusé, arguant qu’elle avait rempli son rôle et qu’elle avait hâte de tirer sa révérence dans cette « histoire de fous à lier avec des chaînes inoxydables ». Elle m’avait relaté ses manœuvres pour atteindre le donjon ainsi que cette amnésie qui la rongeait. J’avais prêté une oreille attentive à ses déboires, et après son récit aussi tragique qu’émouvant, j’avais répondu :
- Ah oui ? Bon… Alors, vous m’accompagnez ?
Elle avait soupiré comme si je lui demandais de s’arracher un œil, puis elle avait fini par accepter. Elle sentait que je n’étais pas à la hauteur du rôle qui m’était échu.
Et nous nous tenions à présent à cent pas du pont dormant, moi en avant, elle à en retrait, et à l’arrière, cinq de nos plus valeureux soldats – les seuls à tenir debout, en vérité. En face, se dressait un pavillon bleu sombre encadré de gardes. Les chevaux paissaient à l’écart, se remettant de leurs efforts. Nous étions en retard – comment aurions nous pu être à l’heure ? L’ennemi avait détruit notre clocher, et il n’y avait plus personne pour sonner les vêpres.
Enfin, la tenture du pavillon s’écarta, et parut un homme d’une cinquantaine d’années à la barbe poivre et sel. Il s’avança dans notre direction, escorté de deux gaillards dont la main semblait cousue à la garde de leurs dagues. Arrivé face à moi, il renifla, dubitatif. Mon aspect ne soutenait pas la comparaison avec son riche pourpoint de velours bordeaux, mais je tentai de me rattraper par un air déterminé.
- Vous affirmez être le seigneur d’Herbault ? lâcha-t-il d’un timbre rocailleux.
- Oui ! – ma voix prit malencontreusement la gamme des pinsons et des canaris.
- Des informateurs me disent le contraire, poursuivit-il. Prouvez-le !
Je tirai notre espèce de testament de ma manche, et le déposai entre les doigts du seigneur de Groma. Il le déroula avec une lenteur désarmante et le parcourut des yeux. Il n’avait pas sourcillé à la lecture du titre – ouf.
- Bien, conclut-il en me le rendant. Je vous crois. La rumeur circulait que votre père entretenait un enfant illégitime depuis bien longtemps. Qu’importe ! Son sang coule dans vos veines, et vous devrez le verser à mes pieds !
Ouille. Les choses ne prenaient pas le tour que m’avait promis la jeune femme. Je l’aperçus se mordre nerveusement les lèvres. L’envie de la pousser en avant en m’écriant : « c’est pas moi, c’est elle ! » me traversa furtivement l’esprit. Mon silence s’éternisa. Nous étions arrivés à une impasse.
- Seigneur ? m’appela-t-elle alors d’un ton plus réservé qu’à l’ordinaire.
- Oui ?
- Puis-je m’exprimer ?
- Oh, oui ! Oui, oui, allez-y ! Je vous y autorise ! N’hésitez pas !
Elle me rejoignit en face du seigneur de Groma.
- Si je puis me permettre, Votre Magnificence… pourquoi voulez-vous tuer mon maître ?
- C’est inscrit dans la prophétie. Son sang devra être versé pour guérir ma fille unique.
Ce à quoi elle répondit respectueusement :
- Oh purée, une prophétie, c’est de la triche, ça.
Je me raclai la gorge pour lui rappeler que, si elle n’était plus l’héroïne, elle pouvait encore provoquer quelques catastrophes. Fort heureusement, elle se ressaisit.
- La prophétie mentionne-t-elle explicitement que le seigneur d’Herbault doit mourir ? s’enquit-elle.
- Son sang doit être versé aux pieds de mon innocente enfant. C’est la seule condition de sa rémission. Ainsi a parlé la Fée Blanche.
- Versé ? C’est bien cela ? insista-t-elle, sans réaliser que chaque évocation de mon sort à venir me donnait l’envie de prendre mes jambes à mon cou en agitant les bras.
J’étais un soldat. Je n’avais pas peur d’obéir aux injonctions, de me battre et de souffrir, de donner ma vie pour mon général s’il le fallait. Mais se faire exécuter, seul, pour les beaux yeux d’une princesse grippée, cela m’envahissait d’une peur incontrôlable.
- Versé, oui ! s’impatienta le seigneur de Groma. Votre Grandeur, acceptez-vous la reddition – histoire que j’épargne le reste de votre cour – ou dois-je massacrer tout le monde et me récolter une pénitence et des Ave Maria à n’en plus finir pour expier mes fautes ?
- Ça, cher auteur, c’était d’une poésie ! murmura la jeune fille avec dédain en aparté.
Elle glissa soudain dans une flaque de boue et se rétablit
in extremis. Nous ne relevâmes pas l’incident. Puis, à haute voix, elle ajouta :
- Personne ne va massacrer personne, ni réciter quoi que ce soit. Le seigneur d’Herbaudt peut très bien verser son sang sans en mourir. La quantité n’est pas précisée, si ? Bon alors, approchez, Votre Grâce.
Je m’exécutai et lui abandonnai ma main… et mon poignard. Non, cela ne pouvait pas être aussi simple ? Mon regard croisa celui du seigneur de Groma, et je fus certain que la même pensée l’avait traversé.
- Faites venir votre fille, Votre… heu… Radieuse Bonté.
L’on fit sortir du pavillon une chaise à porteurs brodée de perles. Lorsque la couche de la princesse fut à notre niveau, on écarta les tentures moirées, dévoilant le visage angélique d’une magnifique jeune personne endormie. Ses longs cheveux d’or ondoyaient sur un oreiller immaculé, une mèche abandonnée sur ses joues de porcelaines contrastait avec ses lèvres corail. Ses paupières étaient rabattues sur de longs cils soyeux, laissant présager la splendeur de ses yeux. Elle incarnait la Beauté endormie.
- Allez hop, j’ai pas que ça à faire, maugréa ma jeune fille blonde à moi.
Sans prévenir, elle enfonça la lame dans la paume de ma main et pressa sur la plaie pour la faire saigner. Je crispai les mâchoires sous la morsure du fer, mais ce ne fut qu’une broutille à côté des multiples blessures que mon métier m’avait apportées. Une goutte rouge carmin ruissela sur mon poignet, et tomba au sol sur un épi de blé. Nous retînmes tous notre souffle, aspirés dans la contemplation de la princesse agonisante.
Princesse qui continua d’agoniser en silence, sans la moindre réaction.
- Subterfuge inutile ! s’écria le seigneur de Groma, belliqueux. Votre Altesse doit mourir !
- Votre prophétie est fausse ! contrattaquai-je, prêt à tirer mon épée et à défendre mon ma vie au péril de ma vie – concept surprenant mais non dénué de logique.
- Taisez-vous, les gars ! nous coupa la jeune femme. La prophétie dit que le sang doit couler
aux pieds de la princesse, non ? Venez par ici.
Elle m’entraîna au-dessus des chevilles de l’endormie, et pressa encore sur l’entaille. Une deuxième goutte perla, scintillant dans le soleil couchant. Elle trouva son chemin plus facilement que la première, et tomba sur les draps avec grâce.
Ce fut comme un enchantement. Les narines de la princesse frémirent, son corps remua faiblement, puis elle bailla avec vigueur et ouvrit ses mirifiques yeux bleu marine.
- Père ! bredouilla-t-elle d’une voix fluette.
- Oh, mon enfant, mon cher ange ! sanglota le seigneur de Groma en se jetant à son chevet pour la serrer dans ses bras.
Je poussai un soupir de soulagement, imité par ma sauveuse. A partir de là, tout ne fut plus autour de nous qu’exclamations exaltées et cris de liesse. Un miracle venait de se produire, l’innocence revivait, la lignée des Groma était sauvée ! Les gardes adverses semblaient partager l’enthousiasme de leur seigneur, entre accolades et rires enjoués.
Laissant père et fille à leurs retrouvailles, nous retournâmes auprès de nos soldats. L’affaire n’était pas terminée, mais il me semblait sincèrement que l’homme allait nous laisser en paix. Ainsi, j’étais bien le fils du seigneur d’Herbaudt ! J’en doutais encore fortement, lorsque mon sang avait jailli de ma peau. Et pourtant, c’était vrai ! Un prince, j’étais donc un prince… J’administrai une tape sur l’épaule d’Aldred qui me sourit, radieux. Nous n’allions pas mourir aujourd’hui !
- Votre Magnificence ? me rappela le seigneur de Groma.
D’accord :
ils n’allaient pas mourir aujourd’hui. Pour ma part, les choses étaient plus fluctuantes.
- Oui ? demandai-je prudemment.
- Vous possédez dorénavant ce château, les terres environnantes, et des domaines dispersés dans le royaume, n’est-ce pas ?
- Oui, confirmai-je, tout disposé à les lui céder s’il insistait un peu – par exemple en me menaçant de me tuer…
- Ma fille est mon unique héritière. Nos terres jouxtent fort souvent les vôtres. Ce serait profitable à chacun si, en remerciement de votre grandeur d’âme et de votre abnégation pour sauver mon enfant, vous acceptiez sa main.
- Désolé, dis-je tendrement, mais mon cœur bat pour une autre.
Je me tournai vers ma blondinette énergique qui semblait rayonner en cette fin de journée. Non, pas pour elle : ma femme s’appelait Liane et nous avions deux gosses adorables.
- Je ne sais pas comment tu as fait, mais merci, lui dis-je du fond de mon âme.
Elle balaya l’affaire d’un geste de la main.
- Oh, vous savez, j’ai été héroïne, je sais ce que c’est. Vous devriez rentrer au château. Vos gens vont avoir besoin de vous. Vous avez beaucoup à reconstruire.
- Tu ne nous accompagnes pas ?
- J’ai déjà donné ! s’exclama-t-elle, mi-rieuse, mi-rancunière. Je pense que je vais plutôt partir à l’aventure (Elle désigna vaguement la campagne environnante). Histoire de m’inventer un avenir, puisque visiblement, je n’aurai pas de passé…
Je ne sus un moment que répondre. Tant de choses avaient changé en si peu de temps… Le seigneur de Groma faisait à présent virevolter sa fille dans ses bras, oubliant toute retenue dans son exhibition de papa-poule. La tête que ferait Liane quand je lui expliquerais qu’elle était devenue une duchesse… La jeune femme me sourit une dernière fois.
- Attends ! la rattrapai-je alors qu’elle avait déjà parcouru quelques mètres. Je ne sais pas si ça peut t’aider, mais je crois que j’ai déjà entendu le cuistot t’appeler par ton nom. Si je me souviens bien, tu t’appelles… Azad.
Son visage s’illumina.
- Azad…, répéta-t-elle doucement. Oui, ça me plait bien. Bon allez, c’est pas le tout ça. J’ai un auteur à martyriser, moi ! Pas question que son histoire idiote se termine dans les règles de l’art.
Elle m’adressa un clin d’œil final, et tourna les talons.
Fin.